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12/09/2012

Les vertus des oméga-3 remises en cause

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/09/12/les-vertus-des-omega-3-remises-en-cause_1758986_1651302.html
 
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LE MONDE | 12.09.2012 à 12h01

Par Paul Benkimoun


On leur prête toutes sortes de vertu : bienfaits cardiovasculaires, prévention du cancer, remède à la dépression... L'étude, publiée mercredi 12 septembre dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), risque cependant d'ébranler sérieusement cette réputation.

L'analyse combinée de 20 études d'apports en oméga-3 chez un total de près de 70 000 patients ne trouve en effet pas d'association significative entre la prise de ces acides gras et une réduction de la mortalité, toutes causes confondues et d'origine cardiovasculaire en particulier.

Les oméga-3 font partie de ces acides gras dits "essentiels", car l'organisme ne peut les synthétiser ou en tout cas pas en quantité suffisante par rapport aux besoins. Les sources principales dans notre alimentation sont végétales (huile et graines de lin, de chanvre, de citrouille...) ou marines (huiles de poisson et de krill). La médiatisation des effets bénéfiques prêtés à tort ou à raison aux oméga-3 a fait naître un marché florissant de compléments alimentaires.

Néanmoins, les essais cliniques de prévention cardiovasculaire à base de conseils diététiques ou de suppléments, réalisés dans des conditions rigoureuses, ont donné des résultats divergents. Les autorités sanitaires à travers le monde n'ont pas adopté une attitude uniforme.

20 ÉTUDES ET DE MODESTES EFFETS PROTECTEURS  

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) n'a approuvé leur prescription qu'en tant qu'agent faisant diminuer le taux de triglycérides chez les personnes ayant un niveau trop élevé de ces lipides. En France, une autorisation de mise sur le marché a été accordée comme traitement adjuvant en prévention secondaire de l'infarctus du myocarde (après un premier infarctus), en association avec les traitements de référence.

Pour trancher le débat, une équipe de chercheurs de l'université de Ioannina (Grèce) a compilé 20 études évaluant l'effet préventif des oméga-3, à des doses variables, dans le domaine cardiovasculaire chez un total de 68 680 patients.

Les chercheurs concluent que, "dans l'ensemble, la supplémentation en acides gras polyinsaturés oméga-3 n'est pas associée à un risque diminué de mortalité toutes causes confondues, de décès d'origine cardiaque, de mort subite, de décès après infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral".

Directeur de recherche au sein de l'unité d'épidémiologie et de santé publique de l'Institut Pasteur de Lille et spécialiste des oméga-3, Jean Dallongeville souligne que "les oméga-3 ont plutôt fait leurs preuves dans la prévention de la mort subite ou après infarctus du myocarde, donc par rapport à des troubles du rythme cardiaque. Cette analyse mélange et dilue cette indication parmi d'autres".

VERTUS SUPPOSÉES

De fait, en examinant les détails de l'article du JAMA, on retrouve effectivement un effet protecteur très modeste, juste dans les limites statistiques significatives.

"Cette analyse de la littérature ne confirme pas la diminution des problèmes cardiovasculaires observés dans des études anciennes ou dans celle de 2002 ayant conduit à l'autorisation de mise sur le marché, reconnaît le professeur Claude Le Feuvre (Institut de cardiologie, CHU La Pitié, Paris). Cela étant, les études les plus récentes portent sur des patients ayant un risque cardiovasculaire diminué. La meilleure prise en charge des maladies coronariennes a en effet permis de réduire fortement la mortalité par infarctus. Ce progrès pourrait expliquer l'absence de bénéfice supplémentaire du traitement adjuvant par les oméga-3."

"Le recours aux oméga-3 pour prévenir la formation de la plaque d'athérome ou la survenue d'un infarctus du myocarde ne marche pas, insiste Jean Dallongeville. En revanche, ils peuvent avoir un intérêt chez les personnes susceptibles d'être davantage exposées à un décès par des troubles du rythme, parce qu'elles ont déjà fait un infarctus ou qu'il y a eu des décès par mort subite dans la famille."

Les résultats de l'analyse parue dans le JAMA remettent donc en question l'intérêt des acides gras oméga-3 comme outils de prévention cardiovasculaire globale. Reste maintenant à savoir si les vertus supposées des oméga-3 peuvent aussi être contestées dans d'autres domaines et notamment le cancer.

Cela ne devrait toutefois décourager personne de continuer à manger régulièrement du poisson.

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