Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

30/11/2013

Bientôt, une « Histoire de l'héroïne » par l'Agence nationale de la recherche

lu sur :

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2013/11/30/banlieues-les-oublies-de-l-heroine_3523129_3208.html

Banlieues : les oubliés de l'héroïne

LE MONDE | 30.11.2013 à 08h38 |Par Sylvia Zappi

Le premier à tomber fut Nasser, en 1984. Ses proches ont commencé à le voir revenir les yeux rouges, transpirant. Il était tombé dans la « blanche », l'héroïne. C'était aux lendemains de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, dont on fête le trentième anniversaire. Nasser était allé la rejoindre à Paris avec ses potes de la cité des Bosquets, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Nordine a suivi, deux ans plus tard. Ils sont morts, l'un en 1989, malade, à l'hôpital, le second en 1993, d'une overdose. Des années après, le président d'AClefeu, Mohamed Mechmache, en garde une rage intacte, lui qui a retrouvé son cousin, une seringue encore plantée dans le bras. Comme nombre de jeunes de sa génération, il est persuadé que « les pouvoirs publics n'ont rien fait » face au fléau de l'héroïne, puis à celui du sida, qui a frappé les cités.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

A l'image de Nasser et Nordine, ils sont des milliers à avoir succombé sans bruit. Mais aucune statistique, aucun rapport des autorités de santé n'a jamais rien dit de cette hécatombe. Peu de chercheurs se sont intéressés à ce cocktail explosif – drogue, sida, banlieue, immigration. Les choses sont peut-être en train de changer. Deux sociologues spécialistes des toxicomanies, Anne Coppel et Michel Kokoreff, viennent d'obtenir le financement d'une « Histoire de l'héroïne » par l'Agence nationale de la recherche. Pour parvenir à établir enfin une photographie de ce qu'ils appellent la « catastrophe invisible », qu'ils tentent depuis des années de comprendre.

En ces premières années de septennat de François Mitterrand, la drogue circule massivement dans les milieux bourgeois, mais aussi chez les jeunes banlieusards qui viennent en virée en ville. Les cités-dortoirs des périphéries urbaines sont minées par le chômage et la misère, mais il y a encore de l'espoir. Les jeunes des cités font irruption sur la scène publique avec la « Marche des beurs » pour revendiquer une place dans la société française. Et ils ont envie de faire la fête comme les autres.

Alors, le samedi soir, on se sape, on fait la tournée des copains dans la DS 21 Pallas du plus riche, celui qui travaille à l'usine, ou dans la 504 empruntée au père, et on se rend au Kiss-club ou au Poney, à « Paname », ou bien au Métropolis, à Rungis, les rares boîtes de nuit qui acceptent les fils d'immigrés. Là-bas, on goûte à tout. Nasser et Nordine sont « comme des fous » ces soirs-là, se souvient Mohamed Mechmache. « Avec leurs copains, ils se font beaux gosses et, à 22 heures, partent dans un défilé de voitures qui klaxonnent dans les allées de la cité des Bosquets à Clichy-sous-Bois. »

« SUR LE TERRAIN DE FOOT, ON RAMASSAIT LES SERINGUES AVANT DE JOUER » 

Transportée d'Amsterdam, écoulée depuis Paris, l'héroïne se propage progressivement dans les HLM des banlieues. Elle fait vite un malheur dans ces cités où les jeunes déscolarisés ou sans emploi traînent leur ennui. Drogue de l'oubli, la « blanche » est une substance qui anesthésie le corps, vous fait flotter dans une bulle, loin du monde. Mais on devient accro en trois jours. « Au début, ils se cachaient pour se piquer. Mais après, on en voyait partout, dans les escaliers, les halls, le local à vélos, au séchoir sur le toit. Sur le terrain de foot, on ramassait les seringues avant de jouer », se souvient M. Mechmache. « Ils », pour ne pas nommer les drogués, les « toxs », pestiférés qu'on craint et qu'on fuit.

Les tableaux de cette misère se répètent alors un peu partout : les ados en manque qui vendent la télé des parents pour acheter leur dose, les mères qui envoient leurs fils au bled pour les « sortir de la drogue », la déchéance physique que les parents ne comprennent pas, la prison pour beaucoup, où on plonge encore plus dans la dépendance, la maladie qu'on découvre à l'occasion d'un accident… Les scènes se répètent à La Courneuve, au Blanc-Mesnil, à Stains, à Saint-Denis, dans toutes les cités-dortoirs de la région parisienne, comme celles de Marseille et de Lyon« Dans le 93, la pratique par intraveineuse est alors massive et la contamination se fait en réseau », se souvient Nelly Boulanger, ancienne directrice de l'association Arcade. « Tout le monde se passait la seringue comme on se passe le joint. Le “das” , on croyait que c'était une maladie d'homos, personne ne nous disait sa gravité, les dangers qu'on courait », raconte Ahmed Kerrar, éducateur sportif à La Courneuve, qui a vu partir une quinzaine de ses amis. « Les mamans ne sortaient jamais sans leurs bijoux et ne quittaient pas leur sac de peur que leurs fils ne les piquent pour les revendre et s'acheter une dose », décrit Yamina Benchenni, qui animait une association de mères confrontées à la drogue à la cité des Flamants, à Marseille.

LES FAMILLES SE TAISENT

Mais les familles se taisent, trop honteuses. Les premiers à se rendre compte du phénomène sont quelques médecins généralistes. Didier Ménard, praticien aux Francs-Moisins (Saint-Denis), s'en souvient encore avec effroi. « On voit arriver les premiers toxicos contaminés par le sida dès 1985-1986. Comme on est très peu à les accepter, ils arrivent de toute la région. On fait comme on peut, en tâtonnant, avec des traitements de substitution non autorisés », raconte le médecin.

Les structures d'accueil en milieu hospitalier ne parient alors que sur le sevrage et le suivi psychiatrique. La distribution de seringues comme des médicaments à base d'opiacés ou de morphine sont prohibés, et les praticiens contrevenants sont poursuivis par l'ordre des médecins. Quelques cabinets médicaux se regroupent en réseau, mais à la marge d'un système de santé sourd à leurs alertes.

« Pour la santé publique comme chez nos confrères, le toxicomane est un pestiféré, d'autant plus exclu des soins qu'il vient de banlieue. Et, nous, on est pointés comme des dealers en blouse blanche », se souvient François Brun, qui tient un cabinet dans la cité de la Busserine, à Marseille. « Les DASS sont bien prévenues, mais cela ne change rien », souligne Nelly Boulanger. Pour beaucoup, ces malades sont ignorés par racisme social« A l'époque, il y a un déni collectif. Nous sommes quelques-uns à essayer de tirer la sonnette d'alarme, mais comme on parle toxicomanie et sida, on est accusés de faire le jeu du FN », insiste Anne Coppel. Sans politique de réduction des risques – les programmes d'échanges de seringues ne sont autorisés qu'en 1991 et les produits de substitution qu'en 1994 –, le sida continue à faucher massivement. « On a perdu cinq ans. Ce fut une hécatombe », accuse le docteur Ménard.

HÉCATOMBE IGNORÉE

Hécatombe. Le mot revient dans tous les propos de ceux qui ont suivi ces années noires. Combien de toxicomanes sont morts du sida dans les cités ? Sans comptabilisation officielle, le phénomène est ignoré durant plusieurs années. On ne peut le mesurer qu'avec les chiffres épars recueillis par des médecins isolés ou les rares associations de prévention dans les quartiers. « Jusqu'en 2000, c'est la première cause de mortalité dans mon cabinet des Francs-Moisins », témoigne M. Mesnard. Michel Kokoreff, professeur de sociologie à Paris-VIII, relate des témoignages recueillis dans les Hauts-de-Seine, à Asnières, Bagneux, Gennevilliers ou Nanterre : « Dans certaines cités, il n'y a alors pas une famille qui n'ait été touchée par la mort, soit par overdose, soit par le sida, soit par suicide. Tous ces morts ont liés à la drogue. »

A Orly (Val-de-Marne), une étude réalisée à la demande de la ville dénombre 210 usagers d'héroïne en 1986 ; la moitié sont décédés dix ans plus tard. L'hôpital Delafontaine, le grand établissement du nord de Paris, recense, lui, dix décès en 1988. Trois ans plus tard, il en compte 300… « On a connu cinq années d'horreur pendant lesquelles 80 % de nos patients sont morts », se souvient le docteur Denis Mechali, alors praticien hospitalier.

Mais il n'y a rien dans les rapports des autorités sanitaires. « Les premières enquêtes ethnologiques de la Direction générale de la santé ont mis en évidence l'importance du partage de seringue dans la propagation de la maladie mais, pour ces populations reléguées, on n'a pas fait grand-chose », admet Marie Jauffret-Roustide, chercheuse à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), après être passée par l'Institut national de veille sanitaire (InVS). A ses yeux, l'absence de relais dans les médias et auprès des politiques – à la différence des associations telles Aides et Act Up pour les homosexuels – a beaucoup joué en défaveur des jeunes de banlieue. Reda Sadki, qui a longtemps animé le Comité des familles, partage ce constat amer : « Il faut attendre 2001 pour voir les premières affiches de campagne de prévention du sida mettant en scène un Noir ou un Arabe. »

Farida Ben Mohamed est une rescapée. Probablement parce qu'elle n'a touché à l'héroïne que cinq ans plus tard que Nasser : séropositive, elle a bénéficié de la trithérapie. Cette fille d'ouvrier marocain raconte que sa vie a basculé un soir d'octobre 1980, lorsque son frère a été tué par un policier lors d'un contrôle d'identité. Alcool, shit, héroïne, errance dans sa cité des Flamants, dans les quartiers nord de Marseille, vols à l'étalage, recel de drogue, incarcération aux Baumettes… Tout y passe.

