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30/07/2008

tout, tout, tout pour le profit

lu sur lemonde.fr :
dépêche AFP
RDCongo: Greenpeace accuse les groupes forestiers d'évasion fiscale
30.07.08 | 12h29

L'organisation écologiste Greenpeace affirme que les grands groupes forestiers opérant en République démocratique du Congo (RDC) ont mis en place un système d'évasion fiscale grâce à la sous-facturation du bois qu'ils exportent, "pillant ainsi la région et ses populations".

Dans un rapport publié mercredi, l'organisation affirme que ces sociétés fixent des prix de vente - vers d'autres entités du groupe - artificiellement bas, réduisant ainsi le niveau de leurs taxes à l'exportation ainsi que la taxation sur les bénéfices dans le pays d'origine du bois.

"Ce comportement peu scrupuleux, s'il n'est pas maîtrisé, continuera à rendre dérisoires les efforts de la communauté internationale et des bailleurs de fonds en faveur de la réduction de la pauvreté", affirme Greenpeace.

En outre, souligne l'organisation, ces pratiques sont en "contradiction fondamentale" avec l'exigence de protection des zones forestières, qui est un des outils clés dans la lutte contre le changement climatique.

La déforestation compte pour environ 20% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

"L'impunité accordée aux sociétés d'exploitation qui se livrent à l'évasion fiscale constitue une incitation financière au développement de leurs activités dans les dernières forêts tropicales humides encore intactes de la planète", affirme le rapport.

L'organisation écologiste met directement en cause le groupe forestier Danzer, dont le siège social est en Suisse, pour la façon dont il opère, selon elle, en RDC, via sa filiale Siforco, mais également au Congo voisin.

28/07/2008

À lire

À lire :
"L'Afrique noire est mal partie"
sur le blog "Une place pour Tous !"
http://uneplacepourtous.midiblogs.com/

27/07/2008

un projet intéressant

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/07/26/des-femmes-du-perigord-preferent-la-cooperative-d-habitants-a-la-maison-de-retraite_1077494_3224.html

Des femmes du Périgord préfèrent la coopérative d'habitants à la maison de retraite
LE MONDE | 26.07.08 | 14h43 • Mis à jour le 26.07.08 | 14h43
PÉRIGUEUX CORRESPONDANT

Parce qu'elles refusent la maison de retraite, des femmes du Périgord, âgées de 55 à 80 ans, ont décidé de construire un lieu de vie autogéré, sous la forme d'une coopérative d'habitants. Le projet prend tournure depuis que la petite commune de Saint-Julien-de-Lampon (Dordogne) s'est dite prête à leur vendre un terrain de deux hectares pour une somme symbolique, et même de financer deux logements sur les quinze prévus.

L'association Lo Paratge (le partage, en occitan), composée de 16 personnes et préfigurant la coopérative en cours de constitution, travaille déjà sur les devis de deux cabinets d'architectes intéressés par ce projet alternatif.

"Notre but est de vieillir autrement. Nous ne voulons pas des maisons de retraite, à la fois pour des raisons économiques - ce sera de plus en plus cher - mais aussi pour être responsables de notre destin plutôt qu'être prisonnières de structures souvent infantilisantes ou contraignantes", résume la présidente, Cécile Dalrymple.

Les doyennes entendent que soit élaboré un habitat le plus écologique possible, mais aussi adapté au style de fin de vie qu'elles ont choisi et qui se présente comme un "nouvel équilibre" entre vie privée et vie de groupe. Un bâtiment en U est envisagé, composé d'une vingtaine d'unités de vie comprenant les quinze appartements individuels des sociétaires, des salles communes, et d'autres pour les invités de passage.

290 EUROS PAR MOIS

Le prix de revient est évalué à 70 000 euros par logement. L'investissement total est de 1 million et demi d'euros. Le capital de la coopérative sera constitué de 15 parts sociales d'un montant de 8 000 ou 10 000 euros chacune, et les travaux doivent être financés par un emprunt remboursable sur vingt-cinq ans.

Le loyer de base de chaque personne s'élèverait dans ce cas à 290 euros par mois. Afin de convaincre les banquiers de prêter cette somme à des personnes âgées, la coopérative est en train de solliciter des garanties d'emprunt publiques auprès des collectivités locales.

Les sociétaires ont rédigé une charte des principes et de la manière dont elles comptent vieillir et partager l'espace. Les hommes et les couples ne sont pas exclus dans ce collectif dont les membres entendent se coopter. Un système mutuel est prévu pour ne pas exclure ceux dont les revenus sont les plus faibles.

Les habitants sont censés rester dans ce lieu de vie "jusqu'au bout", sauf problème de santé majeur. Les aides extérieures aux repas, à l'entretien des lieux et aux soins, tout comme l'entraide, devraient, expliquent les initiatrices du projet, répondre à la perte d'autonomie qui va souvent de pair avec le vieillissement.

A ce jour, aucune coopérative d'habitants comme celle qui est projetée en Dordogne n'est encore créée en France. Les pionnières périgourdines s'inspirent donc d'expériences menées en Suisse, au Canada et en Allemagne.

Elles sont aussi en relation avec l'association Habicoop, qui veut encourager et fédérer d'autres projets en gestation. Ils sont au nombre d'une trentaine en France, parmi lesquels un lieu de vie pour femmes vieillissantes à Montreuil (Seine-Saint-Denis), ou l'organisation associative de cohabitations à Paris et dans le Vaucluse, à destination des seniors, contre la solitude.

Michel Labussière
Article paru dans l'édition du 27.07.08

17:25 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (3)

26/07/2008

L'avenir des enquêtes sur l'amiante suspendu à la Cour de cassation

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/07/25/l-avenir-des-enquetes-sur-l-amiante-suspendu-a-la-cour-de-cassation_1077228_3224.html

L'avenir des enquêtes sur l'amiante suspendu à la Cour de cassation
LE MONDE | 25.07.08 | 15h25 • Mis à jour le 25.07.08 | 15h25

ardi 22 juillet, une ancienne médecin du travail du port de Dunkerque a été mise en examen pour "homicide involontaire" et "non-assistance à péril", dans le cadre d'une enquête portant sur le décès de 16 dockers contaminés par la fibre tueuse. Après l'affaire de Condé-sur-Noireau (Calvados), c'est la seconde fois qu'un médecin du travail est mis en cause pour avoir négligé le risque lié à l'exposition professionnelle à l'amiante. Utilisé de façon massive en France pour ses propriétés isolantes, l'amiante a été interdit en 1997.

Instruite par la juge du pôle de santé publique du tribunal de Paris Marie-Odile Bertella-Geffroy, l'affaire de Dunkerque repose sur la plainte de seize veuves, d'un ancien docker et de l'Association pour la défense des victimes de l'amiante. La plupart de l'amiante utilisé dans le nord de la France était convoyé par le port. Conditionné dans des sacs de jute, il était sorti par des crochets des cales des navires, dans un milieu confiné où voletaient en permanence les fibres ; 300 dockers sont morts des suites d'un mésothéliome (cancer spécifique à l'amiante) et 2 500 ont déclaré la maladie.

En mettant en examen la médecin du travail qui a exercé sur le port de 1970 à 1995, la justice compte éclairer les conditions dans lesquelles les dockers ont été, ou non, informés et protégés des dangers de l'amiante. Mme Bertella-Geffroy devrait également entendre les directeurs successifs du port autonome. "La mise en cause du médecin du travail est une première étape, réagit Michel Ledoux, avocat des parties civiles. Il ne faut pas oublier que le principal responsable en matière d'hygiène et de sécurité est l'employeur."

En septembre et octobre 2007, Mme Bertella-Geffroy avait mis en examen un ancien médecin du travail de Condé-sur-Noireau, ainsi que les sept directeurs qui se sont succédé à la tête de l'usine Ferodo, où un millier d'ouvriers ont été contaminés. La magistrate instruit au total trente dossiers liés à l'amiante. Elle pourrait prononcer de nouvelles mises en examen dans l'affaire de l'usine de la Normed de Dunkerque. Des victimes ont à nouveau déposé plainte après que la Cour de cassation a confirmé un non-lieu général, en 2005.

