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11/06/2012

Londres s'oppose à Bruxelles sur la sécurité des forages

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/06/11/londres-s-oppose-a-bruxelles-sur-la-securite-des-forages_1716184_3244.html

Londres s'oppose à Bruxelles sur la sécurité des forages

LE MONDE 11/6/2012

A Aberdeen, la ville pétrolière du nord-est de l'Ecosse, personne ne veut en entendre parler. Malgré la récente fuite de gaz survenue sur la plate-forme Elgin de Total, l'industrie pétrolière est vent debout contre la tentative de Bruxelles de revoir les règles de sécurité des forages en mer du Nord. Et le gouvernement britannique l'appuie : Charles Hendry, le secrétaire d'Etat britannique à l'énergie, devait se rendre à Aberdeen, lundi 11 juin, pour y faire un discours affirmant une nouvelle fois son opposition aux propositions européennes.

Le différend remonte au 27 octobre 2011. Ce jour-là, la Commission européenne publie le résultat de ses travaux sur la sûreté de l'activité pétrolière en mer en Europe. Une étude lancée après la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique. La conclusion est claire : "La probabilité que survienne un accident grave sur une installation pétrolière ou gazière en mer dans les eaux européennes demeure à un niveau inacceptable." Bruxelles propose donc un nouveau règlement, mettant en place un régime de sécurité unifié à travers tout le continent.

Pour Londres, un tel "diktat" européen est inacceptable. Selon M. Hendry, la proposition de la Commission ne ferait qu'ajouter une couche administrative supplémentaire inutile, alors même que les autorités britanniques estiment que leur bilan en matière de sécurité est bon. "Le Royaume-Uni a un régime réglementaire robuste (...) et nous avons quatre décennies d'expérience", affirmait-il en février devant une commission parlementaire.

De plus, le Royaume-Uni regroupant la grande majorité des exploitations d'hydrocarbures en mer de l'Union européenne, rien ne sert, selon lui, de légiférer depuis Bruxelles. Même les syndicats sont d'accord. "Notre bilan est excellent comparé à celui du reste du monde, par exemple en Afrique de l'Ouest ou au Kazakhstan", affirme Jake Molloy, du syndicat RMT.

MEILLEURE SÉCURITÉ HUMAINE

La réalité est pourtant plus nuancée. S'agissant de la sécurité humaine, l'industrie pétrolière a effectivement fait de gros efforts en mer du Nord. Après un grave accident en 1988 - une explosion sur la plate-forme Piper Alpha avait fait 167 morts -, les normes ont été complètement revues et renforcées. Désormais, chaque exploitant doit remettre avant tout forage un rapport détaillant les mesures qu'il prendrait en cas d'accident.

Résultat, sur les cinq dernières années, il n'y a eu qu'un seul mort sur une plate-forme : celle d'un ouvrier qui descendait en rappel sur une corde accidentellement sectionnée. Et le taux de blessures graves a été réduit de moitié depuis le milieu des années 1990, pour descendre à une quarantaine par an.

En revanche, le bilan environnemental est plus mitigé. Les fuites d'hydrocarbures ou de produits chimiques sont très courantes : 526 en 2011... L'immense majorité d'entre elles ne relâche que de très petites quantités de polluants (quelques kilos), mais 50, soit presque une par semaine, ont été classées dans la catégorie "sérieuse" (plus de 1 tonne). Neuf d'entre elles concernaient des fuites d'hydrocarbures et 41 des fuites de produits chimiques.

C'est ainsi que 7 tonnes de fioul se sont déversées dans la mer en février 2011, depuis une valve mal refermée sur une plate-forme de BG Group (ex-British Gas). Le mois d'après, 5 tonnes de brut d'une plate-forme de BP se sont échappées. Et, en janvier 2012, Total a laissé fuir 3 tonnes de produits chimiques depuis une cuve rongée par la corrosion.

Face à ce bilan en demi-teinte, et après la catastrophe de 2010 dans le golfe du Mexique, le gouvernement britannique a commandé son propre rapport sur la sûreté des forages en mer du Nord. Paradoxalement, ses conclusions, publiées en décembre 2011, sont proches de celles de Bruxelles. Le rapport s'inquiète du nombre d'incidents et recommande une meilleure mise en œuvre des plans d'urgence, ainsi qu'une simplification administrative.

Dès lors, pourquoi le Royaume-Uni s'oppose-t-il à la Commission européenne ? La réponse tient essentiellement à une guerre de territoires. A un "règlement" communautaire, le secrétaire d'Etat à l'énergie préférerait une "directive" laissant une marge d'interprétation aux différents pays. Mais Londres et Bruxelles sont d'accord : un renforcement des mesures de sécurité est nécessaire.

Eric Albert (Londres, correspondance)

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