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13/10/2010

Comment la hiérarchie influence l’espérance de vie

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e0ce45ea-d253-11df-b506-2448604ede74/Comment_la_hi%C3%A9rarchie_influence_lesp%C3%A9rance_de_vie


Comment la hiérarchie influence l’espérance de vie

L’étude des primates donne un éclairage nouveau sur la souffrance au travail

Au Salon des ressources humaines, qui se tenait à Genève les 29 et 30 septembre, la conférence du professeur Alexandre Mauron a été l’une des plus prisées. Ce docteur en biologie, directeur de l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève, présentait une analyse pour le moins atypique, à l’intitulé provocateur: «Combattre les effets nocifs de la hiérarchie au travail: l’enseignement de la primatologie et de l’épidémiologie sociale». D’après le docteur Mauron, la hiérarchie sociale a des effets néfastes sur la santé car elle raccourcit l’espérance de vie des personnes les moins bien placées sur l’échelle sociale. En augmentant le stress, elle multiplie les risques de diabète et de maladies coronariennes.

La preuve par les babouins

Certes, mais est-ce dû au seul facteur de la hiérarchie? Les conditions de vie des subordonnés ne sont-elles pas moins bonnes (cigarette, ­alcool, etc.) que leurs supérieurs, ce qui augmente logiquement leur taux de mortalité? Afin de contourner ce problème, le professeur ­Mauron s’appuie sur les travaux de primatologues, notamment ceux de l’Américain Robert Sapolsky. ­Celui-ci a constaté des différences de longévité selon que les babouins sont dominants ou dominés au sein de leur tribu.

Et pourtant, comme l’affirmait en 2004 l’épidémiologiste anglais Michael Marmot, «les babouins les moins bien classés dans la hiérarchie ne fument pas, ne mangent pas de hamburgers et n’oublient pas de prendre rendez-vous chez le docteur». Sur le plan humain, l’hypothèse des épidémiologistes se vérifie par le biais d’une étude réalisée dans les années 1970 au Royaume-Uni. Les résultats montrent que parmi les fonctionnaires de Whitehall, les mieux gradés vivent plus longtemps que les autres. «Nous montrons que la souffrance au travail n’est pas qu’un problème individuel mais aussi un phénomène global, qui aura des conséquences graves en termes de santé publique», résume le professeur genevois.

En condamnant la hiérarchie, ce courant de pensée prône-t-il l’anarchie? «Nous n’en sommes qu’au stade expérimental», relativise le professeur genevois. «Ce qui est sûr, c’est que la hiérarchie est inévitable, y compris dans le monde du travail. Il ne s’agit donc pas de la renverser, mais de minimiser ses effets délétères.» Sur ce point, il rejoint les solutions exposées par les psychologues du travail: plus de dialogue, d’autonomie et de reconnaissance.

19:16 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sciences, société, santé

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