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07/08/2014

Notre microbiote et nous

lu sur :

le Point.fr - Publié le 28/07/2014 à 07:07 - Modifié le 28/07/2014 à 07:31

Ce virus hébergé par la moitié de la population mondiale a été découvert par hasard. Des implications dans l'obésité et le diabète seraient possibles.

Le microbiote humain (flore microbienne) n'en finit pas d'intéresser les chercheurs, et régulièrement, la science nous livre de nouvelles découvertes à propos du peuple de bactéries, virus et champignons que nous hébergeons. En effet, nous ne vivons et ne dînons pas seuls, mais en compagnie de trillions d'amis (on estime que chaque individu abrite plus de 100 000 milliards de bactéries et 3 000 milliards de virus). Notre évolution serait même en partie le fruit d'une coévolution avec les virus. À se demander si nous sommes vraiment humains ou microbes... 

À ce jour, environ 500 espèces bactériennes intestinales sont connues ainsi que 800 virus. La découverte d'un nouveau virus n'est donc aujourd'hui plus très rare, mais les chercheurs de l'université d'État de San Diego ont été très surpris par celle-ci. CrAssphage, nom de cette charmante bestiole, s'avère en effet être un des virus les plus courants de l'humanité, puisque plus de 50 % des personnes dans le monde l'hébergent. Il serait par ailleurs probablement aussi vieux que l'humanité. Les scientifiques qui ont découvert ce virus par hasard sont étonnés qu'il n'ait pas été identifié jusqu'à présent, d'autant qu'il infecterait l'une des espèces bactériennes les plus courantes de l'intestin (Bacteroidetes). 

Un nouvel outil thérapeutique

Aucune crainte à avoir pour l'instant, puisque la plupart des virus n'infectent pas l'homme - seule une petite dizaine en sont capables. Les virus jouent au contraire un rôle majeur de régulation des espèces de notre univers bactérien. La plupart sont des bactériophages - ou phages - qui contrôlent le comportement des bactéries qu'ils infectent. Le fait que CrAssphage infecte un des types les plus courants de nos bactéries intestinales intéresse particulièrement les chercheurs qui, dans une prochaine étape, vont déterminer plus précisément comment le virus agit et quels impacts sur notre santé il peut avoir. 

Les bactéries avec lesquelles le nouveau virus interagit sont en effet liées à l'obésité, au diabète et à d'autres maladies de l'intestin. La question reste donc de savoir si ce virus pourrait indirectement favoriser ces maladies ou au contraire les limiter et si, de manière plus prospective, il pourrait devenir un outil thérapeutique face à l'épidémie de maladies chroniques comme l'obésité ou le diabète. L'utilisation des virus bactériophages pour soigner (la phagothérapie) n'est pas nouvelle. Elle avait été développée pour traiter certaines maladies infectieuses d'origine bactérienne, mais a été progressivement abandonnée avec l'arrivée des antibiotiques. Face à l'antibiorésistance montante et aux infections nosocomiales, la phagothérapie est depuis quelques années réexaminée à travers le monde et, depuis quelques mois, des budgets de recherche lui ont même été alloués en France.

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