C'est en 1993 qu'elle apprend sa séropositivité, lors d'un passage à l'hôpital pour une banale entorse. Depuis six ans, elle est déclarée invalide. « J'ai vu partir tous ceux de ma génération, note-t-elle. S'il n'y avait pas eu mes parents qui faisaient les bars pour me ramener, je ne serais plus là. » Aujourd'hui, les programmes de prévention sont généralisés, mais la drogue est devenue un chantier industriel dans certaines cités. « Il ne faut pas laisser les jeunes sombrer comme on a fait avec nous. » Un grand corps amaigri, des yeux qui mangent un visage creusé, des pommettes saillantes : son corps parle pour elle auprès des jeunes de la cité des Flamants.

 

Noël !!! Alléluia !!! Plus de plastiques dans les décharges !

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/30/le-plastique-en-voie-d-interdiction-dans-les-decharges-europeennes_3523226_3244.html

LE MONDE | 30.11.2013 à 10h57 • Mis à jour le 30.11.2013 à 10h59 |Par Gilles van Kote

Le plastique est partout, y compris au large de l'Australie. Chaque kilomètre carré des eaux de surface y serait pollué par 4 256 morceaux de plastique, en moyenne, essentiellement des microdéchets de quelques millimètres, selon une étude publiée, mercredi 27 novembre, par la revue scientifique internationale Plos One.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

« Nous devons, au niveau internationalfaire diminuer la quantité et la toxicité des déchets plastiques, réglementer leur traitement à terre et faire appliquer les lois interdisant de les rejeter en mer », affirme Julia Reisser, de l'université d'Australie occidentale, qui a coordonné les travaux.

En 2012, 288 millions de tonnes de matières plastiques ont été produites dans le monde, dont la plus grande partie se retrouvera un jour dans l'environnement, en particulier dans les océans, une très faible proportion de ces résines étant aujourd'hui recyclées. Face à cette situation et à la menace de mesures contraignantes, l'industrie européenne de la plasturgie a pris les devants. Elle organisait, jeudi 28 et vendredi 29 novembre à Paris, une conférence internationale dont le mot d'ordre était sans ambiguïté : « Zéro déchet plastique en décharge en 2020 ».

DES INTERDICTIONS PROGRESSIVES

L'Union européenne (UE) est, après la Chine, le deuxième producteur mondial de plastique. Ce qui a représenté 25 millions de tonnes de déchets en 2012. Sur ce total, 38 % sont mis en décharge, 36 % incinérés et 26 % recyclés. Et la France est loin d'être un élève modèle, avec 20 % seulement de recyclage quand la Norvège, premier de la classe, atteint les 37 %.

Pour PlasticsEurope, l'association européenne des producteurs de matières plastiques, organisatrice de la conférence parisienne, l'objectif est de pousser l'Union européenne à interdire progressivement la mise en décharge des déchets plastiques. « Le plastique a bien trop de valeur pour être mis en décharge », insiste Koos van Haasteren, vice-président pour l'Europe du groupe chimique SABIC.

Il existe deux filières pour extraire cette valeur : le recyclage et la valorisation énergétique par incinération. La révision de la réglementation européenne sur les déchets, qui devrait aboutir en 2014, pourrait permettre à l'UE de se doter pour la première fois d'objectifs en matière de valorisation des déchets plastiques, seuls les emballages ayant jusqu'à présent fait l'objet de textes spécifiques.

La France, qui s'est fixé un objectif de diminution de 50 % des volumes mis en décharge, d'ici à 2020, pourrait introduire, comme d'autres pays européens, une interdiction progressive de mise à la benne de certains déchets valorisables, comme les plastiques. « L'objectif zéro déchet plastique en décharge n'est pas suffisant, il doit être accompagné d'objectifs de recyclage, affirme Patricia Blanc, directrice générale de la prévention des risques au ministère de l'écologie. Nous réfléchissons à la possibilité de fixer de tels objectifs dans certaines filières comme l'automobile ou les équipements électriques et électroniques. »

 DÉLOCALISATION DU RETRAITEMENT DES DÉCHETS

S'il existe un consensus européen, aujourd'hui, sur la fin progressive de la mise en décharge, l'arbitrage entre recyclage et valorisation énergétique fait débat, l'incinération ayant des opposants farouches, en France notamment. « Je peux adhérer à l'objectif zéro plastique en décharge, mais seulement si on fixe des limites à l'incinération », déclare Pénélope Vincent-Sweet, représentante de la fédération d'associations France nature environnement.

« Il faut accepter que quand le recyclage d'une résine plastique n'est pas économiquement viable, on puisse en récupérer l'énergie », estime de son côté Carl Van Camp, directeur du secteur polymères chez Total. Selon Eric Brac de La Perrière, directeur général d'Eco-Emballages, l'éco-organisme chargé du recyclage des emballages en France, « environ 40 % du gisement ne sera pas recyclable ». Le développement du secteur européen de retraitement des matières plastiques se heurte à un certain nombre d'obstacles : centres de tri obsolètes et inadaptés, coût élevé de la séparation des différentes résines, baisse du cours des matières premières vierges qui met en difficulté les producteurs de matériaux recyclés, etc. Aujourd'hui, la moitié des déchets plastiques collectés dans l'UE partent en Chine pour y être retraités.

Pour augmenter les taux de recyclage, il faudrait aussi améliorer les performances de la collecte des déchets. La France se livre depuis 2012 à une expérimentation de l'extension des consignes de tri à l'ensemble des emballages plastiques. Selon Eco-Emballages, les premières conclusions sont mitigées : coût de collecte, tri et recyclage pouvant atteindre 1 600 euros la tonne, quantités et qualité insuffisantes, faiblesse des débouchés. Face à ce constat, l'organisme suggère de prolonger l'expérimentation, qui était censée se conclure en 2013.

 

Des nouvelles du gaz de schiste en France

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/29/les-contre-verites-du-rapport-parlementaire-sur-le-gaz-de-schiste_3521604_3244.html

Les contre-vérités du rapport parlementaire sur le gaz de schiste

Le Monde.fr | 29.11.2013 à 17h16 • Mis à jour le 29.11.2013 à 18h56 |Par Marie-Béatrice Baudet et Audrey Garric

Pour la remise, le 27 novembre, du rapport final de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur Les techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, les deux rapporteurs Christian Bataille – député PS du Nord – et Jean-Claude Lenoir – sénateur UMP de l'Orne – avaient soigné la mise en scène. Les députés ont dû aller consulter le volume de 254 pages – un exemplaire écrit non photocopiable – dans une salle ad hoc. Quant à la presse, rien avant la conférence de presse de 11 heures. Aucun document remis sous embargo. 

Pourquoi avoir entretenu un tel « suspens » alors que MM. Bataille et Lenoir avaient déjà largement donné le « la » de leurs travaux six mois plus tôt lors de la publication de leur rapport d'étape ? Comme la copie finale, ce dernier appellait dès juin au lancement de forages expérimentaux afin de lancer une exploitation « maîtrisée » du gaz de schiste en France.

« TORQUEMADA DE L'OBSCURANTISME »

En réalité, depuis les déclarations de François Hollande, le 14 juillet, M. Bataille, pro-OGM et pro-gaz de schiste, ne décolère pas. Le chef de l'Etat avait en effet réaffirmé clairement, lors de la fête nationale, qu'il n'y aurait ni « exploration, ni exploitation du gaz de schiste en France » sous sa présidence. Le lendemain, le député PS, avait expliqué « tomber de l'armoire »  après avoir entendu que « François Hollande s'engouffrait dans un discours environnementaliste anti-industriel ». Samedi 3 août, dans un entretien au Figaro, M. Bataille estimait « qu'il fallait remettre les écologistes à leur place », afin que « le cercle de la raison reprenne l'ascendant sur les Torquemada de l'obscurantisme ».

Le rapport final de MM. Bataille et Lenoir, comme leur document d'étape, suscite la polémique. Et pas seulement parce que les deux auteurs préfèrent largement le terme de « stimulation » à celui de « fracturation ». Les deux parlementaires écologistes membres de l'Opecst, Denis Baupin et Corinne Bouchoux, parlent d'un rapport « partial et partiel ». Quant à Jean-Paul Chanteguet, président (PS) de la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, il estime que « la majeure partie du travail réalisé est curieusement hors sujet puisqu'elle concerne la fracturation hydraulique, illégale en France ». Et que la conviction des deux rapporteurs sur la maîtrise technologique de la fracturation hydraulique « relève de l'acte de foi et non de la moindre preuve scientifique ». Décryptage des principaux arguments du rapport.

