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29/08/2008

les fabricants de cigarettes cachent ...

AJPH First Look, published online ahead of print Jul 16, 2008

This Article
September 2008, Vol 98, No. 9 | American Journal of Public Health 1643-1650
© 2008 American Public Health Association
DOI: 10.2105/AJPH.2007.130963
FRAMING HEALTH MATTERS

Waking a Sleeping Giant: The Tobacco Industry’s Response to the Polonium-210 Issue

Monique E. Muggli, MPH, Jon O. Ebbert, MD, Channing Robertson, PhD and Richard D. Hurt, MD

Monique E. Muggli is with the Nicotine Research Program, Mayo Clinic, Rochester, MN. Jon O. Ebbert and Richard D. Hurt are with the Nicotine Dependence Center, Mayo Clinic, Rochester. Channing Robertson is with the Department of Chemical Engineering, Stanford University, Stanford, CA.

Correspondence: Requests for reprints should be sent to Richard D. Hurt, MD, Professor of Medicine, Director, Nicotine Dependence Center, 200 1st Street SW, Mayo Clinic, Rochester, MN 55905 (e-mail: rhurt{at}mayo.edu).

The major tobacco manufacturers discovered that polonium was part of tobacco and tobacco smoke more than 40 years ago and attempted, but failed, to remove this radioactive substance from their products. Internal tobacco industry documents reveal that the companies suppressed publication of their own internal research to avoid heightening the public’s awareness of radioactivity in cigarettes. Tobacco companies continue to minimize their knowledge about polonium-210 in cigarettes in smoking and health litigation. Cigarette packs should carry a radiation-exposure warning label.

09:38 Publié dans santé | Lien permanent | Commentaires (0)

Les fabricants de cigarettes cachent ...

lu sur la synthèse de presse de l'Institut National de la Santé et la Recherche Médicale :

Les fabricants de cigarettes cachent la présence d'un radioélément, le polonium 210, dans le tabac.
En raison de l'utilisation d'engrais riches en phosphates, lors de la culture du tabac, les cigarettes et la fumée qu'elles produisent contiennent un élément radioactif cancérigène, le polonium 210. D'après une chercheuse américaine, qui a analysé plus de 1500 documents internes des grandes firmes, les industriels du tabac connaissent depuis 40 ans la dangerosité de ce radioélément, mais n'informent pas les consommateurs. Le Figaro indique qu'un "fumeur de 30 cigarettes par jour s'expose par sa présence dans la fumée à l'équivalent de dose de 300 radios de poumons par an".
Figaro [Le] , 28/08/2008

09:15 Publié dans santé | Lien permanent | Commentaires (0)

28/08/2008

Alimentation : le bisphénol A entre doute et toxicité avérée

lu sur http://www.univers-nature.com/

26-08-2008

Alimentation : le bisphénol A entre doute et toxicité avérée

Aujourd’hui suspecté d’être nocif pour l’homme, le bisphénol A (BPA) est omniprésent au sein de la filière dédiée au conditionnement alimentaire. Ce composé chimique participe entre autres à la fabrication de résines dites « époxy-phénoliques », lesquelles constituent le revêtement intérieur des cannettes et des boîtes de conserve ainsi que les couvercles métalliques des pots et bouteilles en verre. Le BPA entre également dans la composition du plastique polycarbonate, apprécié pour sa légèreté et sa transparence, ainsi que pour sa bonne résistance aux chocs. Des vertus qui ont contribué à généraliser son maniement. Aujourd’hui, ce type de plastique est utilisé dans la fabrication de vaisselle, de récipients destinés au four à micro-ondes, de boîtes de conservation, de bouteilles d’eau et de lait recyclables et de conteneurs d’eau réutilisables. Enfin, justifiant les inquiétudes quant à sa possible toxicité, le BPA se retrouve par ailleurs dans la composition de certains biberons.

Présent dans de multiples contenants, le BPA peut migrer en petites quantités dans les boissons et les aliments sous l’effet de la chaleur (eau bouillante), de l’acidité ou du contact avec des graisses, et ainsi être assimilé par l’organisme humain. Or, imitant l’hormone sexuelle féminine, l’œstrogène, le BPA est un perturbateur endocrinien potentiel. Ces possibles effets sur la fertilité et le système hormonal alimentent aujourd’hui de nombreux débats scientifiques. Et si la santé des consommateurs en est l’enjeu déterminant, ceux-ci connaissent un nouvel élan suscité par le degré de dangerosité de l’exposition des nourrissons exposés à cette substance.

En effet, en janvier 2007, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixait la dose journalière admissible (DJA) (1) au-dessous de laquelle l’exposition au BPA n’était pas problématique à 0,05 milligramme/kg de poids corporel. Mais nombreux sont ceux qui aujourd’hui remettent en cause la validité de cet avis, tout particulièrement dans le cas des nouveaux nés plus vulnérables de par leur masse corporelle réduite.
En réponse à ces incertitudes persistantes, l’EFSA a publié en juillet dernier un nouveau communiqué dans lequel elle confirme la faible nocuité de l’exposition au bisphénol des consommateurs. Entérinant les données précédemment divulguées, elle met l’accent sur la capacité de l’organisme humain à métaboliser et à évacuer rapidement le bisphénol A. S’inscrivant dans la même optique, les conclusions rendues sur la polémique relative aux nourrissons s’avèrent tout aussi rassurantes car, selon l’organisme européen, « les nouveaux nés ont la capacité d’éliminer une quantité de BPA bien supérieure à la dose journalière tolérée ».

Pourtant, tout le monde ne partage pas ce point de vue. En avril dernier, le Programme de toxicologie national des Etats-Unis (US National Toxicology Program) appelait ainsi à faire preuve de vigilance quant aux conséquences des taux d’exposition actuels au BPA sur le système nerveux et le comportement tant des fœtus que des nourrissons et des enfants. Une prudence partagée par le gouvernement canadien dont une évaluation préliminaire a reconnu le bisphénol A comme étant une substance toxique au regard des critères définis par la Loi canadienne sur la protection de l’environnement de 1999. A la lumière des réserves émises par le ministère de la Santé (Santé Canada), notamment concernant les tout-petits, les instances gouvernementales ont fait part de leur souhait d’interdire l’importation, la vente et la promotion de biberons contenant du bisphénol A dans le cas où aucune nouvelle information ne serait apportée par les consultations publiques qui se déroulent actuellement sur cette thématique.

Lui reprochant pour sa part d’ignorer les études scientifiques réalisées sur des cellules en culture dont elle est l’auteur, l’association Antidote Europe accuse l’EFSA de minimiser les risques réels. En effet, selon l’association, les recherches entreprises par ses équipes de chercheurs auraient révélé « des activités cancérigènes et de perturbateur endocrinien ». Démentant l’argument avancé par l’EFSA selon lequel la capacité de l’organisme à éliminer le bisphénol A le protégerait de ses propriétés toxiques, Antidote Europe insiste sur le fait que la plupart des médicaments sont métabolisés et éliminés dans les heures suivant l’ingestion, sans que le patient ne soit pour autant à l’abri d’effets secondaires.

Si le débat autour du bisphénol A est donc loin d’être clos, la législation européenne REACH pourrait apporter un regard neuf sur la polémique, ayant entamé le 1er juin dernier une nouvelle phase au cours de laquelle les industriels seront amenés à démontrer l’innocuité de toute substance jugée suspecte.

Cécile Cassier

1- La dose journalière admissible correspond à la quantité d’une substance pouvant être ingérée par jour sans risque affirmé. Elle est exprimée en fonction du poids corporel.

08:18 Publié dans santé | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2008

La construction de colonies israéliennes en Cisjordanie a presque doublé depuis le début de l'année

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/26/la-construction-de-colonies-israeliennes-en-cisjordanie-a-presque-double-depuis-debut-2008_1087884_0.html

La construction de colonies israéliennes en Cisjordanie a presque doublé depuis le début de l'année
LEMONDE.FR avec AFP | 26.08.08 | 10h21 • Mis à jour le 26.08.08 | 11h46

La construction de logements dans les colonies israéliennes de Cisjordanie a pratiquement doublé depuis le début 2008 par rapport à la même période de 2007, selon un rapport publié mardi par La Paix maintenant, mouvement israélien opposé à la colonisation. Durant les cinq premiers mois de l'année, quatre cent trente-trois logements étaient en cours de construction dans les implantations contre deux cent quarante durant la même période de 2007, selon le rapport, qui cite des chiffres officiels du bureau central des statistiques. Sur ce total, le ministère de l'habitat est partie prenante dans le financement de 64 % des logements en construction.

Selon des enquêtes effectuées par La Paix maintenant à l'aide de photographies aériennes et de visites sur le terrain, ce boom de la construction est encore plus important avec un millier de nouveaux bâtiments comprenant deux mille six cents logements en chantier. Plus de la moitié (55 %) de ces logements sont situés à l'est de la barrière de séparation, c'est-à-dire en dehors des grands blocs de colonies qu'Israël entend annexer dans le cadre d'un accord de paix avec les Palestiniens.

Le rapport précise également que quatre cent dix-sept appels d'offres pour la construction de logements dans les colonies de Cisjordanie ont été lancés depuis le début de 2008, soit une augmentation de 550 % par rapport à 2007. A Jérusalem, le nombre d'appels d'offres a pour sa part été multiplié par trente-huit et porte sur mille sept cent soixante et un logements contre quarante-six en 2007. Enfin, dans la centaine de "colonies sauvages", c'est-à-dire n'ayant pas obtenu les autorisations nécessaires des autorités israéliennes et qui sont disséminées en Cisjordanie, cent vingt-cinq structures ont été ajoutées depuis le début de l'année, poursuit le rapport.

Les responsables israéliens se sont à de multiples reprises engagés auprès des Etats-Unis à évacuer ces colonies sauvages. Ces statistiques sur la colonisation ont été publiées alors que la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, effectue une nouvelle mission en Israël et chez les Palestiniens, engagés dans de difficiles négociations de paix. La Paix maintenant estime que ces "constructions intensives visent à effacer la ligne verte" qui séparent la Cisjordanie du territoire israélien afin de relier les blocs de colonies et les implantations isolées situées au cœur de la Cisjordanie.

11:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

24/08/2008

le blocus de Gaza par les Israéliens

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/20/a-l-abordage-du-blocus-de-gaza_1085785_3218.html

A l'abordage du blocus de Gaza
LE MONDE | 20.08.08 | 14h38 • Mis à jour le 20.08.08 | 14h38
NICOSIE ENVOYÉ SPÉCIAL

Depuis deux semaines, les dortoirs de l'université de Nicosie sont occupés par des étudiants d'une moyenne d'âge d'environ 60 ans, originaires d'une dizaine de pays. Ils se préparent à la traversée Chypre-Gaza à bord d'un chalutier de poche et d'un petit voilier achetés pour l'occasion. Ce défi à hauts risques, dont le départ est imminent, est destiné à alerter l'opinion publique internationale sur le calvaire de la bande côtière palestinienne, étranglée depuis plus d'un an par le blocus israélien.

"Le monde doit se réveiller, dit Hedy Epstein, une rescapée de la Shoah âgée de 84 ans. L'armée israélienne est en train d'affamer la bande de Gaza, et l'Occident observe en silence, de peur d'être taxé d'antisémitisme. Les persécutés sont devenus des persécuteurs." Avec ses compagnons grisonnants, vétérans comme elle de la cause palestinienne, Hedy rêve d'atteindre Gaza et d'ouvrir la première ligne maritime à destination de l'enclave sablonneuse depuis son occupation par les troupes de l'Etat juif, en 1967.

Si les vedettes de l'armée israélienne s'interposent, les marins mutins du mouvement Free Gaza prévoient de rester en mer, espérant une mobilisation médiatique en leur faveur. "On ne mangera pas de filet mignon tous les jours mais on a de quoi tenir, dit la vieille dame indignée. Si le peuple de Gaza parvient à survivre, pourquoi ne ferions-nous pas de même ?"

