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23/06/2009

Nucléaire : L'atome ne produit pas de CO2, mais il génère des déchets

lu sur :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/23/chauds-dechets_1210257_3232.html#ens_id=1210355

voir aussi :

http://lebloglibredemonquartier.midiblogs.com/archive/2009/06/23/que-faire-des-250-000-tonnes-de-dechets-nucleaires.html

 

Edito du Monde

Chauds déchets

LE MONDE | 23.06.09 | 14h39

 

La relance annoncée du nucléaire, paré de nouvelles vertus par la lutte contre le changement climatique, ne doit pas faire oublier son talon d'Achille. L'atome ne produit pas de CO2, mais il génère des déchets. Pas en très grande quantité : en France, 2 kilos par an et par habitant, contre 360 kilos d'ordures ménagères et 2,5 tonnes de rebuts industriels. Mais ces résidus-là sont un boulet. Certains sont extrêmement radioactifs. D'autres restent nocifs sur des échelles de temps - des centaines de milliers ou des millions d'années - que l'humanité ne maîtrise pas.

Qu'en faire ? Par le passé, l'océan a servi de déversoir aux puissances nucléaires, qui y ont immergé des dizaines de milliers de fûts radioactifs. Ce temps est heureusement révolu. Des apprentis sorciers ont suggéré de les larguer dans l'espace. L'idée a fait long feu. La solution aujourd'hui envisagée est de les enfouir dans des couches profondes d'argile, de granit, de sel ou de tufs. En espérant que la nature et la géologie pallieront les faiblesses de la technologie de l'homme.

La Suède, qui s'apprête à présider l'Union européenne, vient de prendre une longueur d'avance, en étant la première à choisir un site de stockage souterrain. Dans tous les autres pays, confrontés aux inquiétudes de leurs populations et aux aléas des alternances politiques, les décisions sont remises à plus tard.

Il ne faut pas forcément le regretter, s'il s'agit de donner du temps au temps. De faire preuve d'humilité et de reconnaître, à rebours du discours des technocrates, que les solutions ne sont pas encore mûres. Et de pousser des alternatives énergétiques. Aux Etats-Unis, l'arrêt du projet de stockage de Yucca Mountain - prêt à ouvrir - est, plus qu'une simple promesse de campagne de Barack Obama, un signe de la volonté de la nouvelle administration américaine de privilégier les énergies renouvelables.

La France, comme l'Amérique, le Canada ou le Japon, a mis au coeur de sa doctrine le principe de réversibilité. Il ne s'agit pas seulement d'être capable de récupérer des colis radioactifs. Il s'agit, surtout, de laisser ouvert le processus décisionnel. Et de redonner la main, sur un dossier longtemps confisqué par les "experts", aux institutions politiques. En faisant du Parlement la pierre angulaire de la gestion des déchets nucléaires, la loi française donne aux générations futures la garantie que rien ne sera décidé d'inéluctable. La démarche est vertueuse. A condition qu'elle ne soit pas un aveu d'impuissance devant un casse-tête insoluble.

 

Article paru dans l'édition du 24.06.09

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