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20/01/2013

Mercure : un premier pas vers un contrôle de son extraction et utilisation

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/19/pollution-au-mercure-un-traite-international-voit-enfin-le-jour_1819447_3244.html

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Pollution au mercure : un traité international voit enfin le jour

LE MONDE | 19.01.2013 à 11h08 Par Gilles van Kote - Genève (Suisse), envoyé spécial

La première convention internationale sur le mercure est née, samedi 19 janvier au petit matin, à Genève, au terme de quatre ans de gestation, d'une semaine d'intense travail de négociations et d'une longue nuit d'accouchement. Les délégués de 130 pays présents en Suisse ont poussé un soupir collectif de soulagement autant que d'épuisement. De l'avis quasi général, le texte "n'est pas parfait, mais il a le mérite d'exister".

La plus spectaculaire des mesures adoptée est la disparition programmée de l'extraction du mercure (la Chine en est le premier producteur mondial) dans un délai de quinze ans à partir de la ratification de la convention par le pays concerné. L'importance des stocks et les possibilités de recyclage devraient toutefois prolonger la commercialisation de ce métal toxique bien au-delà de cette échéance.

Une liste de produits contenant du mercure et devant disparaître au plus tard en 2020 (sauf exemption, d'une durée maximale de dix ans) a également été adoptée. Elle comprend, entre autres, certaines catégories de piles et de batteries, d'ampoules basse consommation, de pesticides, de produits cosmétiques et d'instruments de mesure comme les thermomètres.

Ce cycle de négociations avait été lancé par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), en février 2009, en vue de doter la communauté internationale d'un "instrument juridiquement contraignant" de lutte contre les dégâts environnementaux et sanitaires provoqués par le mercure. L'inhalation ou l'ingestion de ce métal peuvent provoquer de graves problèmes de santé et troubles du développement, en particulier chez les enfants.

L'ORPAILLAGE, PREMIÈRE SOURCE DE POLLUTION MONDIALE AU MERCURE

Entre dix et quinze millions d'orpailleurs à travers le monde en utiliseraient sans précaution pour extraire l'or du minerai, inhalant ainsi des vapeurs toxiques, selon le PNUE. Mais le risque sanitaire le plus répandu provient de la consommation de poissons situés en bout de chaîne alimentaire, dont l'organisme concentre le méthylmercure, forme organique particulièrement nocive du mercure relâché dans l'environnement par l'homme. Les Inuits canadiens et du Groenland présentent ainsi des concentrations de mercure particulièrement élevées, alors qu'ils vivent loin des centrales à charbon qui constituent la deuxième source mondiale de pollution, après l'exploitation de l'or.

"Notre objectif est de réduire, et quand c'est possible d'éliminer, les émissions et rejets de mercure provoqués par les activités humaines", avait rappelé Achim Steiner, le directeur exécutif du PNUE en préambule à la réunion de Genève. "Les mesures qui figurent dans le traité ne sont pas à la hauteur des objectifs : elles permettront de ralentir l'augmentation des émissions, pas de réduire celles-ci", déplore Joe DiGangi, du Réseau international pour l'élimination des polluants organiques persistants (IPEN).

Si les centrales à charbon devront améliorer leurs performances en matière de filtration des émissions de mercure, la convention n'empêchera pas un Etat d'en ouvrir de nouvelles et d'augmenter éventuellement ainsi ses émissions en valeur absolue.

Concernant l'exploitation artisanale de l'or, les pays estimant qu'il s'agit chez eux d'une activité "significative", un terme assez flou, devront mettre en place des plans nationaux afin d'en améliorer les pratiques, mais l'usage du mercure restera autorisé.

"LE TEXTE COUVRE TOUT LE CYCLE DE VIE" DU MÉTAL

"Globalement, le texte est assez satisfaisant, d'autant qu'il couvre tout le cycle de vie du mercure, de l'extraction aux déchets, en passant par les émissions, déclare un délégué de l'Union européenne. Il n'est pas très contraignant, mais on pourra le faire évoluer avec le temps."

"Pour que la convention soit plus ambitieuse, il aurait fallu que les pays du Nord mettent davantage d'argent sur la table", estime un représentant du PNUE. Les questions financières ont été l'un des principaux points d'achoppement dans la dernière ligne droite, tout comme les modalités de mise en place d'un comité de suivi de l'application de la convention.

