04.09.2008

La commission Européenne et les lobbies

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/09/03/bruxelles-la-ligne-de-cv-qui-vaut-de-l-or_1090921_3214.html

Enquête
Bruxelles : la ligne de CV qui vaut de l'or
LE MONDE | 03.09.08 | 13h58 • Mis à jour le 03.09.08 | 13h58
BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN

Bruxelles, capitale européenne, se transformerait-elle en capitale du pantouflage ? En 2000, l'Allemand Martin Bangemann, commissaire européen chargé des télécommunications, avait fait scandale en décidant de rejoindre un des fleurons du secteur, l'espagnol Telefonica. Depuis, les membres de l'exécutif européen sont tenus de respecter un "code de conduite" : un comité d'éthique doit être saisi s'ils exercent une activité professionnelle en relation avec leur ancien portefeuille pendant l'année qui suit la fin de leur mandat.

Peu contraignantes, les nouvelles règles n'ont pas empêché Mario Monti, l'ancien commissaire chargé de la concurrence, de devenir conseiller de la banque américaine Goldman Sachs, ou le Belge Karel Van Miert de devenir administrateur de Vivendi, de l'électricien allemand RWE et du néerlandais Philips.

L'exemple venant d'en haut, de nombreux fonctionnaires imitent désormais ces commissaires et quittent, discrètement, l'exécutif européen pour rejoindre des cabinets d'avocats, des multinationales, ou pour créer leur propre société de conseil. Ces derniers mois, le Français Michel Petite, directeur général des services juridiques, a été recruté par un important cabinet d'avocats, Clifford Chance, comme conseiller auprès du bureau de Paris. L'ancien juriste en chef de José Manuel Barroso s'est surtout engagé à ne pas plaider contre la Commission devant la Cour de justice européenne.

Avant M. Petite, l'ancien directeur général "marché intérieur", Alexander Schaub, avait accepté de conseiller les avocats britanniques de Freshfields. Guy Legras, l'ancien patron de la politique agricole commune (PAC), collabore de longue date avec le cabinet français Gide Loyrette Nouel. "Les anciens des institutions connaissent les gens et les procédures, leur expérience vaut de l'or", résume un chasseur de têtes.

Un passage dans le saint des saints du pouvoir bruxellois, parfois même comme contractuel en début de carrière, est une expérience convoitée. Dans une capitale devenue un des hauts lieux du lobbying, les candidats n'ont que l'embarras du choix. A Bruxelles, on estime que près de 15 000 personnes travaillent dans l'ombre des institutions - la Commission, le Parlement et le Conseil -, afin de peser sur leurs moindres décisions.

Le pantouflage ne touche pas que la Commission. Voici un an, l'ancien représentant permanent allemand auprès de l'Union européenne, Wilhelm Schönfelder, a pris sa retraite et s'est mis au service du groupe industriel Siemens, dont il est devenu le lobbyiste en chef à Bruxelles. Peu de temps auparavant, l'ambassadeur britannique à Bruxelles, John Grant, avait quitté le Foreign Office pour prendre la présidence européenne du géant minier BHP Billiton, à Londres. Une recrue de choix pour le groupe australien, qui plaide actuellement auprès des gardiens de la concurrence la cause de son projet de fusion avec Rio Tinto.

Le leader mondial des logiciels Microsoft, en conflit avec la Commission depuis bientôt dix ans, vient lui aussi de s'offrir les services d'un ancien diplomate bruxellois : le Maltais John Vassallo, qui travaillait déjà depuis quelques années pour l'américain General Electric.

Parfois, ce sont les eurodéputés, ou leurs assistants, qui choisissent de monnayer leur carnet d'adresses. Après quatre ans de mandat, le Néerlandais Michiel Van Hulten a rejoint à l'été 2007 la direction de Burson-Marsteller à Bruxelles : ce cabinet de conseil en affaires publiques d'origine américaine emploie plus d'une cinquantaine de personnes au coeur du quartier européen. L'un des conseillers de cette agence n'est autre que Jim Currie, ancien directeur général de la Commission chargé de l'environnement.

Le pantouflage reste un sujet sensible, voire tabou, dans le landerneau bruxellois. Ses partisans considèrent que cette pratique, courante aux Etats-Unis et dans certaines capitales européennes, dont Paris, peut améliorer le fonctionnement de la machine communautaire.

"Le pantouflage illustre la montée en puissance des institutions, de plus en plus actives dans un grand nombre de domaines", estime John Wyles, un ancien journaliste du quotidien britannique Financial Times reconverti dans le lobbying au sein du cabinet G Plus, lui-même créé par quatre anciens de la Commission. "Le processus de décision bruxellois ne peut que bénéficier d'un rapprochement entre les institutions et le monde des entreprises", estime M. Wyles.

Les multiples passerelles entre le public et le privé ne sont pourtant pas du goût de tout le monde. Rolf Linkohr l'a constaté à ses dépens. En 2005, cet ex-eurodéputé allemand a dû cesser de conseiller le commissaire chargé de l'énergie, Andris Piebalgs. Les ONG, Greenpeace en tête, dénonçaient l'influence d'un homme qui, après vingt-cinq ans de mandat, venait de créer sa propre agence de conseil. "L'extension du phénomène risque de nuire à la crédibilité des institutions", craint l'eurodéputé écologiste Claude Turmes. "Ce qui gêne, c'est que ce sont les groupes de pression les plus riches qui peuvent s'offrir les services d'anciens fonctionnaires", dénonce ce spécialiste de l'énergie.

La Commission cherche à minimiser le phénomène et tente de sensibiliser les fonctionnaires sur le départ, en particulier dans les directions générales, comme la concurrence, les plus courtisées. Le niveau élevé des salaires - de 4 000 à 5 000 euros net mensuels pour un administrateur débutant, jusqu'à 16 000 euros pour un directeur général - permettrait, selon Bruxelles, de fidéliser le personnel. "Les départs concernent avant tout les retraités, ou préretraités", note ainsi Bernhard Jansen, de la direction des ressources humaines de la Commission.

Le pantouflage resterait sous contrôle mais prend de l'ampleur. Entre 1997 et 2007, les demandes d'autorisation d'activité professionnelle des "pensionnés" sont passées de 2 à 87. Par ailleurs, sur 300 demandes de congé pour convenance personnelle déposées entre 2004 et 2006 par des agents plus jeunes, un tiers concernait des passages au secteur privé.

Depuis l'affaire Bangemann, le service du personnel peut interdire des reconversions. Mais c'est rarissime. La Commission préfère imposer une période pendant laquelle - un an tout au plus - son ex-collaborateur renonce à contacter ses anciens collègues. Il est de surcroît souvent mis en demeure de ne pas s'occuper des dossiers qu'il a eu à traiter au cours des trois dernières années.

Cela suffit-il ? "Non", lance Erik Wesselius, un des animateurs d'Alter EU, un collectif d'ONG qui demande davantage d'éthique : "Les règles devraient être renforcées car les passerelles entre public et privé sont trop nombreuses." "L'arsenal est suffisant, il faut l'appliquer avec rigueur", répond un expert de la Commission, qui reconnaît que certains fonctionnaires peuvent encore quitter la maison sans crier gare.

Le récent code de conduite conçu à l'usage des "représentants d'intérêts" par la Commission n'aborde pas explicitement le pantouflage. Mais il demande aux professionnels de l'influence de "respecter, s'ils emploient d'anciens membres du personnel de l'UE, l'obligation qui incombe à ces derniers de souscrire aux règles et aux exigences en matière de confidentialité". Une mise en garde trop prudente pour inverser la tendance.

Philippe Ricard
Article paru dans l'édition du 04.09.08

03.09.2008

Citoyens européens, oui, mais pour quelle EUROPE ?

... L'article du Monde (ci-dessous) ne le dit pas. Et pour cause : la question n'est pas posée. Aucun politique n'osera faire un sondage sur ce sujet.


http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/09/03/deux-francais-sur-cinq-se-sentent-vraiment-citoyens-europeens_1090942_3214.html

Compte rendu
Deux Français sur cinq se sentent vraiment citoyens européens
LE MONDE | 03.09.08 | 14h06 • Mis à jour le 03.09.08 | 14h06

La présidence française de l'Union européenne a mis l'Europe des citoyens à son agenda, mais les Français se considèrent-ils comme citoyens européens ? Un sondage, réalisé les 22 et 23 juillet par TNS Sofres pour le collectif d'associations Civisme et démocratie (Cidem), révèle que deux Français sur cinq se sentent vraiment Européens, même s'ils manquent de connaissance de base sur le fonctionnement de l'Union européenne. Et pour plus de la moitié des sondés (54 %), ils se sentiraient encore plus Européens s'ils pouvaient voter pour un président de l'Union européenne, ce qui, même après la ratification du traité de Lisbonne, n'est pas envisagé.

Cette étude sur "Les Français et la citoyenneté européenne", réalisée auprès de 1 000 personnes âgées de plus de 18 ans, doit être rendue publique jeudi 4 septembre à l'occasion des Journées civiques européennes. Celles-ci se tiennent à La Rochelle jusqu'au 6 septembre, dans le cadre du programme "Paroles d'Européens" - cinq rendez-vous fixés entre les Français et les leaders européens pour débattre de la construction européenne.

L'attachement à l'Europe est aujourd'hui de même ampleur qu'à la veille de l'instauration de la citoyenneté par le traité de Maastricht en 1992 : 37 % des Français se considéraient alors souvent ou très souvent comme citoyens européens, contre 38 % aujourd'hui.

Seule l'année 1999 a été marquée, sur fond d'élection européennes tendues, par un éloignement sensible des Français à l'égard de l'Europe. Mais c'était le résultat d'une campagne électorale dominée par la liste souverainiste menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers, aux accents très anti-Bruxelles. Les élections européennes du 13 juin 1999 avaient d'ailleurs été marquées par un taux d'abstention important de 53 %.

