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07/06/2012

Cancer : quelques avancées

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/06/04/cancer-les-avancees-annoncees-au-colloque-de-chicago_1712120_1651302.html

Cancer : les avancées annoncées au congrès de Chicago

L'American Society of Clinical Oncology tient le plus grand congrès mondial sur le cancer, du 1er au 5 juin. Le point sur les découvertes annoncées.

Par Valentine Pasquesoone (avec agences)

Depuis le 1er juin, et jusqu'à mardi, la 48e conférence annuelle de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) réunit plus de 30 000 cancérologues, chercheurs et représentants de firmes pharmaceutiques à Chicago, dans l'Illinois, à l'occasion d'un congrès mondial sur le cancer.

Cette conférence a débuté le jour même de la publication par la revue médicale britannique The Lancet Oncology d'une étude anticipant une augmentation de 75 % des cas de cancers dans le monde d'ici à 2030, cette hausse atteignant 93 % dans les pays les plus pauvres. Le nombre de morts par cancer serait ainsi de 13,2 millions en 2030, contre 7,6 millions en 2008.

Selon les résultats du docteur Freddie Bray, l'auteur principal de cette étude, l'évolution concerne surtout les cas de cancers colorectaux, du sein, de la prostate et du poumon pour les femmes. Les cancers du col de l'utérus et du foie devraient quant à eux diminuer. Alors que la principale conférence mondiale sur le cancer touche à sa fin, retour sur les grandes conclusions qui y ont été présentées, depuis le samedi 2 juin.

  • Cancer de la prostate : un nouveau traitement prometteur

Un nouveau traitement, commercialisé sous le nom de Zytigaretarderait le développement de la douleur et la détérioration de l'état de santé du malade, chez près de 60 % des hommes ne répondant plus aux thérapies hormonales, et n'étant pas encore traités avec de la chimiothérapie, selon un essai clinique présenté samedi lors de la conférence. Il a été mené auprès de 1 088 hommes dont le cancer de la prostate avait été diagnostiqué cinq ans auparavant en moyenne.

Dans le groupe traité avec du Zytiga, les malades ont eu un répit d'environ seize mois avant que leur cancer métastasé n'empire de nouveau. Traité sans Zytiga, l'autre groupe n'a eu que 8,3 mois de répit, selon le docteur Charles Ryan, professeur de médecine clinique à l'université de Californie à San Francisco, et principal auteur de cette étude.

"Ce médicament prolonge des vies et donne aux malades plus de temps durant lequel ils ne ressentent pas de douleur résultant de la progression du cancer", a-t-il expliqué. Johnson et Johnson, qui commercialise le médicament, estime que ce traitement améliore le taux de survie de 33 %, soit neuf mois. Les conclusions finales de l'essai ne devraient être présentées qu'en 2014 mais déjà, le médicament "pourrait être utilisé à des stades plus précoces du cancer de la prostate, et prescrit à un plus grand nombre de patients", a estimé Charles Ryan.

Une étude, publiée le 16 mai par l'American Society of Clinical Oncology, montrait que le Zytiga permettait d'éliminer totalement ou en grande partie la tumeur aux premiers stades du développement, chez des hommes atteints d'une forme de cancer de la prostate aux risques de propagation très élevés. Aujourd'hui, seul un tiers des hommes guérit complètement de ce cancer, selon l'ASCO. En France,71 000 nouveaux cas de cancers de la prostate ont été diagnostiqués en 2011, selon l'Institut national du cancer, et 8 700 hommes sont décédés des suites de cette maladie. 

  • Une percée dans la thérapie contre le cancer du sein 

Présenté dimanche lors de la conférence, l'Emilia, un essai clinique concluant, auxquelles 1 000 femmes ont participé, a montré l'efficacité et la moindre nocivité d'une thérapie expérimentale contre les cancers avancés du sein, cas les plus fréquents de cancer chez les femmes en France avec 53 000 nouveaux cas et 11 500 décès en 2011.

