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14/04/2013

La prise en charge de l'autisme en France

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sante/article/2013/04/03/au-centre-maia-pour-enfants-autistes-l-innovation-est-reine_3152777_1651302.html

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Au centre MAIA pour enfants autistes, l'innovation est reine

LE MONDE | 03.04.2013 à 14h43 • Mis à jour le 05.04.2013 à 17h36

Par Catherine Vincent

Pour apprendre à jouer au ping-pong, Enzo a longtemps tapé sur une balle suspendue à un fil : avoir un partenaire en face de lui l'aurait déstabilisé. Le fil a progressivement été allongé, Enzo a envoyé la balle de plus en plus loin et commence à prendre plaisir à jouer sur une table. Une victoire pour ce garçon de 12 ans, qu'il doit pour beaucoup au centre d'accueil de l'association MAIA Autisme. 

Enclavée derrière un immeuble d'habitation du 12e arrondissement de Paris, cette structure est l'une des vingt-quatre à avoir obtenu le label d'Institut médico-éducatif (IME) expérimental dans le cadre du deuxième plan Autisme 2008-2012. Fondée sur l'analyse appliquée du comportement ou méthode ABA (Applied Behavior Analysis), elle prend en charge seize enfants âgés de 5 à 13 ans, atteints de troubles autistiques plus ou moins profonds.

MUR D'ESCALADE ET TABLES DE PING PONG

Dans le hall, des instruments de vibration musicale. Des tables et des casiers dans les salles d'activité, une pièce pour visionner les DVD, une autre pour la relaxation. Et beaucoup d'équipements sportifs, financés pour l'essentiel par la Fondation Bettencourt. Mur d'escalade, tapis de course, vélos d'entraînement, tables de ping-pong. "Mise en œuvre très tôt, la méthode ABA fait faire à certains enfants des progrès fulgurants. Mais pour d'autres, ce n'est pas le cas. Lorsque ceux-là deviennent préadolescents, les outils pédagogiques mis au point pour les petits ne sont plus adaptés. Il faut donc inventer autre chose", explique Claire Doyon. Mère d'une petite Pénélope, aujourd'hui âgée de 13 ans et autiste profonde, elle a créé l'association en 2004. Avec un seul but : apporter une aide financière et éducative à sa fille.

"J'avais fait le tour des instituts existants, et j'avais eu d'emblée un rejet face au discours très culpabilisateur qu'on me tenait", se souvient la jeune femme, qui a dû mettre entre parenthèses sa carrière de réalisatrice pour s'occuper de sa fille. Refusant de mettre Pénélope en hôpital de jour, elle part se renseigner aux Etats-Unis. "J'y ai découvert une façon de regarder ce handicap radicalement différente. Une approche très pragmatique, des outils diversifiés et performants, une grande réactivité de dépistage, du personnel formé..." Tout ce qui manque à l'époque en France, et à quoi le deuxième plan Autisme a donné une réelle mais timide impulsion.

"C'est quoi, ton sport préféré ?", vient demander Kolleens, 8 ans, sous l'injonction de son éducatrice. Quand il est arrivé ici, le petit garçon faisait des crises à répétition. Il se tapait la tête, se montrait violent. Aujourd'hui, ses troubles du comportement ont laissé la place à de vrais progrès verbaux et sociaux. "Comme lui, la plupart des enfants sont partiellement intégrés en école ordinaire ou en CLIS [classe pour l'inclusion scolaire], à raison d'une à quatre demi-journées par semaine", précise Gwenaëlle Lerigoleur, jeune éducatrice spécialisée qui a découvert l'ABA lors d'un séjour à Montréal.

Impossible, cependant, de les laisser en classe sans la présence d'un des seize éducateurs (un par enfant) du centre : des auxiliaires de vie scolaire ont beau, parfois, être sur place, "leur formation est trop peu adaptée aux troubles autistiques pour être efficace", estime Claire Doyon. L'association a passé une convention avec l'hôpital Bichat, qui se charge d'évaluer chaque année le développement psychomoteur et orthophonique des enfants.

MÉLANGE ENTRE L'ÉCOLE ET LA MAISON

Si cet institut expérimental illustre ce qui commence à bouger, en France, en matière de prise en charge de l'autisme, il témoigne aussi du parcours du combattant que constitue une telle aventure. Pour ses fondateurs, l'horizon s'est certes élargi avec l'agrément reçu en 2009, qui s'accompagne depuis lors d'une dotation annuelle de l'agence régionale de santé de 1,2 million d'euros.

Mais ce n'est qu'en 2011 que la structure trouve véritablement sa cohérence, avec la rencontre d'une jeune Brésilienne, Ana Bibay. Aujourd'hui directrice du centre, celle-ci s'est rodée aux Etats-Unis à la méthode ABA, pour laquelle il n'existe en France (à l'exception d'un diplôme universitaire délivré à Lille) ni formation ni supervision reconnue.

Dans ce lieu conçu "comme un mélange entre l'école et la maison", où les parents sont bienvenus et où fratries et amis proches sont accueillis un mercredi sur deux, l'innovation est reine. "Je ne conçois l'ABA que dans la pluridisciplinarité, et dans l'adaptation au cas par cas", précise Ana Bibay.

"LES HISTOIRES MIRACLES, C'EST VRAIMENT L'EXCEPTION"

A côté des éducateurs permanents, des spécialistes de diverses disciplines viennent régulièrement apporter leur savoir-faire. Souvent de l'étranger, où la prise en charge des troubles autistiques n'est pas aussi médicalisée qu'en France. Un programme pour adolescents est à l'étude en collaboration avec une équipe d'Ankara (Turquie), spécialisée dans les activités sportives pour jeunes autistes. Les dons reçus par l'association pour 2013 permettent de financer l'expérience pendant six mois. Après ? Le bricolage continuera, encore et toujours.

