Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

27/06/2012

Nucléaire : les cinq questions qui fâchent

ATTENTION : la lecture de l'article suivant du Point doit être attentive ! En effet, c'est clairement un plaidoyer pour le développement d'une quatrième génération de réacteurs !

L'autre solution : abandon de la filière nucléaire, n'est envisagée à aucun moment comme on peut le voir dans la conclusion générale du dossier scientifique sur la question, dans sa revue des Comptes rendus, Physique (ci-dessous)

-------------

6. Conclusion générale :  que retenir de cette analyse du cycle de combustible du nucléaire tant en France que dans le reste du monde ? 

On peut se demander si les préoccupations concernant l’emploi présent et futur de l’énergie électronucléaire sont justifiées. 

 L’une d’elles est inéluctable, c’est une exigence de surveillance continue par des équipes compétentes, disposant en permanence d’infrastructures adéquates. C’est que toute centrale électronucléaire (avec les installations associées du cycle de combustible), toute installation nucléaire, où qu’elle soit située dans le monde, ne devrait impliquer, que des personnels expérimentés, munis des équipements adéquats, s’appuyant sur des infrastructures toujours prêtes, et prêts à intervenir, à tout moment, en cas d’événements naturels (inondations, sécheresse, tempêtes de neige, vagues de cha- leur, séisme, tsunami, éruption volcanique et cendres, etc.) ou de bouleversements politiques ou belliqueux (y compris terroristes). Une telle surveillance devrait être maintenue, tant pendant le fonctionnement de toute centrale, qu’après son arrêt, et ensuite pendant une durée d’un demi à un siècle après tout arrêt normal, décidé, accidentel, économique, etc. de cette centrale électronucléaire, y compris pour tous les combustibles et les matériaux de structure irradiés. Le producteur français d’électricité, qui est le plus important du monde, a pu assumer, jusqu’ici, tous les aspects de cette tâche longue et vigilante. 

 Une analyse rationnelle des risques : Peut-on comparer les risques associés à des centrales nucléaires, à des cycles de combustibles, à des installations nucléaires comme les piscines, les réductions du volume des déchets par calcination, etc., c’est à dire créer une relation d’ordre entre ces installations, ces procédés, affirmant que qu’une telle installation est plus sûre que telle autre ? Pour des filières différentes et même pour les équipements d’une même filière comme celle des REP d’industriels différents, ce n’est pas démontré. Mais cela l’est entre les évolutions d’un même concept (« design » incrémental), comme les REP de la France et leur aboutissement actuel, l’EPR. Ce dernier représente ce que l’on a fait de mieux en France en matière de centrales électronucléaires, grâce à 4 décennies de retour d’expérience. 

 Une vision de l’ensemble du dispositif est indispensable : Outre la centrale électronucléaire EPR, il faut examiner les cycles de combustibles possibles et comment le citoyen peut choisir entre eux, avec ses représentants légitimes élus ? 

 Ne pas perdre de vue une exigence fondamentale : La nécessité de réduire les stocks de plutonium, tout en les utilisant pour ouvrir des voies de ressources énergétiques nouvelles, passe par la maitrise des surgénérateurs et de leurs options de cycles de combustibles. Le projet ASTRID avec ses options à choisir, en ouvre les voies. 

 Dans un souci d’efficacité, éviter la dispersion des efforts : Le succès de la France dans ce domaine industriel, est dû au choix fait dans les années 1970 et consolidé depuis, d’avoir un seul modèle de réacteur, un seul exploitant, un seul constructeur, un seul fabricant du cycle de combustible, un puissant laboratoire de recherche fondamentale et appliquée, afin de concentrer nos forces scientifiques, techniques et industrielles limitées sur un seul objectif. 
 

--------------

lu sur :

http://www.lepoint.fr/science/nucleaire-les-cinq-questions-qui-fachent-27-06-2012-1478192_25.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20120627

Nucléaire : les cinq questions qui fâchent

L'Académie des sciences publie un compte rendu sur l'avenir de la filière. Entretien exclusif avec les auteurs d'un document rare.

Le Point 27/6/2012

 Par

L'accident de Fukushima et la sortie du nucléaire décidée par l'Allemagne ont remis la question de l'avenir du nucléaire au coeur du débat public français. Pour ou contre ? Les discussions se sont le plus souvent résumées à cette alternative. Comme si l'avenir de la filière ne suscitait pas d'autres interrogations... Parce que le nucléaire, c'est très complexe, mais aussi parce qu'il est difficile, en la matière, de sortir des positionnements idéologiques. Afin d'éclairer les citoyens et les décideurs (politiques, industriels, administrations, etc.), l'Académie des sciences publie ce mois-ci un dossier scientifique sur la question, dans sa revue des Comptes rendus, Physique. Dans ce dossier, Robert Dautray, ancien Haut-Commissaire à l'énergie atomique, Jacques Friedel, spécialiste mondial de physique des solides, et Yves Bréchet, spécialiste des matériaux de structure, professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble, tous trois membres de l'Académie des sciences, examinent, d'un oeil scientifique et technique, les choix qui doivent ou devront être tranchés dans les années à venir. Ils ont livré au Point.fr l'essentiel de leur réflexion.

De la sécurité des installations...

"Après l'accident nucléaire de Fukushima, la question du renforcement des mesures de sécurité entourant le parc nucléaire français est posée. Des efforts ont déjà été faits, mais les pouvoirs publics doivent désormais dire si on les continue et à quel rythme. Même s'il faut reconnaître que le risque zéro n'existera jamais.