L'EURO, UN SYMBOLE FORT

Depuis, le sentiment de citoyenneté européenne s'est redressé sans discontinuer, porté notamment par l'adoption de l'euro, mais aussi par le référendum sur le traité constitutionnel, qui, en 2005, a plongé les Français dans une longue réflexion sur l'Europe et l'Union européenne. Son résultat, négatif, n'a pas porté atteinte au sentiment de citoyenneté européenne

C'est l'euro qui, pour 54 % des personnes interrogées, symbolise le mieux l'Europe, loin devant le Parlement européen (12 %), et la Commission de Bruxelles (9 %). Les autres valeurs fédératrices sont pour 39 % des personnes interrogées le marché économique commun et pour 35 % la démocratie.

Plus surprenant, ce neuvième baromètre de la citoyenneté révèle que les Français ont une connaissance très parcellaire du fonctionnement de l'Union européenne. Ainsi, 36 % d'entre eux pensent qu'ils n'ont pas le droit de voter aux élections européennes, alors que les Français élisent les députés européens depuis 1979. Quelque 48 % des sondés croient également ne pas pouvoir participer aux scrutins municipaux du pays dans lequel ils résident. Les élections européennes qui n'ont jamais beaucoup mobilisé restent "très mal identifiées" en France, rappelle Carine Marcé, directrice associée à la Sofres.

Anne Rodier
Article paru dans l'édition du 04.09.08

Europe : la Commission Européenne bras armé des lobbies (le PROFIT, toujours plus de PROFIT !)

Mais quelle Europe veulent les citoyens Européens ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/09/01/pesticides-les-nouvelles-normes-de-l-ue-entrent-en-vigueur-malgre-les-critiques_1089952_3214.html

Pesticides : des ONG portent plainte contre les nouvelles normes de l'UE
LEMONDE.FR avec AFP | 01.09.08 | 12h11 • Mis à jour le 01.09.08 | 12h28

Les nouvelles normes européennes en matière de pesticides dans les aliments, violemment critiquées par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui les jugent dangereuses pour la santé, entrent en vigueur lundi 1er septembre. Ces nouveaux seuils, qui harmonisent les normes européennes en matière de résidus chimiques dans les aliments, doivent remplacer les limites fixées actuellement au niveau national. Mais, selon les ONG, ce règlement a pour effet de repousser de façon "spectaculaire" les limites existantes.

L'accusation est grave : selon Hans Muilerman, porte-parole de l'ONG néerlandaise Natuur en Milieu, pour chacun des 349 pesticides présents dans les produits alimentaires vendus dans l'UE, "la Commission a identifié le pays ayant la plus 'mauvaise' limite de sécurité et adopté ce niveau pour les normes européennes". En conséquence, "plusieurs centaines de limites maximales en résidus deviennent désormais dangereuses pour les consommateurs", et ce "au regard même des normes d'analyse et des méthodes d'analyses fixées par l'UE", conclut une analyse conjointe de Greenpeace et de l'ONG environnementale autrichienne Global 2000.

Dans certains pays étudiés, comme l'Allemagne ou l'Autriche, le changement serait très préoccupant. En Autriche par exemple, 65 % des pesticides utilisés verront leur taux maximal augmenter, pour certains jusqu'à 1 000 fois, alors que seuls 4 % verront leur taux baisser, note Global 2000. La consommation de pommes, poires, raisins, tomates et poivrons pourrait en particulier désormais poser des risques pour la santé des enfants. Deux ONG, Natuur en Milieu et le réseau PAN Europe, ont lancé en août une action en justice devant la Cour européenne de justice.

La Commission européenne a répondu à ces critiques et défendu ses nouvelles normes. "Dans plusieurs cas, l'UE a établi des limites maximales en résidus alors que les Etats membres n'en avaient pas, rendant notre alimentation plus sûre", a fait valoir vendredi Nathalie Charbonneau, porte-parole de la Commission européenne. "Nous ne sommes pas d'accord avec les critiques des ONG, parce que d'abord nous ne parlons pas des mêmes choses. Nous avons fait une analyse qui est beaucoup plus large que la leur", déclare-t-elle. La Commission estime que les ONG se sont appuyées sur des données "imprécises", mais assure qu'elle examinera néanmoins "toute étude qui lui sera soumise".

Après les J.O.

lu sur lemonde.fr, il y a un certain temps ...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/25/l-ideal-olympique-est-entre-de-mauvaises-mains-par-graham-watson_1015406_3232.html

Point de vue
L'idéal olympique est entre de mauvaises mains, par Graham Watson
LE MONDE | 25.02.08 | 14h35 • Mis à jour le 27.08.08 | 14h21

En confiant à la Chine l'organisation des Jeux olympiques de 2008 (8-24 août), l'espoir était grand, renforcé par les promesses des officiels du Parti communiste, que cet événement conduirait le pays vers plus d'ouverture, de liberté et de respect des droits de l'homme. Du reste, il s'agissait quasiment d'une obligation morale, puisque la Charte olympique indique explicitement que les villes hôtes, en l'occurrence Pékin, doivent être des exemples vivants des "principes éthiques fondamentaux" des Jeux. Force est de constater que, six mois avant le début des Jeux, ces principes sont bafoués. Les prisons s'ouvrent devant les dissidents, la liberté se ferme pour les médias.

Un peu tard, secoué par le refus de Steven Spielberg de rester le consultant artistique pour la cérémonie d'ouverture - dénonçant ainsi le soutien chinois au régime soudanais massacreur du Darfour -, le Comité international olympique (CIO) prend la mesure de son erreur. Erreur répétée d'ailleurs, car l'échec de la confiance mal placée en Chine va se réitérer en 2014 avec les Jeux d'hiver que l'on a cru bon de confier à la Russie. Qui peut croire que Sotchi, la station balnéaire de luxe des serviteurs zélés du Kremlin, pourra mieux répondre que Pékin aux exigences de la Charte olympique ? Les mêmes causes dictatoriales produiront les mêmes effets répressifs.

Car tout montre que la Russie devient un régime autoritaire, non seulement en ridiculisant la démocratie à travers des élections truquées, mais aussi en renouant avec des pratiques politiques de censure des médias, d'intimidation des contestataires, d'emprisonnement, et même parfois de meurtre, des opposants. L'arrogance russe devient telle que même une enceinte aussi diplomatique que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est obligée d'en tirer les conséquences et de boycotter la présidentielle du 2 mars.

Lorsque le CIO et son président, Jacques Rogge, ont accepté la candidature russe en 2007, c'était, disaient-ils, pour des raisons pratiques et logistiques : Sotchi était l'endroit idéal en termes d'infrastructures d'entraînement et de compétition, et les bénéfices de cet événement rejailliraient sur la région entière de la mer Noire. Cet argument du pragmatisme est fallacieux. Les JO constituent en effet le plus grand symbole de reconnaissance internationale dont un pays puisse se targuer, et son Comité d'organisation ne peut ignorer cette dimension politique. En récompensant Moscou, le CIO, il est vrai avec la bénédiction de la communauté internationale, a de fait légitimé les dérives autocratiques de Vladimir Poutine.

MÊME LONDRES 2012...

Après Pékin et avant Sotchi, c'est Londres qui sera l'hôte des JO de 2012. Comme Britannique, je devrais m'en réjouir, et comme libéral-démocrate davantage encore qu'une démocratie libérale soit ainsi distinguée. Mais il n'en est rien. La démocratie libérale britannique n'est plus ce qu'elle était. Suivant docilement la doctrine sécuritaire des néoconservateurs américains, les gouvernements travaillistes de Blair et de Brown, avec la bénédiction hypocrite des Tories, ont multiplié les lois liberticides, menaçant notre habeas corpus sur l'autel de la prétendue lutte antiterroriste. Ce n'est pas par hasard que Londres a refusé de s'associer à la Charte des droits fondamentaux...

Pékin n'est donc pas simplement un mauvais moment à passer. C'est une première étape vers un relâchement général des moeurs olympiques. Si les Jeux veulent conserver une certaine crédibilité, basée sur ses valeurs et ses principes fondateurs, il est temps pour leurs promoteurs de se poser les vraies questions. A l'avenir, toute ville hôte ne devra être retenue que sur la base de normes élevées en matière de respect des droits fondamentaux et des libertés. L'idéal olympique, avant toute autre considération, devra être le critère ultime. Les JO doivent redevenir un modèle pour le monde et non plus servir à masquer ses bas-fonds.

Graham Watson, président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe


Article paru dans l'édition du 26.02.08

29.08.2008

les fabricants de cigarettes cachent ...

AJPH First Look, published online ahead of print Jul 16, 2008

This Article
September 2008, Vol 98, No. 9 | American Journal of Public Health 1643-1650
© 2008 American Public Health Association
DOI: 10.2105/AJPH.2007.130963
FRAMING HEALTH MATTERS

Waking a Sleeping Giant: The Tobacco Industry’s Response to the Polonium-210 Issue

Monique E. Muggli, MPH, Jon O. Ebbert, MD, Channing Robertson, PhD and Richard D. Hurt, MD

Monique E. Muggli is with the Nicotine Research Program, Mayo Clinic, Rochester, MN. Jon O. Ebbert and Richard D. Hurt are with the Nicotine Dependence Center, Mayo Clinic, Rochester. Channing Robertson is with the Department of Chemical Engineering, Stanford University, Stanford, CA.

Correspondence: Requests for reprints should be sent to Richard D. Hurt, MD, Professor of Medicine, Director, Nicotine Dependence Center, 200 1st Street SW, Mayo Clinic, Rochester, MN 55905 (e-mail: rhurt{at}mayo.edu).

The major tobacco manufacturers discovered that polonium was part of tobacco and tobacco smoke more than 40 years ago and attempted, but failed, to remove this radioactive substance from their products. Internal tobacco industry documents reveal that the companies suppressed publication of their own internal research to avoid heightening the public’s awareness of radioactivity in cigarettes. Tobacco companies continue to minimize their knowledge about polonium-210 in cigarettes in smoking and health litigation. Cigarette packs should carry a radiation-exposure warning label.