Selon des cancérologues, cette percée dans la thérapie signale l'émergence d'une nouvelle classe d'armes anticancer ciblées. Ce traitement "est moins toxique et plus efficace que ses équivalents", a déclaré le docteur Clifford A. Hudis, spécialiste du cancer du sein, interrogé par le New York Times"Combien de fois obtenons-nous cela ?", s'est-elle exclamé.

Cette nouvelle thérapie, appelée T-DM1, a permis un gain de survie "absolue" de 3,2 mois sans progression du cancer, soit 9,6 mois, en comparaison à 6,4 mois dans le groupe témoin. Deux ans après le début de la thérapie, 65,4 % des patientes traitées avec le T-DM1 étaient encore en vie, contre 47,5 % chez les autres. Toutes étaient atteintes d'un cancer HER2-positif, des tumeurs très agressives qui représentent près d'un cancer du sein sur cinq.

"Pour les patientes souffrant d'un cancer du sein métastasé, ce nouveau traitement représente une percée", a déclaré le docteur Kimberly Blackwell, professeure de médecine au centre sur le cancer de l'université Duke en Caroline du Nord, auteure principale de cette étude. "En tant que médecin traitant un grand nombre de patientes atteintes d'un cancer du sein, je suis heureuse de voir que ce traitement a très peu de toxicité."

Le groupe pharmaceutique Roche, qui développe ce nouveau traitement par l'intermédiaire de sa firme américaine Genentech, espère obtenir l'accord des autorités des médicaments aux Etats-Unis et en Europe dans les prochains mois, pour pouvoir commercialiser ce nouveau traitement. Il a eu récemment l'accord de la Food and Drug Administration (FDA), pour examiner une demande de mise sur le marché du T-DM1 selon une procédure accélerée.

En parallèle, ajoute le New York Times, une étude présentée lors de la conférence a montré que l'Abraxane, médicament dont une dose coûte plusieurs milliers de dollars, n'est pas plus efficace que le Paclitaxel, un traitement générique beaucoup moins cher, dans le ralentissement de la progression du cancer du sein métastasé.

  • Cancer de l'ovaire : un cocktail anticancer bloque la progression

Comme pour le cancer de la prostate, des traitements retardant la propagation du cancer de l'ovaire ont été présentés samedi, lors de la conférence de l'ASCO à Chicago. Une étude clinique, réalisée sur 361 patientes, montre que la combinaison d'une chimiothérapie classique avec de l'Avastin - qui empêche la formation de vaisseaux sanguins nourriciers sur la tumeur - multiplie par deux la durée moyenne sans progression du cancer ni décès, chez les femmes résistant à la chimiothérapie traditionnelle, à base de platine.

"C'est la première fois que l'on parvient à améliorer de façon significative la survie de patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire avec une thérapie combinée", a déclaré le docteur Eric Pujade Lauraine, professeur de médecine à l'université deParis Descartes, à la tête du Groupe des investigateurs nationaux pour l'étude des cancers ovariens (Gineco). Selon lui, ce cocktail anticancéreux offrirait "une nouvelle option de traitement à 20 % des femmes" résistant à la chimiothérapie traditionnelle.

Chaque année, on diagnostique environ 4 500 nouveaux cas de cancers ovariens en France, selon l'Institut Curie, et 230 000 femmes sont diagnostiquées d'un cancer de l'ovaire tous les ans dans le monde. Jusqu'à 70 % d'entre elles décèdent dans les cinq ans après le diagnostic. 

  • Deux nouveaux traitements efficaces contre le mélanome

Deux nouveaux agents, le Dabrafenib et le Trametinib, des traitements anticancéreux ciblés mis au point par la firme pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, se sont montrés très prometteurs au cours de deux études cliniques présentées lundi à Chicago, en comparaison avec une chimiothérapie classique.

Selon ces essais, menés sur 250 participants, le Dabrafenib, qui cible le gène mutant BRAF, réduit de 70 % le risque de progression du mélanome chez les patients, permettant un répit de 5,1 mois, contre seulement 2,7 mois pour ceux traités par chimiothérapie. Le docteur Hauschild, professeur de dermatologie à l'hôpital universitaire de Keil en Allemagne, a affirmé que les patients soignés avec le Dabrafenib avaient subi peu d'effets secondaires graves de la peau.