Ce projet extravagant, digne d'une opération commando, émerge durant l'été 2006, à l'issue de la seconde guerre du Liban. Six mois plus tôt, en réaction à la victoire électorale du Hamas, l'armée israélienne a commencé à cadenasser la bande de Gaza. Galvanisé par la résistance imprévue du Hezbollah, un quatuor de militants pacifistes basés à Beyrouth, à Londres et en Californie, ressent le besoin de frapper un grand coup. "On faisait le constat qu'écrire des mails et participer à des manifestations ne suffisait plus, explique Ramzi Kyzia, un trentenaire américain d'origine libanaise qui se définit comme un "moushkalji" ("agitateur") professionnel. On se disait qu'il fallait travailler à la paix de façon aussi déterminée qu'Israël et les Etats-Unis travaillent à la guerre. Que notre action devait être proportionnée à la gravité de la crise."

A force de remue-méninges sur Internet, l'idée folle surgit. "Et si on prenait un bateau pour Gaza ?" Le projet initial envisage un départ de New York, au pied de la statue de la Liberté. Il est ensuite question de Marseille, pour imiter l'Exodus, le navire rempli de survivants de la Shoah, parti du port de Sète, en 1947, et intercepté par la marine britannique devant les côtes du futur Etat d'Israël. Finalement, Ramzi et ses collègues - Paul Larudee, un accordeur de pianos de San Francisco, Greta Berlin, une consultante en relations publiques, et Bella Locke, une Anglaise - optent pour un trajet plus court, à partir de Chypre.

Commence alors un marathon pour lever des fonds. Compte tenu du caractère "subversif" de l'entreprise, il est vain d'imaginer louer des bateaux. Il faut les acheter. Les armateurs de Méditerranée n'ont pas oublié les déboires du Sol Phryne, un rafiot affrété, en 1988, par l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et destiné à ramener sur leur terre natale une centaine de Palestiniens expulsés en 1948, lors de la création d'Israël. Le 16 février de cette année, quelques heures avant le départ, un engin explosif avait dévasté la coque du navire, ancré dans le port de Limassol, à Chypre, torpillant du même coup le rêve de retour des réfugiés. La veille, dans la même ville, trois responsables de l'OLP avaient été tués dans un attentat à la voiture piégée, attribué, là aussi, au Mossad, la ténébreuse centrale de renseignement israélienne.

Conscients de ne pouvoir compter que sur leur volontarisme, les patrons de Free Gaza lancent une vaste opération de souscription. "On a multiplié les présentations, dans les églises, les écoles, les associations, raconte Greta Berlin, 67 ans, une ancienne metteuse en scène de théâtre. Les donations ont varié, de 20 000 dollars pour la plus grosse à 1,50 dollar pour la plus petite." Au printemps, le financement paraît bouclé. Riad Hamad, un Libano-Américain, professeur d'informatique au Texas et responsable d'une association caritative spécialisée dans l'aide aux enfants de Gaza, a promis de verser 25 000 dollars. De quoi finaliser l'achat d'un navire turc.

Mais, le 14 avril, son corps est retrouvé, inanimé, dans un lac d'Austin. En dépit du fait que ses mains et ses jambes aient été liées, la police conclut à un suicide. Ses proches, au sein du mouvement propalestinien, incriminent le harcèlement du FBI et du fisc américain qui, quelques semaines plus tôt, avaient perquisitionné son domicile, dans le cadre d'une enquête pour fraude et blanchiment d'argent.

"Il n'a pas supporté la pression, dit Greta Berlin. Ses comptes ont été aussitôt gelés. En plus des 300 000 dollars que nous avions levés, nous avons dû emprunter 250 000 dollars pour finalement acheter en Grèce, début juin, deux bateaux." Leurs noms : Free Gaza et USS Liberty, en l'honneur du navire américain du même nom, coulé, en 1967, par l'aviation israélienne. Une "erreur", selon la version officielle, qui coûta la vie à trente-quatre marins.

Le 29 juillet, les initiateurs du projet sont rejoints à Chypre par une trentaine de militants, dont une nonne américaine de 81 ans, Ann Montgomery, un Palestinien de Gaza, interdit de séjour sur sa terre, Mushir Al-Farra, et l'anthropologue Jeff Halper, figure du mouvement anti-occupation israélien. Pendant deux semaines, ils attendent l'arrivée des bateaux, partis de Crète et ralentis par le mauvais temps. A leur bord, une dizaine d'activistes, dont Paul Larudee et la journaliste Lauren Booth, belle-soeur de Tony Blair.

Pour tromper l'ennui, les "chypriotes" cuisinent, visitent Nicosie, répètent quelques gestes de secourisme et, instruits par le sabotage de 1988, verrouillent à double tour les portes de leurs chambres. "Les Israéliens nous surveillent, assure Greta Berlin. Ils ont déjà tenté de brouiller le matériel de transmission satellite embarqué sur les bateaux. On a eu des visites louches sur le campus. On a même reçu des menaces téléphoniques. Une voix anonyme a dit au mari de Lauren Booth de prévenir leurs enfants que "Maman ne reviendra pas"".

En dépit de cette tension, les apprentis matelots tiennent bon. L'annonce par le quotidien Haaretz que la marine israélienne envisage d'arraisonner leur flottille ne les décourage pas. Après deux années de préparatifs épiques, tous ont le sentiment d'avoir déjà gagné. "Si les Israéliens nous arrêtent dans les eaux internationales, c'est un crime, dit Ramzi Kyzia. S'ils nous arrêtent dans les eaux de Gaza, c'est la preuve qu'en dépit de l'évacuation des colons ce territoire est toujours sous occupation. Or, en droit international, l'occupant doit s'assurer du bien-être de la population, ce que bien sûr Israël ne fait pas. Dans les deux cas, on est gagnants. On prend Israël en flagrant délit de violation du droit international."

Hedy Epstein, la super-mamie de la troupe, ne s'inquiète pas non plus. Avant de quitter son domicile, à Saint Louis, au Missouri, elle a pris des cours de natation à la piscine municipale. "Maintenant, je n'ai plus peur de mettre la tête sous l'eau, dit-elle. Je suis prête pour débarquer à Gaza."

Benjamin Barthe
Article paru dans l'édition du 21.08.08

58 ans après,des documents américains déclassifiés innocenteraient la "Mata Hari coréenne"

lu sur lemonde.fr :

Des documents américains déclassifiés innocenteraient la "Mata Hari coréenne"
LE MONDE | 19.08.08 | 14h31 • Mis à jour le 19.08.08 | 14h31
TOKYO, CORRESPONDANCE

Kim Soo-im, la "Mata Hari coréenne", n'aurait été qu'une victime des premiers temps de la guerre froide. Le 25 juin 1950, la péninsule coréenne, partagée au niveau du 38e parallèle entre le régime communiste de Kim Il-sung et celui, proaméricain, de Syngman Rhee, plonge dans la guerre. Le 28, Kim Soo-im, 39 ans, est exécutée. Son crime, avoir séduit le colonel américain John E. Baird pour obtenir des informations - notamment le plan détaillant le retrait de la péninsule des troupes des Etats-Unis en 1949 - qu'elle aurait remises à son amant Lee Gang-kook, haut responsable nord-coréen.

Kim Soo-im, orpheline, est diplômée de la prestigieuse université pour filles Ehwa. Parlant anglais, elle fait figure, dès les années 1930, de modèle de jeune femme moderne et libérée. Elle fréquente les milieux intellectuels coréens, se lie d'amitié avec la poétesse Moh Yoon-sook.

Ses compétences en anglais intéressent les forces américaines, arrivées dans la péninsule en septembre 1945. Elle devient l'assistante du colonel Baird, en charge de la police militaire. Une liaison se noue. Un enfant naît.

Elle est arrêtée le 1er mars 1950 ; son procès et son exécution font les gros titres de la presse à Séoul. Dans l'Amérique maccarthiste, elle devient "la séductrice coréenne qui a trahi l'Amérique", "la Mata Hari coréenne". Ses "ruses féminines" seraient "les armes les plus mortelles" des communistes.

"CHASSE AUX SORCIÈRES"

Or sa culpabilité est remise en cause. Selon l'agence Associated Press, qui cite des documents secrets de l'époque, aujourd'hui déclassifiés, obtenus aux Archives nationales des Etats-Unis, Kim Soo-im n'aurait pu obtenir d'informations sensibles auprès du colonel Baird, pour la simple raison que celui-ci n'y avait pas accès. Lee Gang-kook, lui, aurait travaillé avec la CIA, un fait confirmé par son exécution comme "espion américain" après la fin des combats en 1953.

Pour Jung Byung-joon, professeur à l'université Mokpo, Kim Soo-im aurait été victime d'une véritable "chasse aux sorcières". A l'époque, le régime de Syngman Rhee, soutenu par d'anciens collaborateurs de l'occupant japonais maintenus en place par les Américains, aurait fait exécuté quelque 100 000 militants et sympathisants de gauche. "Elle était détestée pour avoir été l'amante de Lee Gang-kook et du colonel Baird", estime M. Jung. Le départ du colonel Baird - forcé pour "éviter de nouveaux problèmes" - la laisse sans protection. Sa confession, vraisemblablement obtenue sous la torture, la fera condamner à la peine capitale.

Les dernières révélations arrivent bien tard, mais confortent Kim Wonil. Agé de 59 ans, ce professeur de l'université californienne de La Sierra est le fils de Kim Soo-im et du colonel Baird - qui n'a jamais accepté de le reconnaître. Il est le premier à s'être plongé dans les documents déclassifiés, s'est entretenu avec l'un des juges qui ont condamné sa mère et continue à chercher la vérité, avant que cet épisode de la guerre froide ne tombe définitivement dans l'oubli.

Philippe Mesmer
Article paru dans l'édition du 20.08.08

23/08/2008

Agriculture biologique : une expérience à l'échelle d'un pays

lu sur : http://alternatives-international.net/auteur1400.html

Agriculture biologique et relocalisation de l’économie
vendredi 25 avril 2008 par Daniel HOFNUNG