LIEN DE CAUSALITÉ

Pour l'heure, les investigations se heurtent à d'importants obstacles juridiques. Saisie par les directeurs de l'usine de Condé-sur-Noireau, qui contestent leurs mises en examen, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris examinera l'affaire en novembre : elle devra déterminer si un lien de causalité direct peut être établi entre la pathologie d'un plaignant, son exposition à l'amiante et l'omission d'agir d'un responsable.

De sa réponse, validée ou non par la Cour de cassation, dépendra l'avenir judiciaire des dossiers amiante. Les victimes craignent qu'à terme l'affaire soit enterrée. "L'affaire de l'amiante met au défi l'institution judiciaire, par sa complexité et son ampleur, analyse Me Ledoux. A ce rythme-là, il n'y aura plus ni victimes ni responsables si les dossiers sont enfin jugés."

Cécile Prieur
Article paru dans l'édition du 26.07.08

21:55 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0)

huiles frelatées : comme pour Tchernobyl, aucune information officielle auprès de la population

lu sur lemonde.fr

http://www.lemonde.f/archives/article/2008/07/26/comment-l-europe-a-gere-la-question-des-huiles-frelatees_1077524_0.html

Comment l'Europe a géré la question des huiles frelatées
LE MONDE | 26.07.08 | 14h08 • Mis à jour le 26.07.08 | 14h08

n autorisant de nouveau, le 3 juillet, les importations d'huile de tournesol en provenance d'Ukraine, la Commission européenne met fin à un feuilleton sanitaire de plus de deux mois.

Alerté par un de ses clients britanniques qui avait découvert la présence d'huile minérale (comparable à celle utilisée dans les moteurs) dans de l'huile de tournesol, la société Lesieur, après avoir fait vérifier la qualité de ses livraisons en provenance d'Ukraine, prévient, le 9 avril, les pouvoirs publics français. Informée, la Commission européenne lance une alerte le 25 avril.

"Des vérifications, réalisées sur des stocks de janvier, se sont révélées positives, et l'on peut parler de contamination systématique depuis le 1er février", assure Frans Verstraete, expert auprès de la direction générale de la santé et de la protection des consommateurs (DG Sanco) à la Commission européenne.

Au total, 60 000 tonnes d'huile de tournesol brute mélangée à des huiles minérales à hauteur de 1 000 à 7 000 ppm (milligrammes par kilogramme) ont été écoulées en Europe. Selon Romain Nouffert, directeur délégué de Lesieur, cette fraude pourrait s'expliquer "par l'augmentation de 30 % depuis un an du prix de l'huile de tournesol, due à une forte demande de la Chine et de l'Inde".

En France, selon la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ce sont 4 438 tonnes d'huile raffinée avec des teneurs de 305 à 1 040 ppm, qui ont été mises sur le marché entre le 28 février et le 4 avril. De son côté, l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) indique que "4 438 tonnes (d'huile frelatée) représentent moins de 1 % de la consommation annuelle d'huile de tournesol en France".

Compte tenu de l'insuffisance de la production française d'huile de tournesol, qui fournit seulement 80 % de la quantité consommée en France, les industriels comme Lesieur et Saipol (groupe Sofiprotéol) complètent par des huiles importées d'Ukraine et d'Argentine.

Les analyses pratiquées par plusieurs laboratoires européens ont conclu à "la présence d'une huile de haute viscosité proche de la paraffine, sans pouvoir toutefois déterminer la nature exacte de cet hydrocarbure", explique Jean-François Narbonne, toxicologue, professeur à l'université Bordeaux-I et expert auprès de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).

Après avoir estimé que ce produit n'avait, à long terme, pas d'effets prévisibles sur la santé, excepté l'apparition de diarrhée, les experts ont tenté d'évaluer le risque d'exposition des consommateurs. Car l'huile de tournesol est aussi présente dans les mayonnaises, sauces béarnaises, margarines, biscuits, bâtonnets de surimi, chips, tarama, blinis, conserves de poissons, plats cuisinés. "La dose journalière admissible (DJA) a été estimée à 20 milligrammes par kilo de poids corporel. En fonction de la consommation prévisible d'aliments contenant de l'huile de tournesol, la Commission a fixé une valeur limite à 300 ppm pour les produits fabriqués avant le 25 avril", précise M. Verstraete.

Le 7 mai, la Commission a abaissé ce seuil à 100 ppm et a demandé le retrait des produits contenant cette huile frelatée à un taux supérieur. Mais retrait ne signifie pas rappel des produits, avec communication officielle des lots contaminés. Il impose seulement aux fabricants de récupérer les stocks auprès des distributeurs. Des aliments contenant de faibles doses d'huile contaminée ont donc pu être consommés dans l'intervalle.

L'enquête menée en Ukraine n'a toujours pas abouti. Après avoir interdit les importations le 23 mai, Bruxelles a accepté le système de certification mis en place par les autorités ukrainiennes, le 3 juillet. De leur côté, les importateurs effectuent des analyses à l'arrivée des marchandises. A partir d'octobre, l'Office alimentaire vétérinaire (OAV), organisme communautaire chargé de veiller à la sécurité et à la qualité des denrées alimentaires, vérifiera la mise en place des contrôles ukrainiens.

Des fraudes sur les produits alimentaires avaient déjà été détectées comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques découverts dans le beurre fabriqué à Naples de 1997 à 1999, les colorants "rouge Soudan" pour ceintures de cuir utilisés dans les épices et l'huile de palme en 2004, ou la dioxine présente dans le yaourt en Roumanie, en août 2007.

Face à ces risques, le toxicologue M. Narbonne estime que, "plutôt que de rechercher le prix le plus bas pour les denrées en provenance de pays où il n'existe aucune traçabilité, il serait plus judicieux et plus économique de passer des contrats avec des producteurs qui s'engageraient à respecter un cahier des charges (alors que), à partir du moment où l'on a mis en place des procédures de détection, il n'y a pas de raison que ces fraudes se reproduisent".

Michaëla Bobasch
Article paru dans l'édition du 27.07.08

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un commentaire à lire:

Ce n’est pas que de la paraffine hélas, c’est un mélange d’huile diverses, dont la naphte et la paraffine mais aussi 5% d’huile toxiques de classe II et III et quelques autres saloperies type dioxine et métaux lourds mais dans des taux si faibles qu’ils n’ont pas étés jugés préoccupant par les scientifiques. Ce qui, traduit par les industriels et l’administration est devenu: absence de dioxine et de métaux lourds.
Pour les 5% d’huile toxique la DJA est très faible cette DJA est atteinte et même dépassée pour l’enfant fort consommateur de produits contenant moins de 10% d’huile de tournesol contaminée (selon l’AFSSA)

Faites un tour sur http://scandaledusiecle.canalblog.com

C’est un blog assez complet sur l’affaire lesieur, vous y trouverez les liens vers la doc officielle et vous saurez pourquoi les médias étouffent l’affaire !
C’est édifiant !
Vous y apprendrez, en épluchant le rapport de l’AFSSA que la DJA est atteinte et même légèrement dépassée pour l’enfant de 3 ans et
plus.Que dire alors des moins de 3 ans et des femmes enceintes, a fortiori lorsque le foetus fait moins de 1 kg, c’est à dire dans les premiers mois de la grossesse ? ?
C’est ce qui a motivé mon action. C’est vraiment le scandale du siècle, la vache folle ou le sang contaminé, a côté c’était rien.
Et tout le monde est fautif:

Lesieur n’a pas testé son huile avant de la revendre,du 23 février au 7 avril,

Lesieur a attendu deux semaines pour informer la DGCCRF, une fois la fraude avérée.

Les pouvoirs publics n’ont pas tenus compte de la toxicité pour les
enfants à naître et de moins de 3 ans, avant d’autoriser la vente des lots contaminés.

Les médias n’ont rien cherché à savoir. Ils se taisent.

