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14/10/2013

Pétrole et environnement

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/07/pour-sauver-le-parc-congolais-des-virunga-wwf-porte-plainte-contre-le-petrolier-soco_3490974_3244.html

LE MONDE | 07.10.2013 à 11h03 • Mis à jour le 07.10.2013 à 16h53 |

Par Laurence Caramel

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a déposé plainte (PDF en anglais), lundi 7 octobre, contre la compagnie pétrolière anglaise Soco auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour "violation des normes de responsabilité sociale des entreprises internationales". "Les activités d'exploration pétrolière de Soco dans et aux abords du parc national des Virunga violent les directives de l'OCDE concernant l'environnement et les droits de l'homme", avance l'ONG. L'OCDE devrait dire d'ici à deux mois si la plainte est recevable.

C'est une nouvelle étape dans la bataille lancée par WWF pour tenter d'empêcher les pétroliers détenteurs de concessions dans le plus ancien parc national d'Afrique, classé au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979, d'utiliser les permis octroyés par le gouvernement congolais. Trois groupes étaient concernés jusqu'à présent : L'italien ENI, Total et Soco. Les deux premiers ont renoncé. Christophe de Margerie, PDG de l'entreprise française, a assuré, en mai, qu'aucune exploration n'aurait lieu à l'intérieur des limites actuelles du parc. Reste donc Soco.

Lire (édition abonnés) : " Congo-Kinshasa : difficile cohabitation entre grands singes et pétroliers"

Congo-Kinshasa _ difficile cohabitation entre grands singes et pétroliers.pdf

 L'entreprise, créée en 1997 et qui opère en Angola et au Vietnam, est restée sourde pour le moment aux avertissements de l'Unesco et du gouvernement britannique. Tout comme le gouvernement congolais, qui a reçu des mises en garde de ses bailleurs, à commencer par le premier d'entre eux, l'Union européenne. La filiale congolaise de Soco – domiciliée aux îles Caïmans – détient depuis 2007 une concession dénommée "bloc 5" de 7 500 km2 dont plus de la moitié se trouve à l'intérieur des Virunga.

WWF DEMANDE À L'OCDE DE FACILITER UN "DIALOGUE AMIABLE"

En octobre 2011, alors que la mobilisation internationale était déjà lancée, elle a été autorisée, par décret du ministère de l'énergie, à explorer "à des fins scientifiques", seul motif prévu par la loi congolaise sur la protection de la nature, pour déroger à l'interdiction de pénétrer dans une aire protégée. Mais Soco continue de violer les traités internationaux auxquels a souscrit la RDC en sollicitant l'inscription des Virunga au Patrimoine mondial. Le site, où vivent un quart des derniers gorilles de montagne, a été classé en danger en 2008. 

En portant l'affaire devant l'OCDE, le Fonds mondial pour la nature est conscient de s'aventurer sur un terrain juridiquement faible. Les lignes directrices de l'organisation internationale ne sont pas contraignantes et les entreprises qui ne les respectent pas n'encourent aucune sanction. Si ce n'est de ternir leur réputation. "Nous voulons attirer l'attention sur cette société et convaincre ceux qui détiennent des actions ou voudraient en acheter d'y renoncer", explique Jean-Baptiste Roelens, de WWF France. Dans sa procédure, l'ONG demande à l'OCDE de faciliter un "dialogue amiable" pour amener l'entreprise à modifier son comportement.

La plainte, rédigée sur 34 pages, liste une série d'entorses aux principes auxquels sont tenues de se conformer les multinationales d'un pays membre de l'OCDE. Parmi elles, selon le WWF, l'absence d'évaluation de l'impact humain que pourraitavoir une "ruée vers l'or noir" dans une région aussi instable que l'est de la RDC."Il y a de sérieuses craintes que le pétrole n'attire encore davantage de groupesarmés et n'alimente les conflits. Soco n'a pas démontré qu'elle avait pris ce risque en compte comme elle aurait dû le faire", souligne WWF.

IMPACTS SENSIBLES SUR LA BIODIVERSITÉ

La compagnie aurait aussi failli à son obligation de fournir une évaluation environnementale aux populations touchées par le projet. Or, selon le document gardé confidentiel par l'entreprise et que WWF produit dans sa plainte, il s'avère que les activités d'exploration pourraient avoir des impacts sensibles sur la biodiversité : pertes d'habitats ; risques de pollution ; perturbation de la reproduction de la faune aquatique ; risque de braconnage des employés du site... Le bloc 5 traverse le lac Edouard sur lequel travaillent environ 27 000 pêcheurs. Des tentatives d'intimidation des communautés locales, dont plusieurs se sont regroupées pour demander au gouvernement de mettre fin au projet, ont été relatées.

Cette accusation fait écho à l'arrestation, le 19 septembre, d'un des rangers du parc, Rodrigue Katembo Mugaruka. Aucune charge n'a été encore officiellement retenue contre lui, mais les ONG qui ont pris sa défense pointent l'altercation qu'il aurait eue, deux jours avant son arrestation, avec des employés de Soco qui tentaient d'implanter une antenne de télécommunication sans autorisation. L'entreprise nie toute implication dans cette arrestation.

Lire aussi (édition abonnés) : " L'Equateur renonce à sanctuariser le parc Yasuni pour en exploiter le pétrole"

 L'Equateur renonce à sanctuariser le parc Yasuni pour en exploiter le pétrole.pdf

Les forages peuvent commencer à Yasuni, en Equateur
Le Congrès équatorien a autorisé, jeudi 3 octobre, des forages pétroliers dans le parc national Yasuni, en Amazonie.
Le président socialiste, Rafael Correa, avait annoncé en août sa décision de renoncer à sanctuariser cette aire protégée, qui possède une biodiversité remarquable mais aussi 20 % des réserves de pétrole du pays.
En 2007, l'Equateur avait lancé une initiative originale en s'engageant à ne pas exploiter le sous-sol du parc si la communauté internationale lui promettait 3,6 milliards de dollars (2,65 milliards d'euros), soit la moitié des revenus escomptés du pétrole. Six ans après, seule une infime partie de ce montant a pu être rassemblée.
Rafael Correa minimise l'impact des forages pétroliers sur l'environnement en assurant qu'ils n'affecteront que 0,01 % du bassin du Yasuni. Le parc possède une superficie de près de 10 000 km2. Les écologistes et les populations indigènes continuent de protester et réclament un référendum.

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