La plupart des pays du Sud réclamaient la mise en place d'un nouvel outil financier doté d'un budget propre, mais se sont heurtés au refus de ceux du Nord, partisans de confier le financement des actions menées dans le cadre de la convention au Fonds pour l'environnement mondial (FEM), sans augmentation des ressources de ce dernier. La Suisse, la Norvège et le Japon ont cependant promis de débloquer environ un million de dollars (750 000 euros) chacun.

La convention entrera en vigueur quand au moins cinquante Etats l'auront ratifiée. Sur proposition du Japon, elle a été baptisée convention de Minamata, du nom de la ville japonaise dont des milliers d'habitants furent frappés, dans les années 1950, par une terrible maladie provoquée par une pollution maritime, d'origine industrielle, au mercure.

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sur le même sujet :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/19/mercure-vers-la-fin-des-amalgames-dentaires_1819448_3244.html

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Mercure : vers la fin des amalgames dentaires

LE MONDE | 19.01.2013 à 10h28 • Mis à jour le 19.01.2013 à 11h12 Par Gilles van Kotte - Genève, envoyé spécial

Les dentistes français vont devoir changer leurs habitudes. Dans l'Union européenne, ils sont ceux qui réalisent le plus d'obturations de caries en ayant recours une fois sur deux à des amalgames dentaires. Selon un rapport publié en 2012 par la Commission européenne, la France pèse à elle seule pour un tiers des 55 tonnes de mercure utilisées chaque année dans l'Union pour la réalisation de ces amalgames et dont la toxicité continue de faire débat.

Le texte de la convention sur le mercure, conclue samedi 19 janvier à Genève, prévoit une diminution de l'usage des amalgames, sans toutefois fixer d'objectifs chiffrés ni d'échéances. Chaque pays signataire s'engagera à prendre au moins deux des mesures figurant dans une liste annexée au traité, qui vont de la fixation d'objectifs nationaux de réduction au déremboursement des amalgames, en passant par la prévention des caries ou la recherche de solutions alternatives.

"C'est le début de la fin des amalgames dentaires dans le monde", se félicite Michael T. Bender, directeur du Mercury Policy Project, une organisation non gouvernementale (ONG) américaine. "Nous militions pour une interdiction pure et simple, mais c'est un résultat positif, reconnaît Marie Grosman, conseillère scientifique de l'ONG française Non au mercure dentaire. Les amalgames sont en Europe la première source d'exposition et de contamination corporelle au mercure."

"MATÉRIAU ALTERNATIF"

Les opérations de pose ou de retrait de ces amalgames produisent aussi des déchets contenant du mercure et exposent les dentistes et leur personnel à de fortes concentrations. Longtemps opposée à des mesures de restriction de l'usage des amalgames, la France a changé de position en 2012.

A Genève, ce sont les recommandations, plutôt prudentes, de l'Organisation mondiale de la santé qui l'ont emporté. L'agence onusienne estime que les amalgames dentaires présentent un rapport bénéfices-risques favorable dans un certain nombre de cas et que les matériaux composites, à base de silice et de résine, qui constituent une alternative sont plus coûteux et moins solides.

"Le jour où l'on disposera d'un matériau alternatif facile d'utilisation et stable, on y passera naturellement, rien que pour des raisons esthétiques", la couleur des composites se rapprochant de celle des dents, affirme Jean-Luc Eiselé, directeur exécutif de la Fédération dentaire internationale. Il estime que le traité est un "signal" qui rappelle à la profession sa responsabilité en matière d'environnement.

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D'énormes réserves

600 000 tonnes C'est l'estimation des réserves mondiales de mercure, métal toxique dont l'ingestion ou l'inhalation peut affecter, entre autres, les fonctions cérébrales et rénales. Ces réserves sont notamment en Chine, au Kirghizistan (seul pays exportateur), en Russie et en Espagne.

3 000 tonnes La demande mondiale annuelle provient surtout de l'extraction à petite échelle de l'or et de la production de polychlorure de vinyle (PVC).

1 960 tonnes Les émissions atmosphériques de mercure en 2010 étaient liées pour 37 % à l'extraction de l'or et pour 24 % aux centrales à charbon.

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