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29/06/2008

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (1)

lu sur liberation.fr

Un scandale de fuite radioactive contrarie les plans de Merkel
De notre correspondante à Berlin NATHALIE VERSIEUX
QUOTIDIEN : samedi 28 juin 2008

Le gouvernement allemand se serait bien passé de ce nouveau scandale… En milieu de semaine, l’opinion a appris l’existence d’une fuite radioactive dans une ancienne mine de sel reconvertie en centre de stockage à Asse, dans le centre du pays. L’affaire est d’autant plus sensible qu’Angela Merkel vient tout juste de commencer une offensive de charme pro-nucléaire auprès d’une opinion particulièrement rétive. La chancelière allemande attend les élections de l’automne 2009 pour revenir sur la décision prise par le gouvernement Schröder de fermer toutes les centrales nucléaires du pays d’ici à 2020.

Endommagés. Retour à Asse, en Basse-Saxe, où 125 000 fûts faiblement radioactifs ont été entreposés à 750 mètres de profondeur entre 1967 et 1978. Mille trois cents autres fûts de déchets «moyennement» radioactifs (mais contenant onze kilos de plutonium) gisent également à 511 mètres de profondeur. Les couches salines, géologiquement stables depuis soixante-dix millions d’années, sont considérées comme quasiment imperméables. Sauf qu’à cet endroit, le sol est en mouvement. Depuis la révélation de l’affaire, la société chargée de gérer le site a dû reconnaître qu’il lui fallait pomper chaque jour, depuis 1988, les 12 mètres cubes d’eau qui s’infiltrent quotidiennement dans la mine et entrent en contact avec un ou plusieurs fût(s) endommagé(s). Ce qui expliquerait que depuis des années, les mesures réalisées sur place font état d’une contamination au césium 137. «Selon les endroits, les relevés sont de trois à onze fois supérieurs à la norme autorisée», admettent aujourd’hui les autorités du Land. Les Verts et les habitants craignent une possible contamination de l’eau potable de la région.

Au-delà des faits, le scandale d’Asse choque d’autant plus en Allemagne qu’il met en évidence les limites des systèmes de contrôle et d’information autour du nucléaire civil. Les autorités régionales, compétentes en la matière, n’ont été informées que récemment des fuites radioactives, et n’ont pas prévenu Berlin. Les liquides pompés de la mine sont réinjectés dans d’autres mines désaffectées, sans autorisation de l’autorité de sûreté nucléaire…

Longtemps, Asse a été considéré en Allemagne comme un prototype du futur centre de stockage de Gorleben, dont le projet repose dans les tiroirs du gouvernement depuis des années. Depuis la révélation des fuites, Berlin tente de relativiser les points communs entre les deux sites.

La période actuelle est, de fait, décisive pour l’avenir du nucléaire civil outre-Rhin. La CDU, le parti de la chancelière, évoque déjà, dans un document consacré à l’avenir de l’énergie en Allemagne, la «renaissance d’une technique nucléaire hautement moderne». «A moyen terme, on ne peut pas renoncer en Allemagne à l’électricité d’origine nucléaire», insistent les auteurs du document.

«Absurde». «Fermer les centrales allemandes dans douze ans pour importer du courant nucléaire de République Tchèque, de France ou de Finlande, c’est absurde», estime pour sa part Merkel. La chancelière multiplie depuis des semaines les déclarations de ce type, destinées à préparer l’opinion à un retour au nucléaire si elle était réélue l’an prochain. «Mais il faudra d’abord résoudre la question du stockage des déchets avant d’envisager la construction de nouvelles centrales», avertissent les auteurs du document de la CDU. C’était avant que n’éclate le scandale actuel.

l'eau du robinet

lu sur liberation.fr :

Tempête dans une bouteille d'eau aux Etats-Unis
http://www.flickr.com/photos/11147789@N00/128127862/
La Conférence des maires des Etats-Unis a voté en juin une résolution appelant les municipalités à privilégier l'eau du robinet pour des raisons écologiques.
LIBELABO.FR
LIBERATION.FR : samedi 28 juin 2008
Un mouvement grandissant aux Etats-Unis s'oppose à la consommation régulière d'eau en bouteille en raison du gaspillage de plastique et des coûts énergétiques générés par son acheminement.

Illustrant cette tendance, la Conférence des maires des Etats-Unis a voté en juin une résolution appelant les municipalités à abandonner progressivement l'eau en bouteille et à promouvoir l'importance des réserves publiques d'eau potable.

Pour Janet Larsen, directrice de recherche à l'Earth Policy Institute, il existe "un rejet de l'eau en bouteille car de plus en plus de personnes réalisent qu'elle n'est pas meilleure que celle qui sort du robinet".

L'Institut Pacifique, un groupe de réflexion sur les questions de développement durable basé en Californie, soutient que la fabrication de bouteilles pour la consommation américaine en eau a requis l'équivalent de 17 millions de barils de pétrole en 2006, sans compter l'énergie utilisée pour le transport, a rejeté 2,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone et nécessité trois litres d'eau pour chaque litre d'eau produit.

Cette opposition survient à un moment où les ventes d'eau embouteillée connaissent une forte hausse aux Etats-Unis, peut-être liée à la peur d'une éventuelle contamination de l'eau du robinet, même si des opposants au secteur de l'eau embouteillée affirment que le matraquage publicitaire en est le facteur principal.

Le Conseil de défense des ressources naturelles a conclu que "la plupart des eaux testées étaient de très bonne qualité (même si) quelques marques étaient contaminées", tout en relevant que l'eau en bouteille "subit des tests" moins drastiques et "a des normes de pureté moins rigoureuses que ce qui s'applique à l'eau du robinet".

De plus, selon ce groupe, "environ un quart de l'eau en bouteille est en réalité de l'eau du robinet embouteillée". Les réglementations gouvernementales "autorisent les embouteilleurs à qualifier leur produit d'eau de source même s'ils l'ont puisée à l'aide d'une pompe et peut être traitée avec des produits chimiques".

Selon le groupe de consultants Beverage Marketing Corp, les Etats-Unis sont les plus gros consommateurs d'eau en bouteille au monde avec environ 33 milliards de litres d'eau bus en 2007.

Mais, en terme de consommation par personne, les Américains, avec 109 litres par an, n'arrivent qu'en cinquième position derrière les Italiens, qui en consomment deux fois plus, les Emiratis, les Mexicains et les Français.

Kevin Keane, de l'association américaine des boissons, souligne en outre que l'eau en bouteille est nécessaire aux communautés touchées par des catastrophes naturelles et dont les réseaux publics d'approvisionnement en eau sont infectés.

Mais, au-delà des questions de sécurité et d'environnement, certains militants accusent l'industrie de l'eau embouteillée de s'approprier une ressource publique.

Dans le Maine (nord-est), l'accès à un important bassin par Poland Spring, grand embouteilleur américain appartenant à la société suisse Nestlé, soulève la controverse. "Nestlé ruine les ruisseaux, les étangs, les puits et les bassins aquifères", soutient Judy Grant, de l'organisation militante Corporate Accountability.

Joe Doss, président de l'Association internationale de l'eau en bouteille, déplore "que cela tourne au débat entre eau du robinet et eau embouteillée" puisque, selon lui, la plupart des gens boivent les deux. L'eau en bouteille représente une infime partie des déchets en plastique non recyclés, affirme-t-il. Les efforts de recyclage doivent provenir de l'ensemble des industries, pas seulement des embouteilleurs, ajoute-t-il.

27/06/2008

Changement climatique : Les plantes forestières grimpent avec la température

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/27/les-plantes-forestieres-grimpent-avec-la-temperature_1063634_3244.html

Les plantes forestières grimpent avec la température
LE MONDE | 27.06.08 | 15h26 • Mis à jour le 27.06.08 | 15h26

'est un signal de plus attestant de l'impact du changement climatique sur les écosystèmes. Poussées par la hausse de la colonne de mercure, les plantes forestières montent en altitude, pour retrouver des conditions favorables à leur développement.