D'une part, il faut envisager la création de groupes d'intervention rapide compétents, structurés et connectés à chacun des réacteurs de façon à pouvoir immédiatement faire face en cas de problème. Ce qui n'existe pas formellement aujourd'hui. D'autre part, leçon de Fukushima, il convient d'étudier la séparation des facteurs mis en jeu afin que chacun n'entraîne pas l'autre. En clair, quand un réacteur est arrêté, il continue à chauffer. Il faut donc séparer les matières radioactives du réacteur le plus rapidement possible, et les entreposer à distance de celui-ci. Or, la politique dans ce domaine n'est pas assez clairement définie."

Sur la fin de vie des réacteurs...

"Il faut réfléchir dès maintenant aux opérations nécessaires à un arrêt définitif des réacteurs pour s'assurer de la faisabilité du retour au libre emploi du terrain. Cela a été fait en Angleterre pour une centrale nucléaire type. Sachant que tout réacteur arrêté devra, de toute façon, rester sous surveillance pendant les 25 à 30 années que prendront les opérations de démantèlement et de traitement des combustibles usés. Une problématique à laquelle les pays qui décident de sortir du nucléaire devront également faire face."

Et si l'on décide d'en construire de nouveaux...

"Si le concept des réacteurs de troisième génération est au point, on peut toutefois réfléchir sur la manière d'en construire de nouvelles versions qui envisageraient d'emblée la meilleure manière de les démanteler après usage.

Jusqu'à maintenant, en France, une seule firme a conçu et construit l'ensemble des réacteurs, un seul producteur d'électricité les a exploités et un seul laboratoire a effectué les études. On pourrait penser que cela induit une perte de compétitivité. C'est au contraire à nos yeux une des clefs du succès de la France dans le domaine nucléaire. Car la compétition existe déjà à l'international, et l'option actuelle a le mérite d'éviter que coexistent différents modèles de réacteurs, ce qui serait susceptible de compliquer leur construction, leur maintenance, leur exploitation et leur contrôle (notamment en termes de formation des personnels).

Le parc nucléaire français est un carrefour de technologies de haut niveau qui interagissent entre elles. Parmi ces technologies, la construction mécanique, par exemple les cuves qui tiennent toute l'étanchéité de la radioactivité, nécessite des matériaux métalliques dont les performances (résistances aux efforts, aux irradiations, aux pressions, aux températures) sont poussées au maximum. Cependant, la métallurgie française risque de ne plus être capable de faire face à tous les besoins de l'énergie nucléaire française. Certaines pièces, les plus délicates des réacteurs récents, ont été importées d'Asie ou d'Europe. Or, qui dit perdre la fabrication dit aussi perdre la recherche, et donc le contrôle de la qualité. Le soutien à cette filière de la métallurgie, étudié dans un récent rapport de l'Académie des sciences, relève de décisions politiques."

Et les déchets nucléaires ?

"La réalisation d'un site de stockage géologique profond des déchets ultimes doit être lancée. Quant aux MOX usés (NDLR : combinaison d'uranium appauvri et de plutonium), dont la période de refroidissement est nettement plus longue que celle des combustibles classiques UOX (80 ans au lieu de 30), il existe un moyen optimal de les utiliser, via la quatrième génération de réacteurs (dits à neutrons rapides). La France a déjà une grande expérience sur cette quatrième génération (Rapsodie, Mazurka, Phénix, Superphénix et les installations de séparation chimique de Marcoule et La Hague). La suite de ce programme fait l'objet d'un projet baptisé Astrid qui est actuellement en cours."

De l'énergie nucléaire, pour combien de temps ?

"Si la troisième génération connaît un essor au plan mondial, les stocks de minerai d'uranium seront épuisés d'ici 100 ans, peut-être moins. Et c'est là un intérêt majeur de la quatrième génération de réacteurs. Car celle-ci permettrait d'utiliser non seulement le plutonium des MOX usés, mais aussi notre stock d'uranium appauvri issu de l'enrichissement en uranium 235 du minerai d'uranium naturel (composé à 99,3 % d'U238 et à 0,7 % d'U235). Ce qui multiplie par plus de 50 la quantité d'énergie que l'on peut tirer d'un gramme d'uranium naturel.

L'économie en ressource naturelle serait considérable. Quelques chiffres, au plan national, disent tout. Un Français consomme en moyenne un gramme de matériaux fissiles (quels qu'ils soient) par an. Ce qui fait, pour 60 millions de Français, 60 tonnes chaque année. Pourtant, ce sont 1 200 tonnes d'uranium enrichi qui sont livrées à EDF par an... Tout simplement parce qu'on ne brûle en réalité qu'environ 5 % de celui-ci, c'est-à-dire l'uranium 235, le reste étant de l'uranium 238 qu'on ne sait pas utiliser sans la quatrième génération. Or, au Tricastin, pour fabriquer ces 1 200 tonnes, il a fallu 8 000 tonnes de minerai d'uranium naturel. On comprend alors que les générations II et III de réacteurs sont relativement "gourmandes" en ressource naturelle.

Mais poussons le raisonnement plus loin... Au Tricastin, l'uranium appauvri (0,3 % d'U235 au lieu de 0,7 % dans le minerai naturel), inutilisable dans les réacteurs actuels, s'accumule au rythme de 6 800 tonnes par an. De sorte que 200 000 tonnes d'uranium appauvri sont aujourd'hui disponibles sur le sol français. Imaginons que nous puissions l'utiliser. À raison de 60 tonnes de matières fissiles consommées par an, ces seuls stocks fourniraient de quoi alimenter en électricité 60 millions de Français (à consommation constante) pendant plus d'un millénaire ! Indépendance énergétique garantie à long terme... Sans compter que les déchets ultimes poseraient alors moins de problèmes d'enfouissement, tant du point de vue du volume que de la radioactivité."

----------------------------

Les commentaires sont fermés.