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22/03/2014

L'eau : quelle eau ?

lu sur :

www.lemonde.fr/planete/article/2014/03/22/l...

Le Monde.fr | 22.03.2014 à 07h36 • Mis à jour le 22.03.2014 à 08h39

La Journée mondiale de l'eau, le 22 mars, suscite moult animations et expositions en France comme ailleurs. Citons notamment celles des ONG de la Coalition Eau et la grande Nuit de l'eau organisée par la Fédération française et l'Unicef dans de nombreuses piscines.

C'est aussi le moment de s'arrêter sur la lenteur des progrès de développement qui laisse 768 millions d'humains sans accès à une source d'eau améliorée, c'est-à-dire un puits ou une source dans laquelle ne s'approvisionnent pas aussi les animaux, selon la définition de par l'Organisation des Nations unies.

Dans son Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2014, rendu public le 21 mars, l'ONU avance aussi une autre estimation : selon l'indicateur retenu, ce seraient en fait 3,5 milliards de personnes qui ne bénéficient pas d'une eau sûre, propre, accessible et abordable.

SANS TOILETTE, LES FILLES DÉSERTENT L'ÉCOLE

A l'heure des grands bilans, le chiffre de 2,5 milliards d'individus qui n'ont pas accès à un système d'assainissement suscite moins de débat. Pourtant derrière cette donnée se cache des souffrances quotidiennes, en particulier pour les femmes lorsqu'elles cherchent à s'isoler, pour les filles qui finissent par déserter l'école sans toilette et pour les enfants victimes de maladies hydriques.

En outre, l'ONU s'inquiète de l'impact sur l'environnement des 80% à 90% d'eaux usées qui sont rejetées sur la planète sans traitement. L'Agence française de développement (AFD) en a fait un de ses chevaux de bataille, nous dit Cassilde Brénière. En tant que chef de la division eau et assainissement de l'agence chargée de financer l'aide publique aux pays du sud – essentiellement sous forme de prêts -, elle a répondu à quelques-unes de nos questions.

Cassilde Brénière, selon vous, l'accès à l'eau est-il toujours une priorité de l'Agence française de développement ?
Bien sûr. Porté par les Nations unies, cet Objectif de développement-là semble en bonne voie pour 
atteindre son but, même s'il progresse avec d'énormes disparités. Rappelons qu'un habitant des Etats-Unis utilise en moyenne 300 à 400 litres d'eau par jour, un Européen 120 à 150 litres et un Africain des contrées subsahariennes 20 à 30 litres. Il reste beaucoup à faire.

Lire aussi : L'ONU inquiète du double bond de la demande en eau et en énergie

L'Afd consacre grosso-modo la moitié de ses moyens à améliorer la distribution d'eau potable dans les pays en voie de développement. L'accès n'est pas la seule difficulté, le gaspillage aussi pose problème.De grandes quantités d'eau sont perdues en Amérique latine, tandis que l'Afrique subsaharienne reste déshéritée.

Quant aux pays méditerranéens, ils se trouvent confrontés à l'épuisement de lnombreux aquifères. La qualité de ces réservoirs naturels se dégrade et les rend inutilisables. En effet quand les nappes sont surexploitées, leur niveau baisse permettant l'intrusion d'eau salée. C'est le cas au Maroc, en Tunisie, en Jordanie, dans les Territoires palestiniens…

Une de nos actions consiste à acheter de l'eau à Israël pour la diluer et faire baisser le taux de sel de l'eau qui est distribuée à Gaza. C'est un projet qui se mène dans des conditions difficiles, mais nous en sommes relativement contents, car il modifie la vie des habitants.

Quelles évolutions se dessinent pour l'avenir ?
L'AFD s'est engagée à 
consacrer au domaine de l'eau, 700 millions d'euros par an de 2014 à 2018, en faveur des pays en développement et 50 millions en d'euros en direction de l'Outre-mer. Nous voulons renforcer nos actions et augmenter la part de nos financements en faveur de l assainissement. C'est une problématique qui nous préoccupe.

Nous contribuons actuellement à la fois à des programmes de développement permettant aux gens de disposer de toilettes et à l'installation d'unités d'épuration des eaux usées. Ces trois dernières années, nos programmes ont permis de faciliter l'accès à l'assainissement à 217 millions de personnes par an, en particulier au Brésil, Burkina-Faso, Maroc, en Tunisie, PalestineEgypte

En comparaison des enjeux de l'eau potable, les gens sont moins conscients que ce sont des questions essentielles à la fois pour la sauvegarde de la santé et pour le bien-être humain. Maladies d'origine hydriques, les diarrhées sont la seconde cause de mortalité infantile : elles tuent 2 000 moins de 5 ans en moyenne chaque jour dans le monde.

Et l'assainissement a bien sûr un impact direct sur la vie aquatique et donc in fine sur la qualité de la ressource elle-même.

Constatez-vous des progrès ?
Oui, car nous faisons des études d'impact. Pour autant, il est difficile d'
attribuer la régression des maladies hydriques à une seule origine. Nous accompagnons systématiquement nos programmes d'actions de sensibilisation à l'hygiène, ce qui compte aussi.

Ce sujet figure-t-il davantage sur les agendas internationaux aujourd'hui ?
Il n'est plus tabou, mais il y a encore tant à 
faire ! Nous voulons motiver à la fois nos partenaires bailleurs internationaux et les pays du sud à consentir à des efforts dans ce domaine. Il faut agir.

Par exemple, le lac Victoria, la deuxième plus grande étendue d'eau douce du monde, est victime de blooms d'algues et de pollutions graves qui entraînent la disparition d'espèces. Avec la Banque mondiale et l'agence allemande d'aide au développement, nous contribuons à un gros programme de traitement des rejets des villes dépourvues de stations d'épuration qui sont situées dans trois Etats, autour du lac Victoria.

Pouvez-vous nous citer d'autres d'opérations qui vous tiennent à cœur ?
Outre la bande de Gaza, je répondrai le prêt de 100 millions d'euros que nous avons accordé aux autorités brésiliennes pour 
financer un système de collecte et de traitement des eaux usées dans douze villes de l'Etat de Santa Catarina, dans le sud du pays.

Et puis l'alimentation de quartiers périphériques, informels et délaissés, de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Aujourd'hui, dans cette ville, l'une des plus grandes d'Afrique, le réseau fonctionne. Les gens se sont mis à payer l'eau à la borne-fontaine.

Nous nous appuyons sur des associations locales d'usagers qui se chargent de la comptabilité. Ce projet qui marche bien en suscite d'autres de la part des habitants. Cela va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle on ne peut pas vendre d'eau dans des quartiers pauvres, à un prix abordable évidemment.

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