Dans la revue Science du vendredi 27 juin, une équipe franco-chilienne livre les résultats d'une étude portant sur 171 espèces végétales (herbes, arbustes et arbres) s'étageant entre 0 et 2 600 mètres d'altitude, sur les pentes de six chaînes de montagnes (Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges et massif corse). En utilisant les relevés forestiers qui, depuis le début du siècle passé, consignent la distribution géographique de ces plantes, ils ont constaté qu'entre 1971 et 1993, les végétaux avaient grimpé de 65 mètres. Soit une moyenne de 29 mètres par décennie.

Les auteurs corrèlent cette montée avec l'élévation des températures enregistrées dans les massifs français. Celles-ci montrent en effet un réchauffement très marqué depuis les années 1980, pouvant atteindre près de 1o C dans certaines régions alpines.

Cette migration, explique Jonathan Lenoir, thésard à AgroParisTech (ex-Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts de Nancy), s'opère par le jeu de la dispersion des graines : "Il existe, pour chaque espèce, une plage optimale de températures favorisant sa reproduction. Du fait du réchauffement, les graines disséminées le plus haut bénéficient de conditions plus propices à leur germination."

ESPÈCES DE MONTAGNE

Ce processus est corroboré par le fait que les déplacements les plus importants sont observés pour les espèces de montagne comme Orthilia secunda (pyrole unilatérale, petite plante de sous-bois poussant entre 800 mètres et 2 000 mètres d'altitude), qui sont plus sensibles au changement climatique ; et pour les espèces herbacées comme Galium rotundifolium (gaillet à feuilles rondes, que l'on trouve principalement dans les sapinières), dont la durée de vie est courte. A l'inverse, les espèces ligneuses comme Sorbus aria (alisier blanc, ou sorbier des Alpes), dont le cycle de reproduction est plus long, sont moins affectées. Bien que cantonnés aux massifs français, ces résultats, estiment les chercheurs, sont sans doute "extrapolables".

D'autres études ont mis en évidence le changement d'aire de répartition d'espèces végétales ou animales, en s'attachant à leurs mouvements en latitude (généralement vers le nord) ou en se focalisant sur les seules zones d'altitude. L'intérêt de cette publication est de couvrir un biotope étendu, avec une amplitude de températures moyennes, de la plaine aux cimes, de près de 20 degrés.

Les auteurs n'ont pas cherché à savoir si l'escalade des plantes grimpeuses s'accompagnait de la disparition, ou au contraire de la prolifération de certaines espèces. De précédents travaux indiquaient que des insectes amateurs de grand froid, comme des papillons damiers ou certains taupins (coléoptères), étaient, dans leurs niches montagneuses, menacés d'extinction.

Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 28.06.08

25/06/2008

Un climatologue de la NASA accuse les pétroliers de "crime contre l'humanité et la nature"

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/25/un-climatologue-de-la-nasa-accuse-les-petroliers-de-crime-contre-l-humanite_1062472_3244.html

Un climatologue de la NASA accuse les pétroliers de "crime contre l'humanité et la nature"
LE MONDE | 25.06.08 | 12h38

Jeudi 23 juin 1988, sous une canicule inédite, le climatologue James Hansen témoignait devant une commission parlementaire du Congrès des Etats-Unis. Ignorant les précautions affichées à l'époque par l'ensemble de la communauté scientifique, il annonçait être certain à "99 %" que le climat terrestre était entré dans une période de réchauffement provoqué par les activités humaines.

Très médiatisée, l'intervention est demeurée dans les annales comme l'entrée du changement climatique dans le débat public… Invité par des représentants démocrates, lundi 23 juin, à s'exprimer à nouveau devant une commission du Congrès, James Hansen, 67 ans, a réitéré ses avertissements avec aussi peu de réserves qu'il y a vingt ans.

Largement diffusé sur Internet, le texte de son intervention dresse d'abord l'état des lieux des connaissances sur le climat. Selon le directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS) – l'un des principaux laboratoires de sciences climatiques de la NASA –, la machine climatique est proche d'un "dangereux point de bascule". Il faut, dit-il, réformer les pratiques agricoles et forestières, taxer le carbone, établir un moratoire sur la construction de nouvelles centrales à charbon et bannir complètement ces dernières, à l'échelle mondiale, d'ici à 2030.

Le chercheur prédit une élévation du niveau des mers d'environ 2 mètres à la fin de ce siècle si rien n'est entrepris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre – estimation très supérieure à celles généralement énoncées.

"L'ALARMISTE EN CHEF"

Surtout, M. Hansen dénonce "le vaste décalage entre ce qui est compris par la communauté scientifique compétente et ce qui est connu par les décideurs et le grand public". Pour expliquer le peu d'actions entreprises depuis vingt ans pour entraver le changement climatique, il met en cause les "intérêts particuliers" privilégiant leurs "profits à court terme".

Le propos est d'une violence inhabituelle. "Des sociétés ayant leurs intérêts dans les combustibles fossiles ont propagé le doute sur le réchauffement, de la même manière que les cigarettiers avaient cherché à discréditer le lien entre la consommation de tabac et le cancer, écrit M. Hansen. Les PDG de ces sociétés savent ce qu'ils font et connaissent les conséquences sur le long terme d'un scénario business as usual'', ajoute le chercheur. A mon avis, ces dirigeants devraient être poursuivis pour crime contre l'humanité et la nature."

En dépit de sa réputation scientifique, James Hansen, surnommé "l'alarmiste en chef" par ses détracteurs, est régulièrement au centre de polémiques. Fin 2007, témoignant devant une commission chargée de statuer sur la construction d'une centrale à charbon dans l'Iowa, il avait comparé les convois de houille aux "trains de la mort" sillonnant l'Europe pendant la seconde guerre mondiale.

En 2005, il avait révélé dans le New York Times que son travail était soumis à une censure politique de l'administration centrale de la NASA, visant à ne pas fragiliser les positions de la Maison Blanche. L'administrateur de l'Agence spatiale américaine Michael Griffin avait démenti qu'un système de censure ait été formellement en place au sein de son administration.

Rendue publique le 2 juin, une enquête interne de la NASA a cependant conclu que "le département des affaires publiques du quartier général de la NASA avait traité le sujet du changement climatique de manière à réduire, marginaliser ou distordre les résultats des sciences du climat".

Stéphane Foucart

23/06/2008

La recette de l'intelligence

lu dans le monde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/23/la-recette-de-l-intelligence-du-temps-et-plus-de-proteines_1061714_3244.html

Compte rendu
La recette de l'intelligence : du temps et plus de protéines
LE MONDE | 23.06.08 | 15h04 • Mis à jour le 23.06.08 | 15h04

'intelligence ne dépend pas seulement de la taille du cerveau, ou du nombre des neurones qui le composent. L'un des facteurs déterminants serait la diversité moléculaire dans la composition des synapses, ces points de liaison entre les cellules nerveuses. C'est ce qui ressort d'une étude menée par des chercheurs du Wellcome Trust Sanger Institute et des universités d'Edimbourg et de Keele, au Royaume-Uni, qui ont procédé à une comparaison des synapses de différentes espèces animales.

Leurs travaux, publiés sur le site Internet de la revue Nature Neuroscience, début juin, ont consisté à analyser la diversité des protéines intervenant dans le fonctionnement des synapses d'invertébrés - comme la mouche - et de vertébrés, dont l'homme. Ils ont inclus dans leur comparaison la levure, organisme unicellulaire, certes dépourvu de système nerveux, mais représentatif des premiers stades de la vie. Il en ressort qu'au fil des millions d'années, la qualité et la complexité des connexions nerveuses se sont accrues. Cette évolution aurait permis l'émergence du cerveau actuel des vertébrés.