  • « Une technique ancienne en France »

« La technique de la fracturation hydraulique a été utilisée de façon répétée en France au cours des dernières décennies, sans qu'aucun dommage n'ait été signalé. Elle aurait été utilisée à au moins 45 reprises », avance le rapport. Et de citer notamment quatorze opérations de fracturation réalisées sur le gisement pétrolier de Chaunoy (Seine-et-Marne) par la société Esso REP entre 1986 et 1987, ainsi que quinze autres, sur la même formation, par la société Vermilion, entre 2002 et 2010. 

En réalité, sur les 45 fracturations, quarante-trois concernent du pétrole conventionnel. Or, contrairement aux huiles de schiste dispersées dans des roches-mères ultracompactes, le pétrole « classique » s'accumule dans des réservoirs au sein de formations géologiques plus perméables et poreuses. Le forage d'un puits vertical suffit alors à le faire remonter à la surface. Les hydrocarbures non conventionnels, au contraire, nécessitent, le long d'un forage souvent horizontal, de nombreuses opérations de fracturation de la roche, en injectant d'énormes quantités d'eau, de sable et de produits chimiques sous pression – ce que l'on appelle la fracturation hydraulique.

Lire notre décryptage : Gaz de schiste : des fracturations hydrauliques ont-elles eu lieu en France ?

Cette technique peut néanmoins être également utilisée dans le cas des gisements conventionnels. « La roche peut s'endommager après un forage ou avec le temps. Un "effet de peau" peut se créer qui empêche ou rend plus difficile la connexion entre le puits et le réservoir. Pour reconnecter les deux, on peut alors recourir à la fracturation hydraulique », explique François Kalaydjian, directeur adjoint ressources à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN). La technique, désignée sous le nom de « stimulation hydraulique », consiste aussi à envoyer de l'eau, du sable et des produits chimiques sous pression, « mais à des quantités très inférieures à celles utilisées pour récupérer des hydrocarbures non conventionnels ». Surtout, la technique s'emploie de manière très locale, alors qu'il faut fracturer entre quinze et vingt fois le long d'un drain horizontal dans le cas des schistes.

Le groupe pétrolier canadien Vermilion a ainsi procédé essentiellement à des « stimulations hydrauliques ». « Nous en avons réalisé quinze entre 2002 et 2010 pour accroître le taux de production de nos puits de pétrole conventionnel », déclare Jean-Pascal Simard, directeur des relations publiques Vermilion Europe. Deux opérations supplémentaires, menées en juin 2010, ont en revanche bien porté sur un gisement de pétrole de schiste sur le site de Champotran (Seine-et-Marne). Mais elles relèvent davantage de l'expérimentation : deux puits verticaux existants ont été utilisés, et non des forages horizontaux comme aux Etats-Unis. Seul le deuxième a permis de produire du pétrole non conventionnel... à raison d'un baril par jour. C'est aujourd'hui le seul en France. L'expérience hexagonale en la matière ne coule donc pas de source.

  • « Une technique qui évolue pour mieux protéger l'environnement »

« La fracturation hydraulique a fait d'important progrès et c'est une technologie, certes industrielle et comportant des risques, mais maîtrisée », assure le rapport. Première de ces avancées, selon les deux rapporteurs : « Les industriels tendent à réduire le nombre, la quantité et la toxicité des additifs. » « Les produits indispensables au procédé de fracturation sont tous non toxiques, précise le rapport. Les autres produits – biocides, surfactant, acides, inhibiteurs de corrosion et de dépôt – ne sont pas indispensables. Ils permettent toutefois de préserver les équipements et d'optimiser la fracturation. »

De fait, si certains industriels tels qu'Halliburton se targuent d'avoir limité ces additifs chimiques au profit de substituts non toxiques – agréés par l'agroalimentaire –, la tendance reste pour l'instant marginale. « L'évolution n'est pas spectaculaire, reconnaît Roland Vially, géologue à l'Ifpen. Ce sont des produits plus chers. Il n'est donc pas évident que l'ensemble des opérateurs les choisissent, à moins d'encadrer les fluides de fracturation par une législation plus stricte. » « Il est impossible de généraliser car il y a autant de fracturations hydrauliques que de compagnies, confirme un industriel européen. Les compagnies américaines continuent d'utiliser les additifs les plus efficaces. »

Malgré l'ouverture d'un site Internet d'information sur le sujet, FracFocus, il reste difficile de connaître aujourd'hui la composition des fluides de fracturation. En 2010, un rapport rédigé par la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine annonçait que l'exploitation du gaz de schiste avait nécessité, entre 2005 et 2009, l'utilisation de plus de 2 500 produits pour la fracturation hydraulique, contenant 750 substances chimiques, dont 29 sont connues ou suspectées pour être cancérigènes, ou présentant des risques pour la santé et l'environnement.

« Au-delà des additifs chimiques, le rapport occulte les polluants qui remontent à la surface avec le gaz, en provenance des couches géologiques, et que l'on ne maîtrise pas : des hydrocarbures comme du benzène ou toluène, et même des traces de radioactivité », dénonce François Veillerette, président de l'ONG Générations futures.

Autre conséquence pour l'environnement : les quantités d'eau utilisées. Le forage d'un puits requiert ainsi 10 000 à 20 000 m3 d'eau. « Les progrès techniques réalisés permettent d'optimiser le placement des fracturations et ainsi de minimiser la quantité d'eau nécessaire », assure le rapport. « Il y a des baisses sur certains forages, de l'ordre de 10 % à 20 %. Mais pour le moment, les volumes d'eau utilisés restent importants », juge Roland Vially.

Enfin, concernant la pollution des nappes phréatiques, régulièrement pointée par les opposants au gaz de schiste, elle n'est pas due à la fracturation hydraulique, assure le rapport, mais « à des défauts de cimentation des puits ou des déversements en surface ». S'il n'est effectivement pas possible, en l'état des connaissances scientifiques, d'incriminer la technique de fracturation hydraulique elle-même, reste que l'exploitation du gaz de schiste pollue bel et bien les eaux souterraines depuis des années. En juin, une étude publiée par le biologiste Robert Jackson dans la revue de l'Académie des sciences américaine mettait ainsi en évidence de fortes teneurs en méthane des eaux souterraines prélevées autour des puits de gaz non conventionnel dans le nord-est de la Pennsylvanie.

Lire : En Pennsylvanie, des nappes phréatiques polluées par le gaz de schiste

  • « Des fuites de méthane plus faibles qu'il n'était craint »

« Les éventuelles fuites de méthane associées à la production d'hydrocarbures non conventionnels représentent un enjeu environnemental essentiel : compte tenu de l'importance de l'impact du méthane en tant que gaz à effet de serre, des chercheurs ont calculé qu'une fuite de 3,2 % anéantirait les effets bénéfiques de la réduction de la consommation de charbon vis-à-vis des émissions de gaz carbonique », indique le rapport.

Les défenseurs du gaz de schiste mettent en effet en avant ses « vertus climatiques » : à énergie produite équivalente, ce gaz émet trois à quatre fois moins de dioxyde de carbone (CO2) que le charbon, la source d'énergie qu'il tend à remplacer outre-Atlantique. Problème : cet hydrocarbure non conventionnel émet par contre beaucoup plus de méthane (CH4), un gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement est trente-quatre fois supérieur à celui du CO2.

Pour minimiser cet impact, le rapport de l'Opecst cite une étude de l'université d'Austin (Texas), publiée en septembre, qui « conclut que les fuites au stade de la production de gaz non conventionnel sont de 0,42 %, soit un taux nettement inférieur aux estimations précédentes ». Sans préciser que ces travaux ont fait l'objet de critiques : ses auteurs ont notamment été accusés d'avoir choisi des sites non représentatifs de l'ensemble des bassins de production et d'avoir occulté les puits anciens ou abandonnés, également émetteurs de CH4.

Lire : Bataille d'études sur les vertus climatiques du gaz de schiste

Surtout, la majorité des travaux menés sur le sujet soulignent des taux de fuite de méthane bien supérieurs. En août, des chercheurs de la National Oceanic and Atmospheric Administration ont ainsi conclu que 6,2 % à 11,7 % du gaz naturel produit finit dans l'atmosphère, après une campagne de mesures aériennes dans l'Utah. Dernière étude en date : des mesures publiées, le 25 novembre, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences montrent que les Etats-Unis produisent 50 % à 70 % plus de méthane qu'estimé par l'Agence de protection de l'environnement américaine. Et la plus grande part de cet écart provient des activités pétrolières et gazières.

Lire : Les émissions américaines de méthane sont sous-estimées

  • « Des alternatives possibles à la fracturation hydraulique utilisées à une échelle industrielle »

Les rapporteurs et les industriels l'admettent : la fracturation hydraulique reste la technique la plus efficace et la plus couramment utilisée dans le monde. Les auteurs du rapport mentionnent néanmoins plusieurs alternatives. Notamment la fracturation par arc électrique, dont ils reconnaissent qu'elle est toujours au stade de la recherche et développement. Et qu'elle n'est donc pas, « pour le moment », une piste viable. Certains industriels se montrent plus radicaux, expliquant qu'elle ne le sera jamais.