Car l'ambiance, ici, a beau être calme et sereine, et les enfants ne connaître ni médication ni salle d'isolement, comme partout ailleurs, le taux de guérison reste dérisoire. "Les histoires miracles que l'on raconte, c'est vraiment l'exception. La réalité du terrain, c'est qu'un autiste profond de 12- 13 ans, même s'il a bénéficié des meilleures stratégies éducatives, ne peut pas intégrer un milieu ordinaire. Il arrive même souvent que ses difficultés d'adaptation resurgissent à l'adolescence", constate Ana Bibay.

Ce qu'elle attend en priorité du nouveau plan Autisme ? Des progrès dans la formation aux méthodes éducatives et comportementales, et des avancées dans la prise en charge des adultes. A MAIA Autisme, la règle veut que les enfants soient accueillis jusqu'à leur majorité. Mais ensuite ? 

Lire aussi : Le troisième plan autisme se fait attendre

Santé mentale

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UFC-Que Choisir : des perturbateurs hormonaux identifiés dans des produits de beauté

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/03/de-nombreux-perturbateurs-hormonaux-identifies-dans-des-produits-de-beaute_3152533_3244.html

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Des perturbateurs hormonaux identifiés dans des produits de beauté

LE MONDE | 03.04.2013 à 11h28 • Mis à jour le 03.04.2013 à 14h09

Par Sophie Landrin

Crèmes, gels douche, shampooings, dentifrices, savons, vernis, poudres de maquillage, etc. : les cosmétiques contiennent des concentrations élevées de perturbateurs endocriniens, ces molécules susceptibles de bloquer ou de modifier le système hormonal humain et d'augmenter les pathologies lourdes comme les cancers hormonodépendants, l'infertilité ou le diabète. 

L'association de consommateurs UFC-Que Choisir a publié, mardi 2 avril, les conclusions de tests portant sur 66 produits. Une vingtaine de molécules ont été trouvées, des perturbateurs endocriniens utilisés sous forme de conservateurs, d'antibactériens, de filtres solaires, d'adoucissants, d'émollients. Le propylparaben, un conservateur, a été retrouvé dans 28 produits. Un seul des produits analysés ne comportait pas les molécules chimiques recherchées.

L'étude attire l'attention sur plusieurs cosmétiques de la marque Nivea, un déodorant et un gel douche. Dans le Nivea Water Mily & Oil, 2,68 g/kg de propylparaben ont été mesurés, alors que le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) fixe la teneur à ne pas dépasser à 2,48 g/kg. Le stick déodorant Dry Confort 48 h contient 180 g/kg de cyclopentasiloxane et 7,7 g/kg en cyclotetrasiloxane, des dérivés du silicone. Un dentifrice Colgate Total renferme 2,09 g/kg de triclosan, un antibactérien qui pourrait avoir des effets sur la thyroïde. Les experts de l'UFC-Que Choisir considèrent que ce produit, s'il est combiné par exemple avec un déodorant contenant aussi du triclosan, présente "un risque significatif".

EFFETS À LONG TERME

Ce que craignent les toxicologues, c'est l'effet "cocktail" : l'addition au cours d'une journée de tous ces produits, crème, protection solaire, cumulée à l'exposition à un environnement lui-même pollué par les perturbateurs endocriniens. On retrouve en effet ces molécules dans les vernis, les emballages alimentaires, les parquets, le mobilier, etc. L'un de ces perturbateurs hormonaux, le bisphénol A, est présent dans les bouteilles en plastique, les conserves, la vaisselle.

"Les doses présentes dans les cosmétiques sont le plus souvent en dessous du seuil de risque. Mais il faut rappeler que les perturbateurs endocriniens agissent à faible dose et sur le long terme. Par ailleurs, ce sont les effets cumulatifs qui peuvent être nocifs. Le problème, c'est que la toxicologie classique considère la nocivité de chaque molécule isolément sans prendre en compte les risques liés à l'exposition à un mélange de substances", explique Olivier Andrault, chargé de mission à l'UFC-Que Choisir.

L'association de défense des consommateurs demande donc une adaptation de la réglementation. Elle réclame à la Commission européenne la mise en place d'un programme de recherche indépendant sur les effets à long terme de ces perturbateurs endocriniens et l'obligation pour les fabricants d'afficher des étiquetages complets et précis. Les tests ont montré que la liste des ingrédients affichés par les fabricants sur leurs produits n'était pas toujours fiable. Les produits comportaient des substances non indiquées.

L'association souhaite enfin que les fabricants prennent les mesures qui s'imposent pour éliminer "rapidement toutes les substances toxiques ou douteuses de leurs produits".

Les effets de ces perturbateurs endocriniens sur le métabolisme humain inquiètent la communauté scientifique. En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail doit rendre publique, mardi 9 avril, une étude très attendue sur le bisphénol A. Et, d'ici à juin, l'Autorité européenne de sécurité des aliments devrait rendre son avis sur cette molécule.

Débat sur le bisphénol A

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11/04/2013

Achetez vous sur le net ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/12/25/les-pirates-des-carpates_1810181_3214.html

Les pirates des Carpates

LE MONDE | 25.12.2012 à 12h12 • Mis à jour le 26.12.2012 à 18h09

Par Mirel Bran, Ramnicu Valcea (Roumanie) envoyé spécial

Pour le touriste pressé, Ramnicu Valcea est une ville tranquille et verdoyante. Située au pied des Carpates, dans le centre de la Roumanie, elle ne laisse guère deviner le secret bien caché de son quartier ouvrier, Ostroveni. Il faut quitter le grand boulevard qui traverse la ville et s'engager dans les petites rues bordées d'HLM délabrées héritées de l'époque communiste pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond dans cette cité d'une centaine de milliers d'habitants.