L'équipe britannique a constaté que le cerveau était encore plus complexe qu'on ne le croyait. "La vue simpliste selon laquelle "plus de nerfs" expliquerait une plus grande puissance cérébrale ne résiste pas à notre étude, explique le professeur Seth Grant, chef du projet. Personne ne s'était encore intéressé à la composition moléculaire des connexions neuronales sous l'angle comparatif. Nous avons trouvé des différences importantes dans le nombre de protéines."

L'une des forces de cette étude est de replacer le cerveau dans son évolution moléculaire. Le nombre et la complexité des protéines auraient explosé lors de l'apparition des animaux multicellulaires. Une seconde vague aurait accompagné l'émergence des vertébrés, il y a 500 millions d'années. Les protéines propres aux vertébrés leur auraient conféré un éventail plus large de comportements, incluant des fonctions mentales plus performantes.

"KIT DE BASE"

Les chercheurs britanniques ont identifié un "kit de base" d'environ 150 protéines, présent jusque chez les êtres vivants les plus simples et impliqué dans les comportements les plus essentiels, comme la réponse au stress chez la levure. "Cet ensemble de protéines pourrait représenter les origines ancestrales du cerveau", écrivent les chercheurs. Ils font l'hypothèse que l'évolution de la complexité des synapses à partir de cette "proto-synapse" a contribué à la différenciation entre les invertébrés et les vertébrés. Mais aussi chez ces derniers, à l'apparition d'aires cérébrales diversifiées.

Jean Rossier, directeur de recherche à l'Inserm et professeur de biologie à l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle, invite cependant à relativiser les résultats de cette étude. "On peut difficilement tout expliquer par la molécule, surtout dans une structure aussi complexe que le cerveau, pour caractériser l'intelligence, estime-t-il. Ce travail de base, important, décrit les pièces du puzzle cérébral, mais il ne nous en donne pas l'image générale."

Xavier Venutolo
Article paru dans l'édition du 24.06.08

18:51 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0)

21/06/2008

La réduction de la banquise menace de libérer les stocks de carbone du pergélisol arctique

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/19/la-reduction-de-la-banquise-menace-de-liberer-les-stocks-de-carbone-du-pergelisol-arctique_1060296_0.html

Compte rendu
La réduction de la banquise menace de libérer les stocks de carbone du pergélisol arctique
LE MONDE | 19.06.08 | 15h37 • Mis à jour le 19.06.08 | 15h37

Pour le grand public, la perte estivale de la banquise arctique est surtout synonyme de réduction du territoire de chasse de l'ours polaire. Pour les scientifiques, ce phénomène a d'autres implications. D'abord, il modifie l'indice de réflexivité de la Terre : celle-ci absorbe plus de rayonnement lumineux - donc plus de chaleur - lorsque les surfaces de glace diminuent.

Ce n'est pas tout : des chercheurs américains suggèrent, dans la dernière édition de la revue Geophysical Research Letters (GRL), que les épisodes de réduction rapide de la glace de mer ont une répercussion sur le pergélisol (ou permafrost), les sols perpétuellement gelés - et très riches en carbone - de l'Alaska et des hautes latitudes canadiennes et russes. Selon David Lawrence et ses coauteurs du National Center for Atmospheric Research (NCAR), le "signal thermique" de la contraction de la banquise se traduit en effet par une augmentation des températures "jusqu'à 1 500 km" à l'intérieur des terres.

Entre août et octobre 2007, l'englacement de l'océan Arctique a été de 40 % inférieur à la valeur moyenne des années 1980. Au cours de cet épisode exceptionnel, les températures mesurées dans l'intérieur des terres ont excédé de 2 oC les moyennes relevées entre 1978 et 2006.

Pour valider l'hypothèse d'un lien entre les deux phénomènes, les chercheurs ont utilisé des modèles numériques auxquels ils ont "prescrit" une perte rapide de banquise. Résultat : leurs simulations montrent que les terres arctiques se réchauffent 3,5 fois plus vite que ne le prédisent les modèles climatiques globaux.

Ainsi, selon ces scientifiques, la répétition d'épisodes comparables à celui de l'été 2007 pourrait contribuer à fragiliser l'immense stock de carbone que renferme le pergélisol. Les prévisions de dix-neuf équipes de glaciologues réunies au sein du programme Study of Environmental Arctic Changes (Search), qui viennent d'être rendues publiques, indiquent d'ailleurs que l'été prochain a toutes les chances de voir une réduction de banquise comparable à celle de l'an passé.

L'étude de David Lawrence et de ses coauteurs ne tient pas compte d'un autre phénomène, récemment modélisé par des laboratoires français. "Lorsque le pergélisol, riche en biomasse, commence à dégeler, l'activité microbienne démarre, explique Gerhard Krinner (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement), coauteur de ces travaux, également publiés dans GRL. Or ce métabolisme développe de la chaleur qui, elle-même, accélère le réchauffement du sol et ainsi la décomposition de la biomasse, et donc l'émission de dioxyde de carbone ou de méthane."

Dans le scénario d'un réchauffement modéré, "il faudra environ deux siècles pour que le cercle vicieux s'enclenche de manière irréversible et que la quasi-totalité du carbone stocké dans le pergélisol ne soit relâché dans l'atmosphère, et ce en peu de temps, c'est-à-dire cinquante à cent ans", dit Philippe Ciais (CEA), coauteur de l'étude. L'inquiétude des scientifiques est réelle : le pergélisol stocke près de quatre fois le carbone contenu dans l'ensemble des réserves de pétrole.

Stéphane Foucart
Article paru dans l'édition du 20.06.08.

Il est urgent de sauver les sols

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/21/il-est-urgent-de-sauver-les-sols_1061230_0.html

Il est urgent de sauver les sols
LE MONDE | 21.06.08 | 14h53 • Mis à jour le 21.06.08 | 14h54

Daniel Nahon est professeur de géochimie à l'université Paul-Cézanne d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Grand connaisseur des fragilités de la Terre, il tire la sonnette d'alarme. "Les sols n'en peuvent plus. Nous sommes au bord de l'abîme et, si cela continue, il y aura des famines", s'emporte-t-il. A force de pollution industrielle, de pesticides à hautes doses, d'urbanisation forcenée, d'érosion, de déforestation et d'irrigation mal contrôlée, près d'un quart des terres utilisables dans le monde, en effet, sont déjà dégradées. Et leur proportion par habitant se réduit comme peau de chagrin, quand il faudrait doubler la production agricole, d'ici à 2050, pour nourrir 9 milliards de Terriens.


"Il règne à ce sujet un véritable illettrisme, une méconnaissance de la structure et du fonctionnement des sols, tant chez les politiques que dans les médias, et même chez de nombreux scientifiques, poursuit le géochimiste. Alors qu'il faudrait fournir un véritable effort de guerre pour affronter le défi à venir !" Lassé de l'indifférence quasi générale sur cette question cruciale, Daniel Nahon a publié L'Epuisement de la terre, l'enjeu du XXIe siècle (Odile Jacob). Il y rappelle que le sol cultivable, qui a permis à l'homme de passer du stade de chasseur-cueilleur à l'agriculture, a mis des milliers d'années pour se constituer.

Il a fallu pour cela que la roche mère se décompose, puis qu'elle soit fertilisée par le lent travail des plantes et des bactéries. Non renouvelable, ce patrimoine devrait être considéré comme un bien mondial à protéger. D'autant plus précieux qu'en l'état actuel de nos connaissances techniques, on ne peut se passer des sols pour les cultures.

Pays riches, pays pauvres, pays émergents : la détérioration des sols touche toutes les régions du globe. Certaines parties de la Chine et de l'Inde connaissent d'importants problèmes d'érosion et de pollution. Au Brésil, les sols gagnés sur la forêt amazonienne s'appauvrissent. Christian Valentin, directeur d'une unité de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), précise que cette dégradation touche plus particulièrement deux régions : les sols sableux du Sahel, très peu fertiles et sensibles à l'érosion éolienne, et les sols de montagne des pays d'Asie du Sud-Est. Dans les deux cas, l'extension des aires cultivées s'est faite aux dépens des jachères, des forêts ou des zones de parcours, éléments protecteurs des sols.