Les fabricants de cigarettes cachent ...

lu sur la synthèse de presse de l'Institut National de la Santé et la Recherche Médicale :

Les fabricants de cigarettes cachent la présence d'un radioélément, le polonium 210, dans le tabac.
En raison de l'utilisation d'engrais riches en phosphates, lors de la culture du tabac, les cigarettes et la fumée qu'elles produisent contiennent un élément radioactif cancérigène, le polonium 210. D'après une chercheuse américaine, qui a analysé plus de 1500 documents internes des grandes firmes, les industriels du tabac connaissent depuis 40 ans la dangerosité de ce radioélément, mais n'informent pas les consommateurs. Le Figaro indique qu'un "fumeur de 30 cigarettes par jour s'expose par sa présence dans la fumée à l'équivalent de dose de 300 radios de poumons par an".
Figaro [Le] , 28/08/2008

28.08.2008

Alimentation : le bisphénol A entre doute et toxicité avérée

lu sur http://www.univers-nature.com/

26-08-2008

Alimentation : le bisphénol A entre doute et toxicité avérée

Aujourd’hui suspecté d’être nocif pour l’homme, le bisphénol A (BPA) est omniprésent au sein de la filière dédiée au conditionnement alimentaire. Ce composé chimique participe entre autres à la fabrication de résines dites « époxy-phénoliques », lesquelles constituent le revêtement intérieur des cannettes et des boîtes de conserve ainsi que les couvercles métalliques des pots et bouteilles en verre. Le BPA entre également dans la composition du plastique polycarbonate, apprécié pour sa légèreté et sa transparence, ainsi que pour sa bonne résistance aux chocs. Des vertus qui ont contribué à généraliser son maniement. Aujourd’hui, ce type de plastique est utilisé dans la fabrication de vaisselle, de récipients destinés au four à micro-ondes, de boîtes de conservation, de bouteilles d’eau et de lait recyclables et de conteneurs d’eau réutilisables. Enfin, justifiant les inquiétudes quant à sa possible toxicité, le BPA se retrouve par ailleurs dans la composition de certains biberons.

Présent dans de multiples contenants, le BPA peut migrer en petites quantités dans les boissons et les aliments sous l’effet de la chaleur (eau bouillante), de l’acidité ou du contact avec des graisses, et ainsi être assimilé par l’organisme humain. Or, imitant l’hormone sexuelle féminine, l’œstrogène, le BPA est un perturbateur endocrinien potentiel. Ces possibles effets sur la fertilité et le système hormonal alimentent aujourd’hui de nombreux débats scientifiques. Et si la santé des consommateurs en est l’enjeu déterminant, ceux-ci connaissent un nouvel élan suscité par le degré de dangerosité de l’exposition des nourrissons exposés à cette substance.

En effet, en janvier 2007, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixait la dose journalière admissible (DJA) (1) au-dessous de laquelle l’exposition au BPA n’était pas problématique à 0,05 milligramme/kg de poids corporel. Mais nombreux sont ceux qui aujourd’hui remettent en cause la validité de cet avis, tout particulièrement dans le cas des nouveaux nés plus vulnérables de par leur masse corporelle réduite.
En réponse à ces incertitudes persistantes, l’EFSA a publié en juillet dernier un nouveau communiqué dans lequel elle confirme la faible nocuité de l’exposition au bisphénol des consommateurs. Entérinant les données précédemment divulguées, elle met l’accent sur la capacité de l’organisme humain à métaboliser et à évacuer rapidement le bisphénol A. S’inscrivant dans la même optique, les conclusions rendues sur la polémique relative aux nourrissons s’avèrent tout aussi rassurantes car, selon l’organisme européen, « les nouveaux nés ont la capacité d’éliminer une quantité de BPA bien supérieure à la dose journalière tolérée ».

Pourtant, tout le monde ne partage pas ce point de vue. En avril dernier, le Programme de toxicologie national des Etats-Unis (US National Toxicology Program) appelait ainsi à faire preuve de vigilance quant aux conséquences des taux d’exposition actuels au BPA sur le système nerveux et le comportement tant des fœtus que des nourrissons et des enfants. Une prudence partagée par le gouvernement canadien dont une évaluation préliminaire a reconnu le bisphénol A comme étant une substance toxique au regard des critères définis par la Loi canadienne sur la protection de l’environnement de 1999. A la lumière des réserves émises par le ministère de la Santé (Santé Canada), notamment concernant les tout-petits, les instances gouvernementales ont fait part de leur souhait d’interdire l’importation, la vente et la promotion de biberons contenant du bisphénol A dans le cas où aucune nouvelle information ne serait apportée par les consultations publiques qui se déroulent actuellement sur cette thématique.

Lui reprochant pour sa part d’ignorer les études scientifiques réalisées sur des cellules en culture dont elle est l’auteur, l’association Antidote Europe accuse l’EFSA de minimiser les risques réels. En effet, selon l’association, les recherches entreprises par ses équipes de chercheurs auraient révélé « des activités cancérigènes et de perturbateur endocrinien ». Démentant l’argument avancé par l’EFSA selon lequel la capacité de l’organisme à éliminer le bisphénol A le protégerait de ses propriétés toxiques, Antidote Europe insiste sur le fait que la plupart des médicaments sont métabolisés et éliminés dans les heures suivant l’ingestion, sans que le patient ne soit pour autant à l’abri d’effets secondaires.

Si le débat autour du bisphénol A est donc loin d’être clos, la législation européenne REACH pourrait apporter un regard neuf sur la polémique, ayant entamé le 1er juin dernier une nouvelle phase au cours de laquelle les industriels seront amenés à démontrer l’innocuité de toute substance jugée suspecte.

Cécile Cassier

1- La dose journalière admissible correspond à la quantité d’une substance pouvant être ingérée par jour sans risque affirmé. Elle est exprimée en fonction du poids corporel.

26.08.2008

La construction de colonies israéliennes en Cisjordanie a presque doublé depuis le début de l'année

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/26/la-construction-de-colonies-israeliennes-en-cisjordanie-a-presque-double-depuis-debut-2008_1087884_0.html

La construction de colonies israéliennes en Cisjordanie a presque doublé depuis le début de l'année
LEMONDE.FR avec AFP | 26.08.08 | 10h21 • Mis à jour le 26.08.08 | 11h46

La construction de logements dans les colonies israéliennes de Cisjordanie a pratiquement doublé depuis le début 2008 par rapport à la même période de 2007, selon un rapport publié mardi par La Paix maintenant, mouvement israélien opposé à la colonisation. Durant les cinq premiers mois de l'année, quatre cent trente-trois logements étaient en cours de construction dans les implantations contre deux cent quarante durant la même période de 2007, selon le rapport, qui cite des chiffres officiels du bureau central des statistiques. Sur ce total, le ministère de l'habitat est partie prenante dans le financement de 64 % des logements en construction.

Selon des enquêtes effectuées par La Paix maintenant à l'aide de photographies aériennes et de visites sur le terrain, ce boom de la construction est encore plus important avec un millier de nouveaux bâtiments comprenant deux mille six cents logements en chantier. Plus de la moitié (55 %) de ces logements sont situés à l'est de la barrière de séparation, c'est-à-dire en dehors des grands blocs de colonies qu'Israël entend annexer dans le cadre d'un accord de paix avec les Palestiniens.

Le rapport précise également que quatre cent dix-sept appels d'offres pour la construction de logements dans les colonies de Cisjordanie ont été lancés depuis le début de 2008, soit une augmentation de 550 % par rapport à 2007. A Jérusalem, le nombre d'appels d'offres a pour sa part été multiplié par trente-huit et porte sur mille sept cent soixante et un logements contre quarante-six en 2007. Enfin, dans la centaine de "colonies sauvages", c'est-à-dire n'ayant pas obtenu les autorisations nécessaires des autorités israéliennes et qui sont disséminées en Cisjordanie, cent vingt-cinq structures ont été ajoutées depuis le début de l'année, poursuit le rapport.

Les responsables israéliens se sont à de multiples reprises engagés auprès des Etats-Unis à évacuer ces colonies sauvages. Ces statistiques sur la colonisation ont été publiées alors que la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, effectue une nouvelle mission en Israël et chez les Palestiniens, engagés dans de difficiles négociations de paix. La Paix maintenant estime que ces "constructions intensives visent à effacer la ligne verte" qui séparent la Cisjordanie du territoire israélien afin de relier les blocs de colonies et les implantations isolées situées au cœur de la Cisjordanie.

24.08.2008

le blocus de Gaza par les Israéliens

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/20/a-l-abordage-du-blocus-de-gaza_1085785_3218.html

A l'abordage du blocus de Gaza
LE MONDE | 20.08.08 | 14h38 • Mis à jour le 20.08.08 | 14h38
NICOSIE ENVOYÉ SPÉCIAL

Depuis deux semaines, les dortoirs de l'université de Nicosie sont occupés par des étudiants d'une moyenne d'âge d'environ 60 ans, originaires d'une dizaine de pays. Ils se préparent à la traversée Chypre-Gaza à bord d'un chalutier de poche et d'un petit voilier achetés pour l'occasion. Ce défi à hauts risques, dont le départ est imminent, est destiné à alerter l'opinion publique internationale sur le calvaire de la bande côtière palestinienne, étranglée depuis plus d'un an par le blocus israélien.

"Le monde doit se réveiller, dit Hedy Epstein, une rescapée de la Shoah âgée de 84 ans. L'armée israélienne est en train d'affamer la bande de Gaza, et l'Occident observe en silence, de peur d'être taxé d'antisémitisme. Les persécutés sont devenus des persécuteurs." Avec ses compagnons grisonnants, vétérans comme elle de la cause palestinienne, Hedy rêve d'atteindre Gaza et d'ouvrir la première ligne maritime à destination de l'enclave sablonneuse depuis son occupation par les troupes de l'Etat juif, en 1967.