L’exemple cubain est sans doute le seul exemple de transformation à l’échelle d’un pays d’une agriculture intensive et productiviste en agriculture extensive et biologique et d’une relocalisation de l’économie Lors de la cessation de l’aide soviétique à partir de la chute du bloc soviétique, après 1989, et surtout en 1990 et 1991 (année où moins de la moitié du pétrole soviétique a été livré) Cuba s’est retrouvé dans une situation catastrophique au niveau alimentaire.
La production agricole à Cuba était organisée sur le modèle de l’agriculture productiviste, avec une culture intensive dans des grandes fermes d’Etat, basée sur un pétrole importé à 98 % du bloc soviétique et sur l’usage massif d’insecticides et d’engrais chimiques importés. C’était une agriculture orientée vers l’exportation de quelques denrées (agrumes, tabac, sucre), mais qui ne subvenait pas aux besoins de la population : 66 % des denrées étaient importées du bloc sov iétique.(1). Ce modèle ressemble en fait au modèle qu’instaure le système néolibéral actuel : produire pour le marché et l’exportation et non pour satisfaire les besoins de la population.
Comment faire lorsque soudain tout cela disparait ?
C’est le problème que Cuba a du résoudre pendant la « période spéciale », période de grave crise qui a suivi la chute de l’URSS.
Il n’y avait presque plus d’engrais chimiques ou de pesticides, moitié moins de carburant, les exporations et avec elles les importations ont chuté. La ration alimentaire individuelle a baissé de 20 % au niveau des calories et de 27 % au niveau des protéines, le cubain moyen a perdu 15 kg, et des milliers de ruraux sans ressources sont partis vers les villes dans l’espoir d’un avenir meilleur. (1)
Et par nécessité, Cuba a décidé de s’orienter vers les vieilles méthodes : agiculture biologique, traction animale, amendement naturel des sols, horticulture de proximité (puisque les transports manquaient)... Les fermes d’Etat productivistes ont été en 1993 à 80 % transformées en coopératives produisant pour fournir en aliments les institutions d’Etat (hôpitaux, écoles, jardins d’enfants) mais dont le reliquat de production pouvait être vendu librement. En 199 4 étaient créés les marchés paysans (1). L’agriculture de proximité était développée, par la distribution de centaines de terrains vacants à qui voulait les cultiver, et par l’incitation à cultiver partour où l’on pouvait : dans les patios, sur les terrasses des immeubles – dans des pots, des containers ou des pneus -, des coopératives horticoles urbaines étaient crées, de même qu’un réseau des boutiques de graines et d’outillage où des consultants donnaient des conseils aux utilisateurs (2).
Un Institut de recherche était créé, pour travailler sur le vermicompostage, les bio-formulations, la protection biologique des sols. 280 centres de production de pesticides et produits biologiques étaient créés (2-4)
Ensuite, il est apparu que le choix qui avait été fait sous la contrainte était un bon choix pour l’avenir et pour le développement durable : la décision a été prise de généraliser l’agriculture biologique pour l’alimentation de la population. En 1996, un décret autorisait pour la Havane la seule agriculture biologique pour la production de nourriture (2), et l’agriculture dans l’enceinte de la ville (qui comprend plusieurs municipalités semi-urbanisées) de la Havane était à même de fournir en fruits et légumes biologiques 50 % de la population, le reste étan t assuré par les coopératives de la province de la Havane. Dans les autres localités, l’agriculture urbaine couvre en aliments biologiques de 80 à 100 % des besoins, et l’objectif de fournir 300 grammes de légumes frais par jour à chacun est maintenant atteint (3, 1 et 4). Reste le problème de la viande, des laitages et des oeufs : les réformes dans ce domaine ont été moins importantes et une pénurie subsiste, la production, sauf pour les oeufs, avait en 2004 peu dépassé celle du moment de la crise (1994). D’autres voies sont aujourd’hui envisagées, comme l’élevage de lapins en agriculture urbaine (4).
Une autre action est le développement de la culture des plantes médicinales, depuis 1992, pour pallier au manque de médicaments. Aujourd’hui, 13 fermes provinciales et 136 fermes municipales produisent 1.000 tonnes de plantes et herbes par an.
Les résultats de cette politique sont énormes : réduction de la contamination des sols, de l’air et de l’eau par les pesticides et les engrais chimiques, diversification des productions et de l’alimentation, recyclage des déchets, réduction au minimum des coûts de transport, sécurité alimentaire, baisse de la pollution, développement de l’emploi...
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Maintenant, 20 % de la surf ace cultivée à Cuba est protégée par les méthodes biologiques : ceci concerne essentiellement l’horticulture. La majorité des cultures de fruits et d’agrumes est gérée en agriculture biologique, et celles-ci sont testées pour la canne à sucre, le café, le cacao, la noix de coco, l’ananas et la mangue.
Les bananes posent encore problème, et des traitements chimiques sont encore utilisés. Par contre la grande culture d’exportation (tabac...) reste productiviste, avec OGM, traitements et engrais chimiques (témoignage de Jean-Claude Lefort, ancien député d’Ivry, fondateur du groupe ATTAC à l’assemblée nationale, de retour de Cuba).
La protection biologique intégrée est utilisée sur 27 cultures pour contrôler un total de 74 insectes.
Lors d’un séjour récent à Cuba , j’ai pu avoir un aperçu de l’horticulture biologique et me rendre dans une coopérative horticole urbaine à la Lisa (quartier périphérique la Havane, où seulement 50% de la surface est urbanisée). J’ai vu d’autres exploitations le long d’une grande rue du centre (dont une portait un panneau « lombricultura »).
Tout ce que nous mangions était bio, tout comme ce que consomme la population.
Les coopératives « bio » des quarti ers périphériques vendent sur le marché ou livrent des petits points de vente situés près des habitations dans des cités. (cf. photos). Ces coopératives partagent leurs bénéfices pour la production. Elles fournissent les institutions locales : sous une forme volontaire, parmi les coopérateurs, des paysans donnent gratis une partie de leur production aux jardins d’enfants, écoles, polyclinique. Les revenus des coopérateurs n’en sont pas moins nettement plus élevés que les salaires moyens.
Il existe aussi des cultures en bas des immeubles (par les habitants de rez de chaussée qui souhaitent le faire) (cf. photo dans une cité visitée) ou sur les toitures-terrasses.
Enfin, il existe des points de vente dans la Ville, en particulier dans le centre, livrés par des coopératives plus grandes situées à plus grande distance mais dans la province de la Havane. Pour ce type de coopératives , l’Etat fourni des crédits pour l’outil de production mais elles fournissent les denrées distribuées aux institutions (écoles, hopitaux), le reste étant vendu au public.
On a donc à la Havane un système pyramidal, basé sur la proximité, où chaque niveau est fourni localement, quand c’est possible, les niveaux supérieurs étant fournis toujours localement, mais à plus grande distance, par des exploitations plus importantes.< /div>
Ce système est-il généralisable et survivra-t-il à Cuba ?
Les circonstances qui lui ont donné naissance sont particulières : embargo, coupure par rapport au marché mondial. On peut se demander si, en cas d’ouverture totale du commerce – prônée par l’OMC –, l’agriculture biologique cubaine pourrait résister à la concurrence d’aliments importés non biologiques et si elle ne connaitrait pas le sort des multiples agricultures africaines ruinées par le lait ou les poulets européens subventionnés, ou celui des producteurs mexicains, ruinés par le maïs ou les haricots état-uniens subventionnés.
D’où l’importance de lutter contre les règles de libre échange, qui ne sont que les règles de liberté des plus puissants d’anéantir les plus faibles,et d’obtenir le droit pour les pays moins « développés » de protéger leur économie.
Il n’en reste pas moins que l’exemple cubain est sans doute le seul exemple de transformation à l’échelle d’un pays d’une agriculture intensive et productiviste en agriculture extensive et biologique et d’une relocalisation de l’économie, largement permise par la propriété publique de la plupart des terres.
Ainsi, l’exemple cubain est peut ê tre une voie que par nécessité aussi, d’autres devront suivre lorsque les crises de l’énergie et de l’économie mondiale s’approfondiront.
Et Cuba est sans doute un pionnier, que certains imitent déjà en Amérique Latine, où l’exemple agricole cubain commence à se diffuser, avec par exemple la naissance de l’agriculture urbaine à Caracas.
Daniel Hofnung
25/03/08
références :
1- rural-urban migration and the stabization of cuban agriculture, Lisa Renolds Wolfe, Global Exchange/Food First http://www.foodfirst.org/en/search/node/cuban+agriculture
2 - « organic by necessity » http://www.handsontv.info/series4/growing_trend_reports/organicbynecessity_cuba.html
3 - « comment Cuba a survécu au peak oil » l’énergie de la communauté, par Megan Quin, from the Wilderness. http://vdedaj.club.fr/spip/article....
4 http://www.theholmteam.ca/

20/08/2008

À qui appartient notre planète. Ou : la propriété des ressources c'est le vol

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/20/la-course-aux-ressources-arctiques-s-accelere_1085804_3244.html

La course aux ressources arctiques s'accélère
LE MONDE | 20.08.08 | 14h54 • Mis à jour le 20.08.08 | 14h59

Un siècle après les expéditions rivales de Frederick Cook et de Robert Peary pour la conquête du pôle Nord, une nouvelle course-poursuite est engagée, cette fois dans l'océan glacial Arctique. Elle met en scène les cinq puissances riveraines de ce no man's land congelé - Russie, Canada, Etats-Unis (via l'Alaska), Norvège et Danemark (via le Groenland) -, et son enjeu n'est plus la gloire, mais les ressources naturelles que recèlent, en abondance, les fonds marins.

Jeudi 21 août, le brise-glace Louis S. Saint-Laurent de la garde côtière canadienne doit appareiller de Kugluktut (territoire inuit du Nunavut), pour une mission de six semaines dans la mer de Beaufort, aux confins du Yukon canadien et de l'Alaska américain. Il sera rejoint, début septembre, par le garde-côte américain Healy, parti d'Alaska.

Dans chaque navire, une vingtaine de scientifiques, géologues, géophysiciens, hydrographes et techniciens. Et des instruments de cartographie du plancher océanique, pour mesurer la profondeur des fonds et l'épaisseur des couches de sédiments, afin de réaliser un relevé du relief. Cette campagne conjointe, annonce le ministre canadien des ressources naturelles, Gary Lunn, doit "favoriser une collecte de données efficace qui aidera les deux pays à délimiter le plateau continental de l'ouest de l'Arctique".

La science n'est pas la seule ni même la première motivation des deux pays. Selon les dernières estimations de l'Agence gouvernementale américaine de recherche géologique (USGS), publiées fin juillet 2008, l'Arctique recèlerait "22 % des ressources énergétiques non découvertes mais techniquement exploitables" de la planète. Au nord du cercle polaire dormiraient, dans les grands fonds, l'équivalent de 90 milliards de barils de pétrole (13 % des réserves mondiales inexplorées), 47 milliards de m3 de gaz naturel (30 % des réserves) et 44 milliards de barils de gaz naturel liquéfié (20 % des réserves). Sans compter d'hypothétiques gisements d'or, de diamants, de nickel, de fer, de cuivre ou d'étain.

Une telle manne ne peut qu'exciter les convoitises. Les Russes, qui revendiquent près de 45 % du territoire circonscrit par le cercle arctique, ont pris les devants en plantant symboliquement leur drapeau, en août 2007, sous la calotte glaciaire, à 4 261 mètres de profondeur. Danois, Américains, Canadiens et Norvégiens ont à leur tour lancé des missions scientifiques destinées à établir leur souveraineté sur une partie des fonds océaniques.

La convention des Nations unies sur le droit de la mer permet en effet à un Etat côtier d'étendre sa juridiction sur le plateau continental - c'est-à-dire le prolongement des terres sous la surface de la mer - au-delà des 200 milles nautiques (370 km) de sa zone économique exclusive. A condition d'apporter la démonstration, devant une commission internationale, que ce secteur se situe dans la continuité de son territoire terrestre. C'est ici qu'entrent en jeu les scientifiques.

"D'un point de vue géologique, le plateau continental est la partie faiblement immergée (quelques centaines de mètres de profondeur) qui s'étend de la côte jusqu'au talus continental, caractérisé par une rupture de pente au-delà de laquelle commencent les bassins océaniques profonds", explique Walter Roest, directeur du département des géosciences marines à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Mais, ajoute-t-il, "au niveau juridique, les choses sont plus complexes".

Le cas de la dorsale de Lomonossov en est l'illustration. Cette chaîne de montagnes sous-marines, longue de 1 800 km et haute de plus de 3 000 mètres, s'étend de la Sibérie au Groenland et à l'île canadienne d'Ellesmere. "Voilà plusieurs dizaines de millions d'années, cette zone était attenante au plateau continental sibérien, comme le révèle la similitude de leurs roches granitiques", indique Walter Roest. Ce qui étaye les revendications de la Russie sur une vaste partie de l'Arctique. Mais, poursuit le géologue, le jeu de la tectonique des plaques fait que cette dorsale s'est éloignée de la Sibérie. Ce qui renforce la position du Canada et du Danemark.

Lors du 33e Congrès géologique international, qui s'est tenu du 6 au 14 août à Oslo, les Canadiens ont présenté des "preuves scientifiques" que la dorsale de Lomonossov se rattache aux plaques continentales de l'Amérique du Nord et du Groenland. "En utilisant des explosions contrôlées et des sismographes, pour mesurer la vitesse de propagation des ondes dans des couches profondes de 30 à 40 km, les chercheurs ont montré qu'il y avait une continuité géologique entre le continent et la dorsale", indique Jacob Verhoef, expert auprès du ministère des ressources naturelles.

La compétition en cours pour l'exploitation des ressources polaires - aiguisée par la perspective de l'ouverture de nouvelles routes maritimes, du fait de la fonte des glaces, et par la volonté des grandes puissances d'affirmer leur présence militaire dans cette région - n'est pas de bon augure pour l'Arctique qui, au contraire de l'Antarctique, n'est pas protégé par un traité international. En mai 2008, les cinq pays côtiers, réunis au Groenland, se sont pourtant "engagés à prendre des mesures (...) pour assurer la protection et la préservation du fragile environnement marin de l'océan Arctique".

Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 21.08.08

18/08/2008

la loi du plus fort ...(suite)

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http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/16/la-crise-de-l-eau-s-accentue-en-israel-et-frappe-durement-les-palestiniens_1084447_3218.html

La crise de l'eau s'accentue en Israël et frappe durement les Palestiniens
LE MONDE | 16.08.08 | 13h46 • Mis à jour le 16.08.08 | 13h46
JÉRUSALEM CORRESPONDANT

Uri Shani, un universitaire qui préside aux destinées de la Water Authority (Mekorot), a lancé, en juillet, un véritable cri d'alarme : "Israël connaît la pire crise de l'eau de son existence." "Nous allons à la catastrophe", a-t-il averti, en précisant qu'un peu partout les signaux d'alerte s'étaient allumés.

Le lac de Tibériade, qui fournit un tiers de la consommation nationale, a atteint sa ligne rouge (213 mètres au-dessous du niveau de la mer). A l'automne, il pourrait atteindre la ligne noire au-dessous de laquelle ce grand réservoir serait en péril en raison des risques de salinisation et d'apparition d'algues toxiques. Uri Shani a fait un état des lieux de tous les bassins aquifères. Leur niveau n'a jamais été aussi bas. Le bassin de la côte a déjà atteint la ligne noire, ce qui signifie qu'il y a déjà eu des infiltrations d'eau de mer et que "des dégâts peut-être irréversibles ont été causés", a-t-il souligné.

Uri Shani a déjà prévenu que les prochaines années risquaient d'être pires. Une série de mesures ont été et vont être prises. L'arrosage public pourrait être interdit dès l'an prochain. "Israël deviendra jaune et il faudra apprendre à nager dans des piscines vides", a prévenu Uri Shani. Les quantités d'eau utilisées par l'agriculture seront réduites d'un tiers. Une campagne nationale a été lancée pour inciter la population à économiser l'eau. Son prix va augmenter. Depuis quatre ans, il pleut de moins en moins. Pour l'année 2008, le déficit prévu sera de 350 millions de mètres cubes. Et la consommation domestique augmente de 4 % par an.

Le manque de pluie frappe aussi durement la Cisjordanie. Un tiers en moins au cours du dernier hiver. "2008 a été déclarée année de sécheresse. La situation au sud et à l'est d'Hébron, à Bethléem, à Jénine est préoccupante", dit Ayman Rabie, responsable de l'organisation non gouvernementale (ONG) Palestinian Hydrology Group. L'approvisionnement venant d'Israël a été réduit de 20 à 30 %, affirme l'Office de coordination pour les affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). Il y a désormais des coupures d'eau. Des camions-citernes pallient les manques, mais l'eau est quatre fois plus chère.

B'Tselem, organisation israélienne de défense des droits de l'homme, lance un cri d'alarme, indiquant que 20 % de la population de Cisjordanie n'est pas connectée au réseau et que les réserves de l'hiver sont épuisées. "J'ai demandé 8 millions de mètres cubes supplémentaires à Mekorot. Ils m'ont été refusés", s'inquiète Shaddad Al-Attili, responsable de la Palestinian Water Authority (PWA). Le déficit se situera cette année aux alentours de 69 millions de mètres cubes.

A Gaza, "c'est catastrophique", raconte M. Al-Attili, qui explique que la nappe phréatique est à un niveau critique, qu'elle est totalement polluée par l'eau de la mer et par les rejets des eaux usées qui ne sont pas traitées. "Seuls ceux qui ont les moyens peuvent s'acheter un appareil pour purifier l'eau. On va au-devant d'une catastrophe sanitaire", s'alarme Ayman Rabie.

L'eau est un enjeu majeur des négociations entre Palestiniens et Israéliens pour la création d'un Etat palestinien. Le processus d'Oslo avait laissé cette question capitale de côté. Les Israéliens consomment 3,5 fois plus d'eau que les Palestiniens et contrôlent complètement les ressources en eau de la Cisjordanie.

Shaddad Al-Attili avoue son impuissance. "Il n'est pas possible de creuser un puits sans l'autorisation d'Israël et les accords ne sont donnés que pour le bassin oriental, le plus profond, et quelquefois pour celui du nord, le moins fourni. Pour la nappe occidentale, la plus importante, c'est impossible. Or notre population a doublé depuis que l'Autorité palestinienne a été créée et notre allocation en eau est toujours la même. Nous mourrons de soif alors que les Israéliens pensent seulement à réduire leur consommation." Les Palestiniens veulent que leur eau leur soit rendue. "Israël alloue seulement 20 % de l'eau puisée en Cisjordanie et empêche la PWA de développer des ressources additionnelles", s'insurge B'Tselem.

Ayman Rabie raconte : "Il faut des permis pour creuser des puits à une profondeur requise, entreprendre des réhabilitations du réseau, construire un réservoir, commander des pompes ou des tuyaux. Et ces derniers ne doivent pas être d'une largeur supérieure à 8 inches (20 centimètres) pour que l'on n'ait pas trop d'eau." Ayman Rabie explique aussi que les colons font ce qu'ils veulent, qu'ils ont de l'eau 24 heures sur 24 et qu'il suffit de se promener en Cisjordanie pour voir le contraste entre les colonies vertes et les villages palestiniens arides.

Non seulement l'eau est rare, mais celle qui est utilisée souille les paysages et le sous-sol, car Israël ne donne pas d'autorisation pour la construction de centres de retraitement. 90 % des effluents sont rejetés non traités.

Shaddad Al-Attili enrage car, depuis plusieurs années, il ne peut utiliser l'argent alloué par la communauté internationale pour construire les unités de traitement des eaux. L'Agence française de développement a, par exemple, engagé 50 millions d'euros pour des projets qui restent gelés faute d'un accord israélien. "En fait, dit Ayman Rabie, nous aurions le feu vert si les colonies étaient autorisées à se connecter sur le réseau de retraitement des eaux, ce qui reviendrait à légaliser leur existence."

A l'avenir, Israël va devoir non seulement répartir l'eau plus équitablement mais aussi trouver des ressources supplémentaires pour éviter une pénurie croissante. En 2001, une commission de la Knesset avait déjà dressé un constat alarmant et demandé que des mesures soient prises, notamment pour la construction d'usines de dessalement de l'eau.

L'objectif était d'atteindre la production de 400 millions de mètres cubes en 2006. Aujourd'hui, 130 millions de mètres cubes proviennent de trois usines. Trois autres vont permettre d'augmenter la capacité à 500 millions de mètres cubes, en 2012, et 750 millions, en 2020. Il est aussi prévu de favoriser le retraitement des eaux usées qui alimentent en bonne partie l'agriculture.

Mohsé Perlmutter, de la société de protection de la nature, pense que "le plan d'urgence vient trop tard" et annonce des lendemains difficiles pour Israël. Surtout si les Palestiniens exigent le contrôle de leurs ressources en eau.

Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 17.08.08

16/08/2008

la loi du plus fort ...(suite)

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http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/08/15/israel-reporte-l-evacuation-de-la-plus-grande-colonie-sauvage-de-cisjordanie_1083940_3218.html

Israël reporte l'évacuation de la plus grande colonie sauvage de Cisjordanie
LEMONDE.FR avec AFP | 15.08.08 | 12h17 • Mis à jour le 15.08.08 | 12h22

Le gouvernement israélien a renoncé pour l'heure à faire évacuer la plus importante des colonies sauvages construites sans son autorisation en Cisjordanie, a-t-on appris, vendredi 15 août auprès du ministère de la défense. Ce ministère a informé jeudi la Cour suprême que les colons de Migron, qui occupent des terres privées palestiniennes, pourront rester sur place aussi longtemps qu'une nouvelle colonie ne sera pas construite à proximité pour les accueillir, selon une porte-parole de la défense. Aucune date n'a cependant été fixée pour le transfert des colons vers le nouveau site.

La porte-parole a précisé qu'un accord avait "été signé avec le Conseil représentatif des implantations juives en Cisjordanie (Yesha) en vue du transfert de Migron sur un autre site". "Nous nous sommes engagés auprès du tribunal à annoncer dans les 45 jours le nouvel emplacement de Migron. L'implantation sera reconstruite sur des terres domaniales, dans la région, et deviendra un quartier d'une implantation existante", a-t-elle précisé Mais pour l'heure les colons de Migron ont annoncé qu'ils refusaient d'évacuer, même si Yesha donne son accord. Ils sont soutenus par l'aile la plus extrémiste des colons, notamment par un petit groupe de rabbins qui interdisent une évacuation de "toute parcelle de la Terre promise". En janvier le gouvernement s'était engagé auprès de la Cour à évacuer Migron d'ici août, disant s'efforcer de trouver un accord à l'amiable avec les colons.

"UN CADEAU FAIT AUX COLONS"

Migron compte quelque 200 résidents installés dans plusieurs maisons en dur et des dizaines de mobile homes, ainsi qu'une synagogue, un bain rituel, un jardin d'enfants et des serres, le tout relié par Israël au réseau électrique et protégé par l'armée. Le mouvement israélien anticolonisation La Paix Maintenant a dénoncé ce nouveau report de l'évacuation. "Le gouvernement a capitulé devant les menaces des colons d'user de la violence s'ils étaient évacués, alors qu'ils occupent en toute illégalité des terres privées palestiniennes", a déclaré son dirigeant Yariv Oppenheimer. "Nous n'acceptons pas le cadeau qui est fait aux colons, qui obtiennent en compensation de leur action illégale la construction d'une nouvelle colonie" a-t-il ajouté, indiquant que La Paix Maintenant poursuivrait son action en justice pour obtenir le démantèlement de Migron.

Un rapport policier interne, publié vendredi par le quotidien Haaretz, fait par ailleurs état d'une augmentation sensible des agressions commises contre des Palestiniens par des colons ou de heurts de colons avec la police et l'armée. Selon ce rapport, 429 incidents ont été enregistrés dans les six premiers mois de l'année contre 551 pour toute l'année 2007. Israël s'est engagé à plusieurs reprises auprès de Washington à démanteler les colonies sauvages de Cisjordanie, au nombre d'une centaine selon La Paix Maintenant. Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies dans les territoires occupés depuis juin 1967 sont illégales.

L'activité humaine menace d'asphyxie les eaux côtières

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L'activité humaine menace d'asphyxie les eaux côtières

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/16/en-france-vingt-zones-sont-touchees_1084453_3244.html

En France, vingt zones sont touchées
LE MONDE | 16.08.08 | 13h40 • Mis à jour le 16.08.08 | 13h40

Dans la revue Science du 15 août, Robert Diaz et Rutger Rosenberg recensent vingt sites frappés d'eutrophisation en France, principalement des estuaires et des lagunes côtières. Mais "le processus est épisodique, périodique ou saisonnier, et peu important", précise Louis-Alexandre Romana, responsable de l'environnement côtier à l'Ifremer.

Sont concernés les baies de Somme et de Vilaine (épisodique) ; l'estuaire de la Gironde et la lagune languedocienne du Prévost (périodique) ; les étangs de Berre et de Thau, les estuaires de la Loire et de la Seine (saisonnier). Auxquels s'ajoutent sans précision de périodicité les baies d'Arguenon, de Douarnenez, de la Frenaye, de Lannion, de Morlaix, de Saint-Brieuc, et Concarneau, les sites de Boulogne, Calais, Dunkerque, l'estuaire de la Canche (Picardie) et le bassin d'Arcachon.

Dans les grands estuaires, l'eutrophisation est provoquée par le mouvement des marées, qui finit par former une sorte de "bouchon vaseux" à leur sortie. L'hypoxie a lieu en été, pendant les périodes de hautes eaux qui remuent ces sédiments et accentuent la consommation d'oxygène. Sur la Vilaine, un barrage a déplacé le bouchon vaseux en amont, où il y a moins d'eau.