Enrayer ce déclin ? Ici ou là, quelques initiatives vont dans ce sens. Au Burkina Faso, par exemple, une poignée de paysans remettent au goût du jour les techniques agricoles traditionnelles (Le Monde du 18 juin). Mais il en faudrait beaucoup plus pour que les sols se stabilisent. D'autant que, dans ce domaine, l'Europe occidentale, et notamment la France, a aussi du souci à se faire.

Rien que dans l'Hexagone, "l'urbanisation - routes et villes - provoque à elle seule la disparition de 60 000 hectares de bonnes terres arables par an", explique Dominique Arrouays, directeur de l'unité Infosol à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) d'Orléans (Loiret). "Cela représente en dix ans l'équivalent d'un département français !", dit-il. A cela s'ajoute l'érosion, que va inévitablement amplifier la montée en puissance des phénomènes météorologiques extrêmes. Une seule pluie très forte, si elle survient sur une zone en pente, suffit en effet à faire disparaître 50 tonnes de terre... Avec, à terme, un réel danger de désertification.

Face à ce danger croissant, une prise de conscience se fait jour. Mais elle reste bien timide. En novembre 2007, le Parlement européen a adopté une proposition de directive sur la protection des sols, dont la portée a toutefois été amoindrie par une série d'amendements. Les choses sont un peu plus avancées en France, où a été créé, en 2001, le groupement d'intérêt scientifique Sol. Destiné à surveiller la qualité des terres, il a pour but de réaliser un inventaire des sols tous les dix ans pour observer leur évolution, à l'aide d'un maillage systématique du territoire français : 2 000 sites sont déjà en place, et 200 de plus sont prévus d'ici à la fin de l'année. En parallèle sera réalisée une cartographie de la qualité des sols qui devrait être terminée en 2012.

Mais les chercheurs voient déjà plus loin et imaginent d'autres fonctions pour les terres arables. "Jusqu'à présent, celles-ci servaient uniquement de support pour les cultures. Demain, elles devront fournir des services supplémentaires en relation avec la sauvegarde de l'environnement", affirme Guy Richard, directeur de l'unité science du sol à l'INRA d'Orléans. On leur demandera peut-être de lutter contre le réchauffement climatique en piégeant le carbone, de mieux filtrer l'eau, de recycler les déchets urbains ; ou encore de participer au maintien de la biodiversité. Autant de fonctions nouvelles qui pourraient contribuer à un cercle vertueux, puisqu'elles assureraient du même coup la pérennité des sols qui s'y consacreraient.

Pour piéger le carbone, il faudra éviter les labours profonds qui fragmentent le sol, accélèrent la décomposition des matières organiques et libèrent du gaz carbonique. Cela nécessitera de réduire le travail de la terre, qui sera réalisé sur une profondeur plus faible : on se contentera par exemple de semis directs, qui ne nécessitent qu'un grattage en surface pour introduire la graine. "Plutôt que le laisser tout nu entre deux récoltes, on cherchera également à maintenir une couverture permanente du sol", ajoute Guy Richard. Ce qui lui permettra de lutter contre certaines maladies et contre la pollution - à l'instar de ce que l'on observe avec les plantations de moutarde qui, organisées entre les périodes de culture du blé et du maïs, permettent de piéger les nitrates provenant de la décomposition végétale après récolte.

Apprendra-t-on également, dans un avenir proche, à orienter l'activité microbienne des sols afin d'améliorer la filtration de l'eau ? A analyser les terres pour repérer les plus propices au recyclage des déchets ? Dans tous ces domaines, les recherches doivent encore être poursuivies. Mais il est aussi des solutions plus classiques pour préserver les sols. Diminuer les pesticides, laisser sur place les débris végétaux, étudier le paysage pour limiter l'érosion en fonction du relief... Des solutions qui ne demandent pas d'efforts gigantesques, mais simplement un peu plus d'égards vis-à-vis de ce manteau d'arlequin qui nous fait vivre. Même si, pensent les plus alarmistes, les meilleures mesures de protection ne suffiront pas à nourrir l'humanité d'ici à 2050.

Pour relever ce défi, "plusieurs sauts technologiques majeurs seront nécessaires", estime Daniel Nahon. Et l'on ne pourra éviter, selon lui, l'utilisation des plantes transgéniques. Les seules à permettre les cultures sur les sols arides et salés, malheureusement de plus en plus nombreux.

Christiane Galus

Article paru dans l'édition du 22.06.08.
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Repères:

TERRES CULTIVABLES
Sur 13,5 milliards d'hectares de terres émergées, 22 % (soit 3 milliards) peuvent être cultivés, dont la moitié environ sont exploités (chiffres de la FAO). Au cours des dernières décennies, 50 millions d'hectares sont devenus impropres à toute culture par salinisation.

ÉROSION
Dans les pays tempérés, l'érosion varie en moyenne, selon le terrain, de 0,5 à 20 tonnes de terre par hectare et par an. Ce taux peut monter jusqu'à 200 t/ha/an dans les régions tropicales à fortes précipitations.

À LIRE
L'Epuisement de la terre, l'enjeu du XXIe siècle, de Daniel Nahon, éd. Odile Jacob, 2008, 240 p., 25,90 euros.

19/06/2008

le ROUND-UP de MONSANTO et la division cellulaire : une étude






07/05: interview de Robert Bellé, professeur à l'Université de Roscoff - Ma-Tvideo France3
07/05: interview de Robert Bellé, professeur à l'Université de Roscoff - Ma-Tvideo France3



Description :
voir l'interview de robert Bellé, Prof. à l'Univ. Pierre et Marie Curie Unité Mer et santé Roscoff


Vidéo ajoutée le : 07-05-2008 16:25:09
Catégories : Régions Télévision Actualités
Mots-clés : eau campagne université rivières pesticide grenelle roscoff round-up désherbant eau-et-rivières bellé

Langue : Français
Lieu de tournage : France / 29000


Adresse de la vidéo : http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoafYzc3.html
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Europe : La France veut supprimer toute contrainte sur la dépollution des sols

à lire sur MÉDIAPART (lien ci-contre) :

La France veut supprimer toute contrainte sur la dépollution des sols
Par Jade Lindgaard

Une proposition française de directive européenne sur la protection des sols dessine un cadre juridique flou et très peu contraignant pour les Etats membres et les responsables d'activités polluantes (industrie, agriculture, exploitation forestière). Le mauvais état des sols contribue pourtant au dérèglement climatique, question dont Jean-Louis Borloo veut faire une des priorités de la présidence française de l'Union européenne. Explications.

extrait :
..."Pour Arnaud Gossement, porte-parole de France nature environnement (FNE), qui a eu accès à la proposition française de nouvelle directive, «ce texte détruit les obligations en matière de pollution des sols. L'administration en charge des sols pollués au Meeddat tente de le flinguer définitivement. Ce qui surprend, c'est le décalage entre le peu d'attention portée dans le grand public et l'activisme forcené des cabinets de lobbies qui ont compris que l'essentiel est de prévenir toute définition de mesures contraignantes pour l'industrie»."...