Si les vedettes de l'armée israélienne s'interposent, les marins mutins du mouvement Free Gaza prévoient de rester en mer, espérant une mobilisation médiatique en leur faveur. "On ne mangera pas de filet mignon tous les jours mais on a de quoi tenir, dit la vieille dame indignée. Si le peuple de Gaza parvient à survivre, pourquoi ne ferions-nous pas de même ?"

Ce projet extravagant, digne d'une opération commando, émerge durant l'été 2006, à l'issue de la seconde guerre du Liban. Six mois plus tôt, en réaction à la victoire électorale du Hamas, l'armée israélienne a commencé à cadenasser la bande de Gaza. Galvanisé par la résistance imprévue du Hezbollah, un quatuor de militants pacifistes basés à Beyrouth, à Londres et en Californie, ressent le besoin de frapper un grand coup. "On faisait le constat qu'écrire des mails et participer à des manifestations ne suffisait plus, explique Ramzi Kyzia, un trentenaire américain d'origine libanaise qui se définit comme un "moushkalji" ("agitateur") professionnel. On se disait qu'il fallait travailler à la paix de façon aussi déterminée qu'Israël et les Etats-Unis travaillent à la guerre. Que notre action devait être proportionnée à la gravité de la crise."

A force de remue-méninges sur Internet, l'idée folle surgit. "Et si on prenait un bateau pour Gaza ?" Le projet initial envisage un départ de New York, au pied de la statue de la Liberté. Il est ensuite question de Marseille, pour imiter l'Exodus, le navire rempli de survivants de la Shoah, parti du port de Sète, en 1947, et intercepté par la marine britannique devant les côtes du futur Etat d'Israël. Finalement, Ramzi et ses collègues - Paul Larudee, un accordeur de pianos de San Francisco, Greta Berlin, une consultante en relations publiques, et Bella Locke, une Anglaise - optent pour un trajet plus court, à partir de Chypre.

Commence alors un marathon pour lever des fonds. Compte tenu du caractère "subversif" de l'entreprise, il est vain d'imaginer louer des bateaux. Il faut les acheter. Les armateurs de Méditerranée n'ont pas oublié les déboires du Sol Phryne, un rafiot affrété, en 1988, par l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et destiné à ramener sur leur terre natale une centaine de Palestiniens expulsés en 1948, lors de la création d'Israël. Le 16 février de cette année, quelques heures avant le départ, un engin explosif avait dévasté la coque du navire, ancré dans le port de Limassol, à Chypre, torpillant du même coup le rêve de retour des réfugiés. La veille, dans la même ville, trois responsables de l'OLP avaient été tués dans un attentat à la voiture piégée, attribué, là aussi, au Mossad, la ténébreuse centrale de renseignement israélienne.

Conscients de ne pouvoir compter que sur leur volontarisme, les patrons de Free Gaza lancent une vaste opération de souscription. "On a multiplié les présentations, dans les églises, les écoles, les associations, raconte Greta Berlin, 67 ans, une ancienne metteuse en scène de théâtre. Les donations ont varié, de 20 000 dollars pour la plus grosse à 1,50 dollar pour la plus petite." Au printemps, le financement paraît bouclé. Riad Hamad, un Libano-Américain, professeur d'informatique au Texas et responsable d'une association caritative spécialisée dans l'aide aux enfants de Gaza, a promis de verser 25 000 dollars. De quoi finaliser l'achat d'un navire turc.

Mais, le 14 avril, son corps est retrouvé, inanimé, dans un lac d'Austin. En dépit du fait que ses mains et ses jambes aient été liées, la police conclut à un suicide. Ses proches, au sein du mouvement propalestinien, incriminent le harcèlement du FBI et du fisc américain qui, quelques semaines plus tôt, avaient perquisitionné son domicile, dans le cadre d'une enquête pour fraude et blanchiment d'argent.

"Il n'a pas supporté la pression, dit Greta Berlin. Ses comptes ont été aussitôt gelés. En plus des 300 000 dollars que nous avions levés, nous avons dû emprunter 250 000 dollars pour finalement acheter en Grèce, début juin, deux bateaux." Leurs noms : Free Gaza et USS Liberty, en l'honneur du navire américain du même nom, coulé, en 1967, par l'aviation israélienne. Une "erreur", selon la version officielle, qui coûta la vie à trente-quatre marins.

Le 29 juillet, les initiateurs du projet sont rejoints à Chypre par une trentaine de militants, dont une nonne américaine de 81 ans, Ann Montgomery, un Palestinien de Gaza, interdit de séjour sur sa terre, Mushir Al-Farra, et l'anthropologue Jeff Halper, figure du mouvement anti-occupation israélien. Pendant deux semaines, ils attendent l'arrivée des bateaux, partis de Crète et ralentis par le mauvais temps. A leur bord, une dizaine d'activistes, dont Paul Larudee et la journaliste Lauren Booth, belle-soeur de Tony Blair.

Pour tromper l'ennui, les "chypriotes" cuisinent, visitent Nicosie, répètent quelques gestes de secourisme et, instruits par le sabotage de 1988, verrouillent à double tour les portes de leurs chambres. "Les Israéliens nous surveillent, assure Greta Berlin. Ils ont déjà tenté de brouiller le matériel de transmission satellite embarqué sur les bateaux. On a eu des visites louches sur le campus. On a même reçu des menaces téléphoniques. Une voix anonyme a dit au mari de Lauren Booth de prévenir leurs enfants que "Maman ne reviendra pas"".

En dépit de cette tension, les apprentis matelots tiennent bon. L'annonce par le quotidien Haaretz que la marine israélienne envisage d'arraisonner leur flottille ne les décourage pas. Après deux années de préparatifs épiques, tous ont le sentiment d'avoir déjà gagné. "Si les Israéliens nous arrêtent dans les eaux internationales, c'est un crime, dit Ramzi Kyzia. S'ils nous arrêtent dans les eaux de Gaza, c'est la preuve qu'en dépit de l'évacuation des colons ce territoire est toujours sous occupation. Or, en droit international, l'occupant doit s'assurer du bien-être de la population, ce que bien sûr Israël ne fait pas. Dans les deux cas, on est gagnants. On prend Israël en flagrant délit de violation du droit international."

Hedy Epstein, la super-mamie de la troupe, ne s'inquiète pas non plus. Avant de quitter son domicile, à Saint Louis, au Missouri, elle a pris des cours de natation à la piscine municipale. "Maintenant, je n'ai plus peur de mettre la tête sous l'eau, dit-elle. Je suis prête pour débarquer à Gaza."

Benjamin Barthe
Article paru dans l'édition du 21.08.08

58 ans après,des documents américains déclassifiés innocenteraient la "Mata Hari coréenne"

lu sur lemonde.fr :

Des documents américains déclassifiés innocenteraient la "Mata Hari coréenne"
LE MONDE | 19.08.08 | 14h31 • Mis à jour le 19.08.08 | 14h31
TOKYO, CORRESPONDANCE

Kim Soo-im, la "Mata Hari coréenne", n'aurait été qu'une victime des premiers temps de la guerre froide. Le 25 juin 1950, la péninsule coréenne, partagée au niveau du 38e parallèle entre le régime communiste de Kim Il-sung et celui, proaméricain, de Syngman Rhee, plonge dans la guerre. Le 28, Kim Soo-im, 39 ans, est exécutée. Son crime, avoir séduit le colonel américain John E. Baird pour obtenir des informations - notamment le plan détaillant le retrait de la péninsule des troupes des Etats-Unis en 1949 - qu'elle aurait remises à son amant Lee Gang-kook, haut responsable nord-coréen.

Kim Soo-im, orpheline, est diplômée de la prestigieuse université pour filles Ehwa. Parlant anglais, elle fait figure, dès les années 1930, de modèle de jeune femme moderne et libérée. Elle fréquente les milieux intellectuels coréens, se lie d'amitié avec la poétesse Moh Yoon-sook.

Ses compétences en anglais intéressent les forces américaines, arrivées dans la péninsule en septembre 1945. Elle devient l'assistante du colonel Baird, en charge de la police militaire. Une liaison se noue. Un enfant naît.

Elle est arrêtée le 1er mars 1950 ; son procès et son exécution font les gros titres de la presse à Séoul. Dans l'Amérique maccarthiste, elle devient "la séductrice coréenne qui a trahi l'Amérique", "la Mata Hari coréenne". Ses "ruses féminines" seraient "les armes les plus mortelles" des communistes.

"CHASSE AUX SORCIÈRES"

Or sa culpabilité est remise en cause. Selon l'agence Associated Press, qui cite des documents secrets de l'époque, aujourd'hui déclassifiés, obtenus aux Archives nationales des Etats-Unis, Kim Soo-im n'aurait pu obtenir d'informations sensibles auprès du colonel Baird, pour la simple raison que celui-ci n'y avait pas accès. Lee Gang-kook, lui, aurait travaillé avec la CIA, un fait confirmé par son exécution comme "espion américain" après la fin des combats en 1953.

Pour Jung Byung-joon, professeur à l'université Mokpo, Kim Soo-im aurait été victime d'une véritable "chasse aux sorcières". A l'époque, le régime de Syngman Rhee, soutenu par d'anciens collaborateurs de l'occupant japonais maintenus en place par les Américains, aurait fait exécuté quelque 100 000 militants et sympathisants de gauche. "Elle était détestée pour avoir été l'amante de Lee Gang-kook et du colonel Baird", estime M. Jung. Le départ du colonel Baird - forcé pour "éviter de nouveaux problèmes" - la laisse sans protection. Sa confession, vraisemblablement obtenue sous la torture, la fera condamner à la peine capitale.

Les dernières révélations arrivent bien tard, mais confortent Kim Wonil. Agé de 59 ans, ce professeur de l'université californienne de La Sierra est le fils de Kim Soo-im et du colonel Baird - qui n'a jamais accepté de le reconnaître. Il est le premier à s'être plongé dans les documents déclassifiés, s'est entretenu avec l'un des juges qui ont condamné sa mère et continue à chercher la vérité, avant que cet épisode de la guerre froide ne tombe définitivement dans l'oubli.