Si le lien ne marche pas ou si le serveur est saturé, essayez les liens suivants : http://scandaledusiecle.over-blog.com/
ou http://scandaledusiecle.blog.fr/
Ou encore http://fr.wikipedia.org/wiki/Lesieur_%28huile%29

22/07/2008

L'acte d'accusation contre Radovan Karadzic

Peut-être téléchargé sur :

http://www.lemonde.fr/web/document/0,0-0,50-1076125,0.html

18/07/2008

L'affaire Bernard Tapie: un triple scandale d'Etat

À lire absolument, cet article de Médiapart :

L'affaire Bernard Tapie: un triple scandale d'Etat
17 juin 2008 Par
Laurent Mauduit

" C'est un scandale d'Etat ! Par quelque versant que l'on prenne le dénouement de « l'affaire Tapie » - judiciaire, financier ou politique -, il n'y a pas d'autres constats qui viennent à l'esprit pour le qualifier. Un triple scandale d'Etat, en vérité : d'abord parce que l'Etat a choisi une procédure absolument hors norme, celle du tribunal arbitral, contraire à toutes les règles républicaines pour clore ce dossier ; parce que du même coup, il va puiser dans les deniers publics pour offrir un cadeau beaucoup plus important qu'on ne le croit, sans doute de plus de 100 millions d'euros à Bernard Tapie, qui avait connu, de son propre fait, la faillite retentissante que l'on sait en 1994, et faire de lui l'un des Français parmi les plus riches ; parce que, enfin, Nicolas Sarkozy a sans doute trouvé là le moyen de monter un traquenard politique, avec en perspective une possible candidature du même Bernard Tapie, remis de la sorte en selle, sous des couleurs radicales encore imprécises aux élections européennes."...

15:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Le plaidoyer d'Al Gore pour convertir les Etats-Unis aux énergies renouvelables

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/scienes-et-environnement/article/2008/07/18/le-plaidoyer-d-al-gore-pour-convertir-les-etats-unis-aux-energies-renouvelables_1074701_3244.html

Le plaidoyer d'Al Gore pour convertir les Etats-Unis aux énergies renouvelables
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 11h48 • Mis à jour le 18.07.08 | 12h21

'ancien vice-président américain Al Gore a présenté, jeudi 17 juillet, un plan ambitieux pour que, d'ici à dix ans, 100 % de la production d'électricité des Etats-Unis provienne des énergies renouvelables. "Nous devons maintenant soulever notre nation pour atteindre un nouvel objectif qui changera l'histoire", a déclaré le Prix Nobel de la paix 2007 lors d'un rassemblement organisé par l'Alliance pour la protection du climat, une organisation qu'il a fondée et préside. "Nous avons l'occasion de faire un pas de géant à l'humanité", a-t-il lancé, en allusion au programme lancé par John Kennedy pour envoyer un homme sur la Lune, auquel personne ne croyait initialement.

D'après Al Gore, l'objectif de 100 % de l'électricité américaine produite par les énergies renouvelables est à la fois "atteignable et bon marché". Le changement climatique "s'aggrave beaucoup plus vite que prévu", a-t-il mis en garde, notant que d'ici à cinq ans, la calotte glacière pourrait complètement disparaître durant les mois d'été. "Le plus grand glacier du Groenland, le Jakobshavn, perd 20 millions de tonnes de glace par jour, soit l'équivalent de la consommation d'eau utilisée chaque année par les habitants de New York". Le réchauffement climatique risque également de forcer "des centaines de millions de personnes" à s'exiler, déstabilisant de nombreux pays.

"TAXER CE QUE NOUS BRÛLONS"

Pour Al Gore, la hausse des prix des énergies fossiles rend les énergies solaire, éolienne et géothermique économiquement abordables. "Quand la demande pour le pétrole et le charbon augmente, leur prix grimpe. Quand la demande pour des panneaux solaires augmente, leur prix baisse souvent", a-t-il assuré. La principale mesure qu'il propose pour parvenir à cet objectif ambitieux serait de "taxer ce que nous brûlons, et non ce que nous gagnons". Dans son projet, un cinquième des besoins énergétiques des Etats-Unis seraient assurés par l'énergie nucléaire.
Le candidat malheureux à la présidentielle de 2000, contre George W. Bush, a reçu le soutien de l'actuel candidat démocrate à la Maison Blanche, Barack Obama, qui a promis d'investir massivement dans les énergies renouvelables s'il est élu président. "C'est une stratégie qui créera des millions de nouveaux emplois bien payés et qui ne pourront être délocalisés", a dit M. Obama dans un communiqué.

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (7)

lire attentivement : " LA RUPTURE DE LA CANALISATION DATERAIT DE PLUSIEURS ANNÉES ". Mais bien sûr, "IL N'Y A PAS DU TOUT D'IMPACT SUR L'ENVIRONNEMENT "...

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/18/une-fuite-d-uranium-constatee-a-romans-sur-isere_1074729_0.html

Une fuite d'uranium constatée sur un site d'Areva à Romans-sur-Isère
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 12h13 • Mis à jour le 18.07.08 | 13h13

peine le groupe Areva a reconnu, jeudi 17 juillet, que des erreurs et des dysfonctionnements internes avaient conduit à la fuite d'uranium à l'usine Socatri au Tricastin, qu'une nouvelle fuite, sur un autre site, vient relancer la polémique sur la sécurité des infrastructures nucléaires en France. Des rejets d'effluents radioactifs ont en effet été constatés dans une usine exploitée par une filiale d'Areva à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, à la suite d'une rupture de canalisation, a annoncé, vendredi, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L'incident s'est produit dans l'usine FBFC, qui fabrique du combustible nucléaire pour des centrales de production d'électricité et des réacteurs de recherche. "Les premières analyses montrent qu'il n'y a pas du tout d'impact sur l'environnement, car les quantités d'uranium sont très faibles, de l'ordre de quelques centaines de grammes", a déclaré Evangelia Petit, porte-parole de l'ASN. L'Autorité indique avoir été prévenu jeudi soir par Areva. Elle a dépêché dans la nuit trois inspecteurs "pour examiner les circonstances de l'événement et les mesures prises par l'exploitant".

"PAS DE LIEN AVEC SOCATRI"

"Les inspecteurs de l'ASN ont relevé que la rupture de la canalisation enterrée daterait, selon l'exploitant, de plusieurs années", précise l'ASN. Selon la société FBFC, il s'agit d'une canalisation reliant un atelier de fabrication de combustible à une station de traitement. L'ASN a notamment relevé "la non-conformité de cette tuyauterie vis-à-vis des exigences de la réglementation applicable" et a noté "une capacité de résistance aux chocs insuffisante pour éviter leur rupture".

"La tuyauterie défaillante a été fermée par les équipes", a précisé la filiale d'Areva, qui assure que "l'incident est circonscrit à l'endroit de la rupture de la canalisation et reste donc limité au site". FBFC veut proposer à l'ASN de classer cet incident au niveau 1 de l'échelle des incidents nucléaires (Ines), qui va de 0 à 7.

Interrogée sur d'éventuelles similitudes avec l'incident qui a lieu sur l'usine Socatri du site de Tricastin (Vaucluse), dans la nuit du 7 au 8 juillet, l'ASN a souligné qu'il s'agissait d'un incident de nature très différente. "De notre point de vue, il n'y a absolument pas de lien avec Socatri car il n'y a pas du tout d'impact sur l'environnement", a expliqué l'ASN.

16/07/2008

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (6)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/15/des-suisses-au-dessus-de-tout-soupcon_1073482_3214.html

Enquête
Prolifération nucléaire : des Suisses au-dessus de tout soupçon
LE MONDE | 15.07.08 | 13h29 • Mis à jour le 15.07.08 | 14h45
GENÈVE CORRESPONDANCE

Au bout du fil, la voix est polie, mais ne laisse aucun espoir. "Nous n'avons rien à dire. Pas maintenant." Depuis plusieurs années, derrière les murs de sa maison de la petite ville suisse de Haag, dans la vallée du Rhin, près de la frontière du Liechtenstein et de l'Autriche, Hedwig Tinner est ainsi chargée de repousser les appels téléphoniques inopportuns.

