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07/05/2013

La toxicité des nanomatériaux confirmée

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/07/la-toxicite-des-nanomateriaux-confirmee-par-une-etude-americaine_3172367_3244.html

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La toxicité des nanomatériaux confirmée par une étude américaine

LE MONDE | 07.05.2013 à 13h50 • Mis à jour le 07.05.2013 à 13h50

Par Paul Benkimoun

Ils sont omniprésents dans notre vie courante. Peu de domaines, de la cosmétique à l'habillement en passant par l'automobile, l'électroménager, le bâtiment ou l'alimentation, échappent à l'essor des nanomatériaux. Leurs caractéristiques physiques et chimiques leur confèrent des avantages, mais aussi une toxicité particulière. Problème : celle-ci est mal connue, les tests chez l'animal donnant des résultats extrêmement variables d'un laboratoire à l'autre.

D'où l'intérêt de l'étude publiée lundi 6 mai, dans la revue Environmental Health Perspectives, par des chercheurs américains qui proposent une méthode pour harmoniser cette évaluation. Leurs travaux confirment que certains nanomatériaux parmi les plus répandus provoquent, chez la souris et chez le rat, des inflammations des voies respiratoires.

Définis comme ayant au moins une de leurs dimensions comprise entre 1 et 100 nanomètres (n, milliardième de mètre), les nanomatériaux ont souvent été utilisés sans qu'on puisse établir leur traçabilité. Un recensement effectué en 2009 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) avait mis en évidence "246 produits de grande consommation disponibles sur le marché français et contenant des nanomatériaux manufacturés". Il y en aurait aujourd'hui, dans le monde, plus de 2 000.

"CES NANOTUBES SONT UN PROMOTEUR DU CANCER"

L'Anses, qui a préconisé dans plusieurs avis le "principe de précaution", poursuit un programme de surveillance spécifique des nanomatériaux et de leurs risques potentiels pour la population et, plus encore, pour les salariés et les riverains des installations industrielles fabriquant ces nanoproduits.

Même si les connaissances scientifiques restent lacunaires, un certain nombre de faits concernant la toxicité des nanomatériaux manufacturés sont établis. Des études avaient déjà suggéré que les nanotubes de carbone multiparois, mille fois plus fins qu'un cheveu et présents dans de très nombreux produits, pouvaient provoquer des mutations de l'ADN ou favoriser la transformation cancéreuse des cellules ayant subi de telles mutations.

Le 11 mars, le National Institute for Occupational Safety and Health (Niosh), l'autorité de santé au travail des Etats-Unis, a publié sur son blog de nouvelles données "démontrant pour la première fois sur un modèle expérimental que ces nanotubes sont un promoteur du cancer".

Une autre substance nanoparticulaire, le dioxyde de titane, que l'on trouve notamment dans des crèmes solaires, a été classée en 2006, par le Centre international de recherche sur le cancer, dans la catégorie "cancérogène possible pour l'homme", sur la base de données expérimentales chez le rat.

Mais l'évaluation de la toxicité est rendue difficile par l'insuffisance des méthodes de caractérisation des nanoproduits, par l'évolution qui peut se produire au cours de leur cycle de vie, ainsi que par la grande disparité des résultats obtenus par les laboratoires d'analyse. Une hétérogénéité souvent invoquée pour contester leur toxicité et retarder la mise en oeuvre de mesures de précaution.

VASTE ÉTUDE SUR DES SOURIS ET DES RATS 

C'est sur ce dernier point que le Niosh a voulu avancer, en mettant sur pied une vaste étude sur des souris et des rats, impliquant les chercheurs de treize universités américaines. Dans un premier temps, l'autorité de santé leur a demandé d'analyser trois formes nanométriques de dioxyde de titane et trois formes de nanotubes de carbone.

"Les responsables de l'étude se sont aperçus qu'il existait d'énormes différences entre les laboratoires, décrit Dominique Lison, professeur de toxicologie à l'Université catholique de Louvain (Belgique). Ils ont alors identifié les sources de variabilité et mis au point un protocole d'analyse harmonisé qu'ont utilisé, dans un second temps, les laboratoires universitaires."

Cette fois, les chercheurs ont abouti à des résultats similaires et cohérents sur le type de réaction provoqué dans les voies respiratoires des rongeurs. Ils ont décelé les mêmes phénomènes inflammatoires (une augmentation des globules blancs "neutrophiles"), avec la même ampleur.

"Cette étude démontre que, si on le veut, on peut avancer dans l'évaluation de la nanotoxicité", commente Dominique Lison. Les auteurs soulignent également, comme l'a fait en France l'Anses, le déséquilibre de la recherche, entre les travaux sur le développement et les applications des nanomatériaux et ceux sur leurs effets potentiels.

Compte tenu du risque respiratoire, le Niosh a recommandé, le 24 avril, de limiter les concentrations des nanotubes et nanofibres de carbone à 1 µg/m3 d'air. C'est la plus petite valeur mesurable de manière fiable.

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voir aussi : http://ehp.niehs.nih.gov/1306866/

Nano GO Consortium—A Team Science Approach to Assess Engineered Nanomaterials: Reliable Assays and Methods

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