Dans le Languedoc-Roussillon, l'étang de Berre et l'étang de Thau connaissent des situations d'hypoxie plus marquées. Dans le premier cas, le problème vient d'EDF, qui a détourné le débit de la Durance vers l'étang de Berre pour alimenter la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. L'arrivée d'eau douce dans l'eau salée à induit une stratification et une hypoxie en été. Pour réduire ces effets, EDF a décidé de limiter ses prélèvements estivaux.

Dans l'étang de Thau, la conchyliculture alliée aux effluents domestiques est un des facteurs d'hypoxie estivale. Les coquillages filtrent beaucoup d'eau et envoient nombre de particules par le fond.

Christiane Galus
Article paru dans l'édition du 17.08.08

14/08/2008

Les Indiens occupent plusieurs bases pétrolières en Amazonie péruvienne

lu sur lemonde.fr :

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Les Indiens occupent plusieurs bases pétrolières en Amazonie péruvienne
LE MONDE | 13.08.08 | 15h13 • Mis à jour le 13.08.08 | 15h13
LIMA CORRESPONDANCE

Armés de lances et le visage peint, plusieurs centaines d'Indiens d'Amazonie occupaient, mardi 12 août, une importante centrale hydroélectrique de la région de Bagua, au nord-est du Pérou, privant les villages alentour d'électricité pour la deuxième journée d'affilée. Dans la région voisine de Loreto, d'autres tribus ont pénétré de manière plus pacifique sur une base pétrolière, tandis que, dans la partie amazonienne de la région de Cusco (sud), un autre groupe empêchait l'exploitation du gisement gazier de Camisea, un des plus importants du Pérou.

Selon l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep), près de 14 000 Indiens de diverses ethnies, venant de 1 350 communautés d'Amazonie, se sont joints au mouvement de protestation contre le gouvernement, commencé le 9 août, lors de la Journée mondiale des peuples indigènes.

Habituées à vivre dans des coins reculés de la jungle, des familles entières ont rejoint différents lieux stratégiques de l'Amazonie péruvienne afin d'exiger le retrait immédiat de 38 décrets-lois promulgués pour "faciliter l'investissement privé sur les terres communales".

Selon l'Aidesep, ces décrets "fragilisent les territoires indiens d'Amazonie". Le décret-loi 1073 menace l'autonomie des peuples indigènes et le concept de propriété collective sur lesquels repose leur culture, en cherchant à privatiser leur territoire.

En juillet, ces décrets avaient déjà fait l'objet d'une grève générale nationale, lancée par les agriculteurs et les représentants des villages des Andes qui fonctionnent eux aussi sur le principe de propriété collective. "Nous apportons tout notre soutien à nos frères d'Amazonie, qui défendent leurs droits, le respect à maintenir leur autonomie, leur libre détermination et la défense de leurs terres", a lancé le président de la Confédération nationale agraire, Antolin Huascar Flores. "Lorsque l'on parle de "communautés indigènes", on parle non seulement des peuples de la jungle, mais aussi des villages de la côte et des Andes, qui voient eux aussi leurs droits fragilisés par ces décrets néfastes", a-t-il précisé.

Selon le président de l'Aidesep, Alberto Pizango Chota, le mouvement se veut pour l'instant uniquement "amazonien". "Si le gouvernement n'écoute pas nos revendications, on pourrait envisager une radicalisation des actions", a-t-il noté. "Nous, les Indiens, nous ne sommes pas violents, la seule chose que l'on souhaite est de pouvoir discuter avec le gouvernement, a-t-il ajouté. La raison pour laquelle les peuples indiens ont pris la décision de manifester est que l'Etat péruvien ne nous a jamais écoutés. Au contraire, il a commis des abus contre nos droits prévus dans les traités internationaux."

AMPLEUR DU MOUVEMENT

Pour Alberto Pizango, les décrets-lois vont à l'encontre de la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, relative aux peuples indigènes, et de la déclaration des Nations unies sur les droits des Indiens, qui insiste pour que soient consultées les communautés indiennes au sujet des lois pouvant les affecter. Des traités au nom desquels Aidesep s'oppose aussi à l'exploitation pétrolière dans de nombreuses parties de l'Amazonie péruvienne.

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement s'est engagé au dialogue avec des représentants des mouvements régionaux indiens. Une réunion est prévue vendredi 15 août, au coeur de la jungle amazonienne. Selon Aidesep, les blocages ne cesseront qu'une fois le dialogue lancé.

Chrystelle Barbier
Article paru dans l'édition du 14.08.08

ÉVIDENCES, sauf pour les "décideurs"

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/13/la-sixieme-extinction-des-especes-peut-encore-etre-evitee_1083195_3244.html

La sixième extinction des espèces peut encore être évitée
LE MONDE | 13.08.08 | 15h17 • Mis à jour le 13.08.08 | 15h17

L'espèce humaine, forte de 6,7 milliards d'individus, a tellement modifié son environnement qu'elle porte maintenant gravement atteinte à la biodiversité des espèces terrestres et marines, et à terme à sa propre survie. A tel point que des scientifiques, de plus en plus nombreux, n'hésitent pas à parler d'une sixième extinction, succédant aux cinq précédentes - dues à d'importantes modifications naturelles de l'environnement - qui ont scandé la vie sur Terre. L'Union mondiale pour la nature (UICN), qui travaille sur 41 415 espèces (sur environ 1,75 million connues) pour établir sa liste rouge annuelle, estime que 16 306 sont menacées. Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers de tous les amphibiens et 70 % de toutes les plantes évaluées sont en péril, constate l'UICN.

Est-il encore possible de freiner ce déclin des espèces, qui risque de s'amplifier quand notre planète portera 9,3 milliards d'humains en 2050 ? Les biologistes américains Paul Ehrlich et Robert Pringle (université Stanford, Californie) pensent que oui, à condition de prendre plusieurs mesures radicales sur le plan mondial. Ils les présentent dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 12 août, qui consacrent un dossier spécial à la sixième extinction.

En préambule, ces deux chercheurs n'hésitent pas à déclarer que "l'avenir de la biodiversité pour les dix prochains millions d'années sera certainement déterminé dans les cinquante à cent ans à venir par l'activité d'une seule espèce, Homo sapiens, vieille de seulement 200 000 ans". Si l'on considère que les espèces de mammifères - dont nous faisons partie - durent en moyenne un million d'années, cela place Homo sapiens au milieu de l'adolescence. Or cet "ado" mal dégrossi, "narcissique et présupposant sa propre immortalité, a maltraité l'écosystème qui l'a créé et le maintient en vie, sans souci des conséquences", ajoutent sévèrement Paul Ehrlich et Robert Pringle.

SURCONSOMMATION

Il faut donc, selon eux, insuffler un changement profond dans les mentalités, de façon à porter un autre regard sur la nature. Car, disent-ils, "l'idée que la croissance économique est indépendante de la santé de l'environnement et que l'humanité peut étendre indéfiniment son économie est une dangereuse illusion". Pour contrer cette dérive, il faut commencer par maîtriser l'expansion démographique et diminuer notre surconsommation des ressources naturelles, dont une bonne part sert à assouvir des goûts superflus et non des besoins fondamentaux. La pisciculture et l'aviculture sont par exemple moins coûteuses en transport et en fioul que l'élevage des porcs et des boeufs, réunis dans le sacro-saint cheeseburger au bacon...

Autre angle d'attaque : les services offerts par la biosphère sont nombreux et gratuits. Elle fournit les matières premières, les systèmes naturels de filtration des eaux, le stockage du carbone par les forêts, la prévention de l'érosion et des inondations par la végétation, et la pollinisation des plantes par des insectes et des oiseaux. A elle seule, cette dernière activité pèse 1,5 milliard de dollars aux Etats-Unis. Aussi serait-il souhaitable d'évaluer le coût des services offerts par la nature et de l'intégrer dans les calculs économiques pour assurer leur protection.

Pour financer le développement des zones protégées, pas assez nombreuses et trop morcelées, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent de faire appel à des fondations privées dédiées à la conservation. Ce qui coûte moins cher au contribuable et permet de générer des sommes importantes. Au Costa Rica, un fonds de ce genre, Paz con la naturaleza, a drainé 500 millions de dollars, somme qui servira à financer le système de conservation du pays. On peut aussi associer plus étroitement pasteurs et agriculteurs à la préservation de la biodiversité, en évitant de leur imposer des décisions sur lesquelles ils n'ont pas prise, et à condition qu'ils y trouvent leur compte. Cela passe par des explications et une meilleure éducation dans ce domaine. Mais rien n'empêche aussi de restaurer les habitats dégradés.

Cependant, les deux chercheurs s'inquiètent du divorce croissant, dans les pays industrialisés, entre la population et la nature, divorce dû à l'utilisation intensive du multimédia. Ils remarquent que, "aux Etats-Unis, la montée des médias électroniques a coïncidé avec une baisse importante des visites des parcs nationaux, après cinquante ans de croissance ininterrompue". Et il semble que des phénomènes similaires aient lieu dans d'autres pays développés. Aussi, avec un sens certain de l'à-propos, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent-ils d'ajouter une dimension écologique aux univers virtuels les plus connus, tel Second Life.

Christiane Galus
Les grandes extinctions du passé

Les débuts de la vie remontent à 3,7 milliards d'années. Mais il a fallu attendre l'explosion du cambrien, il y a 500 millions d'années (Ma), pour qu'apparaissent les premiers organismes marins complexes. A partir de cette date, cinq grandes extinctions ont eu lieu.

LA PREMIÈRE, IL Y A 440 MA, a fait disparaître 65 % des espèces, toutes marines. Des glaciations importantes suivies d'un réchauffement auraient provoqué de grandes fluctuations des niveaux marins.

LA DEUXIÈME, IL Y A 380 MA, a causé la mort de 72 % des espèces, marines pour l'essentiel. La catastrophe serait due à un refroidissement global succédant à la chute de plusieurs météorites.

LA TROISIÈME, IL Y A 250 MA, a été si importante que la vie a failli ne pas s'en relever. On estime que 90 % de toutes les espèces (marines et terrestres) ont disparu. Les causes de la catastrophe sont encore en débat, mais on pense que d'immenses coulées de lave en Sibérie, peut-être provoquées par la chute d'un astéroïde, ont profondément changé le climat et diminué l'oxygène dissous dans l'eau des mers.

LA QUATRIÈME, IL Y A 200 MA, est associée à l'ouverture de l'océan Atlantique et à d'importantes coulées de lave qui ont réchauffé le climat. 65 % des espèces ont péri.

LA CINQUIÈME, IL Y A 65 MA, est la plus connue, car elle est associée à la disparition des dinosaures et de 62 % des espèces. Les causes avancées sont la chute d'un astéroïde dans le golfe du Mexique et d'importantes coulées de lave en Inde.

PLUS PRÈS DE NOUS, AU COURS D'UNE PÉRIODE ALLANT DE 50 000 À 3 000 ANS, avant aujourd'hui, la moitié des espèces des grands mammifères pesant plus de 44 kg ont disparu. Certains chercheurs incriminent principalement l'homme et estiment que la sixième extinction, celle qui est due à l'action d'Homo sapiens a déjà commencé.

Article paru dans l'édition du 14.08.08

13/08/2008

incertitudes + bon sens = précaution

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/12/lorsque-la-science-est-muette-par-jean-yves-nau_1082771_3232.html

Analyse
Lorsque la science est muette, par Jean-Yves Nau
LE MONDE | 12.08.08 | 13h31 • Mis à jour le 12.08.08 | 13h31

Qui connaît les véritables dangers du Red Bull ? Faut-il ou pas se protéger des ondes émises chaque jour par nos téléphones portables ? Que risquent aujourd'hui les personnes vivant à proximité des récents rejets d'uranium dans les nappes phréatiques du Tricastin ? Les principales affaires sanitaires françaises de l'été ont un point commun : elles nous rappellent que les hommes de science peuvent, dans certains cas, être incapables de répondre clairement aux questions qui leur sont posées par les responsables politiques. Des questions d'autant plus fréquentes et multiformes que ces mêmes responsables ne cessent de vanter à l'opinion publique les vertus d'un indéfinissable "principe de précaution".

