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12/06/2013

OGM : une fausse bonne idée

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/06/12/les-insectes-survivent-de-mieux-en-mieux-aux-ogm_3428637_3244.html

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Les insectes survivent de mieux en mieux aux OGM

LE MONDE | 12.06.2013 à 13h36

Par Stéphane Foucart

La théorie de l'évolution fonctionne à merveille. Face à l'augmentation du nombre de surfaces de cultures transgéniques, modifiées pour sécréter des toxines insecticides Bt (Bacillus thurigensis), coléoptères et lépidoptères développent mécaniquement toujours plus de résistances. C'est le principal constat d'une synthèse de la littérature scientifique, publiée lundi 10 juin dans la revue Nature Biotechnology qui soulève la question des précautions à prendre avec ces cultures.

Selon ces travaux, conduits par Bruce Tabashnik (université d'Arizona à Tucson, Etats-Unis) des résistances à des toxines Bt sont établies pour cinq des treize grandes espèces d'insectes ravageurs ciblées par ces végétaux modifiés, à l'instar de la chrysomèle du maïs, un coléoptère. En 2005, voilà moins d'une décennie, seule une espèce était, localement, parvenue à s'adapter à ces cultures.

L'émergence accélérée de ces résistances cadre avec la forte augmentation des surfaces cultivées de maïs et de coton Bt. En 2011, celles-ci représentaient au niveau mondial environ 66 millions d'hectare, soit près de soixante fois plus qu'en 1996. Les Etats-Unis, qui représentent la moitié des superficies mondiales de cultures Bt, hébergent trois des cinq espèces ayant développé des résistances.

77 ÉTUDES DOCUMENTANT L'APPARITION DE RÉSISTANCES

Les auteurs ont passé en revue 77 études documentant l'apparition de ces résistances dans huit pays et, surtout, les conditions dans lesquelles celles-ci surviennent. "L'objectif était d'expliquer pourquoi la résistance a évolué très rapidement dans certains cas et pas dans d'autres", explique l'entomologue Yves Carrière (université d'Arizona), coauteur de ces travaux. Dans des situations comparables, les populations de nuisibles peuvent en effet s'adapter en deux à trois ans ou, au contraire, demeurer vulnérables après quinze ans de cultures Bt.

Pourquoi ? Les auteurs montrent toute l'importance de planter, autour des champs Bt, des surfaces "refuges" de cultures conventionnelles. Dans ces zones exemptes de toxines, les insectes non résistants peuvent prospérer et se reproduire avec ceux qui le sont devenus : c'est une sorte de "dilution génétique" de la résistance.

"Il faut adapter cette politique de refuge, notamment en fonction de la situation locale, explique Denis Bourguet, chercheur à l'Institut national de recherche agronomique (INRA). Par exemple, selon la fréquence de gènes de résistance à la toxine Bt déjà présents dans les populations d'insectes, avant même l'implantation d'une culture Bt."

EN CHINE, LES "REFUGES" NE SONT PAS OBLIGATOIRES

Une faible proportion de ravageurs possède naturellement un gène de résistance. C'est lorsque ce gène, par le biais de la sélection naturelle, devient présent chez la moitié des individus au moins qu'on parle de population devenue résistante. L'étendue des surfaces refuges doit être adaptée à cette proportion initiale. Un autre paramètre entre également en ligne de compte : moins la plante transgénique est efficace, plus les refuges doivent être étendus.

Dans certains pays, comme la Chine, les refuges ne sont pas obligatoires. Une situation qui rend non durable le bénéfice procuré par les cultures Bt. "Ailleurs, en Australie par exemple, cette politique a été menée avec succès avec, initialement, l'obligation de maintenir 70 % de zones refuges dans les cultures Bt", dit M. Bourguet.

Pour gérer l'apparition des résistances, les chercheurs notent l'utilisation accrue de plantes transgéniques sécrétant deux toxines Bt (dites "pyramides"), et non plus une seule. Mais là encore, les chercheurs recommandent certaines bonnes pratiques.

UNE SORTE DE RETOUR À LA CASE DÉPART

"L'efficacité des ''pyramides'' est réduite dans le cas où les plantes à deux toxines sont cultivées en même temps que des plantes n'en produisant qu'une seule des deux, ou lorsque les insectes ont déjà acquis une résistance", explique Thierry Brévault, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et coauteur de l'étude.

Paradoxe : l'apparition de populations résistantes oblige les agriculteurs à employer davantage d'insecticides utilisés en pulvérisation. Une sorte de retour à la case départ. "C'est cet indicateur qui a permis de déceler dans certaines régions des Etats-Unis, une perte d'efficacité du coton Bt vis-à-vis d'une espèce de chenille devenue résistante aux plantes produisant deux toxines Bt", dit M. Brévault.

Les cultures Bt ont jusqu'à présent permis de limiter l'épandage d'insecticides chimiques. L'agronome Charles Benbrook (Washington State University) estime que ces cultures ont en "économisé" 56 000 tonnes, aux Etats-Unis, entre 1996 et 2011. Mais jusqu'à quand ?

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Débat sur les OGM et AGM

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