Au pied de ces immeubles construits à la va-vite au temps de la dictature communiste se trouvent des voitures de luxe. Au volant, des jeunes de 20 à 30 ans, fiers d'afficher une richesse qui contraste avec l'environnement. Bienvenue dans le repaire des hackeurs ! Ces jeunes ont trouvé sur la Toile des opportunités que la réalité roumaine ne peut leur offrir. Ramnicu Valcea, avec son quartier Ostroveni, est une ville bien connue de la presse américaine qui l'a surnommée "Hackeurville".

 
 

Comprendre : la capitale mondiale du vol sur Internet. Français, Britanniques, Allemands, Italiens, mais surtout des Américains, qui font leurs courses sur Internet, sont tombés dans le panneau des réseaux roumains du hacking. Selon la police roumaine, environ 80 % de leurs victimes se trouvent aux Etats-Unis. "L'année dernière, les hackeurs roumains ont volé un milliard de dollars aux Etats-Unis", affirme Mark Gitenstein, l'ambassadeur américain à Bucarest.

TRAVAILLER EN RÉSEAU

A Ostroveni, tout le monde est au courant, mais la loi du silence règne dans le quartier. L'un de ces hackeurs a toutefois accepté d'évoquer son "commerce", sous couvert d'anonymat. "Avec les Américains, c'est plus facile, explique-t-il. Ces types, même quand ils veulent acheter du pain, ils vont cliquer sur Internet, ils ont l'habitude de tout faire sur le Web." Il lui arrive, assure-t-il, d'"embobiner quatre ou cinq types par semaine, en leur soutirant des sommes allant de quelques centaines à quelques dizaines de milliers de dollars".

"Le monde est grand et il est plein d'idiots prêts à acheter tout et n'importe quoi sur Internet, poursuit-il. On vend des produits fictifs, on clone des sites et on pirate des cartes bancaires. En Europe, pour récupérer l'argent, on envoie les "flèches", des types qui n'ont rien d'autre à faire que de retirer l'argent envoyé sur un compte. Ils gardent dans les 30 % du magot, et le reste ils nous l'envoient via Western Union." Vu le nombre d'enseignes Western Union qui ont poussé comme des champignons dans le centre-ville de Ramnicu Valcea, il semble que les affaires marchent bien.

Mais sortir l'argent des Etats-Unis est plus complexe. "Nous avons trouvé une solution légale, indique notre interlocuteur. J'achète une voiture de 120 000 dollars en cash. Rien de plus légal. Je la fais venir en Roumanie où je la vends 80 000 dollars. C'est toujours légal. D'accord, j'ai perdu 40 000 dollars mais j'en ai blanchi 80 000. Le mec qui l'achète est content, car il économise 40 000 dollars. Maintenant, les gars viennent directement nous commander les modèles qu'ils veulent."

Les hackeurs roumains ont compris l'intérêt de travailler en réseau. C'est ce qui fait leur différence et leur force. Les "flèches" sont les plus exposées, raison pour laquelle leurs papiers d'identité sont souvent des faux. Ils sont initiés aux méandres d'Internet. "On enchaînait les nuits blanches, scotchés devant les ordinateurs, se rappelle le hackeur d'Ostroveni. On prenait des garçons à partir de 14 ans pour nous aider. On emmenait aussi des enfants de l'orphelinat et on leur apprenait les trucs pour qu'ils travaillent pour nous."

"LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE EST TRANSFRONTALIÈRE"

Le FBI, dont plusieurs spécialistes de la criminalité informatique ont pris leurs quartiers à Bucarest, a formé plus de 600 policiers roumains pour endiguer le fléau. Une brigade d'enquête spécialisée dans le vol sur Internet dispose de 200 policiers présents dans les 41 départements du pays.

"La criminalité informatique est transfrontalière, déclare Virgil Spiridon, le chef de cette brigade spéciale. Nous avons fait beaucoup de progrès ces dernières années. La Roumanie coordonne actuellement un programme de lutte contre la criminalité cybernétique à l'échelle de l'Union européenne avec Europol et la Commission européenne."

La traque et les arrestations de hackeurs se sont accélérées. En 2011, la brigade roumaine a enregistré un millier d'enquêtes, procédé à 500 arrestations et remis 150 dossiers aux juges.

Côté FBI règne la plus grande discrétion. Retirés dans un immeuble classé secret situé sur un des grands boulevards de Bucarest, les officiers du Bureau fédéral d'investigation américain sillonnent le monde virtuel pour trouver la trace des hackeurs roumains. Ils s'inspirent des méthodes des hackeurs, créent des sites de vente où ils passent de petites annonces appétissantes.

Victor Faur, nom de code SirVic, connaît bien le système. Il a été à la tête d'un des réseaux les plus performants de Roumanie. "Mais j'ai toujours été un hackeur blanc , je ne veux pas être confondu avec les petits cons qui volent sur Internet, précise-t-il. Ça, tout le monde peut le faire. C'est pour cette raison que le FBI leur met la main dessus, ils ne savent pas effacer leurs traces."

Malgré ses prouesses, SirVic a été arrêté et condamné à six mois de prison avec sursis, et 240 000 dollars d'amende. Il s'était amusé à attaquer les serveurs de l'agence spatiale américaine, la NASA, pour montrer aux Américains qu'il y avait des brèches dans leur système de sécurité. "Je les ai prévenus pour qu'ils règlent le problème, mais j'ai fait la connerie de me vanter de mon exploit sur un site dont ils avaient l'accès."

