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27/08/2013

Un cancer provoqué par des pesticides et herbicides indemnisé par l'État

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/08/27/l-etat-condamne-a-indemniser-un-cerealier-cancereux-va-en-cassation_3467191_3244.html#xtor=AL-32280308

L'Etatcondamné à indemniser un céréalier cancéreuxva en cassation

L'Etat, qui avait été condamné en appel à indemniser un agriculteur malade d'un cancer provoqué par des substances toxiques contenues dans des pesticides et herbicides, a formé un pourvoi en cassation contre cette décision.

"Malgré une solide argumentation des deux juridictions qui l'ont condamné, l'Etat a décidé de se pourvoir en cassation. J'ignore quels points de la décision ils entendent contester", a indiqué l'avocat du plaignant, Me François Lafforgue. L'agriculteur contestait le refus du fonds de garantie de l'Etat de l'indemniser. Mais, en avril 2012, la commission d'indemnisation des victimes d'infraction (CIVI) d'Epinal lui avait donné raison. Une décision confirmée l'année suivante par la cour d'appel de Nancy, qui pointait les fautes des fabricants de produits phytosanitaires.

Lire (édition abonnés) : "L'Etat indemnisera un céréalier cancéreux"

"Dans leurs décisions, les magistrats avaient reconnu que des fautes avaient été commises par les fabricants de produits phytosanitaires" qui auraient dû être couvertes par le fonds de garantie de l'Etat, a expliqué Me Lafforgue, en rappelant qu'il s'agissait de la première condamnation de ce type en France.

Son client, Dominique Marchal, céréalier en Meurthe-et-Moselle, avait développé en 2002 un syndrome myéloprolifératif, une pathologie du sang reconnue comme maladie professionnelle en 2006 par le tribunal des affaires de sécurité sociale d'Epinal.

UNE TRENTAINE DE PROCÉDURES EN COURS

En première instance, la CIVI avait estimé que, "dès 1982, les fabricants de produits phytopharmacologiques ne pouvaient ignorer que leurs produits contenant du benzène exposaient leurs utilisateurs au risque grave de contracterce type de maladie". Une vingtaine de produits, principalement des herbicides et pesticides, commercialisés par sept fabricants, dont BASF ou Bayer, contenaient notamment du benzène, reconnu cancérogène.

Lire (édition abonnés) : "Des dizaines de pesticides sont autorisés en France contre les avis d'experts"

L'absence de mention sur les emballages constitue un manquement à une obligation de sécurité ainsi qu'une faute de prudence, constataient par ailleurs les juges, qui établissaient un lien de causalité entre les produits et la pathologie développée.

En cas de condamnation définitive par la Cour de cassation, l'Etat, par l'intermédiaire du fonds de garantie, pourrait se retourner contre les fabricants des produits toxiques. Une trentaine d'agriculteurs malades après avoir été exposés aux mêmes produits toxiques ont engagé des procédures similaires contre l'Etat.

voir aussi :

http://lebloglibredemonquartier.midiblogs.com/archive/2013/08/27/temp-ffc9ab8ff1841bd6f180527402efbc46-780099.html

Des pesticides autorisés contre l'avis des experts

26/08/2013

La cigarette électronique, fausse solution à l'addiction au tabac

lu sur :

http://www.laposte.net/thematique/actualites/france/article.jsp?idArticle=20130826074205-cigarettes-electroniques---pas-si-inoffensives-&idAgg=actu_france

Selon 60 millions de consommateurs, «vapoter» peut être cancérigène...

Les cigarettes électroniques «ne sont pas aussi inoffensives» que le disent leurs fabricants et «peuvent émettre des composés potentiellement cancérogènes», assure la revue 60 millions de consommateurs de septembre qui a testé une dizaine de modèles, jetables ou rechargeables. (*)

«Les cigarettes électroniques sont loin d'être les gadgets inoffensifs qu'on nous présente. Ce n'est pas une raison pour les interdire. C'est une raison pour mieux les contrôler», écrit Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine de l'Institut national de la consommation (INC). Constatant un étiquetage non conforme au contenu de certains produits, l'INC a alerté les autorités, précise-t-il à l'AFP.

Il dénonce aussi l'absence de bouchon de sécurité sur certaines recharges alors que la nicotine est particulièrement toxique pour les petits. Ingérées, les doses élevées de certains produits de l'étude peuvent tuer un enfant, souligne Thomas Laurenceau.

Molécule très toxique

La revue affirme avoir décelé, grâce à une méthode inédite, des «molécules cancérogènes en quantité significative» dans les vapeurs d'e-cigarettes qui, selon elle, n'avaient jamais été mises en évidence jusque-là. «Ainsi dans 3 cas sur dix, pour des produits avec ou sans nicotine, les teneurs en formaldéhyde (couramment dénommé formol) relevées flirtent avec celles observées dans certaines cigarettes conventionnelles.»

Également décelée, l'acroléine, une molécule très toxique, émise en quantité très significatives par l'E-Roll, et «à des teneurs qui dépassent même parfois celles que l'on peut mesurer dans la fumée de certaines cigarettes». Ceci vraisemblablement en raison d'un dispositif qui chauffe trop vite.

Quant à l'acétaldéhyde, classé cancérogène possible, les teneurs parfois loin d'être négligeables relevées restent très inférieures à celles observées avec les cigarettes de tabac. Des traces de métaux «potentiellement toxiques» ont été détectées dans Cigartex qui libère autant de nickel et de chrome qu'une vraie cigarette et dans la Cigway jetable qui libère plus d'antimoine.

«Imposer un bouchon de sécurité»

Le magazine relève aussi que la dose de nicotine des recharges liquides ne correspond pas toujours à ce qui est mentionné, avec des teneurs inférieures dans tous les cas. Autre défaut d'étiquetage : des produits annoncés «sans» propylène glycol qui en contienne ou des fabricants qui «oublient» de mentionner sa présence.

«Le code de la consommation pourrait encadrer la véracité de l'étiquetage et imposer un bouchon de sécurité», relève le rédacteur. Mais pour le magazine, qui appelle les autorités de santé à réagir, «désormais, il faudra prendre en compte les risques» liés à l'utilisation de l'e-cigarette, qui aurait plus d'un million d'adeptes en France, soucieux de fumer moins voire de s'arrêter.