Philippe Mesmer
Article paru dans l'édition du 20.08.08

23.08.2008

Agriculture biologique : une expérience à l'échelle d'un pays

lu sur : http://alternatives-international.net/auteur1400.html

Agriculture biologique et relocalisation de l’économie
vendredi 25 avril 2008 par Daniel HOFNUNG

L’exemple cubain est sans doute le seul exemple de transformation à l’échelle d’un pays d’une agriculture intensive et productiviste en agriculture extensive et biologique et d’une relocalisation de l’économie Lors de la cessation de l’aide soviétique à partir de la chute du bloc soviétique, après 1989, et surtout en 1990 et 1991 (année où moins de la moitié du pétrole soviétique a été livré) Cuba s’est retrouvé dans une situation catastrophique au niveau alimentaire.
La production agricole à Cuba était organisée sur le modèle de l’agriculture productiviste, avec une culture intensive dans des grandes fermes d’Etat, basée sur un pétrole importé à 98 % du bloc soviétique et sur l’usage massif d’insecticides et d’engrais chimiques importés. C’était une agriculture orientée vers l’exportation de quelques denrées (agrumes, tabac, sucre), mais qui ne subvenait pas aux besoins de la population : 66 % des denrées étaient importées du bloc sov iétique.(1). Ce modèle ressemble en fait au modèle qu’instaure le système néolibéral actuel : produire pour le marché et l’exportation et non pour satisfaire les besoins de la population.
Comment faire lorsque soudain tout cela disparait ?
C’est le problème que Cuba a du résoudre pendant la « période spéciale », période de grave crise qui a suivi la chute de l’URSS.
Il n’y avait presque plus d’engrais chimiques ou de pesticides, moitié moins de carburant, les exporations et avec elles les importations ont chuté. La ration alimentaire individuelle a baissé de 20 % au niveau des calories et de 27 % au niveau des protéines, le cubain moyen a perdu 15 kg, et des milliers de ruraux sans ressources sont partis vers les villes dans l’espoir d’un avenir meilleur. (1)
Et par nécessité, Cuba a décidé de s’orienter vers les vieilles méthodes : agiculture biologique, traction animale, amendement naturel des sols, horticulture de proximité (puisque les transports manquaient)... Les fermes d’Etat productivistes ont été en 1993 à 80 % transformées en coopératives produisant pour fournir en aliments les institutions d’Etat (hôpitaux, écoles, jardins d’enfants) mais dont le reliquat de production pouvait être vendu librement. En 199 4 étaient créés les marchés paysans (1). L’agriculture de proximité était développée, par la distribution de centaines de terrains vacants à qui voulait les cultiver, et par l’incitation à cultiver partour où l’on pouvait : dans les patios, sur les terrasses des immeubles – dans des pots, des containers ou des pneus -, des coopératives horticoles urbaines étaient crées, de même qu’un réseau des boutiques de graines et d’outillage où des consultants donnaient des conseils aux utilisateurs (2).
Un Institut de recherche était créé, pour travailler sur le vermicompostage, les bio-formulations, la protection biologique des sols. 280 centres de production de pesticides et produits biologiques étaient créés (2-4)
Ensuite, il est apparu que le choix qui avait été fait sous la contrainte était un bon choix pour l’avenir et pour le développement durable : la décision a été prise de généraliser l’agriculture biologique pour l’alimentation de la population. En 1996, un décret autorisait pour la Havane la seule agriculture biologique pour la production de nourriture (2), et l’agriculture dans l’enceinte de la ville (qui comprend plusieurs municipalités semi-urbanisées) de la Havane était à même de fournir en fruits et légumes biologiques 50 % de la population, le reste étan t assuré par les coopératives de la province de la Havane. Dans les autres localités, l’agriculture urbaine couvre en aliments biologiques de 80 à 100 % des besoins, et l’objectif de fournir 300 grammes de légumes frais par jour à chacun est maintenant atteint (3, 1 et 4). Reste le problème de la viande, des laitages et des oeufs : les réformes dans ce domaine ont été moins importantes et une pénurie subsiste, la production, sauf pour les oeufs, avait en 2004 peu dépassé celle du moment de la crise (1994). D’autres voies sont aujourd’hui envisagées, comme l’élevage de lapins en agriculture urbaine (4).
Une autre action est le développement de la culture des plantes médicinales, depuis 1992, pour pallier au manque de médicaments. Aujourd’hui, 13 fermes provinciales et 136 fermes municipales produisent 1.000 tonnes de plantes et herbes par an.
Les résultats de cette politique sont énormes : réduction de la contamination des sols, de l’air et de l’eau par les pesticides et les engrais chimiques, diversification des productions et de l’alimentation, recyclage des déchets, réduction au minimum des coûts de transport, sécurité alimentaire, baisse de la pollution, développement de l’emploi...
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Maintenant, 20 % de la surf ace cultivée à Cuba est protégée par les méthodes biologiques : ceci concerne essentiellement l’horticulture. La majorité des cultures de fruits et d’agrumes est gérée en agriculture biologique, et celles-ci sont testées pour la canne à sucre, le café, le cacao, la noix de coco, l’ananas et la mangue.
Les bananes posent encore problème, et des traitements chimiques sont encore utilisés. Par contre la grande culture d’exportation (tabac...) reste productiviste, avec OGM, traitements et engrais chimiques (témoignage de Jean-Claude Lefort, ancien député d’Ivry, fondateur du groupe ATTAC à l’assemblée nationale, de retour de Cuba).
La protection biologique intégrée est utilisée sur 27 cultures pour contrôler un total de 74 insectes.
Lors d’un séjour récent à Cuba , j’ai pu avoir un aperçu de l’horticulture biologique et me rendre dans une coopérative horticole urbaine à la Lisa (quartier périphérique la Havane, où seulement 50% de la surface est urbanisée). J’ai vu d’autres exploitations le long d’une grande rue du centre (dont une portait un panneau « lombricultura »).
Tout ce que nous mangions était bio, tout comme ce que consomme la population.
Les coopératives « bio » des quarti ers périphériques vendent sur le marché ou livrent des petits points de vente situés près des habitations dans des cités. (cf. photos). Ces coopératives partagent leurs bénéfices pour la production. Elles fournissent les institutions locales : sous une forme volontaire, parmi les coopérateurs, des paysans donnent gratis une partie de leur production aux jardins d’enfants, écoles, polyclinique. Les revenus des coopérateurs n’en sont pas moins nettement plus élevés que les salaires moyens.
Il existe aussi des cultures en bas des immeubles (par les habitants de rez de chaussée qui souhaitent le faire) (cf. photo dans une cité visitée) ou sur les toitures-terrasses.
Enfin, il existe des points de vente dans la Ville, en particulier dans le centre, livrés par des coopératives plus grandes situées à plus grande distance mais dans la province de la Havane. Pour ce type de coopératives , l’Etat fourni des crédits pour l’outil de production mais elles fournissent les denrées distribuées aux institutions (écoles, hopitaux), le reste étant vendu au public.
On a donc à la Havane un système pyramidal, basé sur la proximité, où chaque niveau est fourni localement, quand c’est possible, les niveaux supérieurs étant fournis toujours localement, mais à plus grande distance, par des exploitations plus importantes.< /div>
Ce système est-il généralisable et survivra-t-il à Cuba ?
Les circonstances qui lui ont donné naissance sont particulières : embargo, coupure par rapport au marché mondial. On peut se demander si, en cas d’ouverture totale du commerce – prônée par l’OMC –, l’agriculture biologique cubaine pourrait résister à la concurrence d’aliments importés non biologiques et si elle ne connaitrait pas le sort des multiples agricultures africaines ruinées par le lait ou les poulets européens subventionnés, ou celui des producteurs mexicains, ruinés par le maïs ou les haricots état-uniens subventionnés.
D’où l’importance de lutter contre les règles de libre échange, qui ne sont que les règles de liberté des plus puissants d’anéantir les plus faibles,et d’obtenir le droit pour les pays moins « développés » de protéger leur économie.
Il n’en reste pas moins que l’exemple cubain est sans doute le seul exemple de transformation à l’échelle d’un pays d’une agriculture intensive et productiviste en agriculture extensive et biologique et d’une relocalisation de l’économie, largement permise par la propriété publique de la plupart des terres.
Ainsi, l’exemple cubain est peut ê tre une voie que par nécessité aussi, d’autres devront suivre lorsque les crises de l’énergie et de l’économie mondiale s’approfondiront.
Et Cuba est sans doute un pionnier, que certains imitent déjà en Amérique Latine, où l’exemple agricole cubain commence à se diffuser, avec par exemple la naissance de l’agriculture urbaine à Caracas.
Daniel Hofnung
25/03/08
références :
1- rural-urban migration and the stabization of cuban agriculture, Lisa Renolds Wolfe, Global Exchange/Food First http://www.foodfirst.org/en/search/node/cuban+agriculture
2 - « organic by necessity » http://www.handsontv.info/series4/growing_trend_reports/organicbynecessity_cuba.html
3 - « comment Cuba a survécu au peak oil » l’énergie de la communauté, par Megan Quin, from the Wilderness. http://vdedaj.club.fr/spip/article....
4 http://www.theholmteam.ca/

20.08.2008

À qui appartient notre planète. Ou : la propriété des ressources c'est le vol

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/20/la-course-aux-ressources-arctiques-s-accelere_1085804_3244.html

La course aux ressources arctiques s'accélère
LE MONDE | 20.08.08 | 14h54 • Mis à jour le 20.08.08 | 14h59

Un siècle après les expéditions rivales de Frederick Cook et de Robert Peary pour la conquête du pôle Nord, une nouvelle course-poursuite est engagée, cette fois dans l'océan glacial Arctique. Elle met en scène les cinq puissances riveraines de ce no man's land congelé - Russie, Canada, Etats-Unis (via l'Alaska), Norvège et Danemark (via le Groenland) -, et son enjeu n'est plus la gloire, mais les ressources naturelles que recèlent, en abondance, les fonds marins.