TOUT EST À VENDRE, CARTES AVEC CODE, CARTES VIERGES

Face à la répression policière, les hackeurs se sont faits très discrets mais ils croient toujours à leur bonne étoile. Le hacking est-il difficile à apprendre ? Pour Ice Man, le "prince noir" des hackeurs roumains, voler sur la Toile est très simple. De son vrai nom Robert Butyka, âgé de 26 ans, il précise d'un ton irrité qu'il ne faut pas confondre hackeur et voleur. Que lui ne s'intéresse qu'aux vrais défis d'Internet.

"Oui, voler sur Internet est une affaire simple", insiste-t-il néanmoins. "Il y a une centaine de bons guides d'utilisation sur Internet pour apprendre à devenir hackeur", explique-t-il. Démonstration en quelques clics : "Voilà, j'ai trouvé des types qui proposent à la vente des cartes bancaires avec les codes associés pour l'Italie, la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne." Sur l'écran de l'ordinateur défilent des petites annonces. Tout est à vendre, cartes avec code, cartes vierges, listes d'e-mails extraits de messageries de grandes entreprises et toute une panoplie de programmes pour accéder à des serveurs.

"Il faut faire attention quand même, prévient-il. Une partie de ces annonces est rédigée par les agents du FBI ou de la CIA pour appâter. Si tu ne sais pas les éviter tu peux te faire avoir." C'est ce qui est arrivé au jeune Iulian Dolan qui, avec trois amis, avait mis la main sur les données de 80 000 cartes bancaires américaines et dérobé plusieurs millions de dollars.

Une femme agent de la CIA jouant le rôle de la fille qui cherche une relation sur Internet a réussi à attirer le cybercriminel roumain. Elle lui a proposé de lui payer un billet d'avion pour un séjour dans un casino à Hawaï. Armé d'une grosse boîte de préservatifs, Iulian Dolan a été menotté dès son atterrissage à l'aéroport Logan de Boston.

PLAQUE TOURNANTE

Environ 10 000 informaticiens sortent tous les ans des universités roumaines, et une bonne partie d'entre eux travaille actuellement dans les multinationales qui se sont installées en Roumanie. "La masse des informaticiens est très importante et le risque de la criminalité cybernétique est à la mesure, affirme Florin Talpes, informaticien et fondateur de la société Bitdefender. Les jeunes sont les plus exposés."

"Quand j'ai démarré mon affaire dans les années 1990, la cybercriminalité était un sport individuel, dit-il. Aujourd'hui, ces gens agissent en groupe et sont organisés comme une société commerciale. L'avance technologique qu'on a connue ces dernières années profite aussi à ceux qui sont de l'autre côté du miroir, ce monde obscur où le vol sur Internet est devenu un vrai business."

Ramnicu Valcea est une plaque tournante de la criminalité informatique dont les ramifications s'étendent sur plusieurs continents. Le phénomène a commencé en 1996, et le succès d'une poignée de jeunes a fait boule de neige à l'échelle de la ville. Ce n'est qu'en 2003, sous la pression des Etats-Unis, que la Roumanie a voté une loi permettant de combattre ce nouveau type de criminalité.

Du haut de son balcon qui a vue sur le quartier des pirates de Ramnicu Valcea, le hackeur d'Ostroveni ne cache pas ses doutes. "Les cerveaux, les gros poissons ont quitté Hackeurville, conclut-il en souriant. Ils s'installent ailleurs et se fondent dans le paysage aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou en Suisse. Ce sont des fantômes super-friqués et très discrets. Je ne pense pas qu'on les aura."

Mirel Bran, Ramnicu Valcea (Roumanie) envoyé spécial

Bonnes idées ( poules / savon )

lu sur :

http://www.univers-nature.com/actualite/quand-les-poules-remplacent-les-poubelles-63487.html

    05/04/2013 : Quand les poules remplacent les poubelles

Nous aurions pu vous parler du charmant village de Pincé, petite commune sarthoise de 196 habitants. Mais c’est sur Barsac, ville girondine de 2000 habitants, que nous nous attardons. Là-bas, comme à Pincé, les élus cherchent à diminuer le volume des déchets produits par les habitants en leur proposant une solution aussi écologique qu’inattendue : des poules. Celles-ci sont en effet peu regardantes sur la présentation de la nourriture qui leur est apportée, et se contentent d’épluchures de légumes et de restes de repas. Une seule de ces poules serait capable d’ingurgiter plus de 150 kilos de végétaux (et de restes divers) chaque année. Dans le même temps, un Français produit en moyenne (et selon l’ADEME) 390 kilos de déchets en tous genres. Le calcul est vite fait : une poule peut permettre de diminuer le volume de nos déchets de plus d’un tiers.

Barsac, les habitants de la communauté de communes de Podensac se sont ainsi vu proposer l’adoption de deux volatiles par foyer, moyennant un euro par individu à plumes. En échange, ils s’engagent à les nourrir et à en prendre soin pour les deux années à venir, et profitent d’oeufs frais quotidiens à la traçabilité certaine. Dans un premier temps, 75 foyers ont pu profiter de l’offre de leur commune et accueillir deux gallinacés. Conquise par ce succès, la commune ne compte pas s’arrêter là et envisage de réitérer son offre, et même de mettre à disposition un poulailler municipal pour ses habitants qui n’ont pas la chance de posséder un grand jardin.

Malgré des dehors futiles, cette distribution de poules s’inscrit dans une vaste politique de réduction des déchets menée par la communauté de communes locale qui a mis en place un impôt sur les ordures ménagères qui ne fonctionne non plus par forfait, mais qui est calculé selon le poids des déchets produits par chaque foyer : en un an, ce système a ainsi permis aux habitants de diviser par deux le volume de leurs poubelles, et de diminuer de belle manière leur contribution annuelle aux impôts locaux. Autant d’initiatives qui permettent d’un côté de réduire les coûts de traitement des déchets de la communauté, tout en apportant un peu plus de vie dans les rues de Barsac et de ses environs.

