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08/03/2014

EDF/nucléaire, le pire est à venir ... (jusqu'ici tout va bien ...)

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La maintenance des centrales nucléaires d'EDF se fait sous haute tension ...

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Le Monde.fr | 06.03.2014 à 11h58 |Par Jean-Michel Bezat

Les deux événements se sont télescopés à quelques heures d'intervalle: alors que des militants de Greenpeace s'introduisaient dans plusieurs centrales nucléaires européennes, mercredi 5 mars, pour réclamer la fermeture des réacteurs de plus de 30 ans, EDF rendait public, jeudi, le rapport interne sur la sûreté nucléaire et la radioprotection que son inspecteur général doit remettre chaque année au PDG du groupe d'électricité.

Jean Tandonnet conclut qu'en 2013, les performances du parc de 58 réacteurs français ont été «globalement encourageantes». EDF n'a pas connu d'« événement majeur de sûreté » dans les 58 réacteurs qu'il exploite en France, mais aussi au Royaume-Uni (15) et aux Etats-Unis (5).

AMÉLIORATION

Pour la première fois depuis quatre ans, il n'a relevé aucun incident de niveau 2 (sans rejets radioactifs) sur l'échelle internationale Ines qui en compte 7 (Tchernobyl et Fukushima). M. Tandonnet se félicite aussi d'une baisse de 23 % des incidents de niveau 1 après une année 2012 où ils avaient été très nombreux.

La tendance générale est à l'amélioration. Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), « la communauté nucléaire mondiale a accompli de solides et constants progrès afin de renforcer la sûreté en 2013 ».

Le « gendarme » de l'atome indique que 72 réacteurs sont en cours de construction, un nombre de chantiers sans précédent depuis 1989.

En France, M. Tandonnet pointe cependant un « risque de fragilisation » d'un pilier essentiel à la sûreté : « la sérénité des équipes », de plus en plus sollicitées par les arrêts de tranche et les visites décennales approfondies.

LE POINT NOIR DE LA SÉCURITÉ AU TRAVAIL

Le véritable point noir est, selon lui, la sécurité au travail. Les accidents sont certes en recul (3,3 pour 1 million d'heures de travail), mais EDF a déploré trois morts dans les centrales de Cattenon et Chinon. Et ses résultats sont « très en retrait par rapport aux meilleurs exploitants nucléaires internationaux ». Y compris par rapport à sa filiale britannique EDF Energy, qui fait six fois mieux que sa maison-mère. M. Tandonnet invite donc l'exploitant à « changer de braquet ».

La surchauffe est évidente au moment des arrêts de tranche pour maintenance, une activité en forte croissance. Parfois mal préparés, leur durée dépasse en moyenne de vingt-six jours le calendrier prévu, « très loin des standards internationaux ». Ces dérives ont « un impact négatif sur la sécurité du travail ».

Elles expliquent aussi qu'EDF ne soit pas parvenu à relever le taux de disponibilité de son parc : il a plafonné à 78 % alors que la feuille de route fixée par l'Etat actionnaire (84,4 %) en 2009 à son PDG, Henri Proglio, prévoyait de le porter à 85 %.

« GRAND CARÉNAGE »

Le parc nucléaire français a près de 30 ans et se trouve « à mi-vie », souligne M. Tandonnet, qui s'inscrit donc implicitement dans le scénario d'une prolongation des réacteurs jusqu'à 60 ans – perspective défendue par les dirigeants d'EDF.

Face au vieillissement du parc, de grandes échéances attendent l'entreprise. Les visites décennales vont se multiplier, notamment celles des trente ans qui permettent à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de décider ou non de prolonger de dix ans supplémentaires l'exploitation des réacteurs.

Les plus anciens, comme Bugey (Ain), Gravelines (Nord) et Dampierre (Loiret), sont dans le programme immédiat. Les visites des quarante ans débuteront en 2019. A ce programme de « grand carénage », selon l'expression des ingénieurs d'EDF, s'ajoutent les prescriptions imposées par l'ASN après la catastrophe de Fukushima.

Le rapporteur se félicite notamment de la mise en place de la « force d'action rapide nucléaire » mobilisable très rapidement en cas d'accident grave. Il reste à bâtir un centre de pilotage « bunkerisé » pour chacune des 19 centrales afin de les piloter à distance si nécessaire, et à installer un moteur diesel d'ultime secours pour maintenir l'alimentation en électricité de chacun des 58 réacteurs. Ces deux opérations prendront encore des années.

UN TIERS DES EFFECTIFS RENOUVELÉ D'ICI À 2020

Dans le même temps, EDF doit assurer le renouvellement des compétences nucléaires au moment où une génération est en train de partir à la retraite, rappelle M. Tandonnet. Près d'un tiers des effectifs devra encore être renouvelé d'ici à 2020. Une grande partie des recrutements actuels se fait dans son activité nucléaire, indique le groupe.

L'inspecteur général relève que face à ces échéances industrielles et sociales, le personnel d'EDF et de ses sous-traitants est « inquiet ». D'autant plus que le débat sur la transition énergétique tenu en 2013 – préalable à la loi de programmation prévue en 2014 – n'a pas fourni « la visibilité à long terme indispensable », regrette-t-il.

La fermeture programmée de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) avant 2017 « suscite toujours autant d'incompréhension » au sein de la division nucléaire de l'entreprise, et cristallise les interrogations. Quel est l'avenir de l'énergie nucléaire, dont la part dans la production d'électricité doit tomber de 75 % à 50 % en 2025, selon le programme de François Hollande?

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