MM. Bataille et Lenoir préfèrent mettre en avant « une technique opérationnelle et prometteuse : la stimulation au propane », dont le principal avantage est « évidemment de ne pas faire usage d'eau ». Une opération pouvant être de surcroît, selon eux, « réalisée avec moins d'additifs, voire aucun additif ». Même s'ils reconnaissent que le principal inconvénient de cette technologie est qu'elle « implique des quantités importantes (plusieurs centaines de tonnes) de propane inflammable », ils soulignent qu'elle est d'« un usage ancien » et que « la société canadienne Gasfrac a réalisé, de 2008 à 2013, près de 1 900 opérations de ce type en Amérique du Nord, principalement au Canada ». Si ces opérations ont bien eu lieu, le rapport oublie de mentionner qu'elles ont majoritairement concerné (85 %, selon un industriel du secteur) des réservoirs de tight gas – soit des hydrocarbures non conventionnels de réservoirs compacts –, et non du gaz de schiste.

Enfin, si des compagnies comme Ecorpstim – l'une des premières à s'être félicitée des conclusions du rapport de l'Opecst – expliquent développer un propane non inflammable, ce dernier n'a jamais encore été utilisé dans le cadre de la fracturation d'une roche-mère.

Marie-Béatrice Baudet 

Journaliste au Monde

Audrey Garric 

Journaliste au Monde

voir :

Gaz de schiste : un rapport parlementaire controversé relance le débat

Gaz de schiste : la fête est finie

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/28/gaz-de-schiste-la-fete-est-finie_3521598_3244.html

Gaz de schiste _ la fête est finie.pdf

29/11/2013

Patrimoine et politique : scandale à Poitiers

à lire sur MEDIAPART :

Poitiers : le maire, le théâtre et le promoteur
PAR MARTINE ORANGE

Le maire socialiste de la ville, Alain Claeys, a accepté la cession de l’ancien théâtre municipal au prix de 510 000 euros, soit moins de 200 euros le mètre carré. La vente réalisée de gré à gré se fait au bénéfice d’un promoteur local, avec de confortables plus-values à la clé. Une association demande l’annulation de la vente.

si vous souhaitez que je vous envoie l'article, contactez moi


25/11/2013

Avez-vous des enfants ? Des petits-enfants ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/19/40-milliards-de-tonnes-les-emissions-de-co2-atteignent-un-niveau-record_3516216_3244.html

40 milliards de tonnes : les émissions de CO2 atteignent un niveau record

LE MONDE | 19.11.2013 à 11h06 • Mis à jour le 19.11.2013 à 11h32 |Par Stéphane Foucart

Le monde émet toujours plus de gaz à effet de serre et la courbe des émissions s'installe désormais au-dessus du pire scénario imaginé par les experts. Dans son bilan annuel, publié mardi 19 novembre, le Global Carbon Project (GCP) – un consortium scientifique conduit par l'université d'East Anglia (Royaume-Uni) – estime que l'humanité aura émis 9,9 milliards de tonnes de carbone (GtC) dans l'atmosphère au cours de l'année 2013 (soit 36 milliards de tonnes de dioxyde de carbone).

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Cette estimation tient compte de la combustion des ressources fossiles et de l'activité des cimenteries, mais non de la déforestation dont les projections pour l'année se situent autour de 0,8 GtC. Au total, donc, ce sont 10,7 GtC qui auront été produits en 2013 par les activités humaines (soit près de 40 milliards de tonnes de CO2).

LES AMERICAINS EN PREMIÈRE LIGNE

Ce nouveau record marque une croissance de 2,1 % par rapport à 2012, année dont le GCP publie le bilan complet. Ce dernier constate, sans surprise, la poursuite de la montée en puissance chinoise. La Chine a vu ses émissions globales égaler celles des Etats-Unis en 2005. Et sept ans plus tard, Pékin pèse presque deux fois plus lourd que Washington dans le bilan carbone mondial. En 2012, la Chine a été responsable de 27 % des émissions mondiales, contre 14 % pour les Etats-Unis, 10 % pour l'Union européenne et 6 % pour l'Inde.

Rapporté à la population, la Chine reste néanmoins toujours loin derrière les Etats-Unis. En 2012, un Américain émettait en moyenne 4,4 tonnes de carbone par an contre 1,9 pour un Chinois – au même niveau qu'un Européen. « Il faut bien voir que les émissions chinoises servent en partie à produire des biens qui sont consommés ailleurs dans le monde », précise toutefois Pierre Friedlingstein (université d'Exeter, Royaume-Uni), coauteur du rapport.

Entre 2011 et 2012, la Chine a vu ses émissions bondir de près de 6 %, tandis que l'Union européenne les a réduites de 1,3 % et les Etats-Unis les ont vues tomber de 3,7 %, en partie en raison de la montée en puissance du gaz de schiste, qui s'est développé outre-Atlantique aux dépens du charbon.

Or ce dernier demeure le principal facteur d'émission au niveau mondial. Il compte pour 43 % des émissions, contre 33 % pour le pétrole, 18 % pour le gaz et 5,3 % pour la production de ciment. A ces émissions – soit 9,7 GtC pour l'année 2012 – s'ajoutent celles issue de l'utilisation des sols. La déforestation a contribué pour 0,8 GtC en 2012.

PRÉVISIONS ALARMANTES

Seule nouvelle rassurante du bilan publié, les émissions dues à l'utilisation des sols ont tendance à décroître depuis les années 1990, où elles se situaient à environ 1,5 GtC par an.

Le consortium estime en outre que les océans continuent à jouer un rôle majeur dans l'absorption d'une part du carbone anthropique : en 1960, les mers « ingéraient » 1 GtC par an, contre près du triple en 2012.

Lire aussi : Plancton, saint-jacques, huîtres et autres coquillages menacés par l’acidification des océans

extrait : ..."C'est ce que rappellent sans ambages les conclusions du troisième symposium international sur le sujet, publiées vendredi 15 novembre, qui précisent clairement la magnitude du phénomène : « Selon les travaux publiés les plus récents, le rythme d'acidification des océans de la planète pourrait être sans précédent depuis trois cents millions d'années. »...

 Les conclusions du symposium (en anglais)

Plancton, saint-jacques, huîtres et autres coquillages menacés par l’acidification des océans.pdf

Au total, le GCP estime que, depuis 1870, l'humanité a émis 550 GtC. « Selon le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat , il ne faut pas excéder 790 GtC pour avoir une chance de demeurer de manière “probable” sous la barre des 2º C de réchauffement, explique M. Friedlingstein. Au rythme actuel, c'est-à-dire sans tenir compte d'une possible poursuite de la croissance des émissions, ce seuil sera atteint dans vingt-cinq ans. » Pour l'heure, la courbe des émissions humaines au cours de la décennie place le climat terrestre sur la trajectoire d'un réchauffement de 3,2°C à 5,4°C à l'horizon de la fin du siècle, selon les scénarios du GIEC.

Voir : La carte des impacts du réchauffement climatique

23/11/2013

L'« insécurité alimentaire » en France

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/23/six-millions-d-adultes-victimes-d-insecurite-alimentaire_3519198_3224.html

Six millions d'adultes victimes d'"insécurité alimentaire"

LE MONDE | 23.11.2013 à 09h51 • Mis à jour le 23.11.2013 à 16h43 |Catherine Rollot

C'est la France des frigos vides. Celle des produits discount et des petits paniers, celle aussi qui peine à frapper aux portes des associations caritatives pour se faire aider. Alors que s'ouvre lundi 25 novembre la 29e campagne des Restos du coeur, qui risque cette année d'atteindre le chiffre record de 1 million de personnes accueillies, de plus en plus de familles vivent en « insécurité alimentaire ».

De ces ménages qui doivent faire des restrictions telles qu'ils n'ont plus accès en quantité mais surtout en qualité aux aliments pour satisfaire leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires, on sait peu de chose. En France, contrairement aux Etats-Unis, la notion est encore mal connue et souvent confondue avec l'absence ou l'insuffisance de sécurité des aliments. La tentation est aussi facile de restreindre cette population à celle des 3, 5 millions de bénéficiaires de l'aide alimentaire. Pourtant, de l'avis de Nicole Darmon, directrice de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui a étudié les comportements alimentaires des personnes défavorisées, 12,2 % des adultes appartiendraient à un foyer en « situation d'insécurité alimentaire pour raisons financières », soit plus de 6 millions de personnes, un chiffre bien supérieur à la population qui a recours à l'aide alimentaire. « Ce phénomène, même s'il est trois fois plus fréquent parmi les ménages défavorisés, ne se résume pas à la pauvreté monétaire, explique Mme Darmon. On estime ainsi que 22 % des personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté sont en situation d'insécurité alimentaire. Bien que plus faible, cette proportion atteint près de 8 % parmi les personnes vivant au-dessus de ce seuil. »

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Plus jeunes que la moyenne de la population, plus souvent des femmes ou des personnes seules, les victimes de la précarité alimentaire sont aussi celles qui ont les déséquilibres nutritifs les plus importants. Elles consomment ainsi encore moins de fruits et de légumes que les plus pauvres mais aussi beaucoup plus de produits sucrés et de plats cuisinés, alors que les plus modestes se tournent plutôt vers les féculents raffinés (pâtes, riz, pain…). « On peut être pauvre mais ne pas être dans une insatisfaction alimentaire, souligne Mme Darmon. L'assiette peut être remplie de féculents, mais le fait de faire de vrais repas, de se mettre à table, n'engendre pas la même frustration. En revanche, le “snacking”, les repas simplifiés, consommés dans un contexte d'isolement, entraînent une alimentation déstructurée, source d'insatisfaction et de carence. »

Par isolement, par manque d'information ou par pudeur… une grande part de cette population se tient souvent en marge de la distribution alimentaire. Ainsi Laurent Leroy, 50 ans, ouvrier au chômage depuis quatre ans à la suite d'un licenciement économique, a essayé pendant longtemps de « faire avec ». Au fur et à mesure de la baisse de ses indemnités chômage, la question de l'alimentation pour cet habitant de Montdidier (Somme) se résumait à une équation simple : « manger ce que je pouvais m'acheter », en gros des conserves à bas prix, avalées sans plaisir, sur un coin de table. Et de temps en temps de la viande.