Si la municipalité veut poursuivre dans cette voie écologique, suggérons-lui la location de quelques chèvres pour tondre la pelouse des espaces verts municipaux : certaines sociétés se sont spécialisés dans ce business vert. Et puis des poules et des chèvres, ce sont des animaux qui sont censés pouvoir s’entendre, non ?

Benjamin . 05/04/2013
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http://www.univers-nature.com/objet-ecolo/je-recycle-lhuile-avec-mon-usine-a-savon-63493.html

Chacun d’entre nous a dû vivre ça lors de nos premières années loin du foyer parental, une période où l’on apprend beaucoup sur la tenue d’un logement à force d’erreurs : déverser des matières grasses dans l’évier finit par boucher celui-ci. Les matières se figent petit à petit jusqu’à complètement obstruer le siphon, qu’il faut alors démonter et nettoyer. Tâche ingrate. Mais alors que faire de ces déchets gras ? Pour le beurre, il suffit d’attendre qu’il se re-solidifie après la cuisson pour l’envoyer faire un beau voyage, direction poubelle.

Pour l’huile en revanche, Analia Blanco, jeune designer, propose de lui offrir une seconde vie et de le transformer en savon. Pour cela, la jeune femme, ancienne de l’école polytechnique de Valence (en Espagne, pas dans la Drôme) a inventé un petit appareil électroménager qu’elle a appelé « usine à savon » : d’apparence cubique, blanc, celui-ci se fondra parfaitement dans n’importe quel coin cuisine. Son mode de fonctionnement est d’une simplicité à toute épreuve : il suffit d’y introduire de l’huile usagée préalablement filtrée, de la mélanger à de l’eau et à de la soude caustique (attention les doigts tout de même), et l’usine à savon se charge de mélanger tout cela et de produire des doses de savon solide, semblables à ceux vendus dans les magasins et auxquels vous êtes habitués. Pour un litre d’huile, l’appareil est capable de produire 850 grammes de savon.

Attention à l’abus de langage, on parle ici d’un savon pensé pour le lavage des sols, de la vaisselle et même du linge, mais en aucun cas pour le soin du corps humain. Quoi qu’il en soit, cette usine à savon permet de se débarrasser de façon intelligente d’un déchet encombrant, et dont un seul litre est capable de contaminer quelques 1000 litres d’eau potable.

Sachant que chaque Français consomme en moyenne 4 litres d’huile alimentaire par an, les volumes rejetés dans les égouts dans les meilleurs des cas, ou directement dans la nature, sont conséquents et méritent d’être pris en compte. C’est à cela que s’est attelée Analia Blanco, en imaginant son usine à savon, en la faisant breveter, et en continuant encore et encore de la tester pour la perfectionner, avant une mise sur le marché espérée dans quelques années. Son travail n’est en tout cas pas passé inaperçu, puisqu’elle a décroché de multiples récompenses lors de concours de design.

Reste à dépasser l’éventuel blocage psychologique du consommateur, pas forcément enclin à nettoyer sa chemise préférée ou la vaisselle de mamie avec du savon fabriqué à partir d’huile de friture recyclée.

Benjamin . 

02/04/2013

Crise et impayés : les méthodes des sociétés de recouvrement de dettes

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/02/les-methodes-musclees-des-chasseurs-de-dettes_3151843_3224.html

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LE MONDE | 02.04.2013 à 11h15 • Mis à jour le 02.04.2013 à 11h21

Par Catherine Rollot

Le jour où il a compris que celui qui était au bout du fil n'était pas un agent de la Sécurité sociale mais un employé d'une société de recouvrement de dettes qui cherchait sa nouvelle adresse, Rudy, 40 ans, s'est dit que c'était allé trop loin et a pris un avocat. Une solution onéreuse dont se serait bien passé ce cadre de production qui, à la suite d'un divorce, s'est retrouvé dans l'impossibilité de payer les mensualités de 800 euros de son crédit à la consommation.

"Quand j'ai commencé à avoir des difficultés, j'ai contacté mon créancier pour demander un échelonnement de ma dette, raconte Rudy. Et là, je me suis heurté à un mur. Aucun arrangement ne m'a été proposé et le cauchemar a commencé."

Lettres au ton menaçant et alléguant de poursuites judiciaires, relances téléphoniques jusque sur le lieu de travail, usurpation d'identité. Avec la crise, de plus en plus de Français confrontés à des impayés ont affaire, comme Rudy, à des "chasseurs de dettes" aux méthodes souvent musclées.

Pour récupérer les sommes qui leur sont dues, opérateurs de téléphonie, commerçants, organismes de crédit... ont recours à des sociétés, indépendantes ou filiales d'établissements financiers, dont la vocation est de pousser le débiteur à rembourser volontairement ce qu'il doit. Si la négociation n'aboutit pas, le créancier peut décider de poursuivre par la voie judiciaire, mais dans ce cas-là, seul un huissier, un officier de justice muni d'un titre exécutoire, peut saisir des biens ou des salaires.

"Les sociétés de recouvrement ont finalement peu de moyens pour récupérer les créances, explique Régis Halter, directeur adjoint de la fédération Cresus, un réseau d'aide aux personnes endettées. Elles se parent souvent des atours des huissiers de justice, en adoptant la forme de papiers officiels, en faisant référence à des textes de loi, en utilisant des termes intimidants, voire comminatoires."

FRAIS ILLÉGAUX DE RECOUVREMENT

"Mise en demeure avant poursuites judiciaires", "avis d'injonction de payer", autant de formules choisies pour faire peur à des débiteurs souvent fragilisés. Des sociétés qui jouent souvent sur la confusion entretenue par la double casquette de l'huissier. Ce dernier peut aussi, comme les sociétés de recouvrement, être mandaté dans la phase amiable et, dans ce cadre, a les mêmes prérogatives qu'une société de recouvrement.