Au centre du questionnement sur l'industrie nucléaire et les téléphones portables figure la problématique dite des "faibles doses", combinée à une exposition de longue durée. Il est malheureusement bien établi que les accidents majeurs dans une centrale nucléaire ont des conséquences sanitaires d'ampleur, et durables. On ne dispose, en revanche, d'aucune donnée indiscutable permettant d'affirmer que, comme on pouvait théoriquement le redouter, les personnes habitant à proximité d'une telle centrale - ou celles qui y travaillent - sont exposées à un risque statistique plus élevé d'être atteint d'une affection cancéreuse.

Une récente publication illustre quelles peuvent être ici les limites des outils scientifiques. Au début de 1997, on apprenait dans les colonnes du British Medical Journal que des cas de leucémie auraient été détectés près de l'usine nucléaire de la Hague. Signé de Jean-François Viel et Dominique Pobel (unité de biostatistiques et d'épidémiologie de la faculté de Besançon), l'article complétait une série d'études similaires qui avaient permis, selon leurs auteurs, de mettre en évidence une très légère augmentation du risque de contracter une leucémie dans les environs immédiats des sites nucléaires de Cherbourg et de la Hague.

L'affaire fit alors grand bruit. Un groupe multidisciplinaire de chercheurs fut créé, composé notamment de partisans et d'adversaires du nucléaire. Son existence fut éphémère. Inquiet, le gouvernement jugea alors nécessaire de lancer une série de recherches approfondies. Onze ans plus tard, les résultats de l'une de ces recherches, menée sous la direction du professeur Alfred Spira (Inserm) viennent d'être publiés. Il s'agissait d'étudier "la fertilité et la reproduction humaine autour de l'usine de traitement des combustibles usés de la Hague". Au terme d'un long et méthodique travail statistique, les chercheurs expliquent que leur analyse "ne met pas en évidence de différence importante dans les événements étudiés de la vie reproductive". Qu'en conclure ?

C'est, semble-t-il, vers la même impasse que se dirige Interphone, la plus vaste étude internationale jamais menée et destinée à tenter d'évaluer si le fait d'utiliser un téléphone portable expose à un risque médical accru. Lancée en 2000, cette étude a été conduite dans treize pays sous l'égide du Centre international de recherche sur le cancer. Les chercheurs tentent de préciser au moyen d'outils statistiques la part qu'auraient pu avoir les ondes émises par les portables dans un large groupe de personnes souffrant d'affections cérébrales ou de tumeurs de la glande parotide. Certains de ces chercheurs expliquent qu'en définitive ils ne sont pas en mesure de faire la part de ce qui est précisément dû aux ondes des portables dans un environnement où les sources d'émission d'ondes similaires ne cessent de se multiplier.

Repoussée plusieurs fois, la publication des résultats d'Interphone est attendue au mieux pour l'automne (Le Monde du 2 août). Divergences sur la notion de biais statistiques et dans l'interprétation des résultats, nécessité ou non de mener des études complémentaires... Comme dans le cas du nucléaire, les chercheurs sont confrontés à la problématique des faibles doses à long terme. Et ce, dans un secteur où les enjeux industriels et financiers ne peuvent pas être ignorés. Il n'est pas non plus possible, en toute rigueur, d'exclure ici l'impact potentiel sur leurs travaux des convictions personnelles des épidémiologistes. Qu'il s'agisse de l'usage de l'énergie nucléaire ou, plus généralement, des innovations technologiques et du concept de croissance. On retrouve, sous un jour différent, quelques-uns des ingrédients de ces problématiques dans l'équation sanitaire posée par Red Bull, boisson dite "énergisante" qui vient d'être autorisée à la commercialisation en France. Saisis par les pouvoirs publics, les experts réunis sous l'égide de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) n'ont jamais varié dans l'analyse de cette question. Partageant la position du Conseil supérieur d'hygiène public de France et du Comité scientifique européen, l'Afssa a rendu quatre avis datés de 2001, 2003 et 2006 sur les boissons contenant une substance - la taurine - suspectée de toxicité rénale et neurologique.

Au nom du principe de précaution, l'affaire semblait entendue. C'était compter sans les menaces judiciaires du puissant fabricant autrichien, qui réclamait 300 millions d'euros d'indemnités à l'Etat français. Oubliant les avis de l'Afssa, et estimant sans doute que suspicion n'est pas certitude, Christine Lagarde, ministre de l'économie, décidait il y a quelques semaines d'ouvrir les frontières françaises au Red Bull. Avec un raisonnement strictement inverse, Roselyne Bachelot, ministre de la santé, a choisi d'appeler au boycott de cette boisson, prenant ainsi le risque d'en faire indirectement la promotion auprès des consommateurs potentiels. En fait, la question sanitaire dépasse ici de loin celle de la toxicité de la taurine. Elle renvoie pour l'essentiel à une autre réalité, bien plus complexe, que ni les statistiques ni l'épidémiologie ne parviennent véritablement à pendre en compte. Ainsi, tous les spécialistes expliquent que la dangerosité du "Red Bull" tient pour l'essentiel au fait qu'en pratique il est presque toujours utilisé comme un adjuvant permettant d'augmenter les volumes et les effets de l'ensemble des consommations concomitantes - boissons alcoolisées notamment - ayant pour effet principal de modifier les états de conscience.

Les autorités sanitaires ont décidé de lancer bientôt des études épidémiologiques pour tenter de mesurer la réalité et les conséquences de ce phénomène. Mais certains experts expliquent déjà que de tels travaux ne permettront pas, en cas d'accident ou de drame, d'établir la responsabilité de Red Bull. Il reste dès lors à trouver les moyens de gérer collectivement l'incertitude quand les oracles scientifiques se révèlent muets.

Courriel : nau@lemonde.fr

par Jean-Yves Nau
Article paru dans l'édition du 13.08.08

14:40 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0)

12/08/2008

"Nos experts n'assurent aujourd'hui quasiment aucune surveillance des nappes phréatiques."

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/12/la-surveillance-des-nappes-phreatiques-est-a-revoir-autour-des-sites-nucleaires_1082788_3244.html

La surveillance des nappes phréatiques est à revoir autour des sites nucléaires
LE MONDE | 12.08.08 | 15h17 • Mis à jour le 12.08.08 | 15h17

"Nos experts n'assurent aujourd'hui quasiment aucune surveillance des nappes phréatiques." Didier Champion, directeur de l'environnement et de l'intervention à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), ne pratique pas la langue de bois. Ses propos prennent un relief particulier, alors que des incidents en cascade - 11 de niveau 1 sur l'échelle internationale allant de 0 à 7, depuis le début du mois de juillet - braquent les projecteurs sur les défaillances de la filière électronucléaire.

A la suite de l'accident du Tricastin (Vaucluse) du 7 juillet, qui a entraîné le rejet de 74 kg d'uranium dans les cours d'eau, le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, a demandé au Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire, créé au mois de juin, de se pencher sur la situation radio-écologique de l'ensemble des sites nucléaires français. Et, en particulier, de vérifier l'état de toutes les nappes phréatiques. Le 22 juillet, le Haut Comité a saisi l'IRSN, qui doit lui remettre pour le 15 septembre - avec un rapport d'étape début septembre - un "bilan de la surveillance et de la qualité des eaux, souterraines et superficielles, à proximité des sites nucléaires".

Les 70 agents de l'IRSN affectés au contrôle des centres nucléaires ne partent pas de rien. La loi impose une autosurveillance aux exploitants - EDF pour les centrales, Areva pour la fabrication et le retraitement du combustible, le Commissariat à l'énergie atomique pour la recherche civile et militaire, l'Andra pour les déchets - des quelque 130 installations nucléaires de base, réparties sur une trentaine de sites, dont 19 abritent les 58 réacteurs français. Ces exploitants ont obligation de s'assurer que leurs rejets, gazeux et liquides, ne dépassent pas les seuils autorisés, mais aussi qu'ils n'ont pas d'impact sur l'environnement.

UNE CERTAINE "OPACITÉ"

De son côté, l'IRSN procède chaque année à 30 000 prélèvements dans 600 points du territoire national. Les trois quarts de ces analyses portent sur les aérosols (poussières atmosphériques), la pollution radioactive de l'air étant considérée comme le risque majeur. Les autres prélèvements sont faits dans les rivières, ou sur des végétaux ou des produits tests (herbes, mousses, blé, lait). Dans le même temps, les 180 balises du réseau Téléray, qui mesurent en permanence le niveau de radioactivité dans l'air ambiant, fournissent 19 millions de mesures par an. Elles sont complétées par quelques stations de mesures des eaux fluviales et des bassins d'épuration.

Mais l'Institut ne s'intéresse que "très peu" aux nappes phréatiques, reconnaît Didier Champion. Il ne suit que 16 sites (dont celui du Tricastin), sur lesquels il n'effectue que 114 prélèvements par an. Une goutte d'eau, en comparaison du réseau hydrographique souterrain. En outre, certains de ces sites, dont le choix est lié à des "raisons historiques", ne comptent pas parmi les plus significatifs. Ce désintérêt peut s'expliquer par le fait que les exploitants ne sont pas autorisés à rejeter des effluents dans les eaux profondes, qui ne devraient donc théoriquement pas être contaminées. Et qu'en cas d'accident, les nappes ne sont pas immédiatement atteintes, ce qui laisse le temps de déployer les moyens d'analyse nécessaires.

Les exploitants sont toutefois tenus de surveiller les nappes situées sous leurs installations. Mais les résultats, communiqués à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ne le sont pas à l'IRSN. Une "anomalie" qui, aux yeux de Didier Champion, contribue à une certaine "opacité". Un remède devrait y être apporté avec la création, à partir de janvier 2009, d'un réseau national de mesure de la radioactivité dans l'environnement. Géré par l'IRSN, il centralisera toutes les mesures émanant des exploitants comme des services de l'Etat.

L'institut n'envisage pourtant pas de mettre en place une surveillance systématique des nappes phréatiques. "Ce serait déraisonnable, pour des raisons de moyens, estime Didier Champion. Les eaux souterraines ont un comportement complexe et fluctuant. Il ne suffit pas d'effectuer quelques mesures ponctuelles pour statuer sur leur qualité."

Pour répondre à la demande ministérielle, l'IRSN a entrepris l'inventaire de toutes les données dont disposent déjà les exploitants, accompagné du recensement des stockages de déchets radioactifs, actuels ou passés, d'où des radionucléides pourraient ou auraient pu migrer vers le sous-sol. "Cet état de lieux permettra de déterminer les nappes qui présentent un marquage radioactif et demandent une attention particulière. Le Haut Comité fera ensuite des recommandations au ministre. Ce sera alors à lui de décider d'une surveillance renforcée", indique l'institut.

Au-delà des seules nappes phréatiques, Didier Champion juge nécessaire "une évaluation de la pertinence du dispositif global de surveillance des sites nucléaires". Tout aussi important, pense-t-il, est de mettre à la disposition du public "des informations faciles à interpréter, notamment en termes de risques sanitaires". "Pour l'IRSN, ce n'est pas un été de tout repos, commente le directeur de l'environnement de cet institut. Tout le monde, même les chercheurs, est mobilisé pour cette mission."

Pierre Le Hir
Les vigiles du nucléaire

ASN
L'Autorité de sûreté nucléaire est le "gendarme" des industries de l'atome, chargé par l'Etat du contrôle de la sûreté et de la radioprotection. Moyens : 400 agents, 11 délégations territoriales, 50 millions d'euros de budget.

IRSN
L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, placé sous la tutelle des ministères de l'environnement, de la santé, de l'industrie, de la recherche et de la défense, assure l'expertise et la recherche sur les risques nucléaires. Moyens : 1 600 agents, 11 implantations régionales, 275 millions d'euros de budget.

CRIIRAD
La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, créée après l'accident de Tchernobyl et dotée de son propre laboratoire d'analyses, joue un rôle de contre-pouvoir. Moyens : 13 salariés, 4 000 adhérents, 675 000 euros de budget.

