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26/01/2013

Que va devenir la ceinture verte de Paris ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/26/paris-cherche-a-domestiquer-sa-ceinture-verte_1822952_3244.html

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Paris cherche à domestiquer sa ceinture verte

LE MONDE | 26.01.2013 à 10h51 • Mis à jour le 26.01.2013 à 11h28 

La visite commence au-dessus du cours de Vincennes, dans le 12e arrondissement de Paris, par un matin glacial de janvier. Les rails ont gelé. On avance prudemment sur le pont en fer qui surplombe les axes de circulation avant de pénétrer sur une voie sauvage. Le bruit de la ville s'est brusquement dissipé. Nous sommes sur la Petite Ceinture, 32 kilomètres d'une ancienne voie de chemin de fer tantôt en hauteur, tantôt en tranchée, à l'air libre ou couverte, qui fait le tour de Paris, à l'intérieur des boulevards des Maréchaux.

Le chemin est maintenant bordé d'immeubles de chaque côté, mais à une distance suffisante pour donner un réel sentiment d'espace. La voie se faufile entre les quais d'une ancienne station, couverts de tags colorés. Derrière la végétation émergent de beaux appartements avec terrasse. Etrange impression d'être passé derrière le décor.

Que faire de cette enclave ? La laisser à l'état sauvage ? La transformer en parc ? La Mairie de Paris vient d'ouvrir une concertation avec les Parisiens. D'ici à la fin 2013, son avenir sera tranché. Il suscite un vif débat entre les passionnés de ferroviaire, qui rêvent de remettre la voie en circulation, les défenseurs de la nature, qui veulent sanctuariser le lieu, et les amateurs d'espaces verts, qui réclament des promenades.

 

UNE VÉGÉTATION SAUVAGE S'Y EST ÉPANOUIE

Construite entre 1852 et 1869 pour transporter marchandises et voyageurs et mettre en relation les gares parisiennes, la Petite Ceinture est en friche. L'arrivée du métro en a détourné les voyageurs. Dès 1934, le trafic voyageurs fut interrompu, le trafic marchandises perdura marginalement jusque dans les années 1990. Seul l'ouest est emprunté par le RER C. La nature ayant horreur du vide, une végétation sauvage s'y est épanouie, des animaux y ont élu domicile (oiseaux, hérissons, chauves-souris, renards), faisant de ce lieu un réservoir de biodiversité. Des usages, plus ou moins clandestins, se sont développés, paradis des tagueurs et fortune des SDF. L'entretien le plus minimal est assuré par une entreprise d'insertion.

La municipalité parisienne souhaite en faire un poumon vert, mais elle n'est pas la seule à décider. La voie appartient à Réseau ferré de France (RFF). En 2006, les deux partenaires avaient signé un protocole pour permettre l'ouverture au public de certains tronçons. Un "sentier nature" a été créé dans le 16e arrondissement, un parc est en construction dans le 15e. Mais le protocole expire en 2013. RFF envisage de retirer du réseau les sections sur lesquelles il ne prévoit plus de trafic ferroviaire, notamment à l'est ou au sud, entre la gare des Gobelins, dans le 13e, et le parc André-Citroën, dans le 15e.

Anne Hidalgo, la première adjointe en charge de l'urbanisme, plaide en faveur d'une immense promenade reliant le bois de Vincennes au bois de Boulogne. "Ma vision, c'est d'en faire un espace de détente, de promenade et de respiration, le plus continu possible", explique la future candidate à la Mairie de Paris, qui sait les écologistes hostiles au "tronçonnage" pour protéger la biodiversité. La continuité du projet fait débat, car les deux tiers de la ligne sont à l'air libre, 40 % en tunnel ou en tranchée. La sécurité des futurs promeneurs est posée.

CERTAINES PARTIES POURRAIENT DEVENIR DES JARDINS PUBLICS

En 2010, à Duisbourg, en Allemagne, une bousculade dans un tunnel similaire à l'occasion d'un festival de musique techno avait provoqué la mort de 19 personnes et blessé 340 autres. "Ces tunnels ne doivent pas être des obstacles. Nous pouvons parfois les contourner en remontant au-dessus. Nous pouvons à d'autres endroits les transformer en buvettes, toilettes, ou entrepôts de matériel de jardin", objecte Mme Hidalgo.

L'ampleur des aménagements, la structure de gestion font aussi l'objet de discussions. Certaines parties pourraient devenir de véritables jardins publics, soumis à surveillance et horaires d'ouverture, d'autres pourraient rester plus sauvages, gérés par des collectifs d'habitants. L'enjeu tient dans l'équilibre entre reconversion et maintien de l'originalité de cet ouvrage qui, selon les urbanistes, a créé un "vide utile" dans la ville. La largeur de ses emprises est loin d'être négligeable, entre 15 et 40 mètres.

"Nulle part la Petite Ceinture ne se fond dans la ville. Son statut particulier, son inaccessibilité, son profil presque toujours en dénivelé par rapport à la ville font qu'il n'y a pas de fusion entre l'univers ferroviaire et l'univers urbain, la limite entre les deux est toujours reconnaissable", soulignent les chercheurs de l'Atelier parisien d'urbanisme, l'APUR, auteurs d'une étude prospective sur le devenir de cette voie. La Mairie de Paris devra enfin convaincre RFF de lui céder les parcelles à bon prix. Même inconstructible, la Petite Ceinture peut valoir de l'or.

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