Lire Les huissiers veulent améliorer leur image

Pour Nathalie Nolen, responsable de l'association Cypres qui accompagne les personnes surendettées sur tout le département de la Somme, "les sociétés commerciales, mais aussi les huissiers, font de 'l'intox' pour récupérer au plus vite les créances". Leur seul objectif serait d'encaisser la somme réclamée, parfois augmentée d'illégaux frais de recouvrement, alors que la loi prévoit qu'ils sont à la charge du créancier.

Encadrées par un décret de 1996, les sociétés de recouvrement profitent aussi du fait que beaucoup de victimes d'abus n'osent pas réagir. Soit parce qu'elles culpabilisent, soit par peur ou encore parce qu'elles ne savent pas où s'adresser. Rémunérées à la commission sur les sommes récupérées, ces officines sont régulièrement dénoncées par les associations de consommateurs pour avoir fait pression, menacé, voire harcelé les débiteurs en téléphonant à la famille, aux voisins ou à l'employeur...

Sur le site Lesarnaques.com, les témoignages sur les sociétés de recouvrement se comptent par dizaines. "Certaines utilisent des méthodes de voyou pour obtenir des informations sur la personne ou pour qu'elle craque", explique Sacha Leroy, sa responsable juridique. Au printemps 2012, Lesarnaques.com a renvoyé la ligne téléphonique d'une famille en difficulté, avec son accord, sur celle du site pour se rendre compte des pressions exercées par un cabinet de recouvrement. "Menaces de saisie de tous les biens, de placement des enfants... tout y est passé", se rappelle Mme Leroy.

Directeur général de Contentia, filiale du groupe 3SI, spécialisé dans le commerce électronique, Sébastien Dirand ne nie pas que la profession ait ces moutons noirs mais il en relativise les dérives. "Le marché compte de 200 à 500 acteurs, qui vont de la grosse entreprise à de toutes petites avec un seul salarié. Les sociétés importantes ou reconnues ne peuvent pas se permettre de tels agissements", justifie le directeur général d'une société qui revendique une deuxième place sur le marché français, 380 salariés et un chiffre d'affaires de près de 30millions d'euros.

"NOUS SOMMES UNE ACTIVITÉ QUI SUSCITE PEU DE VOCATIONS"

Pour recouvrer le stock d'impayés de 1,5 milliard qui provient pour "70 % à 80 % des particuliers", Contentia se targue d'un certain code déontologique. "Pas d'appel avant 9 heures, pas d'usurpation d'identité, aucun dommage et intérêt ou frais demandés...", égrène le directeur général. "Nous sommes un secteur respectable", affirme aussi Alexandre Gonzevac, président du Syndicat national des cabinets de recouvrement de créances et de renseignements commerciaux, un des trois syndicats professionnels du secteur.

Selon M. Gonzevac, qui dirige par ailleurs le cabinet d'Ormane (12 salariés et 1,7 million d'euros de chiffre d'affaires), la mauvaise image de son secteur reposerait "sur des clichés qui datent d'il y a vingt ans". Il préfère insister sur les difficultés du métier. "Nous sommes une activité qui suscite peu de vocations. Nous sommes toujours pris entre deux feux, le client qui veut être payé, et un débiteur qui soit légitimement ne peut pas payer soit est de mauvaise foi." Quant à la crise économique, elle ne serait pas une aubaine pour le secteur, au contraire, affirme M. Gonzevac : "Les dossiers sont plus difficiles, la capacité des ménages à rembourser baisse et in fine cela devient de plus en plus compliqué d'obtenir le remboursement des dettes."

28/03/2013

Informations santé/société

lues sur :

http://presse-inserm.fr/jeudi-28-mars-2013/7556/?

Interdire de fumer dans les voitures, en présence d’enfants

Le sénateur socialiste de Loire-Atlantique, Yannick Vaugrenard, a proposé, hier, d’interdire de fumer en voiture, en présence d’enfants, et a, dans cette optique, interpellé la ministre de la Santé à l’Assemblée nationale, explique Le Figaro.

Il a souligné que « les parents n’ont pas toujours conscience de l’intensité du tabagisme passif dans une voiture ».

Les médecins spécialisés en santé publique souhaitent surtout détourner les enfants du « mauvais exemple » donné par leurs parents, un enfant ayant « plus de risques d’expérimenter le tabac si ses parents sont fumeurs et plus encore si ses parents fument devant lui », indique le quotidien.

Afin de « dénormaliser » le tabac, la Ligue contre le cancer incite à la création d’espaces publics extérieurs non-fumeurs.

En réponse à la demande de Yannick Vaugrenard, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, a souligné que le gouvernement réfléchissait à « une interdiction du tabac dans des lieux publics collectifs qui accueillent des enfants comme les parcs publics ou les jardins d’enfants ».

Le Figaro, 28/03

lues sur :

http://presse-inserm.fr/mercredi-27-mars-2013-2/7549/?

Le Congrès de la Société Francophone du diabète s’intéresse au rôle de l’intestin et de la flore intestinale

L’AFP souligne que « la flore intestinale et l’intestin grêle et leur rôle dans le diabète de type 2 (…) sont l’un des sujets vedettes du congrès de la Société Francophone de diabète » qui a lieu depuis hier à Montpellier.

Le Pr Rémy Burcelin, directeur de recherche à l’Inserm de Toulouse, explique : « Nous avons un certain nombre de gènes parentaux, notre génome qui définit notre susceptibilité à devenir diabétique. Mais il y a l’environnement qui, lui, définit le risque ». Et d’ajouter : « Et dans cet environnement, il peut y avoir les pesticides, le fait de décider de trop manger, de ne pas faire assez d’exercice physique, ou encore l’impact sur la flore intestinale ».