Jeudi 21 août, le brise-glace Louis S. Saint-Laurent de la garde côtière canadienne doit appareiller de Kugluktut (territoire inuit du Nunavut), pour une mission de six semaines dans la mer de Beaufort, aux confins du Yukon canadien et de l'Alaska américain. Il sera rejoint, début septembre, par le garde-côte américain Healy, parti d'Alaska.

Dans chaque navire, une vingtaine de scientifiques, géologues, géophysiciens, hydrographes et techniciens. Et des instruments de cartographie du plancher océanique, pour mesurer la profondeur des fonds et l'épaisseur des couches de sédiments, afin de réaliser un relevé du relief. Cette campagne conjointe, annonce le ministre canadien des ressources naturelles, Gary Lunn, doit "favoriser une collecte de données efficace qui aidera les deux pays à délimiter le plateau continental de l'ouest de l'Arctique".

La science n'est pas la seule ni même la première motivation des deux pays. Selon les dernières estimations de l'Agence gouvernementale américaine de recherche géologique (USGS), publiées fin juillet 2008, l'Arctique recèlerait "22 % des ressources énergétiques non découvertes mais techniquement exploitables" de la planète. Au nord du cercle polaire dormiraient, dans les grands fonds, l'équivalent de 90 milliards de barils de pétrole (13 % des réserves mondiales inexplorées), 47 milliards de m3 de gaz naturel (30 % des réserves) et 44 milliards de barils de gaz naturel liquéfié (20 % des réserves). Sans compter d'hypothétiques gisements d'or, de diamants, de nickel, de fer, de cuivre ou d'étain.

Une telle manne ne peut qu'exciter les convoitises. Les Russes, qui revendiquent près de 45 % du territoire circonscrit par le cercle arctique, ont pris les devants en plantant symboliquement leur drapeau, en août 2007, sous la calotte glaciaire, à 4 261 mètres de profondeur. Danois, Américains, Canadiens et Norvégiens ont à leur tour lancé des missions scientifiques destinées à établir leur souveraineté sur une partie des fonds océaniques.

La convention des Nations unies sur le droit de la mer permet en effet à un Etat côtier d'étendre sa juridiction sur le plateau continental - c'est-à-dire le prolongement des terres sous la surface de la mer - au-delà des 200 milles nautiques (370 km) de sa zone économique exclusive. A condition d'apporter la démonstration, devant une commission internationale, que ce secteur se situe dans la continuité de son territoire terrestre. C'est ici qu'entrent en jeu les scientifiques.

"D'un point de vue géologique, le plateau continental est la partie faiblement immergée (quelques centaines de mètres de profondeur) qui s'étend de la côte jusqu'au talus continental, caractérisé par une rupture de pente au-delà de laquelle commencent les bassins océaniques profonds", explique Walter Roest, directeur du département des géosciences marines à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Mais, ajoute-t-il, "au niveau juridique, les choses sont plus complexes".

Le cas de la dorsale de Lomonossov en est l'illustration. Cette chaîne de montagnes sous-marines, longue de 1 800 km et haute de plus de 3 000 mètres, s'étend de la Sibérie au Groenland et à l'île canadienne d'Ellesmere. "Voilà plusieurs dizaines de millions d'années, cette zone était attenante au plateau continental sibérien, comme le révèle la similitude de leurs roches granitiques", indique Walter Roest. Ce qui étaye les revendications de la Russie sur une vaste partie de l'Arctique. Mais, poursuit le géologue, le jeu de la tectonique des plaques fait que cette dorsale s'est éloignée de la Sibérie. Ce qui renforce la position du Canada et du Danemark.

Lors du 33e Congrès géologique international, qui s'est tenu du 6 au 14 août à Oslo, les Canadiens ont présenté des "preuves scientifiques" que la dorsale de Lomonossov se rattache aux plaques continentales de l'Amérique du Nord et du Groenland. "En utilisant des explosions contrôlées et des sismographes, pour mesurer la vitesse de propagation des ondes dans des couches profondes de 30 à 40 km, les chercheurs ont montré qu'il y avait une continuité géologique entre le continent et la dorsale", indique Jacob Verhoef, expert auprès du ministère des ressources naturelles.

La compétition en cours pour l'exploitation des ressources polaires - aiguisée par la perspective de l'ouverture de nouvelles routes maritimes, du fait de la fonte des glaces, et par la volonté des grandes puissances d'affirmer leur présence militaire dans cette région - n'est pas de bon augure pour l'Arctique qui, au contraire de l'Antarctique, n'est pas protégé par un traité international. En mai 2008, les cinq pays côtiers, réunis au Groenland, se sont pourtant "engagés à prendre des mesures (...) pour assurer la protection et la préservation du fragile environnement marin de l'océan Arctique".

Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 21.08.08

18.08.2008

la loi du plus fort ...(suite)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/16/la-crise-de-l-eau-s-accentue-en-israel-et-frappe-durement-les-palestiniens_1084447_3218.html

La crise de l'eau s'accentue en Israël et frappe durement les Palestiniens
LE MONDE | 16.08.08 | 13h46 • Mis à jour le 16.08.08 | 13h46
JÉRUSALEM CORRESPONDANT

Uri Shani, un universitaire qui préside aux destinées de la Water Authority (Mekorot), a lancé, en juillet, un véritable cri d'alarme : "Israël connaît la pire crise de l'eau de son existence." "Nous allons à la catastrophe", a-t-il averti, en précisant qu'un peu partout les signaux d'alerte s'étaient allumés.

Le lac de Tibériade, qui fournit un tiers de la consommation nationale, a atteint sa ligne rouge (213 mètres au-dessous du niveau de la mer). A l'automne, il pourrait atteindre la ligne noire au-dessous de laquelle ce grand réservoir serait en péril en raison des risques de salinisation et d'apparition d'algues toxiques. Uri Shani a fait un état des lieux de tous les bassins aquifères. Leur niveau n'a jamais été aussi bas. Le bassin de la côte a déjà atteint la ligne noire, ce qui signifie qu'il y a déjà eu des infiltrations d'eau de mer et que "des dégâts peut-être irréversibles ont été causés", a-t-il souligné.

Uri Shani a déjà prévenu que les prochaines années risquaient d'être pires. Une série de mesures ont été et vont être prises. L'arrosage public pourrait être interdit dès l'an prochain. "Israël deviendra jaune et il faudra apprendre à nager dans des piscines vides", a prévenu Uri Shani. Les quantités d'eau utilisées par l'agriculture seront réduites d'un tiers. Une campagne nationale a été lancée pour inciter la population à économiser l'eau. Son prix va augmenter. Depuis quatre ans, il pleut de moins en moins. Pour l'année 2008, le déficit prévu sera de 350 millions de mètres cubes. Et la consommation domestique augmente de 4 % par an.

Le manque de pluie frappe aussi durement la Cisjordanie. Un tiers en moins au cours du dernier hiver. "2008 a été déclarée année de sécheresse. La situation au sud et à l'est d'Hébron, à Bethléem, à Jénine est préoccupante", dit Ayman Rabie, responsable de l'organisation non gouvernementale (ONG) Palestinian Hydrology Group. L'approvisionnement venant d'Israël a été réduit de 20 à 30 %, affirme l'Office de coordination pour les affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). Il y a désormais des coupures d'eau. Des camions-citernes pallient les manques, mais l'eau est quatre fois plus chère.

B'Tselem, organisation israélienne de défense des droits de l'homme, lance un cri d'alarme, indiquant que 20 % de la population de Cisjordanie n'est pas connectée au réseau et que les réserves de l'hiver sont épuisées. "J'ai demandé 8 millions de mètres cubes supplémentaires à Mekorot. Ils m'ont été refusés", s'inquiète Shaddad Al-Attili, responsable de la Palestinian Water Authority (PWA). Le déficit se situera cette année aux alentours de 69 millions de mètres cubes.

A Gaza, "c'est catastrophique", raconte M. Al-Attili, qui explique que la nappe phréatique est à un niveau critique, qu'elle est totalement polluée par l'eau de la mer et par les rejets des eaux usées qui ne sont pas traitées. "Seuls ceux qui ont les moyens peuvent s'acheter un appareil pour purifier l'eau. On va au-devant d'une catastrophe sanitaire", s'alarme Ayman Rabie.

L'eau est un enjeu majeur des négociations entre Palestiniens et Israéliens pour la création d'un Etat palestinien. Le processus d'Oslo avait laissé cette question capitale de côté. Les Israéliens consomment 3,5 fois plus d'eau que les Palestiniens et contrôlent complètement les ressources en eau de la Cisjordanie.

Shaddad Al-Attili avoue son impuissance. "Il n'est pas possible de creuser un puits sans l'autorisation d'Israël et les accords ne sont donnés que pour le bassin oriental, le plus profond, et quelquefois pour celui du nord, le moins fourni. Pour la nappe occidentale, la plus importante, c'est impossible. Or notre population a doublé depuis que l'Autorité palestinienne a été créée et notre allocation en eau est toujours la même. Nous mourrons de soif alors que les Israéliens pensent seulement à réduire leur consommation." Les Palestiniens veulent que leur eau leur soit rendue. "Israël alloue seulement 20 % de l'eau puisée en Cisjordanie et empêche la PWA de développer des ressources additionnelles", s'insurge B'Tselem.

Ayman Rabie raconte : "Il faut des permis pour creuser des puits à une profondeur requise, entreprendre des réhabilitations du réseau, construire un réservoir, commander des pompes ou des tuyaux. Et ces derniers ne doivent pas être d'une largeur supérieure à 8 inches (20 centimètres) pour que l'on n'ait pas trop d'eau." Ayman Rabie explique aussi que les colons font ce qu'ils veulent, qu'ils ont de l'eau 24 heures sur 24 et qu'il suffit de se promener en Cisjordanie pour voir le contraste entre les colonies vertes et les villages palestiniens arides.