Il y a quelques mois, en fin de droits, « au fond du trou », avec 485 euros mensuels, il s'est finalement décidé à demander de l'aide à la Croix-Rouge, qui lui distribue deux fois par mois un colis de nourriture. Pour utiliser au mieux les 80 euros mensuels qu'il consacre à son alimentation, il suit aussi un atelier cuisine proposé par l'association caritative une fois par mois. « J'ai retrouvé le goût de la cuisine, des repas équilibrés, même si je dois tout calculer », explique Laurent Leroy qui, chaque matin, traque les rabais et promotions dans son supermarché et rêve de manger des huîtres, « une envie qui remonte à 2007, quand travaillait encore ».

Au Secours populaire, c'est un peu indirectement que l'association caritative a touché du doigt l'existence de ces « invisibles », pour qui les repas ont un goût de plus en plus amer. « L'année dernière, raconte Jean-Louis Callens, secrétaire national chargé de l'aide alimentaire, nous avons constaté deux phénomènes inquiétants. Au niveau national, le nombre de personnes qui recevait des colis alimentaires avait augmenté de 13,2 %. Parallèlement, nous accusions une baisse de 8 % de nos donateurs fidèles, un socle fait d'ouvriers ou d'employés qui donnaient entre 50 et 100 euros par an. »

L'association a alors mené une enquête pour comprendre les raisons de ce désengagement. « Une grande partie de ces contributeurs modestes était en but à des difficultés, suite à une perte d'emploi ou une mise à la retraite. A notre grande surprise, nous avons découvert des situations très difficiles, avec des gens qui rognaient de plus en plus leur budget alimentation et qui ne voulaient pas se retrouver de l'autre côté de la barrière, en quelque sorte, et demander à bénéficier d'une aide alimentaire. » Pour le seul département du Nord-Pas-de-Calais, 1 600 anciens donateurs en difficulté ont finalement accepté un coup de pouce, après l'intervention de l'association caritative.

Pour Gaëtan Lassale, chargé de mission à l'Observatoire pauvreté-nutrition-alimentation (Opnalim), une initiative lancée il y a un an par la Fédération des banques alimentaires pour encourager la réflexion et les recherches sur les conséquences de la pauvreté sur la nutrition« l'alimentation est devenue une variable d'ajustement dans le budget familial, à tel point que le thème de l'insécurité alimentaire autrefois apanage des pays pauvres du Sud, touche désormais les pays riches du Nord ». Un constat corroboré par l'enquête de l'Insee, parue en juillet, sur les comportements de consommation en 2011. A la question : « Si vos ressources actuelles augmentaient de 10 %, que feriez-vous en priorité avec cet argent ? », 16 % des ménages modestes ont répondu qu'ils consacreraient leur argent à l'alimentation contre 11 % en 2005.

21/11/2013

Le coût des médicaments et les profits de l'industrie ...

... dont les travaux reposent sur les découvertes de la recherche publique, il ne faut pas l'oublier.

lu sur :

http://presse-inserm.fr/mardi-5-novembre-2013/10074/?

Le coût « astronomique » des nouveaux traitements « ciblés » du cancer

La Croix souligne qu’« alors que s’ouvrent [demain] les Rencontres de la cancérologie française à Lyon », Jean-Paul Vernant, professeur d’hématologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, dénonce, dans une interview accordée au quotidien, le coût « astronomique » des nouveaux traitements « ciblés » du cancer.

Ce spécialiste a remis cet été, au gouvernement, un rapport dans lequel il fait part de ses recommandations pour le troisième plan cancer qui doit être présenté en février prochain. Il indique au quotidien : « Certaines molécules ont atteint un niveau de prix scandaleusement élevé et il arrivera un jour où même les pays riches comme le nôtre n’arriveront plus à délivrer ces médicaments ».

Selon lui, « les médicaments du cancer atteignent un niveau de prix presque immoral ». Il estime que, « pour chaque produit, il faudrait définir la durée nécessaire pour que le laboratoire puisse amortir son investissement de départ (…) ». Il ajoute : « N’oublions pas que, dans un pays comme le nôtre, ces médicaments sont remboursés par la collectivité nationale qui, au départ, a elle aussi consenti des investissements parfois importants pour permettre leur développement dans des laboratoires publics de recherche ».

 

La Croix, 05/11

19/11/2013

Immunologie: le soi, le non-soi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/11/18/que-suis-je-la-philo-bouscule-la-biologie_3515741_1650684.html

Immunologie : crise d'identité

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 18.11.2013 à 17h16 • Mis à jour le 18.11.2013 à 17h17 |Nicolas Chevassus-au-Louis

La « une » de la revue Nature Reviews Immunology d’octobre annonçait un article signé d’un trio improbable : un philosophe, un physicien et un biologiste. « Notre article propose un double formalisme philosophique et mathématique pour des données expérimentales d’immunologie », explique Eric Vivier, directeur du Centre d’immunologie de Marseille-Luminy et dernier signataire de l’article. A la clé : une nouvelle théorie du fonctionnement du système immunitaire alternative à celle, aujourd’hui hégémonique, du « soi » et du « non-soi ».

Cette théorie, formulée dans les années 1940 par le virologue australien Frank Macfarlane Burnet (Prix Nobel de physiologie et de médecine en 1960), énonce que le système immunitaire protège l’organisme contre les agressions extérieures en distinguant au niveau moléculaire le soi (les cellules de l’organisme) du non-soi. Pourtant, ce socle théorique de l’immunologie moderne, que l’on trouve exposé dans tous les manuels de biologie, se fissure de toute part. Depuis une quinzaine d’années, les biologistes ont découvert plusieurs phénomènes qu’il est difficile d’expliquer dans ce cadre théorique.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Le système immunitaire peut ainsi attaquer le soi. C’est ce qui se produit dans les maladies auto-immunes, comme le diabète de type 1. Même hors de toute pathologie, certains lymphocytes (une des catégories de cellules du système immunitaire, ils sont également connus sous le nom familier de globules blancs), dits à large spectre, sont activés par des motifs biochimiques du soi. A l’inverse, le système immunitaire n’attaque pas certaines cellules faisant manifestement partie du non-soi.

TROUBLANTE TROGOCYTOSE

C’est le cas des innombrables bactéries qui vivent à la surface des muqueuses (intestin, poumon…) mais aussi, plus rarement, à l’intérieur du corps, chez tout organisme sain. Ou encore celui des cellules échangées, lors de la grossesse, entre l’organisme maternel et le fœtus. Même si elles sont peu nombreuses (au maximum, une cellule maternelle pour mille cellules de l’organisme, selon des dénombrements faits chez la souris), ces cellules persistent la vie durant, tant dans l’organisme de l’enfant que dans celui de sa mère, alors qu’elles n’ont pas le même patrimoine génétique et devraient donc être reconnues comme faisant partie du non-soi.

Plus troublant encore, on sait à présent que des cellules du système immunitaire échangent transitoirement des fragments de leurs membranes avec d’autres cellules, même si elles sont étrangères au corps. Ce phénomène, dit de trogocytose (du grec trogo : rongergrignoter), aboutit donc à un échange d’identité immunologique qui brouille un peu plus la distinction supposée cardinale entre soi et non-soi.

Spécialiste des cellules natural killer (NK), un type de lymphocytes qui attaquent de manière innée toute cellule anormale, Eric Vivier s’étonnait, depuis plusieurs années, de certaines propriétés déroutantes des cellules qu’il étudiait. L’activité de ces dernières est régulée par la balance entre deux phénomènes opposés.

D’une part, une activation, par des molécules présentes à la surface, soit des cellules étrangères au corps, soit des cellules du corps modifiées par une pathologie (par exemple parce qu’elles sont devenues tumorales). D’autre part, une inhibition par d’autres molécules présentes à la surface des cellules d’un organisme sain donné. Pourtant, ces effets, tant activateurs qu’inhibiteurs, cessent dès que la stimulation, ou son absence, se prolonge. Tout se passe donc, se disait Eric Vivier, comme si ce n’était pas la stimulation par une molécule, mais plutôt la variation au cours du temps de cette stimulation, qui déclenchait l’activité des cellules NK.

