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20/04/2013

Récupérer les eaux usées pour un usage domestique

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/20/des-villes-s-attaquent-au-gachis-des-eaux-usees_3163393_3244.html

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LE MONDE | 20.04.2013 à 10h56

Des villes s'attaquent au gâchis des eaux usées

Par Sophie Landrin et Martine Valo

Récupérer les eaux usées pour un usage domestique, sans traitement chimique, et économiser ainsi 40 % de la consommation. C'est un système de gestion de l'eau inédit que veut mettre en place une entreprise de Rennes (Ille-et-Vilaine), Hydrocity, dans le futur écoquartier ViaSilva.

Cette écocité de 570 hectares, au nord de l'agglomération rennaise, devrait être achevée à l'horizon 2040 et accueillir 40 000 nouveaux habitants, dans 20 000 logements. La société propose de récupérer l'eau recueillie sur les toitures des futurs bâtiments, les eaux de pluie, l'eau de ruissellement et les "eaux grises" – issues des lavabos, douches et lave-linge – pour les réinjecter dans le circuit des toilettes, du lavage du linge et de l'arrosage.

En France, traditionnellement, les habitations sont alimentées par de l'eau potable et, une fois usées, ces eaux grises ou noires – celles qui proviennent des toilettes – partent dans les égouts, sans distinction, ce qui rend difficile leur réutilisation. Les concepteurs du nouveau dispositif veulent rompre avec cette logique en séparant les flux : seules les eaux noires continueront à rejoindre les égouts.

 ROSEAUX ET IMPURETÉS

"Nous proposons une boucle courte où ce qui n'est pas potable sera collecté, traité écologiquement et renvoyé sur un réseau spécifique dédié aux besoins non alimentaires et non corporels, explique Jean-François de Beaurepaire, président d'Hydrocity. On économise la ressource et on diminue les rejets. Pour les utilisateurs, l'intérêt est aussi financier, car les toilettes et le lavage du linge représentent 40 % de la consommation d'eau domestique."

L'eau des toitures, exempte de contamination, sera directement stockée en citerne puis redistribuée dans les bâtiments. Les eaux grises et celles de ruissellement récupérées passeront dans un bassin de décantation. Là, des plantes, majoritairement des roseaux, viendront se nourrir des impuretés. L'eau ainsi purifiée sera "hygiénisée" par des rayons ultraviolets. "Nous assurons une qualité équivalente à celle des pluies sur les toitures", explique M. de Beaurepaire. En outre, les calories des eaux grises, qui affichent une température moyenne de 34 C, seront exploitées pour le chauffage de l'eau domestique. Le surcoût de 20 % devrait être amorti en sept ans par les économies hydriques et énergétiques.

Le projet rennais tranche avec le retard pris par la France en matière de réutilisation des eaux usées. Après les industriels, des particuliers, notamment en montagne, se sont dotés de dispositifs de recyclage. Mais les exemples de récupération sont encore peu nombreux et essentiellement tournés vers l'irrigation agricole – à l'exclusion des cultures maraîchères –, l'arrosage des golfs et des espaces verts, notamment dans les îles de Ré, de Noirmoutier, d'Oléron ou de Porquerolles. A Clermont-Ferrand, les eaux usées de la ville servent à irriguer 700 hectares de terres agricoles en Limagne noire.

La réglementation française n'envisage pas pour l'instant la possibilité de réutiliser les eaux usées dans les jardins, même si cette pratique se développe. Il en va différemment à l'étranger. La municipalité de San Francisco, en Californie, édite ainsi des guides illustrés d'installations de ce type. Quant à l'Espagne, elle a voté un plan d'arrosage des golfs uniquement à partir des eaux usées. En Italie, Milan s'est dotée de la plus grande usine de recyclage pour irriguer 22 000 hectares de culture maraîchère. Les pays qui connaissent des situations de stress hydriques sont évidemment les plus avancés. Ainsi, en Israël, 70 % des eaux récupérées par les égouts partent, après traitement, irriguer les terres.

CITOYENS RÉCOMPENSÉS

Dans le monde, la moitié des eaux collectées font l'objet d'un traitement, mais seulement 2 % du volume traité sont réutilisés. Certaines villes pionnières ont fait le choix de rendre potable cette ressource. C'est le cas de Windhoek, la capitale de la Namibie, où 35 % de la consommation proviennent des eaux usées.

Singapour est souvent citée en exemple, notamment par le rapport du Programme des Nations unies sur l'environnement (PNUE), consacré aux villes durables et rendu public mercredi 17 avril. A l'étroit sur son territoire, avec plus de 7 000 habitants au kilomètre carré, la cité-Etat dispose de hauts revenus, mais de faibles ressources. Elle mise donc sur le développement durable tous azimuts. Ses quelques sources et son usine de dessalement (136 000 m3 par jour) ne lui suffisent pas, et elle doit s'approvisionner auprès de la Malaisie, dont elle espère devenir indépendante avant 2061.

Depuis quarante ans, elle a beaucoup investi dans la recherche et la technologie et a installé un réseau de récupération qui draine les eaux usées vers des unités de traitement. Une fois rendue potable, cette eau est diluée dans les réseaux domestiques. Ce qui devrait permettre de répondre à 30 % des besoins des 5 millions d'habitants d'ici à 2030.

Mais l'autonomie de Singapour passe d'abord par un sérieux programme d'économie de la précieuse ressource. Chaque année, la ville décerne un prix à ceux de ses citoyens qui ont le mieux contribué à la cause de l'eau.

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