18/06/2008

l'agriculture dans le Sahel

lu dans lemonde.fr
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/17/au-burkina-faso-des-paysans-font-reverdir-le-sahel_1059201_3244.html

Reportage
Au Burkina, la désertification n'est plus une fatalité
LE MONDE | 17.06.08 | 15h34 • Mis à jour le 17.06.08 | 20h26

GOURCY (BURKINA FASO) ENVOYÉE SPÉCIALE

Un cheval est attaché à l'entrée de la cour d'Ali Ouedraogo, dans la bourgade de Gourcy, à 150 km au nord de Ouagadougou, la capitale burkinabée, en plein Sahel. Ce n'est pas banal : l'animal est un signe de réussite, la preuve qu'à 78 ans, Ali Ouedraogo vit mieux que ses voisins, paysans comme lui. Au milieu de sa cour, trois greniers circulaires sont remplis de sorgho à ras bord. Il y a là de quoi nourrir toute la famille jusqu'à la prochaine récolte, en septembre, peut-être même plus. Quarante personnes, dont une ribambelle d'enfants, en vivent, alors que d'autres familles sont déjà à court. Elles devront survivre avec le babenda, un plat de disette au goût d'épinards fades, constitué d'une poignée de céréales et de brassées de feuilles.

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Eclairage L'exode rural n'améliore pas systématiquement la sécurité alimentaire
Forum Environnement

Les champs d'Ali Ouedraogo ne ressemblent pas à ceux de ses voisins. Ici, l'habitude, c'est de déboiser, de planter et de récolter, jusqu'à épuisement des sols, puis de recommencer un peu plus loin. Les paysans laissent derrière eux un zipellé. Une terre stérile, aussi nue que du carrelage. Plus la population augmente, plus le besoin en terres est grand, et plus le sol s'épuise. C'est l'engrenage de la désertification, aggravé par les facteurs climatiques.

Pour Ali Ouedraogo, tout a changé en 1983. "A ce moment-là, la situation était très dure, raconte-t-il. Les pluies manquaient, les récoltes étaient mauvaises, j'envisageais de quitter la région." Beaucoup émigrent. Lui choisit de rester, et d'aménager des terres dégradées, dont personne ne veut à l'époque. Avec l'aide d'une organisation non gouvernementale (ONG) investie dans la lutte contre la désertification, il va peu à peu leur faire battre des records de productivité. Il récolte aujourd'hui en moyenne 1 500 kg de sorgho à l'hectare, contre 800 kg pour les meilleures terres des environs.

Pour cela, pas besoin de machines agricoles, d'engrais chimiques ou de semences miraculeuses. Les paysans ne pourraient pas se les payer. Pas de barrage non plus, le relief ne s'y prête pas. Il faut des pierres, des pioches, des pelles, un niveau pour calculer le sens de l'écoulement de l'eau, et beaucoup de main-d'oeuvre. L'objectif est d'empêcher l'érosion et de retenir un maximum d'eau dans le sol.

"Il s'agit de techniques paysannes traditionnelles, améliorées par des techniciens agricoles", explique Matthieu Ouedraogo, qui forme les agriculteurs. Dans les champs, des alignements de pierres, baptisés cordons pierreux, sont aménagés le long des courbes de niveau, dessinant de petites terrasses. Des arbres y sont plantés. Des retenues en forme de demi-lune piègent l'eau dans de micro-cuvettes. Les "zaï", des trous profonds de 20 centimètres où des graines sont plantées dans du fumier, permettent une infiltration de l'eau en profondeur.

"Tous ces aménagements freinent le ruissellement de l'eau, poursuit Matthieu Ouedraogo. Peu à peu la terre se régénère." Et les arbres qui poussent sur les parcelles fourniront du bois de chauffe qui ne sera plus prélevé en brousse...

"Avec ces techniques, on peut faire reverdir le Sahel, affirme Souleymane Ouedraogo, chercheur à l'Institut de l'environnement et de recherches agricoles (Inera). On stoppe la désertification, on augmente la fertilité des terres, donc les rendements des céréales et du fourrage pour le bétail, on récupère de la biodiversité." Il suffit de quatre ou cinq ans pour obtenir de bons résultats sur des terres dégradées.

Pourquoi, alors, tout le Sahel n'est-il pas converti ? Au Burkina Faso, environ 300 000 hectares seraient aménagés, soit moins de 9 % de la surface cultivable du pays. "Ces techniques ne sont pas très coûteuses, mais il faut quand même un investissement initial", explique Bertrand Reysset, ingénieur agronome au Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), qui regroupe neuf Etats de la région.

Cet investissement s'élève en moyenne à 130 euros par hectare. Il faut louer un camion et payer l'essence pour aller chercher les pierres, acheter un minimum de matériel, payer de la main-d'oeuvre pendant les travaux. Une formation et un suivi sont nécessaires. Tout cela est hors de portée des paysans qui travaillent à la houe, pliés en deux dans les champs. Les banques ne leur font pas crédit. Les projets mis en oeuvre l'ont été grâce à des ONG.

Ces techniques, expérimentées depuis les années 1980 dans le cadre de la lutte contre la désertification, seraient très utiles pour s'adapter au changement climatique. "Les modèles climatiques prévoient une augmentation de la fréquence des événements extrêmes, un allongement de la saison sèche, des précipitations plus concentrées et torrentielles, détaille Edwige Botoni, expert en gestion des ressources naturelles au Cilss. Cela aura un impact négatif sur la productivité du sol."

La saison des pluies 2007 en a été l'exemple parfait. Elle a commencé tardivement et toute l'eau s'est abattue en même temps, en août, entraînant des inondations. "Lutte contre la désertification et adaptation au changement climatique se recoupent à 90 %", affirme Bertrand Reysset.

Tous espèrent que la crise alimentaire mondiale fera bouger les choses. Ils ont entendu le discours de Nicolas Sarkozy, qui a appelé à "mettre le paquet sur l'agriculture vivrière subsaharienne", le 3 juin à Rome, lors du sommet sur l'alimentation. L'agriculture a été un parent pauvre depuis trente ans. Elle ne représente que 5 % de l'aide publique au développement, et rares sont les Etats qui en font une priorité. Elle passe après les dispensaires, les écoles, les routes...

Dans le village de Guiè, toujours dans le nord du pays, l'ONG Terre verte est arrivée à des résultats particulièrement spectaculaires, en créant un "bocage sahélien", selon l'expression de son fondateur, Henri Girard, un ingénieur agronome français. Des haies protègent les sols de l'érosion. Avec une mécanisation minimale, une petite dose d'engrais chimique, des variétés sélectionnées et des rotations culturales bien choisies, la zone a reverdi et les rendements sont quatre fois supérieurs à la moyenne.

"C'est la preuve qu'il n'y a pas de fatalité, que même avec nos sols et sous nos climats, tout est possible", commente Hamado Sawadogo, agropédologue à l'Inera. L'investissement initial a été de 400 euros par hectare. Mais l'évolution des pratiques exige aussi un changement des mentalités. "Les gens ici sont fatalistes : si je suis pauvre, si j'ai raté ma récolte, c'est que Dieu l'a voulu, explique Henri Girard. Mais certains se lèvent. Tous les 50 km, quelqu'un est prêt à bouger."
Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 18.06.08.

07/06/2008

PCB et amateurs de poisson

lu sur www.univers-nature.com
30-05-2008

Taux records de contamination aux PCB pour les amateurs de poisson

C’est la détection d’une pollution des eaux du Rhône aux PCB (1), avec des concentrations dans les poissons jusqu’à 10 fois supérieures au seuil autorisé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui est à l’origine de l'embarrassant dossier de la contamination des eaux fluviales par les PCB, en France.

Aujourd'hui, près de 2 ans après la première interdiction de consommer des poissons du Rhône, prise à l'automne 2006 dans le département du même nom, le WWF et l'ASEP (2) publient une étude qui évalue le niveau de contamination de l’homme aux PCB.
L'étude a démarré le 4 mars avec les premiers prélèvements sanguins. Au final, 52 personnes (21 femmes et 31 hommes, d'un âge moyen de 51 ans) se sont portées volontaires, avec pour seul critère commun de ne pas avoir été en contact avec les PCB au niveau professionnel. Géographiquement, ces personnes sont très majoritairement issues du delta du Rhône (42 individus), tandis que 3 sont des pêcheurs de la Seine, 1 est pisciculteur dans la Somme, et 6 tiennent le rôle de témoins lambda en ne vivant pas à proximité des zones contaminées et en ne mangeant pas de poisson en provenant. Sur les 46 personnes vivant au bord d'un fleuve, 33 mangent du poisson qui en est issu ou provient de la mer au moins une fois par semaine, tandis que les autres en consomment de manière plus épisodique.