Il y a encore cinq ans, Mme Tinner menait l'existence paisible d'une notable de Suisse orientale. Elle nage aujourd'hui en plein film d'espionnage et drame familial. Ses deux fils, Urs, 43 ans, et Marco, 40 ans, attendent leur procès en prison. Le premier a été arrêté en Allemagne en octobre 2004, puis extradé en Suisse en mai 2005. Le second a été appréhendé en septembre 2005. Quant à son mari, Friedrich, 72 ans, un ingénieur en mécanique, il a passé quelques mois en détention puis a été libéré en 2006 en raison de son âge.

Les Tinner, père et fils, sont soupçonnés d'avoir travaillé pour le réseau de contrebande nucléaire du scientifique Abdul Qadeer Khan - le "père de la bombe atomique pakistanaise", aujourd'hui en résidence surveillée dans son pays -, en particulier entre 2001 et 2003 pour aider la Libye à se doter de l'arme atomique. Ils sont inculpés pour violation de la législation sur le matériel de guerre et le contrôle des biens et pour blanchiment d'argent.

Mais il y a plus inquiétant et obscur. Selon les enquêteurs, le trio aurait été en possession des plans d'une arme nucléaire de nouvelle génération, plus compacte, pouvant être adaptée à des têtes de missiles comme en possèdent l'Iran et la Corée du Nord. Révélé à la mi-juin 2008 par David Albright, un ancien inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) aujourd'hui à la tête de l'Institute for Science and International Security (ISIS), ce scénario donne des sueurs froides aux spécialistes de la prolifération nucléaire. La question étant de savoir si ces plans sont tombés entre d'autres mains avant que les autorités suisses ne les confisquent en 2004 sur les ordinateurs des Tinner et ne les détruisent en 2007. Et, pour embrouiller encore l'affaire, des éléments attestent que la famille collaborait avec la CIA (Agence centrale de renseignement américaine), voire avec d'autres services secrets.

Comment les Tinner, citoyens respectés du district de Werdenberg, dans le canton de Saint-Gall, se sont-ils retrouvés englués dans une telle histoire ? Dans les années 1970, Friedrich, le père, travaille à la Vakuum Apparat Technik (VAT), une entreprise de haute technologie spécialisée dans la technique du vide, comme il en existe plusieurs dans la région, alors appelée la "vallée du vide". VAT fabrique des composants qui entrent dans la fabrication des centrifugeuses qui peuvent servir à l'enrichissement de l'uranium et ainsi permettre la fabrication d'une bombe atomique.

En 1976, l'ingénieur Tinner fait la connaissance d'Abdul Qadeer Khan, venu dans la région pour prospecter. Avec son épouse, celui-ci sera plusieurs fois reçu chez les Tinner. Dans un récent entretien à NZZ am Sonntag, le Dr Khan décrit ses amis suisses comme des "personnalités totalement droites, honnêtes et compétentes", pour lesquelles il dit être prêt "à mettre sa main au feu".

C'est plutôt l'inverse qui semble s'être passé. En 1980, Friedrich Tinner est licencié de la VAT pour avoir voulu vendre des pièces sensibles au Pakistan. En 1981, il crée la Cetec, petite entreprise familiale qui deviendra la PhiTec. C'est dans un cadre idyllique, une vallée, riante l'été et enneigée l'hiver, où coule le Rhin, surplombée par une barre de montagnes, que sont fabriquées des soupapes à vide et valves de décompression appartenant à la catégorie des produits dits "à double usage", civil et militaire. Certains Etats en ont grand besoin pour leurs programmes nucléaires secrets.

A ses heures de détente, Friedrich Tinner est un citoyen modèle. Il présidera un temps le Parti radical démocrate (la droite bourgeoise) du district, et est à la tête de la société locale chargée de l'eau et de l'électricité, alors que sa femme est membre du conseil de l'Eglise réformée. C'est aussi un radio-amateur passionné (matricule HB9AAQ) qui converse avec des correspondants du monde entier grâce à une immense antenne installée sur son toit et part en expédition à l'autre bout du monde.

A la fin des années 1980, alors qu'Urs et Marco ont rejoint l'entreprise familiale, les tracasseries commencent. En 1990, puis en 1996, alertée par l'AIEA qui détient une liste mondiale d'ingénieurs suspects, Berne procède à quelques contrôles. Une enquête préliminaire est ouverte en 1996, alors que PhiTec s'apprête à vendre en Irak, via la Jordanie, des valves destinées à des centrifugeuses. Friedrich Tinner passe à travers les gouttes, expliquant qu'il ne connaissait pas leur destination finale. "Nous essayerons d'apprendre", promet-il dans la presse locale. Mais, en février 2004, une enquête de la police de Malaisie, conduite à la demande de la CIA et des services secrets britanniques, provoque la chute des Tinner. Juste un an après la saisie dans un port italien de cinq conteneurs de composants destinés au programme nucléaire libyen. Les composants provenaient d'une petite usine malaisienne, la Scope, établie à 25 kilomètres de Kuala Lumpur. Le rapport malaisien, encore disponible sur Internet, explique qu'en 2002 Urs Tinner a été engagé comme consultant technique pour Scope par un Sri-Lankais, Buhary Tahir, proche du Dr Khan. Il supervise la fabrication de composants dont des robinets et soupapes destinés à Tripoli. Il organise l'importation de machines-outils, en faisant appel à son père et à son frère. En octobre 2003, juste avant la saisie des conteneurs, il quitte la Malaisie. Il sera arrêté un an plus tard en Allemagne.

Dans une décision de la justice suisse d'octobre 2007 qui refuse sa mise en liberté, Urs Tinner affirme avoir aidé les autorités américaines à détecter et démanteler le réseau nucléaire libyen, sans donner plus de détails. Selon l'inspecteur David Albright, si les Tinner, approchés dès 2000 par la CIA, ont probablement collaboré sur la Libye, ils auraient déçu la CIA "en omettant de parler des plans d'armes atomiques (trouvés sur leurs ordinateurs)", estime l'ancien de l'AIEA.

Etant simplement apprenti mécanicien - c'est son seul diplôme -, Urs n'avait pas le profil du trafiquant nucléaire et de l'agent double de la CIA, malgré son amour des Porsche et son goût pour l'argent. Au milieu des années 1990, il cherche plutôt à s'émanciper d'un père trop autoritaire. Mais rien ne lui réussit.

Selon le Wirtschaft Regional à Vaduz, il ouvre un magasin de poissons rouges et animaux domestiques puis, en 1998, s'exile à Dubaï pour vendre des sodas. C'est là qu'il tombera sur le fameux M. Tahir, qui collabore maintenant avec l'AIEA. Quant à Marco Tinner, resté dans l'ombre du pater familias, son rôle reste obscur. A la tête de Traco, société commerciale logée dans les mêmes bâtiments que PhiTec, il aurait géré les flux financiers via le Liechtenstein.

Agathe Duparc
Article paru dans l'édition du 16.07.08

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (5)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/16/de-l-uranium-militaire-incrimine-au-tricastin_1073789_3244.html

De l'uranium militaire incriminé au Tricastin
LE MONDE | 16.07.08 | 08h56 • Mis à jour le 16.07.08 | 09h02

Dix jours après l'accident survenu sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme-Vaucluse) où, dans la nuit du 7 au 8 juillet, le débordement d'une cuve d'effluents radioactifs a entraîné la dispersion de 74 kg d'uranium dans les rivières et la nappe phréatique (chiffre annoncé par l'exploitant de l'installation, la société Socatri, filiale d'Areva), des interrogations subsistent. En particulier sur l'origine de la contamination de certains captages de la nappe alluviale.

Dans les eaux de surface et la nappe phréatique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a certes fait état, vendredi 11 juillet, d'une "diminution régulière de la concentration en uranium", revenue à "une valeur proche de la normale, de l'ordre de quelques microgrammes par litre". Les résultats de nouvelles mesures, portant également sur des poissons, des légumes, des végétaux aquatiques et des sédiments, devaient être communiqués mercredi 16 juillet.