RÉFLEXION ÉPISTÉMOLOGIQUE

De son côté, Thomas Pradeu, maître de conférences en philosophie à l’université Paris-Sorbonne, avait proposé dans sa thèse de philosophie, soutenue en 2007 et, depuis, publiée en français et en anglais, une théorie de l’immunité appuyée tant sur sa réflexion épistémologique que sur sa parfaite connaissance des données expérimentales de l’immunologie : la théorie de la continuité/discontinuité, selon laquelle une réponse immunitaire est induite non par le non-soi comme tel, mais par l’apparition soudaine de motifs antigéniques différents de ceux avec lesquels le système immunitaire est habitué à réagir.

L’article de Nature Reviews Immunology est né de la rencontre de ces deux cheminements intellectuels parallèles. Son troisième signataire, le physicien spécialiste de modélisation Sébastien Jaeger, qui travaille lui aussi au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy, est venu apporter au duo du philosophe et de l’immunologiste la formalisation mathématique de leur théorie.

La réponse immunitaire, soutiennent les trois chercheurs, n’est pas déclenchée par l’exposition au non-soi, mais par la variation soudaine des motifs moléculaires – la discontinuité – auxquels le système immunitaire est exposé. Cette variation peut être de nature qualitative, ce qui est le cas lorsque le non-soi d’un agent pathogène inconnu pénètre dans l’organisme.

Mais aussi quantitative, que ce soit dans le temps (comme lorsqu’une des espèces bactériennes de la flore intestinale connaît soudain une rapide croissance, à la suite d’une antibiothérapie ayant éliminé les autres espèces) ou dans l’espace (des bactéries normalement présentes dans les poumons causent ainsi des méningites lorsqu’elles font irruption dans le liquide céphalo-rachidien dans lequel baigne le cerveau).

EXPLICATION DE PHÉNOMÈNES ININTELLIGIBLES

« Notre théorie de la discontinuité ne va pas contre la théorie du soi et du non-soi, mais l’englobe dans un cadre plus large, qui permet de comprendre des phénomènes que l’on ne pouvait expliquer », souligne Eric Vivier. Une des vertus de la théorie de la discontinuité est de montrer les difficultés du système immunitaire à faire face à des infections chroniques, mais aussi à l’apparition de tumeurs formées de cellules modifiées qui devraient, selon la théorie du soi et du non-soi, être reconnues comme étrangères au corps et détruites.

« La théorie de la discontinuité est importante, car elle permet d’expliquer des phénomènes inintelligibles dans le cadre de la théorie du soi et du non-soi, remarque l’immunologiste Edgardo Carosella, de l’hôpital Saint-Louis à Paris, mais il faut à présent aller vers l’expérience pour en tester la pertinence. Malheureusement, le financement de la recherche par projet, qui encourage les travaux appliqués, et l’organisation de la recherche française qui fait que, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, les philosophes des sciences ne travaillent pas dans les laboratoires risquent d’empêcher d’avancer rapidement dans cette voie. »

Alain Trautmann, du département immunologie et hématologie de l’Institut Cochin (Paris), trouve intéressante l’insistance de la théorie de la discontinuité sur la cinétique des réponses immunitaires mais s’interroge sur le niveau d’organisation auquel elle est applicable. « La théorie me semble bien rendre compte de ce qui se passe au niveau élémentaire des cellules, mais pas au niveau du système immunitaire pris dans son ensemble, qui possède des propriétés émergentes et réagit à d’autres phénomènes que la discontinuité. »

De son côté, l’immunologiste Polly Matzinger, du National Institute of Allergy and Infectious Diseases américain, juge que « la théorie de la discontinuité est intéressante pour expliquer le fonctionnement des cellules NK et des macrophages [un autre type de cellules de l’immunité innée], mais [qu’]elle ne permet guère d’expliquer l’ensemble des données dont on dispose sur l’activation du système immunitaire, en particulier des lymphocytes ».

AFFAIBLISSEMENT DE LA RÉFLEXION THÉORIQUE

L’injection chez la souris, souligne la chercheuse, d’une quantité massive d’anticorps humains cause une réponse immunitaire s’ils sont agrégés entre eux, mais pas s’ils sont solubles. « Dans les deux cas, il y a discontinuité, mais il n’y a réponse immunitaire que dans un seul, ce qui montre que la discontinuité ne peut être le seul paramètre explicatif de l’induction d’une réponse immunitaire », observe l’immunologiste.

« L’intérêt d’une théorie est de pouvoir produire des prédictions que l’on peut tester expérimentalement », répond Eric Vivier. L’idée semble un lieu commun de philosophie des sciences, mais force est de constater que la course effrénée à la publication de nouvelles expériences, à laquelle on assiste depuis une dizaine d’années, s’est accompagnée d’un affaiblissement de la réflexion théorique en biologie.

A tel point que M. Vivier et ses collaborateurs ont dû argumenter, dans leur article de Nature Reviews Immunology, sur l’utilité des théories pour la recherche ! Que prédit la théorie de la discontinuité ? Que, dans les maladies auto-immunes, le motif biochimique du soi devenu immunogénique varie au cours de l’évolution de la maladie. Ou encore que les modifications non pathologiques du soi, telles que celles que l’on observe au moment de la puberté ou de la grossesse, se font de manière progressive, ce qui permettrait au système immunitaire de s’y habituer. Le trio du philosophe, du physicien et du biologiste réfléchit actuellement aux meilleures expériences à mener pour tester la validité de ces prédictions de la théorie de la discontinuité.

Cette collaboration inédite illustre en tout cas l’importance des enjeux philosophiques que porte l’immunologie. L’étude des subtilités moléculaires des lymphocytes et des anticorps pose en effet, en filigrane, des questions chères à la métaphysique : qu’est-ce qu’un individu ? Qu’est-ce qui fonde son unicité ? Son identité ?

Comme l’écrivait la médecin et philosophe Anne-Marie Moulin dans le Dictionnaire de la pensée médicale (PUF, 2004) : « L’immunologie contemporaine est une science biologique privilégiée en ce qu’elle suscite et alimente la réflexion philosophique sur le destin de l’organisme humain. Plusieurs des questions qui l’intéressent, la survie, l’identité, la naissance et la mort, sont des questions qui concernent à la fois le biologiste et le philosophe. »

L’immunologie contemporaine connaîtrait ainsi un retour à ses sources philosophiques. N’est-ce pas chez John Locke, dans son Essai sur l’entendement humain (1690), qu’apparaît pour la première fois le concept de soi ?

lire :

Le microbiote, un élément protecteur essentiel

Le microbiote, un élément protecteur essentiel.pdf

Thomas Pradeu : « La philosophie nourrit les sciences et se nourrit d’elles »

Thomas Pradeu _ « La philosophie nourrit les sciences et se nourrit d’elles ».pdf

18/11/2013

La législation européenne protège le commerce mais pas l'environnement

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/13/apres-le-naufrage-et-la-maree-noire-l-equipage-du-prestige-acquitte_3512971_3244.html 

En Espagne, acquittement général au procès de la marée noire du "Prestige" 

 

Le "Prestige", pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas, le 13 novembre 2002.

Aucun coupable. Onze ans jour pour jour après le SOS lancé par le Prestige, le pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas qui fit naufrage en novembre 2002 au large de la Galice, en Espagne, déversant 63 000 tonnes de fuel et souillant 2 900 km de côtes espagnoles, portugaises et françaises, le tribunal de justice de Galice a rendu son jugement mercredi 13 novembre.

Les trois prévenus, le commandant grec Apostolos Mangouras, le chef des machines, Nikolaos Argyropoulos, et l'ancien directeur de la marine marchande espagnole, José Luis Lopez Sors, ont été acquittés du délit contre l'environnement. Aucun n'est coupable du naufrage. Seul le commandant a été condamné à neuf mois de prison pour avoir refusé, trois heures durant, le remorquage. Une opération que tout armateur demande à un équipage d'éviter tant le coût en est élevé : la société de remorquage est en droit de demander un pourcentage (plus ou moins fort) sur le prix de la cargaison du navire en perdition.

" Nous ne pouvons pas avoir de certitudes sur les causes de l'avarie " ni sur le fait qu'éloigner le navire des côtes, comme l'avaient ordonné les autorités espagnoles, refusant de l'abriter au port et obligeant le pétrolier à errer sur une mer déchaînée durant cinq jours en direction du Portugal puis de la France, ait été une " décision imprudente ", a expliqué le juge avant de prononcer l'acquittement général.

"REMISE EN CAUSE DU PRINCIPE DE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE"

Pour Greenpeace Espagne, ce jugement montre que "créer un désastre environnemental est sans conséquence " et "n'empêchera pas qu'un autre Prestige soit possible ". L'avocat de l'ONG, José Manuel Marraco, est plus sévère encore : "Si la condamnation prononcée en France lors du procès du naufrage de l'Erika contre l'affréteur Total et le propriétaire du pétrolier était une avancée, celle du Prestige est un retour en arrière de vingt ans, digne d'un pays du tiers-monde, qui remet en cause le principe de la justice environnementale", a-t-il déclaré au Monde.