Le tabac est responsable de 73.000 morts par an en France.

 Avec AFP
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(*)

23/08/2013

Le repos dominical et ses dérogations

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/23/le-repos-dominical-une-histoire-millenaire_3465333_3234.html

Le repos dominical, une histoire millénaire

LE MONDE | 23.08.2013 à 09h11 • Mis à jour le 23.08.2013 à 11h39 |Par Michel Noblecourt

Le 10 août 2009, depuis Le Lavandou (Var) où il se repose, Nicolas Sarkozy promulgue une loi "réaffirmant le principe du repos dominical et visant à adapter les dérogations à ce principe dans les communes et zones touristiques et thermales ainsi que dans certaines grandes agglomérations pour les salariés volontaires". Avec ce texte de quatre articles, le président de la République relance un débat vieux comme le monde... C'est, en effet, le 3 juillet 321 que Constantin, premier empereur romain à s'être converti au christianisme institué religion d'Etat, fait du dimanche un jour de repos légal.

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Le dimanche, dit jour du soleil, est le premier jour de la semaine, celui où, raconte la Bible, Dieu s'est reposé après avoir créé le monde. Pour les chrétiens, il symbolise aussi la résurrection du Christ.

Comme le souligne l'historien Robert Beck, dans son livre Histoire du dimanche de 1700 à nos jours (Editions de l'Atelier, 1997), le repos dominical est d'abord une tradition chrétienne. Au Moyen Age, comme sous la Renaissance, des conciles et des ordonnances royales rappellent l'obligation d'assister à la messe du dimanche.

En 1598, l'édit de Nantes d'Henri IV réaffirme ce principe. Un règlement de police en date du 8 novembre 1782 impose aux employeurs et aux salariés l'observance des fêtes de l'Eglise. Peu à peu, dans les classes populaires, les hommes délaissent les vêpres pour les guinguettes et les artisans et commerçants choisissent de chômer le "Saint-Lundi". Montesquieu et Voltaire s'en prennent aux effets pervers, moraux ou économiques, de ce jour oisif...

BONAPARTE MAINTIENT

La Révolution change la donne. Le 5 octobre 1793, la Convention instaure un calendrier républicain qui divise l'année en douze mois de trente jours auxquels s'ajoutent des jours complémentaires.

Fabre d'Eglantine s'inspire des saisons pour baptiser les mois (vendémiaire, brumaire, pluviôse...). Les semaines sont converties en décades de dix jours, débutant avec le primidi et s'achevant avec le décadi. Exit le dimanche ! La loi du 17 Thermidor an VI (juillet 1798) prévoit toutefois que le décadi, "les boutiques, magasins et ateliers seront fermés", ce qui mécontente les ouvriers qui n'ont plus que 36 jours de repos dans l'année.

Un arrêté du 7 Thermidor an VIII restreint l'obligation de repos aux fonctionnaires mais indique que "les simples citoyens ont le droit de vaquer à leurs affaires en prenant du repos suivant leur volonté, la nature et l'objet de leur travail".

Lorsque Bonaparte, premier consul, promulgue la loi du 8 avril 1802 relative à l'organisation des cultes, il maintient le repos dominical pour les serviteurs de l'Etat mais refuse de suivre les conseils de Jean-Etienne-Marie Portalis, qui voulait l'étendre à tous les salariés.

LE REPOS DOMINICAL RESURGIT À LA RESTAURATION

Avec la Restauration, le repos dominical resurgit. Par la loi du 18 novembre 1814 "pour la sanctification du dimanche", Louis XVIII restaure cette obligation mais la limite aux activités visibles et audibles des commerçants et artisans.

Après la révolution de 1830, le système sera assoupli, seules les entreprises dépendant de l'Etat ou de fonds publics étant astreintes à la fermeture. La loi du 22 mars 1841 sur le travail des enfants interdit à ceux de moins de 16 ans de travailler le dimanche.

Après son coup d'Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte ne touche pas à la loi de 1814 mais laisse le repos dominical à la liberté de chacun. Dans une circulaire du 15 décembre 1851, le duc de Morny, ministre de l'intérieur, estime "le repos du dimanche nécessaire à la santé et au développement intellectuel des classes ouvrières""Chaque individu, conclut-il, reste libre d'obéir aux inspirations de sa conscience mais l'Etat, l'administration et les communes peuvent donner l'exemple du respect des principes."

En décembre 1879, après la victoire électorale des républicains, un député radical dépose une proposition de loi pour abroger la loi de 1814. Les royalistes s'y opposent en mettant en avant la nécessité pour l'Etat d'intervenir en faveur des plus démunis. "Le faible, le pauvre qui a besoin de protection, s'insurge le sénateur du Morbihan, Armand Fresneauvoilà la victime de la disparition des temps de repos, de ce repos sacré que l'on supprime tout en se jouant."

Le 8 mai 1880, l'abrogation est votée par 165 voix contre 106, le repos dominical étant maintenu pour les fonctionnaires. Promulguée par le président de la République, Jules Grévy, la loi du 12 juillet 1880 précise qu'il n'est "porté aucune atteinte" à celle de 1802 permettant aux catholiques de pratiquer leur culte le dimanche.

Dès lors, à l'exception des ateliers urbains, de nombreux employeurs accordent un jour de repos hebdomadaire en souhaitant qu'une loi généralise ce droit pour éviter les inégalités entre entreprises. En 1889, un "congrès international du repos hebdomadaire" se tient à Paris et note le retard de la France par rapport à d'autres pays (Grande-BretagneAllemagne, Etats-Unis, Japon) qui ont légalisé ce repos.

QUATRE ANS DE DÉBATS

Le 27 mars 1902, un député socialiste indépendant de l'Isère, Alexandre Zévaès, propose un repos obligatoire d'un jour par semaine. Les débats dureront quatre ans. Au Sénat, le rapporteur, Alcide Poirier, en fustige tant le principe, "contraire à la liberté individuelle, contraire à la liberté du travail à la fois du patron et de l'ouvrier", que son caractère dominical, les autres religions devant pouvoir opter pour un autre jour que celui des catholiques.

