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19/02/2016

Notre-Dame-des-Landes : l'Etat ment par omission

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Notre-Dame-des-Landes : l'Etat dissimule des informations défavorables au projet
Le Monde‎ - Il y a 6 heures

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Cʼest une note dʼà peine deux pages mais qui fait grand bruit. Contredisant les discours officiels sur lʼimpossibilité dʼagrandir lʼactuel aéroport de Nantes Atlantique et la nécessité de le transférer vers Notre-Dame-des-Landes , ce document, révélé par Le Canard enchaîné, mercredi 17 février, a été tenu secret par le préfet de la région Pays de la Loire à qui il était destiné.
Rédigée le 9 septembre 2014 par le chef du service « ressources naturelles et paysages » de la direction régionale de lʼenvironnement , de lʼaménagement et du logement (Dreal), cette note précise que « lʼallongement de la piste de lʼaéroport de Nantes Atlantique ne présente pas de risque pour la faune de la réserve naturelle et nʼaugmente pas le péril aviaire ». « Sur le plan du dérangement des oiseaux, le trafic aérien actuel nʼa pas dʼimpact négatif », écrit Xavier Hindermeyer, affirmant que « la variation de cette activité » ne générerait pas de stress supplémentaire. « En effet, les contraintes dʼurbanisme autour de lʼaéroport entretiennent une ceinture verte constituée dʼun bocage ancien et de nombreuses prairies humides entre lʼagglomération nantaise et la réserve, qui fait office de zone tampon », précise-t-il.
Ce document entache encore un peu plus la gestion du dossier. Dʼabord parce que sa dissimulation montre que le débat, sensible, autour de la construction de lʼaéroport à Notre-Dame-des-Landes est entaché de
dissimulations. Ensuite, parce que lʼun des arguments pour légitimer le transfert, écologique de surcroît, nʼa pas lieu dʼêtre.
« Contrairement à ce quʼon peut entendre dire ici ou là, il [le projet de transfert] est également bon pour lʼenvironnement, car lʼactuel aéroport de Nantes est au contact de trois zones Natura 2000, dont le réservoir à oiseaux du lac de Grand-Lieu », affirmait le premier ministre, Manuel Valls , au Sénat le 16 octobre 2015. Et lʼassociation Des ailes pour lʼOuest, qui milite pour le transfert de Nantes Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes, ne cesse de répéter que lʼextension de lʼactuel aéroport est « inacceptable pour les (vrais) défenseurs de lʼenvironnement qui ont à cœur de préserver le lac de Grand-Lieu. »
Certes, ce lac, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Nantes, qui sʼétend sur une surface de plus de 6 000 hectares en hiver, héberge des spatules blanches, des hérons, cendré, pourpré..., soit 270 espèces dʼoiseaux, 50 espèces de mammifères dont la loutre, et plus de 550 espèces de végétaux. Mais cette richesse de la biodiversité ne serait pas menacée par lʼextension de la piste, un élément essentiel du projet dʼoptimisation de lʼactuel aéroport, défendu par les opposants au transfert.
Irrité par lʼutilisation de cet argument « écologique », le directeur de la Réserve naturelle du lac de Grand-Lieu, « pendant vingt-trois ans depuis sa création », Loïc Marion, a même écrit au premier ministre le 28 octobre 2015. Sa lettre, que Le Monde sʼest procurée, va dans le même sens que la Dreal. « Je nʼai jamais constaté la moindre gêne des oiseaux de ce lac due aux avions utilisant lʼaéroport actuel de Nantes Atlantique (...). Tout au contraire, lʼabandon de Nantes Atlantique constitue une menace bien réelle pour le lac de Grand-Lieu, dans la mesure où ses périmètres de protection (réserve naturelle, site classé Natura 2000) ont été définis au plus juste près du lac, en tenant compte de la protection de fait assurée par le périmètre de protection antibruit de lʼaéroport. (...) Le déplacement de lʼaéroport mettrait fin à cette protection, et des élus locaux nʼattendent dʼailleurs que cette issue pour pouvoir urbaniser tout ou partie de ce corridor », écrit Loïc Marion.
La possible récupération dʼune partie de lʼemprise territoriale de Nantes Atlantique pour étendre lʼagglomération nantaise est en effet un enjeu du dossier.

« Dissimulations inacceptables »

La publication de cette note relance le débat autour des alternatives possibles au transfert. Les écologistes et les organisations de défense de lʼenvironnement dénoncent « les dissimulations inacceptables de lʼEtat », selon les mots de France Nature Environnement. Jusquʼau Front national , hostile au transfert dʼaéroport, qui réclame la publication immédiate de la note « pour que toute la lumière soit faite sur lʼensemble des études prospectives relatives au projet dʼaéroport, quʼelles soient favorables ou non. »
Cʼest justement la tâche confiée par la ministre de lʼenvironnement, Ségolène Royal, à une mission dont le rapport est attendu pour la fin mars : tout mettre à plat. En attendant, le premier ministre accélère la mise en œuvre du référendum local annoncé par François Hollande , le 11 février. Dans une interview à Ouest-France, le 17 février, Manuel Valls réaffirme que le chantier doit débuter , malgré lʼoccupation de la zone par les opposants. « Parce quʼil faudra assumer cette expulsion au mois dʼoctobre, pour que les travaux puissent commencer , cette consultation locale est
nécessaire », réaffirme-t-il. M. Valls, malgré le flou sur la légalité de cette consultation locale sur un projet dʼintérêt national, a précisé que le périmètre électoral serait le département de la Loire- Atlantique, alors que de nombreuses voix demandent une base plus large.
« Moi je suis de Vendée, je ne pourrai pas voter . Alors que cʼest un projet qui concerne la Bretagne et les Pays de la Loire », a ainsi expliqué Bruno Retailleau, le président (Les Républicains ) de la région Pays de la Loire, fervent défenseur du projet, sur France Inter le 16 février. « Tous ceux qui utilisent ces arguments, au fond, ne veulent pas de la consultation. Mais je le dis clairement, si on empêche la consultation, il nʼy aura pas dʼalternative et les travaux démarreront de toute façon à lʼautomne », insiste pour sa part le chef du gouvernement.

Lire aussi :    L'impossible référendum de Notre-Dame-des-Landes

Lʼimpossible référendum de Notre-Dame-des-Landes (/planete/article/2016/02 /16/notre-dame-des-landes-un-referendum-impossible_4866264_3244.html)


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Notre-Dame-des-Landes : petite histoire de « la plus vieille lutte de France » (/planete/article/2016/02/18/notre-dame-des-landes-petite-histoire-de-la-plus-vieille-lutte- de-france_4868063_3244.html)

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