Pour le président du conseil général de Vendée, département souillé par la marée noire du Prestige, Bruno Retailleau, " cette décision de justice montre à quel point la législation des pays européens se révèle impuissante à briser l'impunité qui prévaut généralement dans les affaires de pollution maritime ".

Le jugement du procès de la plus grande marée noire qu'ait jamais connue l'Espagne ne pouvait être que décevant puisque seuls trois prévenus répondaient de la catastrophe devant la justice espagnole. Trois hommes, aujourd'hui âgés de plus de 70 ans, qui comparaissaient en lieu et place des " véritables responsables " pointés du doigt par l'accusation : les propriétaires du Prestige, l'affréteur, le propriétaire de la cargaison, l'agence de certification et les responsables politiques.

 

  • A fisherman from Cangas collects oil from the sunken tanker Prestige in front of Vigo Rias 11 December 2002. The tanker is estimated to have spilled 10,000 tons of its 77,000-ton cargo before sinking 19 November 2002. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • Spanish militaries and volunteers work on cleaning the Figueras beach on Cies island, 15 December 2002 in Galicia. Spanish fishermen said today they were steeling themselves for another wave of pollution of their battered coast, as heavy winds pushed a huge oil slick northwards from portugal further complicating clean-up efforts from a disastrous tanker sinking.
  • (FILES) This file picture dated November 19, 2002 shows an aerial view of the stricken Bahamas-flagged tanker Prestige, split in two, sinking off Cayon, northwestern Spain. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / DOUANE FRANCAISE
---EDITOR'S NOTE--- RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / DOUANE FRANCAISE" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
  • Le "Prestige", pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas, le 13 novembre 2002.
  • (FILES) This file picture dated November 23, 2002 shows a volunteer cleaning the petrol covering the beach in Muxia. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON
  • Hundreds of Spanish military and volunteers clean up oil on the Filgueras beach in Cies Island 15 December 2002, as Galacia braces for another wave of ol pollution to wash up on its beaches. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • une trentaine de bénévoles participent, le 11 janvier 2003, au nettoyage de la plage du Petit Nice à la Teste. Ils ont dû passer un examen médical, s'équiper de bottes, de combinaisons de gants et de masques avant de commencer à récolter les galettes d'hydrocarbures venues s'échouer sur les plages d'Aquitaine suite au naufrage du pétrolier le "Prestige". AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
Volunteers rake up debris and oil globs 11 January 2003, at the Petit Nice beach in Tests, where oil from the sunker tanker Prestige has washed ashore from the nearby waters off Spain's northern coast. AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
AFP
  • des plaques de mazout issues du pétrolier le Prestige, dérivent le 10 janvier 2003 dans le Golfe de Gascogne, à environ 350 kilomètres des côtes aquitaines. Le bâtiment océanographique de la Marine nationale "d'Entrecasteaux" navigue dans le Golfe pour rechercher les traces d'hydrocarbures qui s'échappent du pétrolier échoué au large de la Galice.
  • A volunteer cleans-up 15 December 2002 the oil-polluted Filgueras Beach on Cies Island. Spain is bracing for a 9,000 ton oil-slick from the sunken tanker Prestige to wash ashore on its northern coastline. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • des pêcheurs du bassin d'Arcachon déversent, le 15 janvier 2003, deux tonnes de galettes d'hydrocarbures issues du naufrage du pétrolier "Prestige" mélangées à du sable et à du varech, devant le portail des Affaires maritimes à Arcachon afin de protester contre "l'absence de garantie écrite d'indemnisation de l'Etat". Les pêcheurs demandent une indemnité de 150 euros par jour où il n'ont pu pêcher des palourdes dans le bassin ainsi qu'une compensation journalière de 450 euros par bateau réquisitionné pour le nettoyage. AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
  • (FILES) This file picture dated November 22, 2002 shows a dead bird covered with oil on Langosteria beach, near Finisterre cap after the sinking of the Prestige petrol tanker. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON
  • A volunteer (R) gestures at the press 02 December 2002 before the visit of King Juan Carlos of Spain at Muxia's oil-covered beach as a new wave a petrol hit the shore 01 December 2000, leaking from the sunken petrol tanker "Prestige" in the northwest of Spain. AFP PHOTO/Pierre-Philippe MARCOU
 1 / 12

 

 

_

 

Crédits : AFP/CHRISTOPHE SIMON

 

 Mais après dix ans d'instruction, près de 300 000 pages d'accusation, 1 500 plaintes regroupées en 55 parties civiles, huit mois d'audiences et près de 200 témoins et experts appelés à la barre, le verdict a été accueilli avec consternation à La Corogne, en Galice. Autour du tribunal, les membres de la plate-forme Nunca Mais (" plus jamais " en galicien) ont dénoncé " une farce ", un verdict " honteux "et " insultant pour les milliers de personnes qui ont dû aller nettoyer la côte ". Déjà, lors du procès, le maire de la commune de Muxia, la plus affectée par la marée noire, avait dénoncé une " pantomime "" On n'attendait pas grand-chose puisque les principaux responsables n'ont même pas été mis en examen, mais au moins une victoire morale ", a affirmé un porte-parole de Nunca Mais.

"CORROSION DES RÉSERVOIRS"

N'ont été inquiétés ni les propriétaires du navire, la compagnie Mare Shipping, malgré le témoignage d'un ancien capitaine du Prestige qui a dénoncé la"corrosion des réservoirs", ni l'affréteur, la compagnie suisse Crown Resources, qui s'est dissoute avant l'ouverture de l'enquête et a empêché que soit connu le destinataire de la cargaison – un fioul lourd de mauvaise qualité et d'origine russe.
Sur le banc des prévenus manquait aussi la société américaine de classification ABS qui avait autorisé le pétrolier, construit en 1976, à naviguer et contre laquelle le gouvernement espagnol a porté plainte aux Etats-Unis, sans succès.

Des volontaires nettoient les côtes espagnoles, au large de la Galice, après le naufrage du "Prestige", le 13 novembre 2002.

Enfin, aucun des principaux responsables politiques de l'époque n'a été mis en examen, ni l'actuel chef du gouvernement, Mariano Rajoy, alors numéro deux du gouvernement de José Maria Aznar, qui avait minimisé les risques, ni l'ancien ministre de l'équipement, Francisco Alvarez Cascos, dont dépendait la décision d'éloigner le navire de la côte, décision qui, selon Greenpeace, a " transformé un accident en catastrophe ".
Personne ne paiera les 4,4 milliards d'euros de dommages et intérêts chiffrés par le procureur, dont 100 millions pour la France. Le jugement se contente deréclamer les 22 millions d'euros que la société londonienne d'assurance a déposés en garantie en 2002. Une maigre compensation.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance) 
Journaliste au Monde

voir aussi :

Naufrage du pétrolier Prestige - Wikipédia

-----------

Pollution

Édition abonnés Contenu exclusif

15/11/2013

Pour les futures mamans

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Selon une étude, réalisée par des chercheurs de l’université de Montréal,l’exercice physique de la femme enceinte aurait pour effet d’améliorer le développement du cerveau du bébé, souligne Le Figaro Magazine.

L’enquête a été menée auprès de deux cohortes de femmes, au début du deuxième trimestre de leur grossesse : un groupe sédentaire, l’autre groupe devant effectuer 20 minutes d’exercice cardiovasculaire d’intensité modérée, trois fois par semaine.

Elise Labonté-LeMoyne, l’un des chercheurs de l’étude, explique que « le système d’activation cérébrale [mesurée à l’aide d’une électroencéphalographie] est plus mature chez les bébés des mères du groupe actif, ce qui laisse entendre que leur cerveau s’est développé plus rapidement que celui des autres ».Le Figaro Magazine, 15/11

13/11/2013

Un nouveau prion humain

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Le Quotidien du Médecin rend compte du travail de l’équipe de Stanley Prusiner (San Francisco), publié dans PNAS, qui constate que « les agrégats d’alpha-synucléine formés dans le cerveau des patients atteints d’atrophie multisystématisée (AMS), une maladie neurodégénérative proche de la maladie de Parkinson, s’avèrent transmissibles à des souris et sont donc de véritables prions ». 

Cette étude « soulève aussi le risque de transmission interhumaine de ces prions lors de la réutilisation des instruments utilisés au cours d’interventions neurochirurgicales chez des patients atteints d’AMS ou de maladie de Parkinson (telles que la stimulation cérébrale profonde)». 

Le Dr Kurt Giles, qui a codirigé ce travail avec le Pr Prusiner, explique : « Nous avons montré que les cerveaux de patients atteints d’atrophie multisystématisée (AMS) peuvent transmettre la maladie à la souris, ce qui définit l’AMS comme une maladie à prions ».

Le Quotidien du Médecin, 12/11

12/11/2013

Appel aux autorités contre les pesticides

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Lancement d’un appel aux autorités contre les pesticides

L’AFP rend compte du lancement, le 9 novembre, par des élus, des scientifiques et des responsables associatifs d’un appel aux autorités afin de réduire ou supprimer l’usage des pesticides en raison de leurs risques potentiels pour la santé.