Non seulement l'eau est rare, mais celle qui est utilisée souille les paysages et le sous-sol, car Israël ne donne pas d'autorisation pour la construction de centres de retraitement. 90 % des effluents sont rejetés non traités.

Shaddad Al-Attili enrage car, depuis plusieurs années, il ne peut utiliser l'argent alloué par la communauté internationale pour construire les unités de traitement des eaux. L'Agence française de développement a, par exemple, engagé 50 millions d'euros pour des projets qui restent gelés faute d'un accord israélien. "En fait, dit Ayman Rabie, nous aurions le feu vert si les colonies étaient autorisées à se connecter sur le réseau de retraitement des eaux, ce qui reviendrait à légaliser leur existence."

A l'avenir, Israël va devoir non seulement répartir l'eau plus équitablement mais aussi trouver des ressources supplémentaires pour éviter une pénurie croissante. En 2001, une commission de la Knesset avait déjà dressé un constat alarmant et demandé que des mesures soient prises, notamment pour la construction d'usines de dessalement de l'eau.

L'objectif était d'atteindre la production de 400 millions de mètres cubes en 2006. Aujourd'hui, 130 millions de mètres cubes proviennent de trois usines. Trois autres vont permettre d'augmenter la capacité à 500 millions de mètres cubes, en 2012, et 750 millions, en 2020. Il est aussi prévu de favoriser le retraitement des eaux usées qui alimentent en bonne partie l'agriculture.

Mohsé Perlmutter, de la société de protection de la nature, pense que "le plan d'urgence vient trop tard" et annonce des lendemains difficiles pour Israël. Surtout si les Palestiniens exigent le contrôle de leurs ressources en eau.

Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 17.08.08

16.08.2008

la loi du plus fort ...(suite)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/15/israel-reporte-l-evacuation-de-la-plus-grande-colonie-sauvage-de-cisjordanie_1083940_3218.html

Israël reporte l'évacuation de la plus grande colonie sauvage de Cisjordanie
LEMONDE.FR avec AFP | 15.08.08 | 12h17 • Mis à jour le 15.08.08 | 12h22

Le gouvernement israélien a renoncé pour l'heure à faire évacuer la plus importante des colonies sauvages construites sans son autorisation en Cisjordanie, a-t-on appris, vendredi 15 août auprès du ministère de la défense. Ce ministère a informé jeudi la Cour suprême que les colons de Migron, qui occupent des terres privées palestiniennes, pourront rester sur place aussi longtemps qu'une nouvelle colonie ne sera pas construite à proximité pour les accueillir, selon une porte-parole de la défense. Aucune date n'a cependant été fixée pour le transfert des colons vers le nouveau site.

La porte-parole a précisé qu'un accord avait "été signé avec le Conseil représentatif des implantations juives en Cisjordanie (Yesha) en vue du transfert de Migron sur un autre site". "Nous nous sommes engagés auprès du tribunal à annoncer dans les 45 jours le nouvel emplacement de Migron. L'implantation sera reconstruite sur des terres domaniales, dans la région, et deviendra un quartier d'une implantation existante", a-t-elle précisé Mais pour l'heure les colons de Migron ont annoncé qu'ils refusaient d'évacuer, même si Yesha donne son accord. Ils sont soutenus par l'aile la plus extrémiste des colons, notamment par un petit groupe de rabbins qui interdisent une évacuation de "toute parcelle de la Terre promise". En janvier le gouvernement s'était engagé auprès de la Cour à évacuer Migron d'ici août, disant s'efforcer de trouver un accord à l'amiable avec les colons.

"UN CADEAU FAIT AUX COLONS"

Migron compte quelque 200 résidents installés dans plusieurs maisons en dur et des dizaines de mobile homes, ainsi qu'une synagogue, un bain rituel, un jardin d'enfants et des serres, le tout relié par Israël au réseau électrique et protégé par l'armée. Le mouvement israélien anticolonisation La Paix Maintenant a dénoncé ce nouveau report de l'évacuation. "Le gouvernement a capitulé devant les menaces des colons d'user de la violence s'ils étaient évacués, alors qu'ils occupent en toute illégalité des terres privées palestiniennes", a déclaré son dirigeant Yariv Oppenheimer. "Nous n'acceptons pas le cadeau qui est fait aux colons, qui obtiennent en compensation de leur action illégale la construction d'une nouvelle colonie" a-t-il ajouté, indiquant que La Paix Maintenant poursuivrait son action en justice pour obtenir le démantèlement de Migron.

Un rapport policier interne, publié vendredi par le quotidien Haaretz, fait par ailleurs état d'une augmentation sensible des agressions commises contre des Palestiniens par des colons ou de heurts de colons avec la police et l'armée. Selon ce rapport, 429 incidents ont été enregistrés dans les six premiers mois de l'année contre 551 pour toute l'année 2007. Israël s'est engagé à plusieurs reprises auprès de Washington à démanteler les colonies sauvages de Cisjordanie, au nombre d'une centaine selon La Paix Maintenant. Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies dans les territoires occupés depuis juin 1967 sont illégales.

L'activité humaine menace d'asphyxie les eaux côtières

lu sur lemonde.fr :

L'activité humaine menace d'asphyxie les eaux côtières

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/16/en-france-vingt-zones-sont-touchees_1084453_3244.html

En France, vingt zones sont touchées
LE MONDE | 16.08.08 | 13h40 • Mis à jour le 16.08.08 | 13h40

Dans la revue Science du 15 août, Robert Diaz et Rutger Rosenberg recensent vingt sites frappés d'eutrophisation en France, principalement des estuaires et des lagunes côtières. Mais "le processus est épisodique, périodique ou saisonnier, et peu important", précise Louis-Alexandre Romana, responsable de l'environnement côtier à l'Ifremer.

Sont concernés les baies de Somme et de Vilaine (épisodique) ; l'estuaire de la Gironde et la lagune languedocienne du Prévost (périodique) ; les étangs de Berre et de Thau, les estuaires de la Loire et de la Seine (saisonnier). Auxquels s'ajoutent sans précision de périodicité les baies d'Arguenon, de Douarnenez, de la Frenaye, de Lannion, de Morlaix, de Saint-Brieuc, et Concarneau, les sites de Boulogne, Calais, Dunkerque, l'estuaire de la Canche (Picardie) et le bassin d'Arcachon.

Dans les grands estuaires, l'eutrophisation est provoquée par le mouvement des marées, qui finit par former une sorte de "bouchon vaseux" à leur sortie. L'hypoxie a lieu en été, pendant les périodes de hautes eaux qui remuent ces sédiments et accentuent la consommation d'oxygène. Sur la Vilaine, un barrage a déplacé le bouchon vaseux en amont, où il y a moins d'eau.

Dans le Languedoc-Roussillon, l'étang de Berre et l'étang de Thau connaissent des situations d'hypoxie plus marquées. Dans le premier cas, le problème vient d'EDF, qui a détourné le débit de la Durance vers l'étang de Berre pour alimenter la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. L'arrivée d'eau douce dans l'eau salée à induit une stratification et une hypoxie en été. Pour réduire ces effets, EDF a décidé de limiter ses prélèvements estivaux.

Dans l'étang de Thau, la conchyliculture alliée aux effluents domestiques est un des facteurs d'hypoxie estivale. Les coquillages filtrent beaucoup d'eau et envoient nombre de particules par le fond.

Christiane Galus
Article paru dans l'édition du 17.08.08

14.08.2008

Les Indiens occupent plusieurs bases pétrolières en Amazonie péruvienne

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/08/13/les-indiens-occupent-plusieurs-bases-petrolieres-en-amazonie-peruvienne_1083194_3222.html

Les Indiens occupent plusieurs bases pétrolières en Amazonie péruvienne
LE MONDE | 13.08.08 | 15h13 • Mis à jour le 13.08.08 | 15h13
LIMA CORRESPONDANCE

Armés de lances et le visage peint, plusieurs centaines d'Indiens d'Amazonie occupaient, mardi 12 août, une importante centrale hydroélectrique de la région de Bagua, au nord-est du Pérou, privant les villages alentour d'électricité pour la deuxième journée d'affilée. Dans la région voisine de Loreto, d'autres tribus ont pénétré de manière plus pacifique sur une base pétrolière, tandis que, dans la partie amazonienne de la région de Cusco (sud), un autre groupe empêchait l'exploitation du gisement gazier de Camisea, un des plus importants du Pérou.

Selon l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep), près de 14 000 Indiens de diverses ethnies, venant de 1 350 communautés d'Amazonie, se sont joints au mouvement de protestation contre le gouvernement, commencé le 9 août, lors de la Journée mondiale des peuples indigènes.

Habituées à vivre dans des coins reculés de la jungle, des familles entières ont rejoint différents lieux stratégiques de l'Amazonie péruvienne afin d'exiger le retrait immédiat de 38 décrets-lois promulgués pour "faciliter l'investissement privé sur les terres communales".

Selon l'Aidesep, ces décrets "fragilisent les territoires indiens d'Amazonie". Le décret-loi 1073 menace l'autonomie des peuples indigènes et le concept de propriété collective sur lesquels repose leur culture, en cherchant à privatiser leur territoire.

En juillet, ces décrets avaient déjà fait l'objet d'une grève générale nationale, lancée par les agriculteurs et les représentants des villages des Andes qui fonctionnent eux aussi sur le principe de propriété collective. "Nous apportons tout notre soutien à nos frères d'Amazonie, qui défendent leurs droits, le respect à maintenir leur autonomie, leur libre détermination et la défense de leurs terres", a lancé le président de la Confédération nationale agraire, Antolin Huascar Flores. "Lorsque l'on parle de "communautés indigènes", on parle non seulement des peuples de la jungle, mais aussi des villages de la côte et des Andes, qui voient eux aussi leurs droits fragilisés par ces décrets néfastes", a-t-il précisé.