Un vaccin est actuellement testé à Toulouse chez la souris, indique l’agence de presse. « On est à l’ère primaire de l’approche thérapeutique », estime le chercheur.

AFP, 26/03

Encore un rappel d'Histoire contemporaine

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/21/morts-par-la-france_1852096_3224.html

LE MONDE CULTURE ET IDEES | 21.03.2013 à 17h16 • Mis à jour le 25.03.2013 à 16h25 

Il est des recherches d'historien qui virent peu à peu à l'enquête de police, sans l'inconvénient des lois de prescription. Il en est ainsi des travaux d'Armelle Mabon, maître de conférences à l'université Bretagne-Sud, à Lorient (Morbihan). Depuis 1996, cette femme combative tente d'élucider ce qu'il reste d'énigme dans l'un des grands drames de l'histoire coloniale française : le massacre par l'armée française de dizaines de tirailleurs africains à Thiaroye, au Sénégal, le matin du 1er décembre 1944.

Les archives officielles - rapports, circulaires, enquêtes - se livrant à une réécriture de l'affaire, il lui a fallu trouver ailleurs la vérité. Depuis dix-sept ans, elle convoque donc la science balistique, collationne les expertises d'armuriers, confronte les récits et les chronologies des témoins ou de leurs descendants, repère les contradictions au sein des rapports qu'elle répertorie patiemment dans des tableaux Excel. Bref, de l'investigation à part entière, d'où affleure peu à peu la vérité.

"UN MENSONGE D'ETAT DEPUIS SOIXANTE-DIX ANS"

Thiaroye : de prime abord, cette page d'histoire est connue et même reconnue. La France a officiellement admis le massacre, en 2004. Lors d'un voyage au Sénégal, en octobre 2012, François Hollande a fait explicitement référence à cette "répression sanglante" dans un discours prononcé à Dakar. Mais, en même temps, le scénario de la fusillade et jusqu'au nombre des victimes restent en grande partie obscurs. L'armée française s'est toujours abritée derrière l'explication de la réaction à une mutinerie armée. "Un mensonge d'Etat depuis soixante-dix ans", peste l'historienne. "Une fable", confirme le général André Bach, ancien responsable des archives de l'armée de terre.

Rappel des faits ou du moins de ce que l'on en sait. En 1940, les tirailleurs sénégalais - appellation générique désignant des combattants de plusieurs pays d'Afrique noire - participent à la campagne de France. Des milliers meurent au combat. Entre 1 500 et 3 000 d'entre eux, sitôt faits prisonniers, sont froidement abattus par des soldats allemands gavés d'idéologie suprémaciste. Après l'armistice, près de 70 000 soldats indigènes venus de tout l'empire sont internés dans des camps de prisonniers aménagés sur le territoire français (frontstalags), le régime nazi ne voulant pas de la présence de ces "races inférieures" sur le sol du Reich. La sous-alimentation, le froid, la maladie et le travail forcé déciment les prisonniers. Des internés parviennent à s'évader, cachés par la population complic$e, et rejoignent parfois les rangs de la Résistance.

ARRIÉRÉS DE SOLDE

Dès 1944, les frontstalags sont libérés au fil de l'avancée des forces alliées. L'administration organise le rapatriement de leurs occupants africains vers les colonies. Deux mille tirailleurs se retrouvent ainsi, le 3 novembre 1944, à Morlaix (Finistère). De là, ils doivent embarquer sur le Circassia. Mais les soldats exigent au préalable de recevoir leurs arriérés de solde, quelques milliers de francs de l'époque. Trois cents s'obstinent, refusent de monter à bord et sont expédiés manu militari dans un centre de détention des Côtes-d'Armor. Les autres obtempèrent finalement après avoir touché un quart de la somme et surtout après avoir reçu la promesse de recevoir le reste à l'arrivée.

Une nouvelle grogne éclate lors d'une escale à Casablanca et 400 tirailleurs restent à quai. Ce sont 1 280 soldats qui arrivent finalement à Dakar, le 21 novembre 1944. Ils sont aussitôt enfermés dans des baraquements, à quelques kilomètres de là, dans la caserne de Thiaroye. Les autorités coloniales entendent les renvoyer dans leurs foyers. Les hommes réclament d'abord leur dû. Le 28 novembre, la tension monte. Cinq cents hommes sont sommés de prendre un train pour Bamako. Ils refusent. Venu négocier, le général Dagnan est pris à partie. Il promet le paiement des arriérés. Mais le 1er décembre au matin, le camp est encerclé par un imposant dispositif humain et matériel.

DES RAPPORTS LITIGIEUX

A partir de là, rien n'est clair, si ce n'est qu'une fusillade éclate peu après 9 heures. C'est ici que l'historienne doit se faire limier, tant les rapports sont litigieux. Le témoignage écrit du lieutenant-colonel Le Berre diverge ainsi de celui du chef de bataillon Le Treut, du capitaine Olivier, du colonel Carbillet, du général Dagnan, du lieutenant-colonel Siméoni, du lieutenant de gendarmerie Pontjean, du colonel Le Masle ou du général de Perier, qui diligentera une commission d'enquête en 1945. Certaines circulaires ou certains comptes rendus sont même introuvables. " Ils ont disparu", explique l'historienne, qui a exploré les différents centres où sont conservés les documents de l'époque, en France, mais aussi au Sénégal.

Au fil des versions se développe l'idée d'une riposte à des tirs à la mitraillette ou au pistolet-mitrailleur venus des mutins. Le général Dagnan a fait établir à l'époque une liste des armes prétendument retrouvées. Armelle Mabon l'a fait examiner par des experts de l'Union française des amateurs d'armes. Rien ne tient dans cet inventaire ni ne justifie d'utiliser de tels moyens - un char, deux half-tracks, trois automitrailleuses - pour y répondre.

