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24/04/2013

Le débat public sur le projet français de centre industriel de stockage géologique (Cigéo) des déchets radioactifs

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/24/des-millenaires-de-dechets-radioactifs-quatre-mois-de-debat-public-en-france_3165322_3244.html

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Des millénaires de déchets radioactifs, quatre mois de débat public

LE MONDE | 24.04.2013 à 11h46 • Mis à jour le 24.04.2013 à 16h00

Par Pierre Le Hir

"Donner une photographie de l'opinion dans toute sa diversité." C'est l'objectif que se fixe Claude Bernet, président de la commission du débat public sur le projet français de centre industriel de stockage géologique (Cigéo) des déchets radioactifs. Prévue par la loi, cette consultation se déroulera du 15 mai au 15 octobre, avec une interruption en août. Soit quatre mois d'expression des citoyens sur une installation destinée à perdurer... pendant des millénaires.

Telle est la durée de vie des radioéléments que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) veut enfouir à 500 m sous terre, dans une couche d'argilite, à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne. Quelque 15 km2 de galeries seront nécessaires pour abriter les 80 000 m3 de résidus les plus radiotoxiques, produits pendant toute l'exploitation du parc nucléaire français actuel.

Quatorze réunions publiques sont prévues, pour la plupart dans la Meuse et la Haute-Marne, ou à proximité de centrales nucléaires et de sites d'entreposage de déchets radioactifs. Le site Internet www.debatpublic-cigeo.org recueillera aussi questions et commentaires.

Claude Bernet promet "indépendance" – en particulier vis-à-vis du maître d'ouvrage, l'Andra – et "neutralité", la commission n'ayant pas vocation à seprononcer sur le projet. Mais, avant même son ouverture, de fortes interrogations pèsent sur le déroulement du débat.

D'abord parce que les sujets traités sont peu accessibles aux non-initiés, qu'il s'agisse de l'inventaire des déchets, de leur conditionnement, ou de la "réversibilité" du site, c'est-à-dire de la possibilité d'en retirer les colis. Ensuite et surtout, parce beaucoup d'associations ont choisi le boycottage pur et simple.

L'ENTREPOSAGE, UNE ALTERNATIVE TOMBÉE DANS LES OUBLIETTES

Une quarantaine d'entre elles, dont les antennes régionales de la puissante fédération France Nature Environnement (FNE), ont demandé, en vain, le report du débat après celui en cours sur la transition énergétique. Elles jugent"prématuré" de discuter du sort de déchets nucléaires dont la nature et le volume dépendront, pour partie, du cap énergétique que se fixera le pays.

En outre, elles estiment que l'exercice n'a d'autre but que de "faire passer la pilule"de l'enfouissement des déchets radioactifs, celui-ci étant la seule solution retenue par la France. Leur défiance est renforcée par le précédent de 2005. A l'issue d'un premier débat public sur "les options générales en matière de gestion des déchets radioactifs", la commission avait pris acte de "la possibilité d'une nouvelle stratégie", qui ouvrait la voie à un entreposage à long terme de ces résidus. Une alternative à l'enfouissement tombée depuis dans les oubliettes.

"Ceux qui disent que tout est joué ont tort, se défend Claude Bernet, nous en sommes au tout début de la procédure d'autorisation du Cigéo." Il n'en craint pas moins qu'au boycottage s'ajoute la perturbation des réunions par des militants antinucléaires, comme cela avait été le cas pour la consultation sur les nanotechnologies qui, fin 2009-début 2010, avait tourné au fiasco. "Ne pasparticiper ne veut pas dire ne pas agir, préviennent les associations. Nous serons là pour donner une information différente de l'information officielle, biaisée."

A l'issue du débat – quelque tournure qu'il prenne –, la commission aura deux mois pour en dresser une synthèse qui sera rendue publique. Puis l'Andra disposera de trois mois pour faire connaître les suites qu'elle donnera au projet Cigéo. Celui-ci devra encore franchir plusieurs étapes – notamment, en 2015, une demande d'autorisation soumise à enquête publique –, avant le début des travaux, prévu en 2019, pour une mise en service en 2025.

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