Selon le président de l'Aidesep, Alberto Pizango Chota, le mouvement se veut pour l'instant uniquement "amazonien". "Si le gouvernement n'écoute pas nos revendications, on pourrait envisager une radicalisation des actions", a-t-il noté. "Nous, les Indiens, nous ne sommes pas violents, la seule chose que l'on souhaite est de pouvoir discuter avec le gouvernement, a-t-il ajouté. La raison pour laquelle les peuples indiens ont pris la décision de manifester est que l'Etat péruvien ne nous a jamais écoutés. Au contraire, il a commis des abus contre nos droits prévus dans les traités internationaux."

AMPLEUR DU MOUVEMENT

Pour Alberto Pizango, les décrets-lois vont à l'encontre de la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, relative aux peuples indigènes, et de la déclaration des Nations unies sur les droits des Indiens, qui insiste pour que soient consultées les communautés indiennes au sujet des lois pouvant les affecter. Des traités au nom desquels Aidesep s'oppose aussi à l'exploitation pétrolière dans de nombreuses parties de l'Amazonie péruvienne.

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement s'est engagé au dialogue avec des représentants des mouvements régionaux indiens. Une réunion est prévue vendredi 15 août, au coeur de la jungle amazonienne. Selon Aidesep, les blocages ne cesseront qu'une fois le dialogue lancé.

Chrystelle Barbier
Article paru dans l'édition du 14.08.08

ÉVIDENCES, sauf pour les "décideurs"

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/13/la-sixieme-extinction-des-especes-peut-encore-etre-evitee_1083195_3244.html

La sixième extinction des espèces peut encore être évitée
LE MONDE | 13.08.08 | 15h17 • Mis à jour le 13.08.08 | 15h17

L'espèce humaine, forte de 6,7 milliards d'individus, a tellement modifié son environnement qu'elle porte maintenant gravement atteinte à la biodiversité des espèces terrestres et marines, et à terme à sa propre survie. A tel point que des scientifiques, de plus en plus nombreux, n'hésitent pas à parler d'une sixième extinction, succédant aux cinq précédentes - dues à d'importantes modifications naturelles de l'environnement - qui ont scandé la vie sur Terre. L'Union mondiale pour la nature (UICN), qui travaille sur 41 415 espèces (sur environ 1,75 million connues) pour établir sa liste rouge annuelle, estime que 16 306 sont menacées. Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers de tous les amphibiens et 70 % de toutes les plantes évaluées sont en péril, constate l'UICN.

Est-il encore possible de freiner ce déclin des espèces, qui risque de s'amplifier quand notre planète portera 9,3 milliards d'humains en 2050 ? Les biologistes américains Paul Ehrlich et Robert Pringle (université Stanford, Californie) pensent que oui, à condition de prendre plusieurs mesures radicales sur le plan mondial. Ils les présentent dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 12 août, qui consacrent un dossier spécial à la sixième extinction.

En préambule, ces deux chercheurs n'hésitent pas à déclarer que "l'avenir de la biodiversité pour les dix prochains millions d'années sera certainement déterminé dans les cinquante à cent ans à venir par l'activité d'une seule espèce, Homo sapiens, vieille de seulement 200 000 ans". Si l'on considère que les espèces de mammifères - dont nous faisons partie - durent en moyenne un million d'années, cela place Homo sapiens au milieu de l'adolescence. Or cet "ado" mal dégrossi, "narcissique et présupposant sa propre immortalité, a maltraité l'écosystème qui l'a créé et le maintient en vie, sans souci des conséquences", ajoutent sévèrement Paul Ehrlich et Robert Pringle.

SURCONSOMMATION

Il faut donc, selon eux, insuffler un changement profond dans les mentalités, de façon à porter un autre regard sur la nature. Car, disent-ils, "l'idée que la croissance économique est indépendante de la santé de l'environnement et que l'humanité peut étendre indéfiniment son économie est une dangereuse illusion". Pour contrer cette dérive, il faut commencer par maîtriser l'expansion démographique et diminuer notre surconsommation des ressources naturelles, dont une bonne part sert à assouvir des goûts superflus et non des besoins fondamentaux. La pisciculture et l'aviculture sont par exemple moins coûteuses en transport et en fioul que l'élevage des porcs et des boeufs, réunis dans le sacro-saint cheeseburger au bacon...

Autre angle d'attaque : les services offerts par la biosphère sont nombreux et gratuits. Elle fournit les matières premières, les systèmes naturels de filtration des eaux, le stockage du carbone par les forêts, la prévention de l'érosion et des inondations par la végétation, et la pollinisation des plantes par des insectes et des oiseaux. A elle seule, cette dernière activité pèse 1,5 milliard de dollars aux Etats-Unis. Aussi serait-il souhaitable d'évaluer le coût des services offerts par la nature et de l'intégrer dans les calculs économiques pour assurer leur protection.

Pour financer le développement des zones protégées, pas assez nombreuses et trop morcelées, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent de faire appel à des fondations privées dédiées à la conservation. Ce qui coûte moins cher au contribuable et permet de générer des sommes importantes. Au Costa Rica, un fonds de ce genre, Paz con la naturaleza, a drainé 500 millions de dollars, somme qui servira à financer le système de conservation du pays. On peut aussi associer plus étroitement pasteurs et agriculteurs à la préservation de la biodiversité, en évitant de leur imposer des décisions sur lesquelles ils n'ont pas prise, et à condition qu'ils y trouvent leur compte. Cela passe par des explications et une meilleure éducation dans ce domaine. Mais rien n'empêche aussi de restaurer les habitats dégradés.

Cependant, les deux chercheurs s'inquiètent du divorce croissant, dans les pays industrialisés, entre la population et la nature, divorce dû à l'utilisation intensive du multimédia. Ils remarquent que, "aux Etats-Unis, la montée des médias électroniques a coïncidé avec une baisse importante des visites des parcs nationaux, après cinquante ans de croissance ininterrompue". Et il semble que des phénomènes similaires aient lieu dans d'autres pays développés. Aussi, avec un sens certain de l'à-propos, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent-ils d'ajouter une dimension écologique aux univers virtuels les plus connus, tel Second Life.

Christiane Galus
Les grandes extinctions du passé

Les débuts de la vie remontent à 3,7 milliards d'années. Mais il a fallu attendre l'explosion du cambrien, il y a 500 millions d'années (Ma), pour qu'apparaissent les premiers organismes marins complexes. A partir de cette date, cinq grandes extinctions ont eu lieu.

LA PREMIÈRE, IL Y A 440 MA, a fait disparaître 65 % des espèces, toutes marines. Des glaciations importantes suivies d'un réchauffement auraient provoqué de grandes fluctuations des niveaux marins.

LA DEUXIÈME, IL Y A 380 MA, a causé la mort de 72 % des espèces, marines pour l'essentiel. La catastrophe serait due à un refroidissement global succédant à la chute de plusieurs météorites.

LA TROISIÈME, IL Y A 250 MA, a été si importante que la vie a failli ne pas s'en relever. On estime que 90 % de toutes les espèces (marines et terrestres) ont disparu. Les causes de la catastrophe sont encore en débat, mais on pense que d'immenses coulées de lave en Sibérie, peut-être provoquées par la chute d'un astéroïde, ont profondément changé le climat et diminué l'oxygène dissous dans l'eau des mers.

LA QUATRIÈME, IL Y A 200 MA, est associée à l'ouverture de l'océan Atlantique et à d'importantes coulées de lave qui ont réchauffé le climat. 65 % des espèces ont péri.

LA CINQUIÈME, IL Y A 65 MA, est la plus connue, car elle est associée à la disparition des dinosaures et de 62 % des espèces. Les causes avancées sont la chute d'un astéroïde dans le golfe du Mexique et d'importantes coulées de lave en Inde.

PLUS PRÈS DE NOUS, AU COURS D'UNE PÉRIODE ALLANT DE 50 000 À 3 000 ANS, avant aujourd'hui, la moitié des espèces des grands mammifères pesant plus de 44 kg ont disparu. Certains chercheurs incriminent principalement l'homme et estiment que la sixième extinction, celle qui est due à l'action d'Homo sapiens a déjà commencé.

Article paru dans l'édition du 14.08.08

13.08.2008

incertitudes + bon sens = précaution

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/12/lorsque-la-science-est-muette-par-jean-yves-nau_1082771_3232.html

Analyse
Lorsque la science est muette, par Jean-Yves Nau
LE MONDE | 12.08.08 | 13h31 • Mis à jour le 12.08.08 | 13h31

Qui connaît les véritables dangers du Red Bull ? Faut-il ou pas se protéger des ondes émises chaque jour par nos téléphones portables ? Que risquent aujourd'hui les personnes vivant à proximité des récents rejets d'uranium dans les nappes phréatiques du Tricastin ? Les principales affaires sanitaires françaises de l'été ont un point commun : elles nous rappellent que les hommes de science peuvent, dans certains cas, être incapables de répondre clairement aux questions qui leur sont posées par les responsables politiques. Des questions d'autant plus fréquentes et multiformes que ces mêmes responsables ne cessent de vanter à l'opinion publique les vertus d'un indéfinissable "principe de précaution".

Au centre du questionnement sur l'industrie nucléaire et les téléphones portables figure la problématique dite des "faibles doses", combinée à une exposition de longue durée. Il est malheureusement bien établi que les accidents majeurs dans une centrale nucléaire ont des conséquences sanitaires d'ampleur, et durables. On ne dispose, en revanche, d'aucune donnée indiscutable permettant d'affirmer que, comme on pouvait théoriquement le redouter, les personnes habitant à proximité d'une telle centrale - ou celles qui y travaillent - sont exposées à un risque statistique plus élevé d'être atteint d'une affection cancéreuse.

Une récente publication illustre quelles peuvent être ici les limites des outils scientifiques. Au début de 1997, on apprenait dans les colonnes du British Medical Journal que des cas de leucémie auraient été détectés près de l'usine nucléaire de la Hague. Signé de Jean-François Viel