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05/03/2013

Le trafic illégal du bois

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/04/l-europe-s-arme-contre-l-importation-de-bois-illegal_1842372_3244.html

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L'Europe s'arme contre l'importation de bois illégal

LE MONDE | 04.03.2013 à 15h14

Par Laurence Caramel

Du bois illégal en provenance du Liberia a-t-il transité par le port de Nantes en février ? C'est ce qu'affirme l'organisation non gouvernementale (ONG) Global Witness en accusant deux sociétés allemandes, B & T Wood et Treemex, d'avoir respectivement importé 1 631 m3 et 929 m3 de grumes issues de concessions dont les permis d'exportation ont été gelés en août 2012 par le gouvernement libérien. La première société – dans plusieurs courriers dont Le Monde a eu connaissance – réfute catégoriquement les accusations de Global Witness. La seconde n'a pas répondu aux sollicitations de l'ONG britannique. "Nous n'avons aucun doute, ce bois est illégal", affirme Alexandra Pardal, documents des douanes à l'appui.

Global Witness n'a pas choisi la date du 4 mars au hasard pour rendre publiques ses accusations. Elles interviennent au lendemain de l'entrée en vigueur du règlement bois de l'Union européenne (RBUE), censé barrer l'accès du bois exploité illégalement au marché communautaire. Il est la dernière pièce d'un plan d'action lancé il y a dix ans, qui allie politique de coopération avec les pays auprès desquels l'Europe s'approvisionne et traçabilité du bois acheté. 

Mais à ce jour, comme a voulu le rappeler Global Witness en mettant en avant cette affaire libérienne, l'Europe – qui se targue pourtant d'être à l'avant-garde de la lutte contre la déforestation – reste une passoire. Entre 20 % et 40 % du commerce mondial de bois sont d'origine frauduleuse, selon plusieurs sources, dont la Banque mondiale. En Europe, rien n'obligeait jusqu'à présent un importateur à justifier solidement l'origine de sa marchandise, et les contrôles des douanes restent rares.

INTENSE LOBBYING DES INDUSTRIELS DU SECTEUR

L'entrée en vigueur du règlement bois ne signifie pas pour autant qu'un couperet va tomber brutalement sur les entreprises. A l'instar de la France, qui n'a toujours pas désigné l'administration qui serait chargée de sanctionner les importateurs pris en faute, la plupart des pays ne sont pas prêts. Les règles que devront suivre les entreprises n'ont définitivement été fixées qu'en juillet 2012 par la Commission européenne.

La nouvelle législation cible les entreprises qui introduisent le bois pour la première fois sur le marché européen. Les grumes et tous les produits dérivés du bois (planches, panneaux en aggloméré, pâte à papier, etc.), mais aussi les meubles sont concernés. Seul le papier imprimé passe au travers des mailles du filet grâce à un intense lobbying des industriels du secteur.

Les entreprises devront être en mesure d'indiquer le pays de provenance, la région et la concession où l'arbre a été coupé. Le nom de l'essence, dans son appellation scientifique, devra être indiqué, de même que la quantité achetée, le prix payé ainsi que le nom et l'adresse du fournisseur. Chacune de ces étapes doit permettre à l'importateur d'évaluer le risque d'être en présence de bois illégal, pour l'exclure le cas échéant de ses approvisionnements.

Si une infraction est constatée, des sanctions seront appliquées : saisie de la marchandise, ordre de cessation d'activité, amende calculée à la hauteur du préjudice écologique et du manque à gagner fiscal pour les Etats floués. La France n'ira toutefois pas aussi loin que l'Allemagne et le Royaume-Uni, où le trafic de bois sera passible – comme aux Etats-Unis – de peines de prison.

De peur d'être un jour la cible de campagnes d'une ONG, nombre d'entreprises n'ont pas attendu la contrainte réglementaire pour assainir leurs pratiques. Les plus grandes ont commencé à acheter du bois certifié sous les labels FSC (Forest Stewardship Council) ou PEFC, et elles ont mis en place leur propre système de traçabilité.

LA CHINE, PLAQUE TOURNANTE DU TRAFIC DE BOIS AU MONDE

Dans son baromètre annuel qui classe 35 entreprises, WWF-France notait ainsi en décembre 2012 que Castorama et Ikea font beaucoup mieux par exemple que Saint Maclou ou Intermarché. Tout en déplorant que "trop de produits ne possèdent encore aucun renseignement sur l'origine du bois, même lorsqu'il peut provenir de zones à risque".

La signature d'accords de partenariat volontaire (APV) entre l'Union européenne (UE) et ses pays fournisseurs est censée tarir ces "zones à risque" avec lesquelles l'UE réalise une grande partie de son commerce. Six pays (Cameroun, Ghana, Indonésie, République centrafricaine, République du Congo et Liberia) ont jusqu'à présent signé de tels accords qui prévoient la réforme de leur secteur forestier (renforcement des capacités de surveillance des administrations forestières et douanières, création de systèmes de traçabilité) en échange d'un accès plus facile au marché européen.

Mais comme le montre la situation du Liberia, où une vaste opération de démantèlement de réseaux frauduleux est en cours, le système est encore loin d'être fiable et, pour l'instant, aucun signataire n'est en mesure d'offrir du bois estampillé "légal" à l'Europe.

La Chine, qui est le plus gros fournisseur européen et la première plaque tournante du trafic de bois au monde, n'entend pas s'engager dans le processus. Pas plus que le Brésil. "La lutte contre le bois illégal ne peut aboutir sans la coopération des gouvernements des pays tiers", rappelle pourtant Roselyne Defer, directrice développement de SGS, le leader mondial des systèmes de contrôle et de certification.

Lire aussi : Les entreprises publiques chinoises, plaques tournantes du trafic de bois

La mise en oeuvre du règlement bois européen est une étape importante pour la protection des forêts. Le défi suivant sera d'exiger que le bois importé provienne de concessions gérées de façon durable. La légalité, n'est pas, loin s'en faut, toujours un gage que les forêts ne sont pas surexploitées.

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La forêt tropicale victime de la demande européenne

12 % à 17 % C'est la part des émissions de gaz à effet de serre dont est responsable la déforestation des massifs tropicaux.

13 % C'est la part du bois tropical dans l'ensemble des importations de bois de l'Union européenne en 2010.

1 million de mètres cubes de bois tropical aurait été importé en France en 2008. Sa provenance, par ordre décroissant, serait la Chine, le bassin du Congo, l'Indonésie et le Brésil.

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Biodiversité

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