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10/12/2012

Patrimoine de l'Humanité : les robes nuptiales algériennes de Tlemcen

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http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/8be37bfc-40ad-11e2-873d-bef3b1aee34d/Une_mari%C3%A9e_cousue_dhistoire

samedi 8 décembre 2012

Une mariée cousue d’histoire


Pour la première fois, un vêtement est entré au patrimoine immatériel de l’Unesco. Valérie Fromon t déploie l’itinéraire des robes de mariée algériennes de Tlemcen,à contempler comme une fresque historique brodée au fil d’or

«Grâce à vous, une robe a passé dans ma vie», murmurait Cyrano de Bergerac à Roxane.

Ce mercredi 5 décembre, l’Algérie a fait entrer un costume nuptial sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. Et ce vêtement-là, peut-être plus que tous les autres, contenait un monde. C’est la première fois qu’un costume figure sur cette liste. Aux côtés du théâtre d’ombres chinoises, du flamenco, du repas gastronomique des Français et de la marche des sonneurs de cloche du carnaval annuel de la région de Kastav, il est venu élargir les rangs de ces pratiques et expressions qui témoignent de l’importance de la diversité du patrimoine culturel immatériel.

Mercredi s’est donc tenue la septième session du Comité intergouvernemental chargé d’examiner les 36 candidatures (pour l’année 2012) dignes de figurer sur la Liste représentative. Dans la salle XII du siège parisien, gris et monumental de l’Unesco, les experts ont tendu l’oreille pour entendre le bruissement des tissus de soie brodés de fil d’or, le cliquetis des innombrables rangs de perles baroques destinés à protéger la fertilité de la mariée contre les esprits malfaisants, et le chant des femmes qui accompagnent ces rituels si particuliers associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen – petite ville algérienne qui fut la capitale du pays jusqu’au XVIe siècle.

Une victoire pour cette communauté, toutes classes sociales confondues, pour qui ce costume et ces rites nuptiaux représentent un élément central de la culture, de l’histoire, du vivre ensemble et du savoir-faire artisanal.

«Le fait que les mariées soient belles ce jour-là se reflète sur la communauté tout entière. Pour les Tlemcéniens, chaque mariage est le mariage de toute la ville, c’est leur manière de perpétuer leurs traditions», raconte Leyla Belkaïd, designer, chercheuse en anthropologie du costume et de la mode, ancienne directrice du Master de Management du luxe à la Haute Ecole de Gestion à Genève également, auteur de plusieurs livres, notamment sur les costumes d’Algérie.

La seconde victoire, inscrite en filigrane, c’est de voir accepté, pour la première fois, un ensemble vestimentaire sur cette liste du patrimoine culturel immatériel. Ce qui est évident pour les chants et les danses, ou même pour la gastronomie, ne l’est pas pour ce qui se rapporte à l’apparat. Même si certains éléments vestimentaires comme le Batik indonésien ou la dentelle d’Alençon ont déjà conquis leurs lettres de noblesse auprès de l’Unesco, le tissu ne fait pas partie du même registre discriminatoire.

«Lorsque nous avons envoyé notre projet sous sa première forme, se souvient Leyla Belkaïd, nous avons senti qu’il y avait un doute par rapport à la pertinence de ce type de forme culturelle. Trop «matériel», trop luxueux, trop ostentatoire… Les a priori sont nombreux. Mais si ces objets-là sont beaux, c’est avant tout parce qu’ils reflètent tout l’inconscient, l’imaginaire, la poésie, l’histoire, le parcours d’une communauté à travers le corps, qui est notre interface à la fois la plus intime et la plus parlante.»

Dans la trame d’un vêtement, c’est tout un paysage qui se donne à voir – géographique, humain, spirituel. On y ressent la cohérence et la magie de ce lien qui se met en place entre une production et un lieu, lorsqu’il façonne les mains et les regards des artisans. Tlemcen, là où les robes de mariée façon pièce montée en faux satin polyester made in China n’ont pas encore avalé les traditions.

«Si on prête attention à ce costume-ci, d’autres pays vont suivre, estime Leyla Belkaïd. C’est un signal qui démontre qu’une initiative de ce type est faisable, valide et pertinente. Il faudrait que les Indiens se préoccupent de protéger le sari, les Japonais le kimono, les Coréens le hanbok, les Sardes leurs costumes villageois, avant que la globalisation ne finisse par effacer irrémédiablement cette forme fragile de patrimoine.»

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