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03/02/2014

Australie : changement climatique, connaît pas ... (suite)

lu sur :

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 LE MONDE | 01.02.2014 à 10h03 • Mis à jour le 03.02.2014 à 10h05 |

Par Colin Folliot (Sydney, correspondance)
Les autorités australiennes viennent de porter un nouveau coup à la protection de l'environnement. Vendredi 31 janvier, l'Autorité du parc marin de la Grande Barrière de corail (GBRMPA) a donné son feu vert à un projet d'extension d'un port minier qui entraînera le rejet de trois millions de m3 de sédiments 24 km plus loin, au coeur de la zone maritime protégée. Cette décision pourrait pousser l'Unesco à rayer de sa liste du Patrimoine mondial le plus vaste ensemble corallien de la planète.
 

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Elu en septembre 2013, le premier ministre conservateur Tony Abbott, est un climato-sceptique revendiqué qui avait qualifié en 2009 de « connerie absolue » l'attribution du réchauffement à l'activité humaine. Son programme électoral très favorable aux industries polluantes promettait, par exemple, la fin des taxes sur les profits des industries minières. Désormais au pouvoir, il passe aux actes : plusieurs lois sont en cours d'examen qui prévoient notamment de supprimer la taxe carbone et le fonds d'investissement public chargé de soutenir le développement des énergies renouvelables.

C'est pour soutenir le secteur minier que le gouvernement souhaite ainsi une extension du port d'Abbot Point, dans le Queensland, au nord-est du pays. Ce projet doit en faire l'un des premiers terminaux de la planète pour l'exportation du charbon, dont l'Australie est un grand producteur mondial. L'agrandissement d'Abbot Point permettrait de faire partir 70 millions de tonnes de plus de minerai chaque année.

RISQUE D'ÉTOUFFEMENT DES CORAUX

« Il existait pourtant d'autres projets moins nocifs pour agrandir le port charbonnier, estime Richard Leck, directeur de campagne du Fonds mondial pour la nature (WWF). Il était possible d'éviter de déplacer ces 3 millions de m3 de déchets en construisant une plus longue digue ou de les stocker dans les terres. Mais c'était plus coûteux. » Selon lui, la GBRMPA aurait pris sa décision sous une forte pression du gouvernement. Qui plus est, plusieurs membres de l'Autorité du parc marin sont visés par une enquête pour conflits d'intérêts depuis les révélations de la chaîne de télévision ABC sur leurs liens avec l'industrie minière.

L'extension d'Abbot Point ne serait que le début d'une longue série, selon Jon Brodie, chercheur à l'université James-Cook et ancien de la GBRMPA : « Dans la décennie à venir, des projets sur tous les principaux ports de la côte pourraient entraîner le rejet de 80 millions de m3 de déblais. »

« La flore marine du site choisi pour les rejets est composée de sable, de vase et d'argile et ne contient pas de récifs coralliens », rétorque Russell Reichelt, président de la GBRMPA, rappelant qu'il a posé une cinquantaine de conditions avant d'accepter ce projet, dont un strict calendrier des rejets et une plus forte surveillance de la qualité de l'eau. « Je ne partage pas son optimisme sur le respect de ces conditions alors que, aujourd'hui, on coupe les effectifs et le budget de la GBRMPA et de l'environnement », répond Larissa Waters, sénatrice des Verts.

Ces précautions ne convainquent pas non plus les scientifiques. Plus de 200 d'entre eux ont cosigné une lettre à Russell Reichelt affirmant que « les études disponibles montrent de manière très claire que l'extension du port d'Abbot Point aura des effets nuisibles sur la Grande Barrière de corail. Les sédiments apportés par le dragage risquent d'étouffer les coraux et de les exposer à des substances toxiques ». De plus, l'extension du port entraînera mécaniquement une très forte hausse du trafic maritime à travers la Grande Barrière.

« DÉCISION QUI INTERVIENT À UN MOMENT TERRIBLE »

« Cette décision terrible intervient à un moment terrible, ajoute Richard Leck. En trente ans, la Grande Barrière a perdu plus de la moitié de ses coraux. » En cause, plusieurs facteurs, liés au dérèglement climatique et à l'activité humaine : hausse du nombre de tempêtes, réchauffement de l'eau, pollution de l'agriculture, développement industriel et portuaire de la côte du Queensland.

Depuis juin 2012, le comité du Patrimoine mondial de l'Unesco menace de retirer le site de sa liste pour la placer sur celle du Patrimoine mondial en danger – aux côtés par exemple de sites classés de la République démocratique du Congo ou de la Syrie. Le gouvernement australien devait d'ailleurs remettre le 1er février à l'Unesco un rapport consignant ses efforts pour protéger la Grande Barrière, en vue de la prochaine réunion du comité de l'organisation internationale, prévue en juin 2014.

Or, « sur chacune des sept recommandations du comité, le gouvernement a échoué à faire des progrès significatifs », affirme un rapport du WWF et de l'Australian Marine Conservation Society (AMCS). Interrogé sur ce risque, un porte-parole de la GBRMPA se borne à répondre que « le comité de l'Unesco prendra lui-même la décision ». Ce qui fait bondir Felicity Wishart, directrice de campagne à l'AMCS : « Soit le gouvernement ne comprend pas ce qui est en jeu, soit il ignore délibérément le comité. »

La Grande Barrière de corail est un véritable atout touristique, dont la destruction pourrait coûter cher à l'Australie. Selon une étude du ministère de l'environnement, elle aurait rapporté 5,7 milliards de dollars australiens (3,7 milliards d'euros) au pays en 2011-2012, et assure près de 70 000 emplois.

Lire aussi : 

« L'Australie sacrifie de plus en plus l'environnement au profit de l'économie »

« L'Australie sacrifie de plus en plus l'environnement au profit de l'économie ».pdf

La Grande Barrière de corail a perdu la moitié de ses coraux depuis 1985.pdf

La Grande Barrière de corail "infiltrée" par l’industrie minière et gazière.pdf

En Australie, la Grande Barrière de corail accueillera des déchets.pdf

et aussi la note du 15/10/2013  sur ce blog:

Australie : changement...

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