Le climat change le 13 mars 1906 lorsque, quelques jours après la catastrophe minière de Courrières dans le Nord (1 099 morts), le député radical Ferdinand Sarrien devient président du Conseil.

Les manifestations des employés des grands magasins et la campagne de la CGT pour la journée de 8 heures attisent les tensions. Il faut jouer l'apaisement. Le Sénat se rallie au choix du dimanche "parce qu'avec les moeurs actuelles, le grand intérêt est de permettre à tous les membres d'une famille de se trouver réunis en ce jour de repos".

Le président de la République, Armand Fallières, promulgue la loi du 13 juillet 1906 qui "interdit d'occuper plus de six jours par semaine un même employé ou ouvrier" et dispose que "le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche". Dans onze secteurs d'activité, les entreprises auront le droit de "donner le repos hebdomadaire par roulement".

La CGT ne s'estime pas quitte et réclame la "semaine anglaise", avec le samedi après-midi, introduite en Grande-Bretagne en 1854. Une affiche de la CGT montre le bonheur d'une vie de famille où des enfants cueillent des fleurs avec leurs parents.

Une brochure de la maison des fédérations CGT argumente : "Tenue au travail toute la semaine, la femme pourra, avec la liberté du samedi après-midi, faire les travaux de propreté, rendre le logis plaisant et attrayant, se reposer le dimanche avec les siens, réparer les forces dépensées pendant la semaine..." C'était il y a plus d'un siècle.

20/08/2013

L'impact des pesticides dans la nature

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/f8041350-05ce-11e3-b089-099769b8893a/Les_pesticides_un_défi_pour_la_science#.UhNNAUbENXI

Les pesticides, un défi pour la science 

Chaque année, entre 1 et 2,5 millions de tonnes de produits seraient déversées dans l’environnement. Il est très difficile d’évaluer leur impact global .

 

pesticides, un défi pour la science.pdf

 

L'impact des pesticides dans la nature

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/f8041350-05ce-11e3-b089-099769b8893a/Les_pesticides_un_défi_pour_la_science#.UhNNAUbENXI

Les pesticides, un défi pour la science 

ENVIRONNEMENT 

Vendredi 16 août 2013

Denis Delbecq

Chaque année, entre 1 et 2,5 millions de tonnes de produits seraient déversées dans l’environnement. Il est très difficile d’évaluer leur impact global

Au printemps dernier, après des années de bagarre entre industriels et écologistes, l’Union européenne (UE) a suspendu, pour deux ans, trois insecticides dérivés de la nicotine. Ils sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans l’effondrement des populations d’abeilles. Une décision qui a conduit la revue Science à consacrer un long dossier, publié aujourd’hui, aux défis scientifiques posés par les pesticides, notamment en ce qui concerne leur suivi dans l’environnement.

Pour protéger les récoltes ou lutter contre des fléaux sanitaires, l’homme dispose de centaines de molécules capables d’éradiquer les insectes (insecticides), la végétation (herbicides) et les champignons (fongicides). Un catalogue enrichi d’année en année pour accompagner la croissance démographique: la production alimentaire mondiale a presque doublé en cinquante ans, tandis que les surfaces cultivables ne se sont accrues que de 10%. Chaque année, entre 1 et 2,5 millions de tonnes de pesticides seraient ainsi déversées dans l’environnement, une quantité appelée à croître. De quoi susciter un effort scientifique croissant, constate Heinz Köhler, écotoxicologue à l’Université de Tübingen (Allemagne), qui cosigne un article dans Science.

Pour l’occasion, le chercheur a passé en revue l’ensemble des études sur les pesticides publiées depuis 1985 et observe, depuis 1990, une croissance exponentielle du nombre de celles consacrées à leurs effets. «C’est la conséquence d’un durcissement du cadre réglementaire imposé aux industriels en Europe et aux Etats-Unis à partir de 1993», justifie Heinz Köhler.

Déterminer l’impact d’un pesticide sur un écosystème est une tâche ardue. A l’échelle d’un individu, un insecte ou un poisson par exemple, le mode d’action d’une substance est souvent connu. «Dans la nature, les conséquences sont difficilement prévisibles, prévient Heinz Köhler. Chaque substance interagit avec de multiples facteurs – d’autres substances chimiques, des virus, des paramètres climatiques, etc.» Une interaction dont les effets sont démultipliés. «Des travaux danois publiés en 2010 constatent que 80% des études sur le sujet observent un impact total plus élevé que la somme des effets de chaque facteur.»

C’est par exemple le cas pour l’huître, dont la sensibilité à certains parasites est accrue en présence de traces de DDT, un insecticide interdit dans les pays occidentaux depuis les années 1970 mais toujours utilisé dans les pays en voie de développement pour lutter contre les moustiques vecteurs de maladie.

Les travaux de laboratoire et les modèles sont encore peu représentatifs de la réalité environnementale concernant l’influence des pesticides. «On sait par exemple modéliser l’impact d’un mélange de deux ou trois substances. Mais dans un champ, il y en a bien plus que cela.» Pour progresser, les chercheurs recréent des écosystèmes à échelle réduite dont l’environnement est contrôlé, des mésocosmes. «Cela coûte très cher, il y a donc peu d’études de ce genre.» Sur le terrain, en conditions réelles, les recherches sont encore plus rares. «Nous avons une étude en cours sur une durée de huit ans: quatre pour étudier le site avant utilisation de pesticides, puis quatre pour mesurer les conséquences. C’est une durée minimale car les produits restent parfois longtemps dans l’environnement.»

Cette persistance se mesure parfois en décennies. Près de quarante ans après son interdiction, on trouve toujours du DDT dans l’environnement des pays développés. De même, l’atrazine reste un problème majeur de pollution des eaux; cet herbicide a pourtant été interdit en 2003 dans l’UE, et en 2007 en Suisse (son utilisation n’y a totalement cessé qu’en 2011, une fois les stocks écoulés). «La persistance de certains produits est mal comprise», explique Kathrin Fenner, de l’institut de recherches sur l’eau Eawag, à Dübendorf, qui cosigne dans Science un article sur la dégradation des pesticides. «On trouve, dans les eaux souterraines et les sols, des concentrations résiduelles de l’ordre du milliardième de gramme par litre (ng/l) alors que les micro-organismes présents auraient dû les éliminer.» Une persistance relativement fréquente, selon la scientifique. «Dans les nappes phréatiques de pays industrialisés, on relève entre 10 et 20 substances présentes à plus de 100 ng/l, dont la moitié ne sont plus utilisées.»

