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07/03/2017

Malbouffe et planète

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Le soja et les fast-foods contribuent massivement à la déforestation ...

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Entre le fast-food du coin et la destruction accélérée des forêts d'Amérique du Sud, il existe un rapport que le consommateur n'a pas forcément en tête. Les militants de l'ONG Mighty Earth ont décidé de lui ouvrir les yeux sur la chaîne qui relie la monoculture dévastatrice du soja au hamburger ou au poulet pané.
Après avoir visité une trentaine de sites au Brésil et en Bolivie, avec la fondation Rainforest de Norvège, cette organisation américaine vient de lancer une campagne d'opinion qui cible la chaîne Burger King et ses 15 000 restaurants, qui vendent 11  millions de hamburgers par jour dans une centaine de pays. L'enseigne se retrouve sur le gril pour son manque d'exigence vis-à-vis de ses fournisseurs, parmi lesquels on compte des géants de l'agrobusiness.
Ces derniers sont en effet d'énormes consommateurs de soja, la première source de protéines dans l'alimentation animale. Ces vingt dernières années, les récoltes de cette légumineuse – en majorité génétiquement modifiée – ont été multipliées par deux pour dépasser les 300  millions de tonnes, dix fois plus que dans les années 1960.
Si aux Etats-Unis, premier producteur mondial, le soja gagne même sur des terres précédemment vouées au maïs,il est devenu en Amérique latine, avec l'élevage de bétail, la cause déterminante de destruction de la forêt amazonienne. La monoculture galopante y a mis à nu 4  millions d'hectares entre 2001 et 2010, dont 2,6  millions au Brésil, le principal exportateur de soja. Ces ravages ont déclenché la forte opposition de plusieurs ONG décidées à sauver la forêt et ses populations autochtones.Un moratoire en 2006
Greenpeace en particulier a mené campagne pendant quinze ans, prenant pour cible McDonald's en tant que responsable indirect. En  2006, un moratoire est finalement décrété sous l'auspice d'ONG et d'industriels – McDonald's le signe rapidement –, puis par le gouvernement brésilien. Cet accord exclut des circuits commerciaux les cultivateurs qui auraient planté sur des parcelles nouvellement conquises sur la forêt.
Un succès : selon Greenpeace, le soja, qui comptait pour 30  % dans la déforestation de l'Amazonie brésilienne en  2006, ne représentait plus que 1,25  % en  2016. Mais son expansion n'en est pas freinée pour autant. Elle s'opère désormais davantage sur des terres déjà défrichées et dans les régions voisines. Le moratoire, en effet, ne couvre que le cœur de l'Amazonie. La savane arborée du Cerrado brésilien, du Chaco argentin, des basses terres de Bolivie, de la forêt atlantique du Paraguay, connaissent à leur tour une métamorphose accélérée de leurs territoires.
Quatre enquêteurs de Mighty Earth et de Rainforest se sont rendus dans le Cerrado et en Bolivie. " Grâce à des drones, nous avons suivi des tracteurs alors qu'ils éventraient d'anciennes savanes et vu les cultivateurs de soja recourir méthodiquement aux incendies pour défricher les terrains ", rapportent-ils. En Bolivie, ils ont rencontré les Ayoreo, qui vivaient autrefois à l'abri de la canopée et se retrouvent désormais isolés au milieu de gigantesques parcelles de soja. " Le chef du village - nous - a décrit la terreur ressentie par sa communauté lorsque les avions volent au-dessus de leurs têtes pour répandre des pesticides ", racontent-ils.
Après avoir analysé images satellite et données agricoles, les enquêteurs constatent qu'ils sont en présence des mêmes acteurs de l'agroalimentaire qu'en Amazonie, en particulier des deux multinationales Cargill (150 000 collaborateurs dans 150 pays, dont 2 300 en France, et 107  milliards de dollars de revenus en  2016) et Bunge (32 000 personnes dans 40 pays). En Amérique du Sud, ils fournissent semences, engrais et matériels aux exploitants, achètent leurs récoltes de soja, les stockent, les transportent par cargos entiers et les vendent à l'export. Au bout de la chaîne, les fast-foods sont parmi les plus gros clients.
Entre 2011 et 2015, près de 568 000  hectares de forêt ont disparu dans les 29 communes du Cerrado où Bunge avait des silos, indique le rapport de Mighty Earth ; dans 24 communes où Cargill exploitait ses propres centres de stockage, 130 000  hectares étaient défrichés." Il ne reste rien "
L'ONU estime pour sa part les pertes annuelles en Bolivie à 289 000  hectares par an en moyenne de 2010 à 2015. Mais une autre étude du Centre de documentation et d'information, une ONG bolivienne, évoque 350 000  hectares à partir de 2011.
" Dans le Mato Grosso - centre du Brésil - , il ne reste rien des paysages de forêt tropicale, témoigne Arnaud Gauffier, du WWF. C'est le Paraguay qui nous inquiète leplus : il n'y a aucune prise de conscience des autorités. " En réaction à cette campagne née aux Etats-Unis, Cargill France a répondu par écrit qu'elle avait " pris l'engagement de mettre fin à la déforestation dans ses filières agricoles d'ici à 2030, avec un objectif de réduction de moitié d'ici à 2020. Pour ce faire, le groupe travaille en concertation avec plusieurs organisations qui partagent cette priorité. "
Cependant, le trader n'étant guère connu des consommateurs, c'est son client Burger King – propriété du fonds d'investissement brésilien 3G Capital – que les ONG ont mis sur la sellette. " 500 000 personnes ont signé notre pétition en deux jours contre le roi de la déforestation ", assure Etelle Higonnet, de Mighty Earth – la version française a obtenu 240 000 signatures. " Le 29  avril, nous allons organiser des marches contre lui. Burger King est tellement loin derrière ses concurrents ! Nous attendons toujours qu'il tienne les promesses exprimées il y a sept ans. "
Cette contre-publicité tombe mal pour la filiale française de fast-food. Elle a en effet acquis les restaurants Quick en décembre  2015 et annoncé vouloir les convertir progressivement en Burger King. Par ailleurs, la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères donneuses d'ordre qui vient d'être adoptée, le 21  février, impose aux grandes entreprises de  veiller aux activités de leurs fournisseurs.


Martine Valo

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