Taux de contamination/durée d'exposition aux PCB, des 33 personnes consommant au moins une fois par semaine du poisson.
Au regard de la contamination des poissons, le résultat des analyses sanguines apparaît fort logique. Les taux de contamination les plus élevés sont relevés dans le 'groupe 1', constitué par les 33 personnes qui consomment du poisson régulièrement, avec une moyenne de PCB qui s'établit à 69,9 pg/g (picogramme/gramme) de matière grasse, pour une fourchette variant entre 17 et 572 pg/g.
Le taux de contamination apparaît clairement dépendant de la fréquence de consommation de poisson et de l'âge du consommateur. Ainsi, au sein du groupe 1, les 15 personnes qui mangent du poisson au moins 2 fois par semaine, présentent une contamination moyenne de 93,13 pg/g avec un maxi de 572 (présenté par la personne qui en consomme le plus).

Concernant les 2 autres groupes, pour la population théoriquement pas exposée à la contamination des PCB provenant des rivières, le taux correspond globalement à celui décrit par les études internationales (16,83 pb/g), faisant apparaître une imprégnation qui augmente avec l'âge à cause du phénomène de bioaccumulation des PCB dans l'organisme.
Pour le groupe intermédiaire, l'influence de l'âge est encore sensible, mais la consommation de poisson plus ou moins régulière fait apparaître des disparités plus grandes selon les individus, avec une moyenne de contamination s'élevant à 28,03 pg/g.

Rappelons que les PCB se fixent dans la matière grasse des êtres vivants contaminés et des éventuels produits qui en sont dérivés. Ils constituent un risque potentiel pour la santé humaine avec des pathologies types : retards de croissance, problèmes de fertilité, voire cancers.

Pascal Farcy

1- Les PCB ou encore polychlorobiphényles, désignent une famille de 209 composés organochlorés classés comme polluants organiques persistants (POPS). Produites industriellement depuis 1930, ces molécules ont fait l’objet de multiples utilisations massives jusque dans les années soixante-dix pour la fabrication des transformateurs électriques et comme additifs dans les peintures, les encres et les huiles de coupe. Très peu biodégradables, leur rejet dans l’environnement a entraîné des phénomènes de bio accumulation préoccupants. Les polychlorobiphényles sont parfois dénommés à tort 'pyralènes', du nom commercial de préparations huileuses qui les intègrent dans leur composition.
Au niveau mondial, on estime que sur les 1200 millions de tonnes de PCB produites, dont 34 000 tonnes en France, et environ 400 millions ont été dispersées dans la nature.
2- L'ASEP, l'Association Santé environnement Provence regroupe plus de 300 médecins.

Cartographie des pollutions aux PCB en France

lu sur www.univers-nature.com
23-05-2008

Cartographie des pollutions aux PCB en France

L’association écologiste Robin des Bois a mis en ligne hier sur son site une cartographie répertoriant les différents bâtiments, sols et sous-sols français pollués aux PCB. Outre les archives de l’association, ce minutieux travail de recensement a bénéficié de diverses sources dont plusieurs bases de données telles BASOL (1) affiliée au ministère de l’écologie, la source nationale BASIAS (Base des Anciens Sites Industriels et Activités de Service) constituée des inventaires historiques régionaux d’activités industrielles et de services potentiellement pollueurs et enfin la base de données ARIA du Bureau d’Analyse des Risques et Pollutions Industrielles (BARPI), laquelle recense plus de 30 000 accidents technologiques.

Si les sources de pollution sont extrêmement diverses et résultent d’épandages, d’infiltrations, et de dépôts survenus lors d’activités autorisées ou illégales, le résultat, lui, reste significativement le même. Consécutives d’un mauvais fonctionnement ou d’une négligence (volontaire ou non), ces fuites sont responsables de rejets massifs de PCB (2) sur l’ensemble du territoire français. D’après les informations fournies par l’atlas, les bassins de la Seine, du Rhône, les lacs alpins, le Rhin, la Moselle, la Somme et leurs affluents, de même que le Nord Pas-de-Calais et ses canaux révèlent des traces de PCB. Toutes ces voies d’eau représentent dès lors une menace potentielle pour les écosystèmes qu’elles traversent.
De nombreux produits intégrant PCB au cours de leur fabrication, la question du traitement de ceux-ci une fois arrivés en fin de vie relance la problématique liée à ces substances toxiques. Particulièrement appréciées des industriels, ces substances ont effectivement été intégrées à la composition des encres, papiers, textiles, peintures, PVC, carburants… On les retrouve également dans les condensateurs d’appareils électroménagers et des véhicules à moteur. A durée de vie longue, on retrouve aujourd’hui ces articles dans les décharges et les sites de broyage et de recyclage.

L’engouement qu’ils ont suscité par le passé n’est pas la seule raison à invoquer pour expliquer leur prégnance actuelle. Bien que n’étant plus produits, ni utilisés en Europe depuis une vingtaine d’années, ils perdurent cependant dans les milieux contaminés. Peu solubles dans l’eau, ils se décomposent très lentement et finissent par rejoindre les sédiments déposés au sol. Cette persistance en milieu naturel explique en partie que les pollutions aux PCB recensées soient de plus en plus nombreuses alors que ces substances ne sont plus censées être commercialisées.

Mais alors que l’on ignore encore l’étendue des dégâts générés par les pollutions passées, les fuites continuent. Ainsi, dans le Loiret, l’alerte a été donnée suite au relevé d’un taux de PCB évalué à 0,38 mg/kg dans la rivière des Mauves, lequel a été jugé excessif par la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement). Aux dires de FNE (France Nature Environnement), la contamination serait attribuable à la PME Westendorp en charge du traitement de certains déchets industriels. A la lumière de cette révélation, il revient à la préfecture du Loiret de déterminer si la consommation de poissons pêchés sur le site doit être suspendue.

Phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur, la dispersion des PCB dans la nature est un enjeu majeur de la lutte contre la pollution. Au cours des dernières années, des contaminations aux PCB ont ainsi été constatées sur presque la totalité du parcours du Rhône. En conséquence de quoi, la consommation de poissons pêchés dans le Rhône a commencé à être interdite en 2006 sur certaines zones, pour parvenir à une interdiction sur tout le trajet français du fleuve en août 2007. Depuis, des contaminations aux PCB d'autres rivières et fleuves, générant des interdictions ponctuelles, sont régulièrement détectées.
Espérons que ce nouvel état des lieux proposé par Robin des Bois initiera une prise de conscience quant à l’urgence de contenir ces vagues successives de contamination.

Cécile Cassier

1- La base BASOL met à disposition la liste des sites pollués recensés par les pouvoirs publics et faisant l’objet d’une action.
2- Les PCB représentent une famille de 209 composés organochlorés. Nuisibles et peu biodégradables, ils sont classés parmi les polluants organiques persistants (POPS). Les polychlorobiphényles sont parfois dénommés à tort 'pyralènes', du nom commercial de préparations huileuses qui les intègrent dans leur composition.

Insectes et acariens se substituent aux pesticides chimiques

lu sur www.univers-nature.com
13-05-2008

Insectes et acariens se substituent aux pesticides chimiques

Malgré une consommation en baisse depuis 2004, la France reste à l’échelle européenne la plus gourmande en herbicides, insecticides et fongicides. Si l’agriculture pèse lourdement dans cette triste position de leader, l’entretien des voies ferrées a elle aussi sa part de responsabilité. Cette dernière est parallèlement concurrencée par l’ONF et les petits propriétaires forestiers qui protègent leurs plantations à grand renfort de produits chimiques. Mais ce constat ne doit pas minimiser l’impact des volumes de traitements effectués par les particuliers et les collectivités, lesquels pèsent pour 10 % des pesticides rejetés dans la nature d’après l’association Agir pour l’environnement.