Selon les signataires de la pétition, initiée par le député socialiste Gérard Bapt (Haute-Garonne), « l’effet cocktail de ces substances est encore insuffisamment documenté, mais pourrait s’avérer majeur pour un certain nombre d’associations avec des pathologies endocriniennes ou cancéreuses ».

Déjà, une cinquantaine de parlementaires et d’élus ont signé la pétition dont deux anciennes ministres de l’Ecologie, Delphine Batho et Chantal Jouanno, souligne l’agence de presse. Le Pr Charles Sultan, spécialiste des troubles hormonaux au Centre hospitalier régional universitaire de Montpellier, a également approuvé cette pétition, ainsi que notamment des représentants du Réseau Environnement Santé (RES) et de Générations Futures.

 

AFP, 09/11

09/11/2013

Automobile : quels pneus pour l'après pétrole ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/08/michelin-veut-mettre-des-cereales-dans-ses-pneus_3510544_3234.html

Michelin veut mettre des céréales dans ses pneus

Le Monde | 08.11.2013 à 15h18 |Denis Cosnard

Des pneus fabriqués à partir de betterave, de paille ou de branches d'arbre ? C'est la piste inattendue qu'explore actuellement Michelin afin de faire face à une possible pénurie de produits pétroliers.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Le groupe français, deuxième fabricant mondial de pneus, devait annoncer, vendredi 8 novembre, le lancement d'un important programme de recherche sur le sujet, qui devrait aller jusqu'à la construction d'une usine pilote. Baptisé BioButterfly, il sera mené en association avec l'organisme public de recherche IFP Energies nouvelles et sa filiale Axens.

Le projet a été sélectionné par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, et bénéficiera d'une subvention de 14,7 millions d'euros dans le cadre des « investissements d'avenir ». Le budget total devrait atteindre 52 millions d'euros sur huit ans.

Pour Michelin, l'enjeu est majeur. Aujourd'hui, les pneus sont fabriqués à partir d'un mélange de caoutchouc naturel issu de l'hévéa et de caoutchouc synthétique. Or le butadiène, un dérivé du pétrole qui constitue le principal composant du caoutchouc synthétique, risque de manquer à terme. Vincent Ferreiro, l'un des dirigeants du groupe, le dit sans ambages : « Nous anticipons une pénurie de butadiène à l'horizon 2020. »

Une menace liée à l'essor du gaz de schiste à travers le monde. Il a fait chuter les prix du gaz et a incité les chimistes à préférer cette matière première au détriment du pétrole. Ce qui risque d'entraîner une moindre production de butadiène, alors que la demande, elle, devrait grimper de 4 % par an.

TENSIONS À PRÉVOIR

En 2011 et 2012, de premières tensions sur le butadiène ont fait doubler les cours de ce produit, et ont donné des frayeurs aux fabricants de pneus. Depuis, les prix sont retombés, du fait du ralentissement économique chinois. « Mais ces tensions vont revenir, et on ne peut pas se permettre de rester les bras ballants », dit M. Ferreiro. D'où le lancement d'un programme destiné à trouver une alternative durable au butadiène.

Le schéma envisagé consiste à partir de produits végétaux souvent considérés comme des déchets. Cette biomasse serait transformée en alcool par fermentation, pour aboutir à du « biobutadiène ». « Encore faut-il que le procédé soit validé techniquement, et compétitif », précise Jean-Pierre Burzynski, d'IFP Energies nouvelles. Ce sera l'objet des tests menés dans le cadre de BioButterfly.

Confrontés au même risque, les grands rivaux de Michelin comme Bridgestone et des chimistes tels qu'Eni et TPC travaillent eux aussi sur de possibles substituts au butadiène. Une sorte de course entre industriels que Bibendum aimerait bien gagner.

Moscou, le pétrole et le droit international

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/07/greenpeace-le-sort-des-30-devant-la-justice-internationa_3509825_3244.html

Le sort des « 30 » de Greenpeace devant la justice internationale

LE MONDE | 07.11.2013 à 12h18 • Mis à jour le 08.11.2013 à 09h35 |Par Stéphanie Maupas (La Haye, correspondance)

Seuls devant les juges du Tribunal international du droit de la mer (TIDM), à Hambourg, les Pays-Bas ont plaidé pendant trois heures, mercredi 6 novembre, en faveur de Greenpeace. Les bancs de la Russie sont restés vides. Moscou refuse de laisser cette juridiction des Nations unies, chargée depuis 1994 de faire respecter la Convention sur le droit de la mer (1982), s'ingérer dans l'affaire de l'Arctic-Sunrise.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Le 19 septembre, le brise-glace affrété par Greenpeace et battant pavillon néerlandais avait été arraisonné par les autorités russes, saisi puis amarré dans le port de Mourmansk. Les militants avaient tenté la veille d'accrocher une banderole sur la plate-forme pétrolière et gazière de Prirazlomnaïa, dans la mer de Pechora, exploitée par Gazpromneft et d'autres compagnies pétrolières.

Mais la manifestation pacifique a mal tourné. Cinq jours plus tard, les trente membres d'équipage, de dix-huit nationalités différentes, étaient débarqués et emprisonnés dans cette ville portuaire du nord-ouest de la Russie pour « piraterie » d'abord, puis pour « hooliganisme ». Ils pourraient être bientôt transférés dans une prison de Saint-Pétersbourg.

LES MILITANTS RISQUENT, À CE JOUR, JUSQU'À 15 ANS DE PRISON

A Hambourg, les Pays-Bas ont demandé aux juges d'ordonner d'urgence une mainlevée sur l'Arctic-Sunrise, et la libération des 28 militants de Greenpeace et des deux photographes qui formaient l'équipage. Conseiller juridique du ministère des affaires étrangères néerlandais, Liesbeth Lijnzaad reproche à la Russie d'avoir arraisonné et immobilisé illégalement l'Arctic-Sunrise et détenu l'équipage du navire sans le consentement de l'Etat de pavillon, les Pays-Bas.

Elle assure que la Russie « a violé les droits de l'homme de cet équipage, notamment la liberté de circulation » et que « le différend s'aggrave et s'étend ».

Car en Russie, la procédure pénale se poursuit et les militants risquent, à ce jour, jusqu'à 15 ans de prison. Ainsi, le 28 septembre, le bateau était perquisitionné par les autorités russes, sans le consentement des Pays-Bas. Le 8 octobre, le capitaine du navire était condamné à une amende de 20 000 roubles (500 euros environ) pour refus d'obtempérer lorsque les garde-côtes russes lui ont demandé de stopper son navire.

DES MEMBRES DE GREENPEACE SUR LA MOSKOVA

Enfin, la justice russe a refusé de libérer l'équipage sous caution, procédure pourtant prévue par le droit international. Pour La Haye, il y a urgence. « L'Etat général du navire se dégrade, assurent les Néerlandais. Il s'agit d'un brise-glace vieillissant qui nécessite une maintenance intensive (...
)
. Il en découle naturellement un risque pour l'environnement, dont des fuites d'hydrocarbure » et, ajoutent les Pays-Bas, « ce risque réel est aggravé par les conditions météorologiques difficiles qui règnent et par l'état de la glace dans l'Arctique ».

Conseiller des Pays-Bas, René Lefeber a demandé aux magistrats d'ordonner que « l'Arctic-Sunrise puisse regagner Amsterdam avant que le soleil de l'Arctique se couche et que l'hiver arrive ». Pendant que M. Lefeber plaidait à Hambourg, des militants de Greenpeace naviguaient à bord de canots pneumatiques sur la Moskova, à Moscou, déployant leurs banderoles pour la « libération des 30 » détenus.

Quelles sont les chances des Pays-Bas dans cette affaire ? La Russie n'a dit mot, mais les courriers entre Moscou et La Haye figurent désormais au dossier et certains pourraient peser dans la décision des juges. Moscou rappelle ainsi que l'Arctic-Sunrise a violé la zone de sécurité de 3 milles établie autour de la plate-forme pétrolière, et assure que « le navire accélérait et changeait continuellement de cap, se livrant ainsi à des manœuvres dangereuses » dans la zone économique exclusive (zone sur laquelle un Etat côtier peut conduire souverainement des activités) de la Russie.

2013, ANNÉE DE L'AMITIÉ ENTRE LA RUSSIE ET LES PAYS-BAS

La veille de l'arraisonnement, les Russes avaient informé les Néerlandais que les actes de Greenpeace présentaient « le caractère d'activités terroristes ». Le tribunal devrait rendre sa décision le 22 novembre.

S'il peut ordonner la libération de l'équipage et le retour du brise-glace à son port d'attache, il n'a, en revanche, pas les moyens d'obliger Moscou à appliquer ses décisions.

Simon Olleson, avocat de Greenpeace dans cette affaire, rappelle que « le tribunal n'a aucun moyen de forcer la Russie à coopérer », mais un refus de Moscou pourrait lui coûter cher « sur le plan diplomatique ». Ironie de l'histoire, 2013 a été déclarée Année de l'amitié entre la Russie et les Pays-Bas. Il leur reste deux mois pour trouver une issue à l'affaire de l'Arctic-Sunrise.