Article paru dans l'édition du 13.08.08

Être contourné par la lumière, un rêve ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/12/des-americains-font-un-premier-pas-dans-la-recherche-de-l-invisibilite_1082790_3244.html

Des Américains font un premier pas dans la recherche de l'invisibilité
LE MONDE | 12.08.08 | 15h26 • Mis à jour le 12.08.08 | 15h30

Lorsque, pour la Noël 1991, à l'école de Poudlard (Grande-Bretagne), le jeune Harry Potter reçoit une cape d'invisibilité, il est loin de se douter que cet objet va inspirer des recherches dans un tout autre domaine que la sorcellerie, à savoir les nanotechnologies. Près de dix-sept ans se sont écoulés et, aux Etats-Unis, deux équipes menées par Xiang Zhang (université de Berkeley, Californie) viennent d'effectuer un pas important vers le monde magique inventé par J. K. Rowling en général et la cape d'invisibilité en particulier.

Dans deux articles publiés simultanément, dimanche 10 août, sur les sites Internet des revues Nature et Science, ces chercheurs expliquent avoir fabriqué, à une échelle nanométrique - un nanomètre est un milliardième de mètre -, des dispositifs aux propriétés optiques inconnues dans la nature. Pour les spécialistes, il s'agit de métamatériaux dont l'indice de réfraction est négatif (NIM, d'après l'acronyme anglais de Negative-index metamaterial).

Tout le monde a eu affaire à la réfraction, notamment en plongeant dans l'eau un bâton bien droit : tout à coup, celui-ci semble se couder. Cette illusion est due au fait que la lumière ne voyage pas à la même vitesse dans l'eau et dans l'air. Les deux milieux n'ont pas le même indice de réfraction et la différence se voit. Néanmoins, dans les deux cas, cet indice est positif. Jason Valentine, collègue de Xiang Zhang à Berkeley et coauteur de l'étude de Nature, va donc plus loin : si, a-t-il expliqué à Reuters, un poisson rouge était plongé dans un bocal rempli d'eau à indice de réfraction négatif, "au lieu d'apparaître légèrement en avant de sa position réelle dans l'eau, le poisson apparaîtrait au-dessus de la surface de l'eau"...

CAPE MAGIQUE DE HARRY POTTER

Malheureusement, n'est pas NIM qui veut. Pour ce faire, un matériau doit être conçu selon un réseau dont les trous ont une taille inférieure à la longueur d'onde du rayonnement électromagnétique qui l'atteint. Ainsi, on a déjà obtenu un indice de réfraction négatif dans le secteur des micro-ondes, dont la longueur d'onde va du millimètre à plusieurs centimètres. En revanche, si l'on veut oeuvrer en lumière visible - de 780 nanomètres pour le début du rouge à 380 nanomètres pour la fin du violet -, on change d'échelle et il faut avoir recours aux nanotechnologies. C'est ce qu'ont fait les équipes de Berkeley, en fabriquant deux NIM différents : le premier avec un nanotapis de fils d'argent, le second avec un nanofilet de pêche métallique.

Quel rapport avec la cape magique de Harry Potter ? Pour le savoir, il faut comprendre que l'invisibilité consiste à obliger les rayons lumineux non pas à traverser l'écolier de Poudlard, mais à le contourner et à reprendre leur chemin une fois le détour fait, tout comme l'eau d'une rivière reprend son cours une fois passé le rocher qui perce à sa surface. La lumière incidente n'étant ni bloquée ni réfléchie, le jeune Potter est invisible.

On est loin de maîtriser suffisamment les NIM pour parvenir à ce résultat. Ces matériaux trouveront sans doute d'abord des débouchés en optique, avec notamment la promesse de microscopes à très haute résolution. Cependant, un indice prouve que l'invisibilité n'est pas qu'un fantasme. On le trouve au bas de chacune des deux études, dans l'espace réservé aux remerciements : pour leurs travaux, les équipes du professeur Zhang ont, en plus du traditionnel financement de la National Science Foundation, reçu des subsides du bureau de la recherche de l'armée américaine et du bureau de l'armée de l'air. Les avions furtifs, c'est bien. Les avions invisibles, c'est mieux.

Pierre Barthélémy
Article paru dans l'édition du 13.08.08

11/08/2008

lecture

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/09/le-cheval-d-orgueil_1081959_0.html

Rétrolecture 1975 : "Le Cheval d'orgueil", par Pierre-Jakez Hélias
LE MONDE | 09.08.08 | 13h44 • Mis à jour le 09.08.08 | 13h45

ssu d'une lignée de modestes paysans bigoudens, Pierre-Jakez Hélias (1914-1995) aura travaillé son oeuvre majeure pendant quinze ans. Le Cheval d'orgueil a été publié en 1975, l'année de sa retraite en tant que professeur agrégé de grec et de latin à l'Ecole normale de Quimper. Une sortie en catimini, en juin, à 3 000 exemplaires. Le directeur de Plon voulait que ce livre soit le dernier de la collection "Terre humaine" de Jean Malaurie. Et voilà que cette somme minutieuse, mêlant récits biographiques et ethnologiques sur la vie, entre les deux guerres, des deux mille âmes du village de Pouldreuzic, se met à caracoler en tête des ventes. Et y reste pendant cinquante-quatre semaines. "Sur les premiers 500 000 exemplaires, il s'en était vendu 140 000 en Auvergne", se souvenait l'auteur en 1992, trois ans avant sa mort. Il dépassera le cap de 2 millions d'exemplaires de son vivant.

Comment expliquer cette formidable rencontre entre un livre et le public ? A ceux qui ne connaissaient pas la Bretagne, Le Cheval d'orgueil a fait découvrir, dans un style de conteur, la "civilisation bigoudène", son enracinement séculaire à l'extrême sud-ouest de la péninsule armoricaine, ses traditions fortement ancrées et ses coutumes, dont la célèbre coiffe de dentelle haut perchée sur la tête des femmes. A ceux originaires de Bretagne, le "quêteur de mémoire", comme il se définissait, a redonné la fierté d'une langue et d'une culture. Aux yeux des ruraux d'ailleurs et des nombreux urbains descendants de "ploucs", il a rendu justice à une société paysanne en voie de disparition.

C'est sans doute Hélias lui-même, dans son livre paru deux ans après le premier choc pétrolier et la fin des "trente glorieuses", qui anticipe la meilleure explication : "La révolution du monde est si forte, son ébranlement si profond, si grande l'appréhension de l'avenir et si précaire le temps présent que les hommes se raccrochent aux dernières valeurs durables qu'ils ont connues, méconnues, parfois reniées, et qu'ils viennent seulement (...) d'admettre comme valeurs de refuge dans le contexte d'aujourd'hui." Le constat n'a guère pris de rides... Pas plus que cet autre, qui rangerait Hélias parmi les écolos : "De nos jours, on détruit froidement le milieu naturel, on n'a d'autres soucis que de faire comme tout le monde, c'est-à-dire se rendre esclaves des mêmes normes de vie imposées par la nouvelle civilisation."

Hélias réhabilite les paysans sans dépeindre un monde idyllique. Il décrit, souvent avec humour, une organisation sociale cohérente pour "tenir la misère en respect". Au rythme des saisons et des fêtes religieuses, sous la férule d'un clergé veillant abusivement au grain. Avec Hélias enfant, le lecteur découvre les antagonismes entre les Rouges (républicains et plutôt de gauche, comme son père) et les Blancs (conservateurs et catholiques), entre paysans et pêcheurs, entre bretonnants et bilingues. Immigré dans son propre pays quand il franchit le seuil de l'école primaire parce qu'interdit de prononcer un mot de breton, seul idiome qu'il connaisse, le fils de paysan bigouden s'indigne : "On a écarté délibérément cette langue de l'enseignement sous un prétexte d'unification nationale, dont la vanité s'est avérée depuis longtemps."

Hélias n'en adhère pas pour autant au nationalisme militant. Il ne considère visiblement pas que l'autonomie de la Bretagne puisse constituer une quelconque solution. C'est bien ce que lui reprocheront ses détracteurs (bretons). Le plus virulent d'entre eux, Xavier Grall, auteur d'un Cheval couché (Hachette, 1977), accusera le boursier de la République de s'être aplati devant les pouvoirs centraux. Il le blâmera pour ses collaborations à Radio-Armorique, dont Hélias assura la première programmation en breton en 1946 (jusqu'en 1958), ou à Ouest-France, journal accusé de maintenir la Bretagne chrétienne en état de semi-esclavage. Surtout, Grall ne supporte pas son pessimisme sur l'avenir de la tradition et de la langue bretonnes, assimilé à un "défaitisme".

De fait, Hélias redoute, à la fin de son livre, que les bretonnants, au nombre de 1,2 million au début du XXe siècle, ne soient plus que 25 000 en l'an 2000. Ils sont dix fois plus parmi les adultes, d'après le recensement de 1999, tandis que les écoles Diwan accueillent plus de 20 000 élèves, parmi les quelque 400 000 enfants apprenant actuellement une langue régionale en France. Aujourd'hui, celui qui se sentit "repoussé comme un lépreux" parce qu'il parlait breton apprendrait sans doute avec joie que les députés ont voté fin mai un amendement surprise au projet de loi sur la réforme des institutions visant à inscrire dans la Constitution que "les langues régionales appartiennent au patrimoine" national. Même si l'affaire n'est pas close.

Le pessimisme d'Hélias était d'ailleurs à nuancer. Dans le dernier chapitre de son Cheval d'orgueil, il explique pourquoi il s'est tant intéressé à la langue et à la "civilisation populaire" de son pays : "J'étais persuadé que la mutation accélérée du monde allait entraîner, à bref délai, la disparition du milieu où avaient prospéré cette langue et cette civilisation, c'est-à-dire la paysannerie traditionnelle. Mais je savais aussi qu'une civilisation ne meurt jamais tout entière, qu'elle continue d'alimenter en profondeur, comme une eau souterraine, les générations qui succèdent à son apparente mort et qu'elle resurgit tôt ou tard, en source libre ou en fontaine canalisée."

Région de France comptant le plus de festivals de toutes sortes, la Bretagne a manifestement assez bien canalisé.

Le Cheval d'orgueil, Pierre-Jakez Hélias, Plon "Terre humaine", 606 p., 28 €

Martine Jacot
Article paru dans l'édition du 10.08.08

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09/08/2008

la loi du plus fort ...

... est-elle la meilleure ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/07/09/israel-poursuit-la-colonisation-a-jerusalem-est_1068245_3218.html

Israël poursuit la colonisation à Jérusalem-Est
LEMONDE.FR avec AFP | 09.07.08 | 17h25 • Mis à jour le 07.08.08 | 17h34

La commission de planification urbaine israélienne, qui relève du ministère de l'intérieur, a approuvé, mercredi 9 juillet, la construction de 920 logements à Har Homa, un quartier de Jérusalem-Est annexé à l'Etat israélien. Ces nouvelles habitations font partie d'un projet de construction de 40 000 logements au cours des dix prochaines années à Jérusalem, pour certains dans des quartiers de colonisation de Jérusalem-Est. Ce projet avait été approuvé en juin par le ministère de l'intérieur, après l'avoir été par la municipalité.

La mise en chantier du quartier de Har Homa, en mars 1997, avait suscité la colère des Palestiniens et conduit à un blocage durable du processus de paix. Plus de 10 000 colons y habitent d'ores et déjà.

L'Autorité palestinienne a dénoncé ce projet d'extension qui menace la poursuite du processus de paix israélo-palestinien. "Cette politique met en doute la crédibilité d'Israël dans les négociations et celle de l'administration américaine qui n'a pas exercé suffisamment de pression pour mettre fin à cette politique destructrice", a déclaré le porte-parole de la présidence de l'Autorité palestinienne. Mark Regev, le porte-parole du premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a indiqué que le gouvernement n'était "pas au courant de nouveaux appels d'offres" pour ces constructions.