Sensible à la protection de l’environnement, Colomiers, ville de 32 000 habitants située près de Toulouse, n’a pas pour autant voulu faire le sacrifice d’un cadre de vie agréable. Aussi, pour entretenir les quelque 3 000 m² dévolus à la décoration florale de la commune, le Centre horticole de Colomiers a mis en place depuis un an et demi le « Programme Biologique Intégré ».
Son fonctionnement en est simple ; il consiste à substituer aux traitements chimiques les traditionnels prédateurs des indésirables parasites. Ainsi, pas moins de 50 millions d’insectes et acariens sont introduits chaque année dans les 2 500 m2 de serres pour jouer le rôle de régulateur naturel.
La production de ces serres est exclusivement destinée à alimenter les massifs de la ville. Face à l’étendue à couvrir, il est clair que l’effort écologique ne doit pas se faire au détriment du rendement. Mais en embellissant les rues de la ville de 120 000 fleurs annuelles et bisannuelles (1), la méthode a su attester de son efficacité.

Dans le prolongement de cette politique de protection environnementale, le Centre horticole columérin a automatisé les systèmes de chauffage, d’arrosage, d’aération et d’ombrage à l’intérieur des serres, limitant ainsi le risque de gaspillage d’énergie.

Si cette technique 100 % naturelle dispense du recours aux pesticides, elle écarte également la question du traitement de l’eau après utilisation, les écoulements d’eau chargée en pesticides et engrais étant à l’origine de la pollution des nappes phréatiques.

Malheureusement toujours en cours d’étude, la mise en pratique de ce programme en extérieur n’est pas encore à l’ordre du jour. En compensation, l’utilisation de pesticides pour l’entretien des fleurs, une fois plantées, est réduite au minimum au profit de remèdes ancestraux tels que l’eau chaude ou le grattage pour le désherbage. La diversité des espèces florales introduites joue elle aussi un rôle préventif, endiguant la prolifération de certains nuisibles.
Aussi, même si le système demande encore à être optimisé, on peut saluer la démarche de la ville de Colomiers.

Cécile Cassier

1- Les 3 000 m² de massifs de Colomiers sont plantés deux fois dans l’année (hiver-printemps et été) de fleurs bisannuelles (œillets, pensées…) et annuelles (dahlias, capucines…). Au total, plus de 200 variétés de fleurs sont cultivées pour assurer la diversité des plantations.

le meilleur des mondes (suite)

lu sur univers-nature.com
20-05-2008

La FAO inquiète de la forte chute de diversité agricole pour l'alimentation

En juin 2007, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tirait la sonnette d’alarme face à la disparition alarmante des races anciennes d’animaux de ferme. Aujourd’hui, l’organisation lance un appel similaire, mais pour la très inquiétante érosion des variétés de plantes cultivées.
Rappelant l’importance de la biodiversité pour la sécurité alimentaire, la FAO estime qu’environ les trois quarts de la diversité génétique variétale des plantes cultivées ont disparu au cours du XXe siècle. En fait, nous en sommes arrivés au point que l’essentiel de l’alimentation humaine, au niveau planétaire, repose sur seulement 12 espèces végétales et 14 espèces animales.

La raison de cet appauvrissement est directement liée à la recherche d’une productivité toujours plus grande. Ainsi, que l’on parle d’élevage ou de culture, ce sont généralement les espèces et variétés anciennes qui font les frais de cette industrialisation à outrance pour toujours plus de productivité et des produits surmesures.
L’exemple de la production laitière est très éloquent sur ce point. Depuis la fin du XIXe, début du XXe siècle, de nombreux pays ont investi dans l’amélioration du rendement des vaches laitières. Des programmes d’amélioration génétique, par croisement, et l’optimisation des rations alimentaires ont permis de passer d’une production laitière moyenne d’une petite dizaine de litres à 26 litres par jour (1). L’évolution des caractéristiques de la production céréalière est du même niveau. Les chiffres des rendements se sont envolés. A titre d’exemple, grâce au travail des semenciers visant à améliorer le nombre et la taille des grains portés par chaque épi, le blé a vu son rendement mondial moyen à l’hectare passer de 1,1 tonne/ha, en 1961, à 2 t/ha en 2005 ; le record planétaire étant détenu par la Namibie avec 8,89 t/ha (2).

Néanmoins, malgré ces chiffres de production record, alors que s’est ouvert hier, en Allemagne, la Conférence mondiale sur la biodiversité (du 19 au 30 mai 2008), la FAO considère aujourd’hui que cette perte de '…diversité génétique implique un recul des opportunités de croissance et d’innovation nécessaires pour relancer l’agriculture en pleine flambée des prix alimentaires'. En outre, l’organisme de l’ONU estime que ce déclin de la biodiversité des principales sources de l’alimentation humaine concourt à rendre les approvisionnements alimentaires plus vulnérables et moins durables, notamment à l’heure du changement climatique avec la disparition annoncée, ou déjà constatée, de nombreuses races animales et variétés végétales comportant pourtant des traits uniques, comme la résistance aux maladies ou la tolérance aux conditions climatiques extrêmes. En conséquence, l’agriculture devient de moins en moins capable de s’adapter aux défis environnementaux que la planète doit relever (changement climatique, désertification, pénurie d’eau, etc.).

Pascal Farcy

1- La production moyenne d'une vache Holstein-Friesian, durant un cycle de lactation de 331 jours en moyenne, était de 8628 litres de lait en France en 2005. Cette vache est devenue, de loin, la vache la plus répandue au monde.
2- La France était à 6,98 t/ha en 2005. A noter que cette évolution a été accompagné d'une baisse très sensible des qualités de panification de la céréale et d'un recours important aux engrais, entre autres.

Insecticides et abeilles : c'est comme Tchernobyl

lu sur WWW.univers-nature.com
20-05-2008

Insecticides et abeilles : nocivité avérée en Allemagne mais pas en France...

Le 15 mai dernier, l’Office fédéral pour la protection des consommateurs et la sécurité alimentaire siégeant à Berlin a suspendu l’autorisation de certains insecticides utilisés dans l’enrobage des semences en terre allemande. Ce décret s’applique à l’ensemble des produits fabriqués à partir de clothianidine, matière active de la famille chimique des néo-nicotinoïdes (1). Leur emploi vise à protéger les plantations de l’attaque de vers et d’insectes prédateurs des semences tels que les larves de taupins (2) et les oscinies (3).

A l’origine de cette interdiction, des analyses effectuées par l’Institut Julius Kühn (IJK) ont révélé que la clothianidine était l’une des causes majeures de la rapide disparition des populations d’abeilles élevées dans le pays de Bade, situé au Sud-Ouest de l’Allemagne. Par frottement lors du butinage des plantes dont les semences ont été enrobées, les abeilles entrent en contact avec l’agent toxique. Cette contamination condamne l’insecte à une mort certaine, affectant son système nerveux et lui faisant perdre tout sens d’orientation.

A l’heure actuelle, seuls les Landers de Bade-Wurtemberg et de la Bavière sont touchés. Cette restriction géographique s’explique par l’utilisation massive d’insecticides dans les cultures de maïs de la plaine du Rhin et de la région attenante à la ville de Passau, confrontées à l’invasion de chrysomèles, des insectes réputés pour leur goût prononcé pour les plants de maïs. Bien que les études destinées à identifier les causes précises de cette contamination massive à la clothianidine soient encore en cours de réalisation, on suspecte certaines machines de semence d’avoir contaminé des cultures avoisinantes de colza ou de fruits en propageant une quantité de produit supérieure à celle initialement prévue.