De nombreux mécanismes sont impliqués dans la dégradation des molécules. «Il y a des mécanismes biologiques, qui passent par l’intermédiaire de micro-organismes ou de plantes, et des mécanismes chimiques», explique Kathrin Fenner. Des interactions qui s’étudient en éprouvette ou à l’aide de mésocosmes, mais qui sont là aussi difficilement extrapolables à l’environnement. Pourtant, les progrès dans le suivi sur le terrain sont importants: «Grâce à la spectrométrie de masse à haute résolution, méthode que nous utilisons depuis huit ans, nous pouvons en théorie connaître la totalité des substances présentes dans un prélèvement. Auparavant, nous étions limités à une cinquantaine de molécules.» De même, les chercheurs développent des techniques isotopiques, qui mesurent la proportion de différentes formes du carbone ou de l’azote pour suivre la dégradation des produits.

Ces progrès techniques permettent d’observer un nombre grandissant de pesticides, mais aussi de leurs produits de dégradation. «Certains n’ont pas d’effet direct sur l’environnement, précise Kathrin Fenner. Mais on s’est par exemple aperçu qu’une molécule inoffensive issue de la dégradation d’un fongicide se transforme en substance cancérigène par un traitement de l’eau à l’ozone.»

Depuis l’interdiction des substances les plus dangereuses, les industriels tentent de mettre au point des molécules plus efficaces et plus ciblées. «C’est un vrai défi car il y a, par exemple, très peu de différence biologique entre un papillon néfaste et un papillon inoffensif pour les cultures», prévient Heinz Köhler. D’autres espèces sont aussi touchées, comme les abeilles avec des néonicotinoïdes dont l’effet sur les individus est connu, mais dont le rôle dans le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles n’est pas clairement établi.

«Les preuves d’un impact des pesticides sur l’environnement sont de plus en plus nombreuses, et pourtant on imagine mal pouvoir s’en passer, affirme Kathrin Fenner. C’est à la société de fixer les limites et les règles.»

12/08/2013

France : grossesse et inégalités sociales

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Une étude pointe les inégalités sociales en matière de grossesse

Libération s’intéresse à une étude de la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques qui pointe les inégalités sociales pesant sur la grossesse. Les conclusions de l’étude montrent que le suivi diffère en fonction de la catégorie socio-professionnelle de la future maman. Ainsi, cadres et diplômées bénéficient d’une meilleure surveillance prénatale. Réalisée à partir de l’enquête nationale périnatale de 2010, l’étude de la Drees met en évidence que « Comme en 2003, davantage de femmes jeunes ou de classes sociales défavorisées ont un suivi insuffisant ». Par ailleurs, ce travail a permis de souligner que « Les femmes sans emploi sont deux fois plus nombreuses à déclarer leur grossesse hors délai »Les inégalités se retrouvent aussi dans la préparation de l’accouchement40% des femmes sans profession et 58% des ouvrières non qualifiées bénéficient des séances de préparation remboursées par la Sécurité sociale, contre 92% des cadresL’étude précise en effet que « la proportion de primipares ayant eu une préparation à la naissance diminue lorsque la femme est très jeune, vit seule, est née hors de France ou n’a pas de couverture sociale pendant sa grossesse ». Enfin, la catégorie sociale et le niveau d’étude peuvent aussi avoir une incidence sur le risque de prématurité et de poids trop légers à la naissanceLa part de prématurité est de 3,7% chez les cadres contre 6,1% chez les ouvrières et 7,9% chez les personnels de service. 

Libération, 10/08

11/08/2013

Drôle de guerre dans le golfe de Guinée

lu sur :

http://www.lemonde.fr/international/article/2013/06/19/quand-la-marine-francaise-traque-les-pirates_3432615_3210.html

Quand la marine française traque les pirates

LE MONDE | 19.06.2013 à 15h42 • Mis à jour le 19.06.2013 à 18h34 |Par Nathalie Guibert

Golfe de Guinée, envoyée spéciale. 

Dans la nuit opaque, des dizaines de puits crachent des flammes orangées. C'est la seule lueur visible sur la mer noir d'encre, dans cette portion du golfe de Guinée, au sud du Nigeria, l'un des plus grands champs pétrolifères offshore du monde. A bord du Latouche-Tréville, l'obscurité règne aussi. La frégate française patrouille en silence. Pour cette nuit de juin, au large de Port Harcourt, le navire de guerre s'est tracé un terrain de jeu de 200 km2. La zone est hérissée de pièges : forages abandonnés, plates-formes secondaires, plates-formes mères, oléoducs reliant les unes aux autres en toile d'araignée, sur des milliers de kilomètres. Les puits du groupe pétrolier français Total figurent telles de larges pièces de monnaie sur les cartes de la marine nationale.

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Le Latouche-Tréville a "quelques échanges informels" avec les compagnies françaises dans la zone, mais le bateau veut circuler sans rendre compte ; il demeure sourd aux appels des étrangers qui lui demandent de s'identifier"Ici, c'est chacun pour soi", commente l'officier de quart. Les plates-formes pétrolières violent le droit des eaux internationales en traçant autour d'elles, à 20 km au lieu des 500 m autorisés, un périmètre de sécurité gardé par des sociétés militaires privées. "Les gardes sont très nerveux. L'insécurité est très élevée", poursuit l'officier.

Dans ces eaux chaudes, où transitent les richesses de l'Afrique, il rôde des fantômes : vedettes blindées des armées privées, circulant tous feux éteints ; embarcations des pirates au système d'identification coupé ; pêcheurs illégaux ; trafiquants d'essence, d'armes, de drogue et d'êtres humains. Au large de l'Afriquede l'Ouest, le Bureau maritime international (BMI) a recensé 966 marins visés en 2012 : 70 attaques ont eu lieu depuis début 2013 dans le golfe.