Pourtant, des taux anormaux d'uranium, dix fois supérieurs au "bruit de fond" enregistré habituellement, ont été relevés dans plusieurs captages utilisés par des particuliers. Ces "marquages" intriguent d'autant plus qu'ils fluctuent selon les jours.

Au robinet relié à un puits situé à 2 kilomètres au sud de la station de la Socatri, la concentration était de 64 microgrammes par litre (µg/l) le 8 juillet, de 22 µg/l le 10 juillet, de 36,6 µg/l le 14 juillet. Dans une ferme voisine, la teneur était de 15,2 µg/l le 9 juillet, de 12,5 µg/l le 14 juillet.

L'accident de la Socatri ne semble pas pouvoir expliquer ces concentrations en uranium, qui approchent ou dépassent la limite de 15 µg/l fixée par l'Organisation mondiale de la santé, pour les eaux destinées à la consommation humaine. Jean-Christophe Gariel, directeur adjoint de l'environnement à l'IRSN, avance deux hypothèses : "Une présence d'uranium d'origine naturelle, ou un incident plus ancien". L'hydrogéologie "très complexe" de la zone du Tricastin pouvant expliquer les disparités observées.

Corinne Castagnier, directrice de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), exclut l'origine naturelle. "Pour un autre radionucléide naturel, le polonium 210, issu de la chaîne de désintégration de l'uranium, on trouve des valeurs similaires en amont et en aval du site, alors que pour l'uranium, elle sont six à sept fois supérieures en aval. Il y a donc bien une pollution à l'uranium", fait-elle valoir.

STOCKAGE À CIEL OUVERT

La Criirad suspecte un entreposage de déchets, issus d'une ancienne usine militaire d'enrichissement de l'uranium ayant fonctionné, sur le site du Tricastin, de 1964 à 1996. Dans un tumulus de terre haut de 5 à 6 mètres ont notamment été accumulées 760 tonnes de "barrières de diffusion", parois poreuses permettant de séparer l'uranium fissile, nécessaire aux armes nucléaires, de l'uranium naturel qui n'en contient que 0,7%.

Une étude du Haut-Commissariat à l'énergie atomique, réalisée en 1998, estimait entre 2,6 et 3,5 tonnes la quantité d'uranium contenue dans ces résidus, dont la teneur en U235 variait de 0,6 à 3,5 %. Les eaux de pluie, ruisselant sur ce stockage à ciel ouvert, auraient lessivé une partie de l'uranium vers la nappe.

Areva a la charge de ce dépôt. Des contrôles réguliers sont effectués par l'Autorité de sûreté nucléaire pour les installations relevant de la Défense, la DSND. Le rapport du Haut-Commissariat notait que "la contamination de la nappe liée à cette butte de stockage a été mise en évidence dès 1977" et estimait que "900 kg environ d'uranium auraient quitté la butte via les eaux souterraines". Au point que l'exploitant a procédé, jusqu'en 1998, à un pompage dans cette nappe pour l'assainir, en rejetant les eaux aspirées dans le canal Donzère-Mondragon qui rejoint le Rhône. La Cogema (devenue Areva) avait envisagé une couverture de la butte de stockage, jamais réalisée.

"Une quarantaine de familles de la zone du Tricastin possède des puits. Certaines en boivent l'eau, souligne Corinne Castagnier. Les niveaux d'uranium ne sont certes pas très élevés. Mais ce qui est inadmissible, c'est le cynisme des responsables et la violation du b-a-ba de la gestion des déchets nucléaires."

Pierre Le Hir

15/07/2008

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (4)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/14/de-l-uranium-suspect-decele-dans-la-nappe-phreatique-au-tricastin_1073149_3244.html

De l'uranium suspect décelé dans la nappe phréatique au Tricastin
LE MONDE | 14.07.08 | 15h41 • Mis à jour le 14.07.08 | 15h42

La crise engendrée par la fuite d'uranium survenue le 7 juillet dans une unité de traitement de la société Socatri, au Tricastin (Vaucluse), pourrait rebondir. Certes, la préfecture du Vaucluse a levé en partie les interdictions d'usage de l'eau, le long des cours d'eau où une partie des effluents radioactifs s'étaient déversés : les mesures faites par la filiale d'Areva ne relèvent plus, dans les eaux de surface, de dépassements de la norme de potabilité fixée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à 15 microgrammes d'uranium par litre (µg/l).

Certes, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui avait ordonné la fermeture de l'unité de traitement défaillante après une première inspection, jeudi 10 juillet, a constaté lors d'une deuxième visite, samedi, que ses prescriptions avaient été respectées : la Socatri a achevé la vidange du bac de rétention "fuyard" ; elle a mis la terre contaminée en lieu sûr et a nettoyé le réseau d'eaux pluviales souillé, avant qu'un orage ne vienne s'en charger. Elle estime que la teneur d'uranium dans l'effluent était de 8 g/l et non de 12 g/l.

POLLUTION ANTÉRIEURE ?

Mais il reste plusieurs zones d'ombre. La plus préoccupante concerne la présence, encore inexpliquée, de teneurs en uranium plus élevées que la normale dans divers points de la nappe phréatique. Compte tenu de la vitesse de diffusion de l'uranium, ces concentrations n'auraient pas dû être relevées. Sur un point de prélèvement, nommé AEP4, situé à deux kilomètres au sud de la Socatri, la teneur est montée jusqu'à 64 µg/l le 8 juillet, et restait à 36,6 µg/l le 13 juillet.

Dans une ferme avoisinante, elle se situait autour de la limite fixée par l'OMS - soit presque dix fois au-dessus du "bruit de fond" enregistré habituellement dans la nappe. "Ces valeurs ne peuvent être expliquées par le rejet accidentel", estime l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Le point AEP4, situé chez un particulier, déconcerte les autorités : la teneur en uranium fluctue, l'eau prélevée au puits présentant des concentrations moins élevées que celles mesurées au robinet qu'il alimente.

Cette découverte renvoie à une étude récemment conduite par l'IRSN, la Direction départementale de l'action sanitaire et sociale et Areva sur la nappe phréatique du Tricastin. "Elle avait mis en évidence des marquages à l'uranium en certains points, entre 10 et 15 µg/l, sans que l'on puisse préciser leur source, indique Didier Champion, directeur de l'environnement à l'IRSN. On ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs, à l'origine d'une pollution à l'uranium." Soucieuse d'éclaircir ce point, la préfecture du Vaucluse ne prévoit pas de modifier ses prescriptions sur l'usage de l'eau avant plusieurs jours. Le temps aussi de collecter les résultats des analyses de sédiment, de plantes et de poisson issus des cours et plans d'eau souillés.

Reste également aux autorités à analyser le respect ou non des procédures l'alerte des différents services de l'Etat, des élus et des populations. La défaillance de la Socatri semble patente : une alarme signalant un niveau élevé d'effluent dans la cuve s'est déclenchée à 19 heures lundi 7 juillet. Le débordement a été constaté à 23 heures, mais ce n'est qu'à 4 heures le lendemain que la fuite en dehors de la cuve de rétention, accidentellement fendue lors de travaux récents, a été détectée. Le plan d'urgence interne a été déclenché à 6 h 15, l'ASN et la préfecture de la Drôme étant prévenues une heure plus tard. Que s'est-il passé pour que certains maires ne soient pas avertis avant 13 h 30 ? Et pour que l'IRSN ne soit alerté qu'à 11 h 30 ? "Pourquoi l'exploitant n'a-t-il pas déclenché l'alerte nationale ?, s'interroge Didier Champion. Nous avons perdu une demi-journée pour conduire nos analyses sur place." Diverses enquêtes, administratives et judiciaires, devront le déterminer.

Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 15.07.08

10/07/2008

éthique et politique, çà rime... sur le papier

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/10/a-paris-de-nombreux-elus-continuent-d-occuper-des-hlm-de-haut-standing_1068597_823448.html
(voir aussi la note du 20/12/2007 sur ce blog et les notes des 19 et 23/12/2007 sur "le blog libre de mon quartier", lien ci-contre)

A Paris, de nombreux élus continuent d'occuper des HLM de haut standing
LE MONDE | 10.07.08 | 15h16 • Mis à jour le 10.07.08 | 15h16

Jean-Paul Bolufer, l'ancien directeur de cabinet de la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin, s'en va. La députée (PS) du 12e arrondissement de Paris, Sandrine Mazetier aussi. En revanche, Jean-Pierre Chevènement n'a pas donné son congé. Ni Brigitte Kuster, maire (UMP) du 17e, Delphine Batho, députée (PS) des Deux-Sèvres, ou Paul Girod, sénateur (UMP) de l'Aisne.

La Ville de Paris - qui a pris le contrôle de la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) en janvier 2007 - peine à faire le ménage parmi ses locataires - élus ou pas. Le nouveau patron de ce très gros bailleur social, Pierre Castagnou, maire PS du 14e, a dressé un état des lieux, mercredi 9 juillet.

Au terme de cette "opération vérité", lancée il y a six mois, la RIVP constate qu'environ 2 500 locataires "payent un loyer anormalement bas, eu égard à leurs revenus". Sous les mandatures Chirac et Tiberi et jusqu'en mai 2007, bon nombre d'appartements ont été attribués sans conditions de ressources, souvent à des personnalités proches du pouvoir politique. La RIVP possède notamment 314 logements de très haut standing loués entre 12 et 14 euros du m2.

C'est dans l'un d'entre eux qu'habite M. Bolufer. Ce haut fonctionnaire est logé depuis 1981 par la RIVP dans 190 m2 au 81, boulevard de Port-Royal (13e), pour un loyer de 1 500 euros, charges comprises - soit 6,30 euros du m2, dans un quartier où les locations atteignent 30 euros du m2. En sous-louant son appartement de 1997 à 2007, M. Bolufer n'a pas, selon la RIVP, respecté son bail. Menacé de poursuite judiciaire, M. Bolufer a proposé un accord à l'amiable, conclu mercredi : il s'engage à partir au plus tard le 31 décembre.

51 000 APPARTEMENTS

M. Chevènement, lui, habite près du Panthéon, rue Descartes (5e) dans un appartement de plus de 100 m2, loué environ 11 euros du m2. La SEM a jugé "anormal" qu'il bénéficie aussi d'un logement social attribué par la ville de Belfort, dont il fut maire. Elle lui a demandé de régulariser sa situation. M. Chevènement a rendu, en avril, les clés de son appartement belfortain, mais a conservé celles de son logement parisien... Comme lui, Brigitte Kuster habite dans un quartier de la capitale, 120 m2, avenue Yves-du-Manoir - à deux pas de l'Etoile -, qu'elle loue 10,65 euros du m2.

La situation de ces anciens ou actuels élus est légale puisqu'ils occupent des appartements à loyer non encadré, sans conditions de ressources. Si Mme Mazetier a décidé de partir comme elle s'y était engagée au lendemain de son élection en juin, Delphine Batho, députée (PS) des Deux-Sèvres, a, elle, demandé une réévaluation de son loyer, dans l'intention d'y rester.

Depuis mai, à la RIVP, seuls les revenus inférieurs à 6 500 euros mensuels (pour une famille de quatre enfants) peuvent prétendre à l'un des 12 900 appartements attribués jusqu'ici sans conditions de ressources. Mais, chaque année, sur les 51 000 appartements de la SEM - à loyers plafonnés ou pas -, seuls 2 500 se libèrent. Le renouvellement des locataires n'est donc pas pour demain.

S'il peine à mettre fin à ces "rentes de situation", M. Castagnou n'approuve pas pour autant le décret de Mme Boutin, actuellement soumis au Conseil d'Etat, qui permettrait d'augmenter les surloyers. Le patron de la SEM a calculé : un locataire de 74 m2 qui gagne 50 800 euros par an verrait son loyer passer brusquement de 451 euros à près de 1 000 euros. " Si le logement social devient aussi cher que le privé, les classes moyennes partiront en banlieue", s'inquiète-t-il.

Béatrice Jérôme
Article paru dans l'édition du 11.07.08

le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (3)

lu sur lemonde.fr :
(voir aussi "les dossiers enterrés de Tchernobyl" sur Une Place pour Tous, lien ci-contre)

La Criirad dénonce "une série de dysfonctionnements" sur le site nucléaire du Tricastin
LEMONDE.FR | 09.07.08 | 15h20

runo Chareyron est responsable de laboratoire à la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Selon lui, l'incident survenu, dans la nuit du 7 au 8 juillet, sur le site nucléaire du Tricastin, dans le Vaucluse, n'a "rien d'une catastrophe nucléaire" mais ne doit pas, pour autant, être minimisé. Il révèle toute une suite de dysfonctionnements dans la sécurité du site, des dysfonctionnements que la Criirad signalait depuis plusieurs années :

M. Chareyron estime que la préfecture a pris les mesures de sécurité nécessaire, mais insiste sur l'importance de l'incident et ses éventuels conséquences environnementales. La concentration en uranium des rejets est importante, d'autant plus que la diffusion s'est faite dans le sol ou dans des petits ruisseaux, soit des milieux à faible dilution :


Pour la Criirad, la communication sur cet incident, comme sur la plupart des incidents de ce type, a trop tendance à minimiser l'importance des risques nucléaires : "Areva insiste sur le fait que c'est l'uranium naturel, il n'en est pas moins radioactif et toxique" :

Propos recueillis par Thibaud Vuitton

Le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (2)

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/09/les-autorites-nucleaires-se-veulent-rassurantes-face-au-rejet-d-uranium-sur-le-site-de-tricastin_1067895_0.html
(voir aussi "Le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (1)"

Les autorités nucléaires se veulent rassurantes face au rejet d'uranium sur le site de Tricastin
LE MONDE | 09.07.08 | 05h46 • Mis à jour le 09.07.08 | 17h44

Quelque 360 kg d'uranium se sont déversés dans l'environnement du site nucléaire du Tricastin, sur la commune de Bollène (Vaucluse), dans la nuit du 7 au 8 juillet. L'accident est survenu dans une installation de la société Socatri, filiale d'Areva, qui assure la décontamination de matériels et la récupération de l'uranium traité par l'usine d'enrichissement d'Eurodif, installée sur le même site. Les circonstances du déversement accidentel de 30 m3 de solution contenant 12 grammes d'uranium par litre restent encore à élucider.

Les préfets du Vaucluse et de la Drôme ont interdit, jusqu'à nouvel ordre, la consommation d'eau potable issue de captages privés sur trois communes, mais aussi la baignade et la pêche dans les cours et plans d'eau avoisinants. L'irrigation agricole est stoppée. Les effluents radioactifs se sont en effet infiltrés pour partie dans le sol à l'intérieur même de l'établissement. Mais une quantité mal évaluée a rejoint par le réseau des eaux pluviales les rivières de la Gaffière, puis du Lauzon qui se déverse dans le Rhône. La société Socatri, qui a immédiatement effectué des mesures, "a constaté un dépassement de la valeur préconisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les eaux destinées à la consommation humaine d'un facteur 1000 pendant une courte période correspondant au passage du pic de pollution", indique l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Chargé de l'expertise en cas d'accident, cet organisme estime cependant que les "conséquences radiologiques pour les populations devraient être négligeables".

100 FOIS LE REJET ANNUEL

"Dans la mesure où les gens ne consomment pas l'eau de la nappe phréatique, les risques de contamination sont inexistants", estime Thierry Charles, directeur de la sûreté des usines à l'IRSN. Un plan de surveillance sur 12 points de prélèvement d'eau va être mis en place pour vérifier l'évolution des teneurs dans les semaines et les mois à venir. Ces analyses permettront de déterminer à quelle échéance les mesures de restrictions pourront être levées. Elles pourraient l'être à plus faible délai dans les cours d'eau, qui assurent une dilution plus rapide, "lorsque nous serons assurés que l'uranium ne s'est pas fixé sur les sédiments", précise Charles-Antoine Louet, chef de division de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à Lyon.