Dans l’attente de données plus précises, l’Allemagne a invoqué le principe de précaution, interdisant l’utilisation de l’ensemble des insecticides incluant la clothianidine dans leur composition. La liste des produits incriminés comprend le Poncho, le Cruiser 350 FS, le Cruiser OSR, l’Antarc, le Chinook, l’Elado, le Faibel et le Mesurol liquide.

En suspendant la mise sur le marché de la gamme Cruiser de la société Syngenta, l’Allemagne se désolidarise de la France avec laquelle elle avait engagé une procédure de reconnaissance mutuelle en janvier dernier, pour la commercialisation de ces produits. Déclarant pour sa part n’avoir constaté aucune évolution de la mortalité des abeilles françaises, Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche, n’a pas pris le pas à son homologue européen. Se satisfaisant de l’hypothèse d’un dysfonctionnement des types de semis utilisés en Allemagne, il s’est contenté de mettre en place dans les régions d’Aquitaine, de Rhône-Alpes et de Midi-Pyrénées un dispositif de surveillance des populations des abeilles.

A la lumière de ces récents événements, il est tentant de reconsidérer la suggestion faite en 2002 par le Comité de Prévention et de Précaution du ministère de la santé, lequel préconisait alors de transférer la gestion des pesticides au ministère de la santé, l’affiliation du ministère de l’agriculture et de la pêche avec la filière agricole ne pouvant garantir une totale objectivité.

Cécile Cassier

1- Les néo-nicotinoïdes sont des insecticides neurotoxiques, utilisés principalement en agriculture.
2- Les taupins sont des insectes coléoptères. Au stade de larve, ils se révèlent particulièrement polyphages.
3- L’oscinie est un moucheron noir de 3mm de long environ et de 1mm de large.

le meilleur des mondes

lu sur www.univers-nature.com

22-05-2008

Les maladies non transmissibles : le fléau de demain ?

Tributaires de facteurs géographiques, économiques et sociaux, les maladies sont intrinsèquement liées à l’environnement dans lequel elles se développent. C’est certainement pour cette raison que jusqu’à aujourd’hui, la croyance populaire distinguait d’un côté les pays en voie de développement confrontés aux ravages des maladies infectieuses et de l’autre les pays industrialisés qui, de par leur mode de vie moderne, sont plus exposés au développement de maladies non transmissibles. Mais, selon toute vraisemblance, les prochaines années devraient démentir ce schéma préétabli.

C’est du moins la conclusion à laquelle aboutit l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dans son dernier rapport intitulé « Statistiques Sanitaires Mondiales 2008 », reposant sur une enquête menée auprès des 193 Etats membres de l’OMS. Apportant un regard neuf sur les causes principales de mortalité à l’échelle mondiale, ce bilan affirme qu’au cours des années à venir la tendance actuelle de la morbidité mondiale devrait s’inverser, les maladies non transmissibles se substituant peu à peu aux maladies infectieuses.

Partant du constat initial que le nombre de malades nouvellement contaminés par le Sida augmente moins vite que prévu et que de nouveaux traitements et moyens de lutte efficients, notamment dans le combat contre la malaria, laissent augurer une évolution à la baisse, les chercheurs croient en la régression future de ces fléaux sanitaires.
Ainsi, d’après les prévisions de l’OMS, dans les pays à faibles et moyens revenus, la proportion de morts dues à un cancer devrait passer de 7,4 millions en 2004 à 11,8 en 2030, celles dues à des maladies cardio-vasculaires de 17,1 millions à 23,4 millions sur la même échelle temporelle, et enfin celles dues aux accidents de la route de 1,3 million à 2,4 millions. Parallèlement, les décès causés par le Sida et les syndromes immunodéficients (Acquired Immune Deficiency Syndrome) devraient dans un premier temps augmenter, passant de 2,2 millions en 2008 à un maximum de 2,4 millions en 2012 avant de diminuer progressivement pour atteindre les 1,2 million en 2030.

Bien que de prime abord cette déclaration puisse surprendre, elle se fonde sur des données réelles qui laissent peu de doute sur les changements qu’apporteront la croissance et l’ouverture économiques au sein des pays actuellement en voie de développement. Dans quelques années, tabagisme, consommation excessive d’alcool, régimes alimentaires déséquilibrés et manque d’activité sportive ne seront plus l’apanage des pays riches. Ils favoriseront l’émergence de nouvelles préoccupations sanitaires telles que le diabète, l’obésité, le cancer ou l’ostéoporose. A l’heure actuelle, le tabac tue à lui seul entre un tiers et la moitié des personnes qui le consomment.

On observe déjà les prémisses de ces prédictions. Ainsi, en Europe de l’Est, malgré une légère hausse de l’espérance de vie, le taux de mortalité reste supérieur à ceux enregistrés dans le reste de l’Europe. Cet excédent de mortalité concerne en priorité les hommes âgés entre 15 et 59 ans, dont 50% des morts excédentaires sont attribuables aux seuls accidents cardio-vasculaires, 13% aux infections et 10% au cancer.

Mais l’objectif visé par l’OMS n’est pas de susciter un alarmisme stérile. L’organisation insiste sur le fait que ces prévisions ne sont pas une fatalité et que nous possédons actuellement les moyens de lutte nécessaires pour enrayer cette propagation annoncée.

Cécile Cassier

énergie ?

lu sur www.univers-nature

26-05-2008

La boisson énergisante Red Bull mauvaise pour la santé ?

La semaine dernière, la ministre de l’économie Christine Lagarde a autorisé en France la commercialisation de la boisson énergisante Red Bull, produite par une firme autrichienne. Bien que des soupçons pèsent quant à l’impact de celle-ci sur la santé, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) n’a pu s’opposer au « principe de libre circulation des marchandises légalement fabriquées et/ou commercialisées dans d’autres Etats membres de l’Union européenne ».

Comme nombre de ses homologues, cette boisson énergisante soulève pourtant des réserves quant à ses effets sur l’organisme humain. Comme le souligne l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), une « boisson énergisante » est une expression marketing n’ayant aucune réalité réglementaire et nutritionnelle. Elle est souvent confondue par les consommateurs avec la boisson énergétique, laquelle est une « boisson de l’effort spécifiquement formulée pour fournir de l’énergie dans le cadre d’une dépense musculaire intense ».
Suite à un avis défavorable du Conseil Supérieur d’Hygiène Public de France (CSHPF) en 1996, sa commercialisation sur le territoire avait été interdite. En 2001, l’AFSSA s’est associée aux recherches menées pour évaluer l’innocuité de Red Bull. Parmi les divers composants du produit (caféine, taurine, inositol, D-glucuronolactone, vitamines), deux éléments, la D-glucuronolactone et la taurine, ont particulièrement retenu l’attention des experts. Ils ont ainsi constaté qu’une consommation quotidienne de deux canettes occasionne à elle seule un apport de taurine et de D-glucuronolactone respectivement 10 fois et 1000 fois supérieur par rapport à l’apport journalier fourni par l’alimentation.

Bien qu’elle soit dans l’incapacité de déterminer des limites de sécurité quant à l’absorption de ces deux composantes, l’AFSSA soupçonne la taurine d’être à l’origine de certains effets neuro-comportementaux alors que la D-glucuronolactone pourrait présenter une toxicité rénale.

Mais bien que des informations recueillies par les Centres AntiPoison et de ToxicoVigilance (CAPTV) français aient établi une relation entre l’ingestion de cette boisson et l’apparition de symptômes (agitation, tachycardie, troubles digestifs) chez 9 sujets, ces données restent insuffisantes pour prouver avec certitude la toxicité suspectée de Red Bull.

Pour l’heure, l’InVS (Institut National de Veille Sanitaire) a été contacté par le ministère de la santé afin d’effectuer une mission de suivi quant aux potentielles répercutions sur la santé d’une consommation régulière de cette boisson. La communication de ces informations sera assurée auprès du grand public.

Cécile Cassier