UNE DES PRIORITÉS DE LA DÉFENSE FRANÇAISE

Présence française dans le golfe de Guinée

Pour les Français, la dernière a eu lieu le 13 juin. Le pétrolier MT-Adour a été attaqué au large du Togo, avant d'être amené dans les eaux nigérianes. Les assaillants, une dizaine d'hommes armés de kalachnikovs, n'ont pu siphonner les cuves, vides. Ils se sont rabattus sur le carburant de propulsion, mais ils ont aussi pris en otage le commandant – aussitôt relâché à terre – et son second. Celui-ci a été libéré mardi 18 au Nigeria, tandis que le Latouche-Tréville escortait le pétrolier.

Le golfe de Guinée est une des priorités de la défense française. Elle y déploie une mission de surveillance baptisée "Corymbe". Pour la première fois, depuis début avril, une frégate de premier rang tient la permanence. Lancée en 1990, Corymbe a été conçue pour appuyer ponctuellement une opération terrestre. Mais, depuis 1996, dans cette zone d'insécurité croissante, la marine patrouille sansdiscontinuer, appuyée par un avion Atlantique-2, basé à Dakar.

Les choses ne sont pas présentées ainsi, mais ce navire forme bien la quatrième base française en Afrique, avec celles de Dakar, de Libreville et de Djibouti. Les intérêts français dans la zone sont majeurs. On compte 1 500 entreprises et 90 000 ressortissants dans l'Ouest subsaharien, dont la majorité dans les villes baignées par le golfe de Guinée, souligne Mathieu Le Hunsec, auteur d'un ouvrage sur la marine nationale en Afrique. D'ici provient le quart de l'approvisionnement national en pétrole. Les ports de la région sont aussi des points d'appui pourintervenir au Sahel. De Cotonou part l'uranium extrait par Areva au Niger. Par Douala passe la logistique de l'armée de terre en République centrafricaine. Depuis Dakar, l'armée soutient ses opérations au Mali.

DE LA PRÉDATION ÉCONOMIQUE À LA PRISE D'OTAGES

Renseignement, coopération militaire avec les pays riverains : la mission couvre un très vaste périmètre maritime, du Sénégal au Congo. "Il s'agit de maintenir les choses à un niveau de violence à peu près maîtrisé, ne pas laisser une situation se dégrader dans la région sans qu'on en ait connaissance", résume le commandant Xavier de Véricourt. Le bateau de Corymbe sera le premier à pouvoirévacuer des ressortissants en cas de crise. Le Latouche-Tréville transporte l'équipement d'un groupe commando qui pourrait être largué en mer pour lerejoindre. Les échéances électorales dans la région sont un baromètre pour l'état-major. En ligne de mire aujourd'hui : les fragilités du Nigeria et du Cameroun.

La piraterie, qui s'étend vers la Côte d'Ivoire, devient plus violente. Sa nature change, elle passe de la pure prédation économique à la prise d'otages. En témoigne l'attaque qui a visé dans la nuit du 4 au 5 juin l'Arethuse, un navire français de service offshore de la société Bourbon. "Les pirates cherchaient des expatriés", indique le commandant du Latouche-Tréville. Deux vedettes de 20 m, une douzaine d'hommes armés en "uniforme", très organisés : les assaillants ont ouvert le feu pour prendre possession du bord. Les expatriés ont eu le temps de se barricader dans une chambre forte.

Des marins nigérians qui n'avaient pas eu le temps de se barricader seront laissés libres. Repartis bredouilles, les assaillants ont attaqué sur leur route deux autres navires, le C-Viking et le Miss-Kayla. La frégate a repéré les deux bateaux pirates 5 km plus loin, dérivant ensemble tous feux éteints. Ils sont désormais dûment répertoriés.

LES ETATS-UNIS DONNENT DES PATROUILLEURS 

Un "contrôle naval volontaire" a été institué dans le golfe de Guinée, piloté par la marine depuis Brest : le bateau de l'opération Corymbe contacte tous les navires battant pavillon français ou les bateaux "d'intérêt" qui se déclarent. La militarisation de la zone semble inévitable. "Si la mer n'est pas contrôlée, si aucune présence n'est assurée, on verra des gens s'y mettre", note le commandant du Latouche-Tréville.

La défense américaine développe depuis 2006 un projet d'aide aux marines locales dans le cadre de l'Africa Partnership Station. Les Etats-Unis donnent des patrouilleurs à tous les pays de la région. La France mène des actions de formation similaires, notamment en Guinée équatoriale où elle a ouvert une école navale. Avec l'aide d'autres partenaires – IsraëlChineRussie –, les pays côtiers du golfe de Guinée tentent de constituer une marine nationale.

La prise de conscience de cette nécessité est récente. En février 2009, le palais présidentiel de Guinée équatoriale, à Malabo, la capitale située sur l'île de Bioko au large du Cameroun, a été attaqué depuis la mer. Des attaques à but crapuleux ont visé de la même façon des banques à Douala (Cameroun), des supermarchés à Port-Gentil (Gabon). Pirates, mafias et groupes politiques rebelles s'imbriquent.

"LA MER N'EST PLUS VIDE"

En mars 2010, un site de Total avait été attaqué pour la première fois par le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger. "Des milices apparaissent, disparaissent, mais opèrent toujours", commente le capitaine de vaisseau Joël Manga, qui a embarqué le 9 juin avec des officiers camerounais pour un exercice à bord du Latouche-Tréville"Nous avons d'abord un problème de pêche illégale dans les eaux territoriales, note-t-il, mais nous concentrons aussi nos forces au nord, pour éviter que les menaces issues du Nigeria, y compris Boko Haram, s'étendent."

Un PC régional s'est mis en place à Douala, où le capitaine de vaisseau Boulingui,officier gabonais, salue de premiers "résultats positifs" au large du Cameroun. "La mer n'est plus vide. Mais nous n'avons que trois bateaux et nous avons besoin deratisser plus large." La coopération maritime sera au menu du sommet des chefs d'Etat d'Afrique centrale et de l'Ouest à Yaoundé, les 24 et 25 juin.