200 000 ISRAÉLIENS À JÉRUSALEM-EST

Les limites municipales de Jérusalem ont été considérablement étendues vers l'est après la guerre de juin 1967, pour englober la partie arabe de la Ville sainte et des secteurs avoisinants, tous situés en Cisjordanie. Plus de 200 000 Israéliens se sont installés dans une douzaine de quartiers de colonisation construits à Jérusalem-Est depuis 1967. Ces annexions n'ont jamais été reconnues par la communauté internationale. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, en visite dans la région en juin, avait critiqué la poursuite de la colonisation.

Pour les Palestiniens, qui veulent faire du secteur oriental de Jérusalem la capitale de leur futur Etat, la colonisation est le principal obstacle à la paix. Son gel fait d'ailleurs partie de l'une des trois étapes de la "feuille de route", le plan international de paix lancé en 2003 et à nouveau accepté par Israël et les Palestiniens lors de la réunion internationale du 27 novembre à Annapolis sur le Proche-Orient.

L'éthanol tiré du maïs fait polémique au Mexique

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/08/l-ethanol-tire-du-mais-fait-polemique-au-mexique_1081569_3234.html

L'éthanol tiré du maïs fait polémique au Mexique
LE MONDE | 08.08.08 | 15h15 • Mis à jour le 08.08.08 | 15h15
NAVOLATO (nord-ouest du Mexique) ENVOYÉE SPÉCIALE

Non content de subventionner le carburant consommé par des milliers d'Américains, qui font le plein au sud de la frontière à un prix plus avantageux, le Mexique va-t-il aussi financer l'éthanol exporté vers les Etats-Unis et produit avec du maïs mexicain ? Flambant neuve, l'usine Biocyclos de Navolato, dans l'Etat de Sinaloa, suscite déjà une polémique dans un pays où le maïs n'est pas une céréale comme les autres, mais l'aliment sacré des Précolombiens.

Aux yeux de ses promoteurs, cette usine apporte une solution rationnelle au problème des excédents régionaux de grains, alors que ses détracteurs y voient une entreprise immorale, voire illégale, la nouvelle loi sur les biocarburants, promulguée début 2008, interdisant de produire de l'éthanol avec du maïs, sauf en cas d'excédents sur le marché national. Or le Mexique a importé près de 8 millions de tonnes de maïs en 2007.

Financée par des capitaux privés mexicains, principalement ceux de la famille de la Vega, propriétaire du groupe sucrier Zucarmex, l'usine Biocyclos contraste, avec ses fûts de fermentation impeccables et son laboratoire d'analyse ultramoderne, avec les raffineries aussi vétustes que polluantes de Zucarmex, dont la filiale Destilmex a obtenu 50 millions de pesos (3.2 millions d'euros) de subventions publiques pour construire l'unité de Navolato.

"NOTRE VIE"

"Nous allons fabriquer 350 000 litres d'éthanol par an, à partir de 270 000 tonnes de maïs", annonce le directeur de Biocyclos, le Brésilien João Bortolussi. L'usine devait commencer à exporter en juillet vers la Californie et l'Arizona. "Mais en plus de biocarburant, nous produirons aussi quelque 100 000 tonnes de pâte de maïs à haute teneur en protéines, et nous espérons convaincre les industriels du secteur agroalimentaire de l'utiliser pour enrichir la nourriture des Mexicains", souligne-t-il.

Destilmex a des contacts avec Minsa, l'un des principaux fabricants de tortilla, la galette de maïs qui est la base de l'alimentation au Mexique. Une cuillerée à soupe de Maix - une farine de couleur sable, issue du processus de distillation de l'éthanol -, ajoutée à neuf cuillerées de farine de maïs ordinaire, permet de concocter des galettes contenant 14 % de protéines, contre 9 % pour la tortilla industrielle. Reste à séduire les Mexicains, pour lesquels le maïs, appelé "notre vie" dans certaines langues indiennes, ne saurait faire rouler les camions.

Pour le ministre de l'agriculture du Sinaloa, Jorge Kondo, l'équation est simple : "Le Sinaloa va produire cette année 5 millions de tonnes de maïs blanc, dont 3 millions pour la consommation humaine. Or cela coûte cher d'acheminer les 2 millions de tonnes d'excédents vers d'autres régions du Mexique. Il vaut mieux, explique-t-il, les transformer sur place et fournir ainsi des protéines aux vingt millions de Mexicains qui en manquent."

Cette logique ne convainc pas l'opposition. Le 2 juillet, la commission permanente du Congrès fédéral a exigé des comptes sur les aides financières octroyées par le gouvernement à Destilmex, ainsi qu'à deux autres projets d'usines d'éthanol à partir de maïs.

Après avoir visité, il y a un an, le chantier de Biocyclos à Navolato, le président mexicain Felipe Calderon a fait machine arrière, impressionné par les arguments de son compatriote Mario Molina, Prix Nobel de chimie et hostile aux biocarburants d'origine alimentaire.

Lors d'un récent sommet régional à Tuxtla, au Chiapas, le thème des biocarburants a provoqué un vif débat entre les chefs d'Etat présents. Daniel Ortega, du Nicaragua, s'est opposé à leur usage, qu'il a qualifié de "péché mortel", tandis que le Mexique, la Colombie et le Salvador s'y sont déclarés favorables. Mais, a précisé M. Calderon, à condition de n'employer que des plantes qui ne soient pas de consommation humaine, ce qui exclut le maïs blanc.

Le sujet est d'autant plus sensible que, avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole, de nombreux automobilistes de Californie, d'Arizona ou du Texas franchissent la frontière pour remplir leur réservoir au Mexique, où l'essence coûte un tiers moins cher qu'aux Etats-Unis.

La facture devient doublement douloureuse pour le gouvernement mexicain, contraint d'importer, principalement de chez son voisin du nord, 43 % du carburant consommé dans le pays.

Joëlle Stolz
Article paru dans l'édition du 09.08.08

15:14 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

08/08/2008

Un rapport préconise la taxation des produits gras

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/08/05/un-rapport-preconise-la-taxation-des-produits-gras_1080628_823448.html

Un rapport préconise la taxation des produits gras
LEMONDE.FR | 05.08.08 | 21h09 • Mis à jour le 05.08.08 | 21h24

Un rapport remis fin juillet au ministre du budget Eric Woerth et à la ministre de la santé Roselyne Bachelot préconise l'utilisation de la fiscalité à des fins nutritionnelles en instaurant une taxe spécifique sur les produits trop gras ou trop sucrés. C'est ce que révèle le quotidien économique Les Echos dans son édition de mardi 5 août. Déjà envisagée l'année dernière par les sénateurs, l'idée d'une taxe nutritionnelle a fait son chemin. Rédigé par l'inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'inspection générale des finances (Igf), ce rapport estime ainsi qu'une hausse de la fiscalité alimentaire est justifiée, en raison d'une progression inquiétante de l'obésité, et des pathologies qui lui sont liées comme l'hypertension ou le diabète.

UNE MESURE DE FINANCEMENT DE L'ASSURANCE-MALADIE

L'idée principale de ce rapport est la nécessité de "recourir aux outils fiscaux déjà disponibles" afin de "majorer la fiscalité de produits dont la consommation devrait être modérée", peut-on lire dans Les Echos. Pour cela, trois voies sont suggérées : la création d'une taxe additionnelle spécifique sur les boissons sucrées, l'application du taux normal de la TVA (19,6 %) au lieu du taux réduit (5,5 %) sur certains produits "trop gras, trop sucrés, trop salés qui ne sont pas de stricte nécessité", et la hausse de la TVA sur les produits prêts à consommer dits de "snacking". Par souci de cohérence mais aussi de santé publique, les rapporteurs préconisent également une hausse de la taxation des boissons alcoolisées. "Il ne serait guère cohérent de taxer davantage les boissons sucrées [...] tout en continuant de laisser inchangée la fiscalité applicable aux boissons alcolisées, y compris les vins".

Si le but de cette taxation est de modifier les comportements alimentaires, les rapporteurs reconnaissent que l'efficacité nutritionnelle d'une telle démarche n'est pas prouvée. C'est pourquoi ils préconisent le "repositionnement de la mesure dans un ensemble d'actions" plus vastes sur les comportements alimentaires. "Il convient clairement de présenter cette action fiscale comme une mesure de financement de l'assurance-maladie, produisant par ailleurs un effet de signal à l'égard des consommateurs et des industries agroalimentaires".
Selon Les Echos, les mesures préconisées dans ce rapport ne devraient cependant pas être proposées lors des textes budgétaires de l'automne. Le gouvernement devrait attendre que le climat économique s'apaise, et notamment que l'inflation des produits alimentaires baisse avant de proposer des mesures qui, l'Igas le reconnaît elle-même, pourraient toucher le plus fortement "les populations les plus défavorisées, qui se nourrissent le moins bien".

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02/08/2008

alimentation et méthane

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/08/02/une-modification-de-regime-alimentaire-fait-baisser-d-un-tiers-les-emissions-de-methane-des-bovins_1079703_3244.html

Une modification de régime alimentaire fait baisser d'un tiers les émissions de méthane des bovins
LE MONDE | 02.08.08 | 13h52 • Mis à jour le 02.08.08 | 13h52

Les vaches contribuent au réchauffement climatique. Le fait est connu. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a même dénoncé, dans un rapport publié en 2006, l'impact négatif de l'élevage sur l'environnement.

Le bétail produirait 37 % des émissions mondiales de méthane (CH4) liées aux activités humaines. Ce puissant gaz à effet de serre agit 23 fois plus que le CO2 sur le changement climatique. La contribution du méthane d'origine digestive au réchauffement global serait par conséquent de 3 à 5 %. La durée de vie de ce gaz dans l'atmosphère étant de douze ans (contre une centaine d'années pour le gaz carbonique et le protoxyde d'azote), une baisse des émissions de méthane aurait des effets bénéfiques plus rapides sur l'environnement.

D'où l'intérêt des travaux menés au centre de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Clermont-Ferrand-Theix, où les chercheurs explorent les moyens de réduire la méthanogénèse en jouant sur la composition de la ration donnée aux animaux. Ces travaux, rendus publics par l'INRA en juillet, montrent qu'en incorporant des huiles végétales riches en acides gras polyinsaturés dans l'alimentation du bétail, les émissions de méthane d'origine digestive des animaux baissent de façon significative.

LE GAZ REJETÉ PAR ÉRUCTATION

"Les recherches sur la méthanogénèse ont commencé dans les années 1970, explique Cécile Martin, de l'INRA de Theix. La production de méthane entraîne une perte de 7 % en moyenne de l'énergie ingérée par le ruminant. Le but à l'origine était de limiter cette perte pour mieux valoriser l'alimentation animale. La dimension environnementale est apparue dans les années 1990."

Le CH4 se forme pendant la fermentation microbienne des aliments dans le rumen des animaux, une volumineuse panse - de 100 litres pour un bovin - située au début du tube digestif, où s'effectue la digestion de la cellulose contenue dans les végétaux ingérés. Le gaz est rejeté dans l'atmosphère par éructation - "par l'avant, pas par l'arrière", contrairement aux idées reçues, précise-t-on à l'INRA.

Les chercheurs ont incorporé dans la ration de vaches laitières jusqu'à 6 % de graines ou d'huile de lin, riches en acide linolénique. La production de CH4 des animaux a baissé de 27 à 37 %, leur niveau de production laitière restant constant. Cette baisse a lieu de manière linéaire et proportionnelle à la dose d'huile de lin ingérée, mais, au-delà de 6 %, des effets négatifs sur le processus digestif sont relevés. Par ailleurs, la graine de lin a un effet bénéfique sur la valeur nutritionnelle du lait.

Ces résultats, qui montrent que les moyens de réduire significativement la production de méthane par les ruminants existent, doivent désormais être confirmés sur un plus grand nombre d'animaux, avec en parallèle un contrôle systématique des performances laitières, conclut l'INRA.

Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 03.08.08
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Pour réduire le méthane dans l'atmosphère , une autre solution simple: manger moins de viande, élever moins.