Le Trametinib, de son côté, neutralise la protéine MEK qui contribue à la croissance de la tumeur, et qui fait partie du même mécanisme moléculaire que le gène BRAF. "Nous vivons quelque chose d'incroyable", a déclaré le docteurCaroline Robert, directrice du service de dermatologie à l'Institut Gustave Roussy (Paris), et principale auteure de l'essai clinique. "Le Trametinib est le premier traitement d'une nouvelle classe de médicaments pouvant bénéficier aux patients souffrant d'un mélanome avec une mutation du gène BRAF." Pendant trente ans, aucun nouveau traitement n'a été trouvé contre le mélanome avancé.

"Le fait de cibler MEK est une stratégie viable pour traiter de nombreuses personnes atteintes d'un mélanome", a t-elle précisé. Pour le groupe ayant testé le Trametinib, l'étude a montré une réduction de 55 % du risque de progression du cancer, soit 4,8 mois pendant lesquels leur mélanome n'a pas progressé. Chez les autres, cette période n'est que d'un mois et demi. Le risque de décès diminue en parallèle de 46 % avec la prise de Trametinib.  

En France actuellement, plus de 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année. 10 % d'entre eux sont des mélanomes cutanés, des cas qui ont plus que triplé entre 1980 et 2005. Pas moins de 1 620 personnes sont décédées de ce type de cancer de la peau en 2011.

  • Une thérapie expérimentale contre le cancer du poumon

Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le cancer du poumon représente la première cause de mortalité par cancer. C'est aussi l'un des cancers les plus difficiles à traiter. Dévoilée dimanche, une étude montre que l'Afatinib, un médicament expérimental du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim, prolongeait la durée de survie de patients atteints de cancer du poumon de 4,2 mois.

Cette étude concernait uniquement des patients atteints de cancers du poumon non à petites cellules, dont le gêne EGFR avait muté. "Cela répond définitivement à nos attentes. C'est très encourageant", a réagi le docteur Lecia Sequist, l'une des chercheuses principales de l'essai. En effet, les médicaments interfèrent dans l'évolution des cellules cancéreuses, alors que la chimiothérapie la ralentit ou l'arrête.

Boehringer a annoncé qu'il recruterait des patients afin de comparer l'Afatinib avec deux médicaments existants, l'Iressa et la Tarceva. Selon l'étude, l'Afatinib bénéficie particulièrement à 90 % des patients dont le gêne EGFR a muté. Avec ce traitement, leur taux de survie est de 6,7 mois plus long que ceux bénéficiant d'une chimiothérapie.

  • A base d'anticorps humains, un seul médicament contre trois cancers

En parallèle de la conférence, le laboratoire américain Bristol-Myers a annoncé une découverte importante dans la lutte contre le cancer : le potentiel d'un seul médicament contre trois cancers avancés. Dans un communiqué, la laboratoire indique que l'un de ses nouveaux médicaments, testé en phase 1 de test clinique,donnait des résultats prometteurs dans des cas de cancers avancés du poumon, de la peau et du rein. Le médicalement utilise un anticorps humain, les anti-PD-1,"qui cible les récepteurs inhibiteurs exprimés sur les lymphocytes T", des globules blancs jouant un rôle clé dans le système immunitaire.

De bons résultats ont été observés pour une minorité de patients traités, mais ils"ont été durables pour la plupart", a précisé Bristol-Myers. Selon le New YorkTimesles tumeurs traitées pendant l'étude ont reculé dans 18 % des cas pour les patients souffrant d'un cancer du poumon, 28 % pour ceux atteints de mélanome et 27 % pour les participants ayant un cancer du rein.

Des effets secondaires "sérieux" sont néanmoins survenus dans 11 % des cas. Mais l'étude marque une avancée importante dans les travaux scientifiques visant à renforcer le système immunitaire contre le cancer. "Un domaine dont l'histoire a été marquée par des échecs", constate le New York Times.

Valentine Pasquesoone (avec agences)

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