Sénégal, Liberia, Cap-Vert, Guinée-Conakry, Côte d'Ivoire, Ghana... Le Latouche-Tréville aura fait une quinzaine d'escales en quatre mois de mission. Elles servent de test : si le programme est tenu, si les marins travaillent bien ensemble, c'est que le pays tient bon.

Piraterie maritime

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10/08/2013

Alerte au gaz de schiste en région parisienne

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/08/10/d-etranges-forages-americains-en-seine-et-marne_3459903_3244.html

D'étranges forages américains à Jouarre, en Seine-et-Marne

"Une énorme machine de 30 m de haut au milieu des champs, avec une tête qui monte et descend dans un grondement lancinant." La foreuse que décrit Isabelle Lévy, militante antipétrole de schiste, a commencé début août son travail d'exploration à 3 000 m de profondeur sous les terres de Jouarre, en Seine-et-Marne.

La compagnie américaine aux manettes, Hess Oil, assure rechercher du pétrole conventionnel, parmi les 2 000 forages qui émaillent le Bassin parisien, où la production d'or noir, modeste et déclinante, a débuté voici cinquante ans. Des collectifs locaux sont, eux, persuadés que ses ambitions se portent sur le pétrolede schiste.

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Celui-ci est en effet séquestré autour de 2 500 m de profondeur dans la roche-mère, de fait traversée par la foreuse. "Si du pétrole y est présent (...), il sera détecté", admet la compagnie. Mais, selon Didier Bonijoly, directeur adjoint des géoressources au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), "le forage ne pourra que les informer sur la teneur en hydrocarbure de la roche, qu'on connaît déjà". "Pas si elle est exploitable. Il faudrait pour ceci faire un test de fracturation, qui est interdit."

"OBJECTIF PRINCIPAL, LA RECONNAISSANCE DU LIAS"

Depuis la loi Jacob de 2011, la fracturation hydraulique, seule technique permettant d'exploiter le pétrole de schiste, est proscrite en France. Dès lors, pourquoi Hess Oil aurait-elle investi 100 millions d'euros dans un projet de cartographie complète du sous-sol du Bassin parisien et dans trois nouveaux puits d'exploration, dont celui de Jouarre (12 millions d'euros à lui seul) sans être assurée de leur rentabilité ?

Isabelle Lévy a sa petite idée : la compagnie se tiendrait prête, en cas de revirement législatif, à mettre en marche l'exploitation. La militante en veut pour preuve la déclaration d'ouverture des travaux de forage, en 2010, dans laquelle est affirmé, comme "objectif pétrolier principal, la reconnaissance du lias", soit la roche-mère. Depuis, la compagnie assure avoir repositionné ses recherches sur toutes les couches géologiques, "dans le but de trouver tout réservoir prometteur susceptible de produire des hydrocarbures dans le respect de la loi".

"HYDROCARBURES DE ROCHE-MÈRE"

Pour Marc Durand, docteur en géologie appliquée, cette nouvelle version n'est pas crédible, car les ressources du Bassin parisien en pétrole conventionnel, délaissées par les grandes compagnies, sont d'après lui peu attractives : "Tout l'intérêt n'est fondé que sur les hydrocarbures de roche-mère."

Un rapport rendu en 2012 au ministère de l'environnement estime les réserves de pétrole de schiste entre 3,3 et 4,9 millions de tonnes exploitables par an, pendant vingt-cinq ans. Bien plus que les 900 000 tonnes de pétrole conventionnel produites chaque année, en majorité dans le Bassin parisien.

Lire aussi : Balcombe, le village cossu du Sussex qui se refuse au gaz de schiste

09/08/2013

Gestation, cerveau du fœtus et caféine

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/08/08/la-cafeine-nuit-au-developpement-du-cerveau-des-souris_3458827_1650684.html

La caféine nuit au développement du cerveau des souris

LE MONDE | 08.08.2013 à 10h11 • Mis à jour le 08.08.2013 à 16h45 |Par Florence Rosier

Une étude menée sur des souris indique que la prise de caféine pendant la gestation peut nuire au développement cérébral du fœtus. Or, s'il ne fait plus aucun doute que l'absorption – même mineure – d'alcool ou de tabac par la mère durant la grossesse ne va pas sans dégâts, la question reste en débat en ce qui concerne la caféine. Elle vaut autant pour le petit noir et le grand crème que pour tout produit contenant cette substance : thé, chocolat, boissons énergisantes et certains sodas.

Jusqu'ici, "la plupart des études sur le sujet ont été peu concluantes", déplorePierre Gressens, chercheur de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à l'hôpital Robert-Debré de Paris et professeur de néonatalogie et de neurologie foetale au King's College de Londres. Pourtant, la caféine est une des substances "psychoactives" (c'est-à-dire capables de modifier l'activité des neurones, ces cellules excitables du cerveau) les plus consommées au monde, y compris chez la femme enceinte.

Mais une étude publiée le 7 août dans la revue Science Translational Medicinelivre des résultats sans appel : la prise régulière de caféine par des souris gestantes (l'équivalent de deux à trois tasses de café par jour chez l'homme) affecte notablement le développement du cerveau de leur progéniture.

DEUX EFFETS DÉLÉTÈRES

"Au cours du développement normal, les neurones naissent dans des régions cérébrales particulières, puis migrent vers les zones cérébrales où elles sont destinées à fonctionner, explique Christophe Bernard, principal auteur de cette étude menée par l'Inserm à l'université d'Aix-Marseille. Mais lorsque nous ajoutons de la caféine dans l'eau de boisson des souris femelles, tout au long de la gestation, cela retarde la migration d'une sous-population de neurones dans le cerveau des souriceaux." La caféine ralentit de moitié la vitesse de migration de ces neurones.

Ce blocage a deux effets délétères, l'un à court terme et l'autre à long terme. Les souriceaux de moins d'une semaine sont plus sensibles aux crises d'épilepsie. Et une fois adultes, ces animaux présentent des troubles de la mémoire spatiale.