Si les autorités se veulent rassurantes, les associations de défense de l'environnement s'inquiètent de l'ampleur de la pollution. Sortir du nucléaire évoque le risque de cancer lié aux contaminations de ce type. Bruno Chareyron, responsable du laboratoire de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), note que "la radioactivité contenue dans ce rejet a été plus de 100 fois supérieure à la limite annuelle fixée pour cet établissement". Il ne veut pas encore se prononcer sur l'impact environnemental et sanitaire de l'accident, "attendant plus de données pour l'évaluer". Il y a quelques jours, la Criirad s'était inquiétée de l'entreposage sous un tumulus de terre de 770tonnes de déchets radioactifs d'origine militaire au Tricastin. "Cela fait beaucoup pour un site qui est la deuxième plate-forme nucléaire française, après La Hague", note-t-il.

Hervé Morin

La Valeur du Travail (3) : pour gagner quoi ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/08/travailler-plus-pour-gagner-quoi-par-robert-castel_1067614_3232.html

Point de vue
Travailler plus, pour gagner quoi ?, par Robert Castel
LE MONDE | 08.07.08 | 14h00 • Mis à jour le 08.07.08 | 14h00

Il s'est produit en une dizaine d'années une transformation considérable et inattendue dans la représentation de la fonction et de l'importance du travail dans la société française. Au milieu des années 1990 fleurissaient des discours sur le travail "valeur en voie de disparition", voire sur la "fin du travail". Ils traduisaient l'opinion - erronée mais à la mode - que le travail perdait son importance comme le socle privilégié de l'inscription des individus dans la société.

Parallèlement, le débat public était animé par des réflexions plus sérieuses sur la possibilité de lutter contre le chômage en réduisant la durée du travail afin de mieux le répartir. Réflexions plus sérieuses, parce que le plein-emploi ne se mesure pas à la durée du travail, ni sa productivité au temps passé à travailler. Il n'est donc pas déraisonnable de penser que dans le cadre d'une meilleure organisation du travail, compte tenu des gains de productivité et des progrès technologiques, on pourrait travailler moins en travaillant mieux, comme l'atteste l'histoire du capitalisme industriel.

Quoi qu'il en soit de leur pertinence, ces débats ont complètement disparu de la scène publique. On assiste, au contraire, à une extraordinaire survalorisation du travail portée par une idéologie libérale agressive qui trouve sa traduction politique directe dans les orientations de l'actuelle majorité, président de la République en tête. La virulence de la critique des lois dites "lois Aubry" sur la réduction du temps de travail après le changement de majorité en 2002 a parfois frôlé l'hystérie. "La France ne doit pas être un parc de loisirs", déclarait durant l'été 2003 Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre. La France est devenue la lanterne rouge de l'Europe, elle s'enfonce dans le déclin parce que les Français ne travaillent pas assez : la campagne présidentielle a été dominée par cette apologie du travail, et l'habileté avec laquelle Nicolas Sarkozy l'a orchestrée a été pour beaucoup dans son succès.

Tout le monde a en mémoire les slogans incitant au travail et portant la promesse que travailler davantage est le moyen à la fois d'améliorer son pouvoir d'achat et aussi d'accomplir son devoir de citoyen et d'aider la France à retrouver la place qu'elle mérite dans le concert des nations. Cela, évidemment, pour tous ceux qui veulent bien travailler, qui en ont le courage. Cette célébration du travail est en effet assortie de la stigmatisation de tous ceux qui ne travaillent pas. C'est le soupçon qui pèse sur les chômeurs d'être des "chômeurs volontaires" pour lesquels on va multiplier les contrôles et les pressions pour qu'ils acceptent n'importe quel emploi. C'est aussi la condamnation des assistés, comme les bénéficiaires du RMI, accusés d'être des parasites vivant aux crochets de la France qui se lève tôt.

Ces positions, au demeurant populaires, pourraient paraître, si ce n'est aberrantes, à tout le moins paradoxale, puisque l'une des caractéristiques de la situation actuelle est précisément que le travail manque et que le plein-emploi n'est plus assuré depuis trente ans. Cependant, c'est dans ce contexte que l'incitation inconditionnelle au travail prend tout son sens.

Il faut en effet penser ensemble ces trois composantes de la situation présente : primo, il y a du non-emploi, c'est-à-dire une pénurie de places disponibles sur le marché du travail susceptibles d'assurer le plein-emploi ; deuxio, il y a une survalorisation du travail qui en fait un impératif catégorique, une exigence absolue de travailler pour être socialement respectable ; tertio, il y a cette stigmatisation du non-travail, assimilé à l'oisiveté coupable, à la figure traditionnelle du "mauvais pauvre" vivant aux dépens de ceux qui travaillent.

Ces trois dimensions fonctionnent d'une manière complémentaire pour impulser une politique pouvant conduire à la pleine activité sans que cela signifie le retour au plein-emploi. Tout le monde doit et pourrait travailler si on abaisse le seuil d'exigence qui commande l'accès au travail. Il faut donc travailler même si le tra-vail n'assure pas les conditions minimales d'une certaine indépendance économique. C'est ainsi que l'on devient un travailleur pauvre, figure qui est en train de s'installer dans notre paysage social. Ce n'est pas très gratifiant à aucun point de vue d'être un travailleur pauvre. Cependant c'est mieux que d'être un mauvais pauvre, un misérable parasite assisté.

Se dessine ainsi une stratégie qui, à la limite, pourrait résorber le chômage en le grignotant progressivement par la multiplication de manières dégradées de travailler. On pourrait de la sorte restaurer une société de pleine activité (mot d'ordre de l'OCDE), sans que l'on puisse parler de société de plein-emploi, si l'on entend par emploi un travail relativement assuré de sa durée (prééminence du CDI), fermement encadré par le droit du travail et couvert par la protection sociale. Le processus est en cours. De contrats aidés en services ponctuels à la personne en passant par la montée en puissance des formes dites "atypiques" d'emplois qui représentent aujourd'hui plus de 70 % des embauches, se met en place une large gamme d'activités qui institutionnalisent la précarité comme un régime de croisière dans le monde du travail. L'insécurité sociale est de retour, et un nombre croissant de travailleurs vivent à nouveau "au jour la journée", comme on disait autrefois.

Le nouveau régime du capitalisme qui se met en place depuis trente ans après la sortie du capitalisme industriel n'est pas en mesure d'assurer le plein-emploi. La preuve : l'existence d'un chômage de masse et la précarisation des relations de travail. Mais ce n'est pas ce qu'il vise, et ceux qui le mettent en oeuvre s'attaquent au contraire au statut de l'emploi en dénonçant les coûts qu'il représente et les obstacles qu'il met au libre développement de la concurrence au niveau de la planète.

Par contre, ce capitalisme en appelle à la pleine activité pour maximiser la production des richesses, qui continue à dépendre du travail. La Chine offre en ce moment l'exemple d'un fantastique développement économique en grande partie dû au fait que le coût du travail y est très bas parce que les garanties liées à l'emploi sont rarement associées aux activités qui se déploient "librement".

Nous ne sommes pas en Chine, mais la France est engagée dans une dynamique de montée en puissance de différents types d'activités en deçà de l'emploi. Ces formes de sous-emploi sont généralement peu attractives et elles n'assurent pas les conditions de base nécessaires pour mener une vie décente. On conçoit donc que des pressions doivent s'exercer pour faire accepter ces formes de travail : il faut absolument que tu travailles pour échapper au mépris attaché au mauvais pauvre. C'est finalement sur un chantage d'ordre moral autant que sur un raisonnement économique que repose l'orchestration actuelle de l'inconditionnalité de la valeur travail par les autorités qui nous gouvernent.

