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28/01/2013

Hydrates de méthane : le Japon prêt à jouer les apprentis sorciers

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/28/hydrates-de-methane-course-technique-pour-la-prochaine-revolution-energetique_1823528_3244.html

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Hydrates de méthane : course technique pour la prochaine révolution énergétique

LE MONDE | 28.01.2013 à 13h36 Par Grégoire Allix

Le Japon franchit un pas supplémentaire vers l'exploitation des hydrates de méthane. Ces hydrocarbures non conventionnels, prisonniers des profondeurs océaniques et des sous-sols gelés de l'Arctique, pourraient, après les gaz de schiste, bouleverser la donne énergétique mondiale. Susciter les mêmes controverses, aussi : forer dans ces poches de gaz encapsulées dans des cristaux de glace très instables comporte un risque élevé d'accident.

Affrété depuis le 13 janvier par la société Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (JOGMEC), le navire d'exploration pétrolière Chikyu doit appareiller d'un jour à l'autre du port de Shimizu. Son cap : la fosse de Nankai, au large de la côte sud-est du Japon.

A 1 000 m de profondeur et 300 m sous le fond marin, l'équipe japonaise va tenter d'extraire plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de méthane par jour pendant deux semaines. Le Japon, qui a créé le consortium MH21, associant Etat, universités et industries, avance à marche forcée pour lancer une exploitation commerciale à partir de 2018.

 

"C'est une prévision optimiste, on est encore loin d'une échelle industrielle", tempère Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement du CNRS. De fait, l'échéance annoncée par le MH21 a déjà été plusieurs fois repoussée.

RENTABILISATION

"La grande difficulté, c'est d'obtenir des débits significatifs sur la durée : les puits en offshore profond étant coûteux, il faudrait pouvoir extraire des centaines de milliers de mètres cubes de gaz par jour pour les rentabiliser", explique Pierre Allix, responsable du programme de recherche sur les ressources non conventionnelles chez Total.

Pour l'Archipel, privé de toute source domestique d'énergie, l'enjeu est considérable : le seul gisement de Nankai renferme l'équivalent de dix ans de consommation du pays. Au total, les réserves nippones d'hydrates de méthane pourraient couvrir les besoins énergétiques du Japon pendant un siècle.

Tokyo n'est pas seule à lorgner cette ressource. Aux Etats-Unis, dont les fonds marins et le permafrost de l'Alaska renferment le quart des gisements mondiaux, le département de l'énergie subventionne à coups de millions de dollars les forages expérimentaux. Le pays a encore au moins dix ans de réserves de gaz conventionnel devant lui, mais il prépare l'avenir.

En mai 2012, le secrétaire américain à l'énergie, Steven Chu, a annoncé qu'une équipe de recherche associant le pétrolier américain ConocoPhillips et les Japonais de JOGMEC avait réussi à extraire des hydrates de méthane pendant trente jours consécutifs dans la région de North Slope, en Alaska.

Le potentiel est énorme. Chaque mètre cube d'hydrate de méthane comprime pas moins de 165 m3 de gaz. Les ressources mondiales de gaz dans les hydrates de méthane pourraient avoisiner les 1 200 milliards de m3, dépassant les réserves de gaz, de pétrole et de charbon réunies. A condition de pouvoir les exploiter. "Beaucoup de ces gisements sont diffus, ce qui les rendrait difficiles à développer, prévient Pierre Allix. Et même là où la ressource est bien concentrée, reste la difficulté de contrôler la déstabilisation des talus continentaux où elle est généralement piégée."

"GLACE QUI BRÛLE"

Issus de la décomposition des matières organiques, les hydrates de méthane se forment dans les zones combinant basses températures et hautes pressions, dans les bassins sédimentaires enfouis sous les océans et sous le permafrost des cercles polaires. Longtemps, il a paru impossible d'extraire cette "glace qui brûle" sans bloquer les puits ou provoquer un effondrement des gisements.

Les progrès techniques pourraient changer la donne. "On s'approche de la phase commerciale", observe Nabil Sultan, chercheur au laboratoire "environnements sédimentaires" de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Le procédé, consistant à décomposer le méthane par une dépressurisation du puits, a été amélioré mais reste délicat : "La dépression entraîne une baisse très importante de la température, qui restabilise les hydrates et bloque la production ; elle peut aussi liquéfier les couches sédimentaires des fonds marins", explique M. Sultan.

Des chercheurs expérimentent depuis 2012 une méthode basée sur l'injection d'un mélange de CO2 et d'azote. Elle doit permettre d'extraire le gaz sans détruire les cristaux, en remplaçant le méthane par du dioxyde de carbone, plus stable. La technique aurait aussi l'avantage de stocker du CO2. "C'est le procédé le plus prometteur", juge Pierre Allix, chez Total.

Il limiterait les risques d'exploitation. Mais quid de l'environnement ? "Sous la couche de cristaux se trouve souvent un réservoir de gaz libre pour lequel les hydrates jouent le rôle de couvercle étanche ; les détruire pourrait faire remonter beaucoup de méthane à la surface", prévient Jérôme Chappellaz, au CNRS. Les forages relâcheraient alors dans l'atmosphère un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2.

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