"C'est la première étude à démontrer les effets néfastes de la caféine durant la gestation sur le cerveau en développement, souligne M. Bernard. Cela justifie de futures études chez la femme enceinte." Celles-ci seront délicates à conduire, car de nombreux biais peuvent fausser les résultats. D'autant qu'en février dernier, une étude scandinave menée chez près de 60 000 femmes enceintes montrait qu'une consommation de 125 mg de caféine par jour induisait un poids de naissance plus faible, cette réduction restant au demeurant plutôt faible.

Selon Christophe Bernard, on pourrait néanmoins progresser en interrogeant les familles, lorsqu'un enfant a fait une crise d'épilepsie, sur la consommation de caféine de sa mère durant la grossesse. Autre difficulté : "une même substance psychoactive peut avoir des effets opposés selon le stade du développement cérébral", souligne Pierre Gressens. En témoigne le fait que des dérivés de la caféine sont utilisés comme médicaments chez des nouveau-nés prématurés souffrant d'insuffisance respiratoire. Or ces produits semblent améliorer les troubles cognitifs de ces nourrissons.

RECOMMANDATIONS FLOUES

Les recommandations actuelles en la matière restent floues et variables selon les pays. En France, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé préconise d'"éviter de consommer trop de boissons contenant de la caféine (pas plus de trois tasses de café par jour) pendant la grossesse et la période d'allaitement".

Faudra-t-il revoir ces recommandations ? Et peut-on tout interdire à la femme enceinte ? "Si les dangers de l'alcool durant la grossesse sont généralement bien compris, les fumeuses ont du mal à suivre les recommandations d'abstention totale vis-à-vis du tabac", note Marc Gamerre, chef du service de gynécologie-obstétrique à l'hôpital de la Conception à Marseille. Mais, pour Pierre Gressens,"cette étude vient étayer d'autres données qui poussent à limiter autant que possible la consommation de caféine lors d'une grossesse. Des consommations supérieures ou égales à 8 tasses par jour sont à déconseiller fortement aux femmes enceintes".

Florence Rosier

07/08/2013

Art : la bêtise intéresse le cinéma

lu sur :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/08/06/six-roumains-accuses-dans-le-fric-frac-du-musee-kunsthal_3458044_3214.html

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Six Roumains accusés dans le fric-frac du Musée Kunsthal

LE MONDE | 06.08.2013 à 14h24 |Par Mirel Bran ((Bucarest, correspondant))

C'est le vol de tableaux le plus étrange du XXIe siècle. L'opération tenait de la comédie hollywoodienne, mais la fin s'est révélée tragique pour les œuvres dérobées. Le 12 octobre 2012, Radu Dogaru et Adrian Pricop, deux jeunes Roumains de passage à Rotterdam, se mettent en tête de braquer un musée. Ils n'en connaissent aucun et font alors appel au système de navigation de leur voiture. Ils composent "musées à Rotterdam" et le véhicule les emmène au Musée d'histoire naturelle. Ils y entrent mais se rendent vite compte qu'il sera difficile devendre des animaux naturalisés...

En sortant, ils remarquent une affiche annonçant une exposition de grands maîtres au Musée Kunsthal. Ils font un repérage rapide dans l'établissement et, le lendemain, décident de passer à l'action. Les lacunes du système de sécurité du musée étaient nombreuses. Les tableaux étaient accrochés au mur à l'aide de simples crochets et une porte non sécurisée située derrière le musée pouvait facilement être ouverte de l'extérieur. Dans la nuit du 15 octobre, les braqueurs s'y introduisent en forçant cette porte.

Le choix des tableaux fut aléatoire : les toiles ne devaient pas dépasser 50 cm pour rentrer dans les petits sacs des voleurs. Cibles du vol : sept tableaux signés Pablo Picasso, Henri Matisse, Claude Monet, Paul Gauguin, Meyer de Haan et Lucian Freud, estimés par les enquêteurs à 18 millions d'euros. Des noms pourtant inconnus aux deux jeunes issus de la Roumanie profonde.

LEUR HISTOIRE SUSCITE L'INTÉRÊT DE PRODUCTEURS DE FILMS

Les tableaux ont traversé l'Europe jusqu'en Roumanie, cachés dans deux coussins dans le coffre d'une voiture. Mais entre-temps, la police néerlandaise avait mis les deux Roumains sur la liste des suspects après avoir visionné les images vidéo du musée les jours précédant le vol. L'enquête est aussitôt lancée en Roumanie. Les voleurs et leurs complices n'arrivent pas à trouver un client et déposent les tableaux chez la mère de Radu Dogaru dans le village Carcalia, situé dans le delta du Danube.

La vieille paysanne n'y comprend rien et les met dans une valise qu'elle enterre dans le cimetière du village. Les procureurs roumains lui rendent une première visite au mois de février, elle nie tout mais a peur et décide de brûler les tableaux dans la cheminée de sa maison. "J'ai mis le colis dans lequel étaient les tableaux dans le poêle, j'ai mis quelques bûches, des pantoufles, des chaussons en caoutchouc que j'avais portés et j'ai attendu qu'ils brûlent complètement", a-t-elle raconté à la fin de l'enquête.

Six Roumains ont été inculpés par le parquet de Bucarest dans cette affaire, dont un est en fuite. Le procès de ces voleurs atypiques débutera le 13 août, mais leur histoire suscite déjà l'intérêt de plusieurs producteurs de films qui envisagent deporter leur histoire à l'écran. "La rapidité du vol, le fait que les inculpés sont issus d'une communauté isolée sont des éléments qui donneront une couleur spécifique à une histoire universelle", affirme le producteur roumain Tudor Giurgiu, qui négocie déjà le futur film avec des coproducteurs britanniques, néerlandais et américains.

05/08/2013

Les suites de la marée noire de 2010 en Louisiane

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ea045622-fb95-11e2-bc8f-21853ba6fc73|0#.Uf9I50bENXI

POLLUTION Samedi3 août 2013

La mystérieuse maladie de la marée noire 

Stéphane Foucart Raceland et Thibodaux Louisiane

Depuis la marée noire de BP dans le golfe du Mexique, à l’été 2010, des habitants de la Louisiane se plaignent d’étranges symptômes. Le solvant employé pour disperser le pétrole est montré du doigt

Le cabinet du docteur Robichaux est une petite bâtisse plate et sans charme postée au bord de la route. Derrière s’écoule paresseusement un bayou. C’est ici, à Raceland, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de La Nouvelle-Orléans, que le médecin commence, à l’été 2010, à re cevoir des patients présentant des symptômes qu’il assure n’avoir «jamais vus en quarante ans de pratique».