Il faut continuer à défendre la valeur travail, parce que l'on n'a pas encore trouvé d'alternative consistante au travail pour assurer l'indépendance économique et la reconnaissance sociale dans une société moderne. Mais aussi rappeler qu'il y a travail et travail. Le travail est essentiel en tant que support de l'identité de la personne à travers les ressources économiques et les droits sociaux auxquels il donne accès. Au contraire, l'institution de formes dégradées d'emploi au nom de l'exigence de travailler à tout prix et à n'importe quel prix conduit aussi à la dégradation du statut de travailleur et, finalement, de la qualité de citoyen. Il ne suffit pas de "réhabiliter le travail", comme se propose de le faire le président de la République : il faudrait respecter la dignité des travailleurs.

Robert Castel est sociologue, directeur d'études.

Article paru dans l'édition du 09.07.08

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La Valeur du Travail (2)

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/08/en-rejoignant-le-fonds-glg-driss-ben-brahim-peut-gagner-500-millions-de-dollars-par-an_1067596_3234.html

En rejoignant le fonds GLG, Driss Ben-Brahim peut gagner 500 millions de dollars par an
LE MONDE | 08.07.08 | 15h03 • Mis à jour le 08.07.08 | 15h03
LONDRES CORRESPONDANT

En quittant à l'automne la banque d'affaires Goldman Sachs pour le fonds spéculatif GLG Partners, Driss Ben-Brahim - 42 ans, père marocain et mère autrichienne - peut rêver d'une rémunération annuelle de plus de 500 millions de dollars (318 millions d'euros).

{ pour fixer les idées : 318 millions d'€ par an, soit 26,5 millions d'€ par mois, soit 177 millions d'ex-francs ; voilà un travail qui a de la valeur ! }

Le financier londonien remplace Greg Coffey, la star de GLG, parti fonder son propre hedge fund (Le Monde du 10 mai). D'après le communiqué publié lundi 7 juillet par GLG, la nouvelle recrue doit gérer un fonds de 1,2 milliard de dollars axé sur les marchés émergents et mettre au point une stratégie visant à attirer les placements des fonds souverains du Golfe. Fondé par des anciens de Goldman Sachs, coté à New York, GLG Partners est le deuxième plus gros hedge fund britannique avec des avoirs sous gestion de 24 milliards de dollars.
Centralien, diplômé de l'Insead, M. Bren-Brahim débute sa carrière londonienne comme numéro deux du département trésorerie de la Banque européenne de reconstruction et de développement, chargée de convertir les pays de l'Est à l'économie de marché.

"ENTOURÉ DE MYSTÈRE"

En 1996, Goldman Sachs l'a recruté comme trader à Londres. N'étant pas associé, cet expert en produits dérivés rate le pactole lors de la mise en Bourse de la banque new-yorkaise deux ans plus tard. Il se rattrape vite. En 2003, en tant que responsable du département devises, le financier a défrayé la chronique de la City en percevant une prime de 30 millions de livres (37,7 millions d'euros), un record à l'époque.
"Il est très difficile, voire impossible d'estimer le patrimoine des fondateurs ou associés de hedge funds qui sont très doués pour brouiller les pistes. L'actionnariat est entouré de mystère. Ils sont conscients que leurs profits colossaux choquent leurs clients et provoquent la répulsion de l'opinion publique", souligne Philippe Beresford, l'auteur de la liste des plus grosses fortunes britanniques publiée par le Sunday Times. A l'écouter, une quarantaine de ces spéculateurs pourraient facilement figurer parmi les plus gros patrimoines du Royaume-Uni.

Marc Roche
Article paru dans l'édition du 09.07.08

08/07/2008

La Valeur du Travail (1) : Partage des richesses, la question taboue

à lire :

Débat français à propos du pouvoir d’achat

Partage des richesses, la question taboue

Afin de « défendre le pouvoir d’achat », le gouvernement français envisage une série de mesures – monétisation des congés non pris, travail le dimanche, implantation plus facile des hypermarchés. Une donnée du problème est presque toujours occultée : en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 100 milliards d’euros en partie transférés vers le capital. Cet élément central du débat en est devenu le point aveugle.

Par François Ruffin

voir la totalité de l'article sur :

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507

20:25 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

07/07/2008

Europe Libérale, Mondialisation, Nivellement par le Bas (sans jeu de mot !)

lu sur lemode.fr :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/07/07/aubade-les-dessous-de-la-delocalisation_1067209_3224.html

Reportage
Les damnées de la dentelle
LE MONDE | 07.07.08 | 14h32 • Mis à jour le 07.07.08 | 14h32
KSAR HELLAL (TUNISIE), SAINT-SAVIN (VIENNE) ENVOYÉ SPÉCIAL

Dans son classeur d'écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d'articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d'Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c'est son "ancienne vie" que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine.

En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d'Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l'usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne "ne sait pas quoi faire". Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont "durs, durs" à gérer. Heureusement, dit-elle, qu'il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l'entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu'aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida - surnommé depuis dans les villages "Al-Calida" -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d'entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon.

L'avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. "Il y a de la demande", estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les "filles" qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, "torcher les vieux", "laver les chiottes", c'est une humiliation. Elles le disent : elles ont "socialement régressé". "C'est vrai, ces métiers sont peu valorisants", reconnaît le député. "Mais il n'y a pas de sous-métier", tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd'hui ADMR.

Les élus ne peuvent que constater les ravages "psychologiques" de cette délocalisation. Au-delà de l'impact économique sur le "pays" - les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d'affaires -, "le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c'est déstructurant." "Il y avait du covoiturage", se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant "s'enterrer" chez elles, s'isoler du village et des copines. Les "ex" d'Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s'éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d'anciennes collègues. "Celles qui sont restées à l'usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble."

Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l'usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. "Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux "sacrifiés" pour la marque, j'évite de demander : "Qu'est-ce que tu deviens ?"" "On se sent presque coupable d'être restée", déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, "on était une grande famille", rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l'usine, avec ses trente-sept années au service de la marque.

Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d'Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d'avoir "volé" le "savoir-faire" des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. "Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c'est pas de leur faute : elles sont exploitées."

Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n'ont jamais cherché à savoir. De l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l'usine Azur, filiale d'Aubade, n'a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d'une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés.

12 h 30. L'heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l'unique pause de la journée. A la sortie de l'usine, une étudiante s'avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de... poubelles. Le terrain qui entoure l'usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s'accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe.

La direction de la filiale d'Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. "Elles ne sont intellectuellement pas capables", explique avec le sourire une responsable à l'entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, "mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées", supplie l'une d'elles. "Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail", assure une autre.

A l'usine, c'est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L'ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l'intérieur de l'usine réfrigérée, "c'est beaucoup de pression", souligne une jeune fille. Elles n'ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. "Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n'allait pas bien. La chef lui a répondu : "Tu as donc utilisé ton portable." Elle a démissionné."

Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, "il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l'ouvrière lui demande : "Retarde un peu."" Il n'y a pas de point d'eau potable dans l'usine à cause d'une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l'entrée du site indique, en arabe, qu'ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. "Difficile d'avoir une perspective d'avenir dans l'entreprise", constate, résigné, un technicien.

Dans la cité Erramala, qui jouxte l'usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d'Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du "pays". Elles viennent de campagnes lointaines, d'autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D'où leur surnom, les "KGB".

"Les KGB sont des délinquantes", lance la patronne d'un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? "Oui, vous comprenez ?", insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. "En plus, elles boivent de la bière", ajoute un vieil homme dans son garage. Les "KGB" ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s'entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s'élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. "Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s'accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d'économie à l'université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville."

Le grand patron d'Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. "Je n'y suis jamais allé, mais ça m'étonne", assure-t-il. Il se félicite toutefois d'avoir réussi l'intégration, dans son groupe, d'Aubade, qui représente un tiers du chiffre d'affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d'euros en 2006 à 9,6 millions d'euros en 2007.

Malgré tout, l'usine tunisienne d'Aubade est celle qui a l'une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai... Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les "KGB" d'avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas.

"Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal", argue une mère de famille tunisienne, vêtue d'un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l'une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres.

Mustapha Kessous
Article paru dans l'édition du 08.07.08

18:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)