Migraines, spasmes, éruptions cutanées, troubles respiratoires ou digestifs, douleurs diffuses et, surtout, confusion, perte de la mémoire à court terme et fatigue chronique. Et des atteintes liées au sexe: perturbation du cycle menstruel chez les femmes, impuissance chez les hommes. Pour le médecin, ancien sénateur de l’Etat de Louisiane, ces troubles seraient liés à l’épandage massif de Corexit – le solvant utilisé à grande échelle pour «nettoyer» la marée noire de BP dans le golfe du Mexique.

Trois ans après l’enrayement de la fuite du puits de Macondo, le 16 juillet 2010, le médecin dit avoir été consulté par «plus d’une centaine de patients» présentant ce tableau clinique, comparable, selon lui, au syndrome dont sont encore victimes plusieurs dizaines de milliers de vétérans de la première guerre du Golfe, persique celui-là, de 1990-1991.

Désormais épaulé par deux ONG – le Government Accountability Project (GAP), basé à Washington, et le Louisiana En vironmental Action Network (LEAN) –, Michael Robichaux suspecte un problème de santé pu blique silencieux le long des côtes du golfe du Mexique.

«A l’été 2010, lorsque le nettoyage a débuté, nous avons commencé à lire dans la presse que des personnels recrutés par BP pour participer aux opérations tombaient malades, certains étant hospitalisés», raconte le médecin. Une association écologiste locale présente au médecin une quinzaine de patients, des pêcheurs enrôlés dans le nettoyage de la marée noire ou de simples riverains des côtes, lui demandant de pratiquer des prélèvements sanguins.

«Tous avaient des taux élevés de composés organiques volatils, dit-il. Tous présentaient des symptômes proches, en particulier des pertes de mémoire à court terme et une fatigue chronique.»

Le praticien dit avoir vu quelque 119 malades. Pour combien, au total, dans l’ensemble de la région? «Je l’ignore, mais le chiffre de plusieurs milliers est plausible», répond-il. Une évaluation d’autant plus délicate que «l’état de certains s’est amélioré, tandis que d’autres demeurent affectés, surtout par les problèmes de mémoire et de fatigue chronique».

L’exposition au Corexit est, selon le médecin, la principale cause de ces troubles: «Dans le golfe, nous avons l’habitude des fuites de pétrole, mais celui qui s’est écoulé en 2010 est peu toxique et jamais, avant l’utilisation du Corexit, de tels troubles n’avaient été relevés.»

Au large des côtes de Louisiane, pendant plusieurs mois, le solvant a été utilisé à une échelle inédite. Selon les chiffres officiels des autorités fédérales américaines, plus de 7000 mètres cubes du produit ont été utilisés, plus de la moitié épandus par avion. Or ce solvant est interdit dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, patrie de BP.

Jamie Simon, 34 ans, une ancienne patiente du docteur Robichaux, ne s’est jamais remise de la marée noire. «J’ai travaillé pour BP pendant sept mois sur un «hôtel flottant», à cuisiner pour les marins recrutés pour le nettoyage, raconte la jeune femme, qui vit désormais chez sa mère, à Thibodaux, à quelques kilomètres de Raceland. Lorsque les marins revenaient à bord, leurs bottes étaient pleines d’une boue liquide de pétrole et de dispersant… Le manager disait que ce n’était pas plus dangereux que du liquide vaisselle.» Au bout d’un mois, la jeune femme dit avoir ressenti de premiers troubles, qui sont allés en s’aggravant. Jusqu’à ce qu’ils l’obligent à quitter son emploi.

Les manifestations les plus aiguës ont disparu. «Mais je suis désormais incapable de travailler, dit-elle. J’ai perdu ma mémoire à court terme, ma concentration… Je jouais du piano et je n’y arrive plus. A 34 ans, je suis bonne à rester chez moi et à regarder le plafond.»

Jorey Danos, 31 ans, également habitant de Thibodaux, a été l’un des quelque 50 000 travailleurs recrutés par BP pour travailler au nettoyage de la marée noire. Il dit avoir été, à plusieurs reprises, exposé à des doses importantes de Corexit et de pétrole. Trois ans plus tard, il se déplace comme un vieillard et s’exprime avec difficulté: «J’ai le sentiment que mon cerveau a grillé. Je me perds dans mon jardin. Je ne sais plus conduire… Je ne peux même plus m’occuper de mes enfants.» De plus, raconte-t-il, le responsable de BP dont il dépendait lui aurait refusé le port d’un masque à gaz au motif que cela «attirerait l’attention des médias».

Dans un rapport rendu public en avril, les deux ONG, le GAP et le LEAN, ont fait déposer sous serment une vingtaine de victimes et de témoins des opérations de nettoyage. Outre la description de leurs symptômes, d’autres marins et travailleurs recrutés par BP assurent que leur chef d’équipe leur a refusé du matériel de protection, en dépit de leur difficulté à respirer.

D’autres témoignages, recueillis par l’hebdomadaire News week et publiés au printemps, vont dans le même sens. Or, le fabricant du Corexit, dans sa notice d’utilisation, fait clairement état de la toxicité de son produit. Sur ce point précis, une enquête du médiateur de BP – qui n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde – est en cours.

Combien de personnes, au total, sont-elles concernées? La réponse viendra peut-être d’une enquête épidémiologique menée par le National Institute of Environmental Health Sciences auprès de ceux qui ont travaillé au nettoyage. «Près de 33 000 participants ont accepté de partager leur histoire avec nous et nous allons les suivre pendant dix ans pour déterminer si des effets sanitaires vont se manifester, explique l’épidémiologiste Richard Kwok, coresponsable de l’étude. Nous avons suivi les informations de presse sur des symptômes liés au pétrole et aux dispersants et avons intégré ces questions au protocole de notre étude.»

Les résultats de ce travail sont attendus dans les prochains mois. Pour l’heure, aucune autorité ne reconnaît ces troubles ni leur lien éventuel avec la marée noire.