Officiellement, 35 tirailleurs furent tués ce 1er décembre, chiffre repris par François Hollande dans son discours à Dakar. Vingt-quatre seraient morts sur le coup et onze à l'hôpital. Mais le rapport du général Dagnan daté du 5 décembre fait état de "24 tués et 46 blessés transportés à l'hôpital et décédés par la suite", soit 70 victimes. "Pourquoi aurait-il eu intérêt à alourdir le bilan ?", demande l'historienne qui accrédite plutôt ce dernier chiffre.

TUÉS POUR L'EXEMPLE

Armelle Mabon conclut que les autorités militaires au plus haut niveau voulaient, depuis la veille, faire un exemple contre des soldats qu'elles estimaient en état de rébellion. "Les contradictions multiples et les nombreuses incohérences associées aux témoignages suggèrent fortement la préméditation", affirme-t-elle. Les officiers auraient pris prétexte d'un début d'échauffourée pour tirer. Certaines des victimes avançaient sur les hommes qui les encerclaient, exhibant leurs galons français.

Une trentaine de mutins seront condamnés à des peines allant jusqu'à dix ans de prison, avant de bénéficier d'une grâce amnistiante du président Auriol en 1947. A une exception, les auteurs de la fusillade et ceux qui l'auront ordonnée ou couverte ne furent jamais inquiétés. Cependant, passant au crible leurs dossiers personnels, Armelle Mabon a pu constater que leur carrière fut entravée à dater de ce jour : mise à la retraite d'office, avancement refusé, annotations négatives. "Ils ont été sanctionnés en préservant l'honneur de l'armée", conclut l'historienne. Un aveu déguisé que des fautes ont été commises.

GRAVE BAVURE MILITAIRE

"Il faut réhabiliter les tirailleurs morts, blessés, pour avoir simplement réclamé un droit dont ils ont été spoliés", estime Armelle Mabon, qui publiera ses conclusions dans un ouvrage collectif à paraître aux PUF en octobre 2013 : Nouvelle histoire des colonisations européennes (XIXe-XXe siècles). Sociétés, cultures, politiques.

Thiaroye n'est pas resté simplement dans l'Histoire comme une grave bavure militaire. La fusillade s'inscrit, avec les événements de Sétif et d'autres, dans cette période où les autorités coloniales, après s'être comportées souvent sans grand honneur pendant le conflit, furent incapables de percevoir les changements induits par la seconde guerre mondiale. Les tirailleurs rentraient d'Europe porteurs de valeurs nouvelles. "Ils viennent à la colonie avec l'idée bien arrêtée d'être les maîtres, de chasser les Français", redoute ainsi le lieutenant-colonel Le Berre dans son rapport. Le général Dagnan craint que ces hommes ne "forment le noyau agissant de tous les groupements hostiles à la souveraineté française".

CITOYENS À PART ENTIÈRE

Face à eux, la caste administrative conservait ses préjugés racistes. Dans de multiples textes d'époque, la hiérarchie militaire dénie ainsi aux tirailleurs le droit à un argent qu'ils seraient incapables de gérer. Pour Armelle Mabon, avec Thiaroye, "il s'agit de réimposer la domination coloniale ébranlée par la guerre".

Le peu de cas fait de ces tirailleurs qui s'étaient battus pour la France apportait un démenti à ceux qui espéraient que les indigènes de l'empire pourraient devenir des citoyens à part entière de la République. Lamine Guèye, avocat des "mutins", et Léopold Sédar Senghor, qui demanda leur amnistie, deviendront bientôt deux artisans de l'indépendance.

Benoît Hopquin

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À LIRE 

"NOUVELLE HISTOIRE DES COLONISATIONS EUROPÉENNES (XIXE-XXE SIÈCLES). SOCIÉTÉS, CULTURES, POLITIQUES"

sous la direction d'Amaury Lorin et Christelle Taraud (PUF, à paraître en octobre 2013).

"UNE SAISON NOIRE. LES MASSACRES DES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS, MAI-JUIN 1940"

de Raffael Scheck (Tallandier, 2007).

"LA RÉVOLTE DES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS DE TIAROYE"

de Julien Fargettas (Revue Vingtième siècle, no 92, avril 2006).

À VOIR

"LE CAMP DE TIAROYE"

film sénégalais (1988) d'Ousmane Sembene (2 h 27 min). 1 DVD Médiathèque des Trois Mondes.

27/03/2013

La grande terreur : un rappel pour les jeunes générations

lu sur :

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2013/03/06/un-massacre-dicte-par-la-paranoia-du-regime_1842888_3208.html

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La Grande Terreur, un massacre dicté par la paranoïa du régime stalinien

LE MONDE | 06.03.2013 à 14h18 • Mis à jour le 06.03.2013 à 15h25

Par Nicolas Werth

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Voir l'infographie : Géographie de la terreur stalinienne

 

L'arrestation et l'exécution d'un pourcentage souvent très élevé des cadres communistes ne représentèrent qu'une petite fraction (7 à 8 %) de l'ensemble des arrestations et des exécutions de la Grande Terreur (1937-1938). Tandis que les rituels d'anéantissement des "ennemis du peuple" envahissaient la sphère publique, les groupes opérationnels du NKVD mettaient en oeuvre les "opérations secrètes de masse", décidées et mises au point par Staline, Nikolaï Iejov, le commissaire du peuple à l'intérieur, et les plus proches collaborateurs de Staline, avec pour objectif d'éradiquer des éléments considérés comme étrangers ou nuisibles dans un projet d'homogénéisation de la société socialiste, à un moment jugé critique.

Staline était persuadé de l'imminence d'un conflit international auquel l'URSS ne pourrait se soustraire. Cette perspective lui rappelait l'une des grandes leçons politiques léguées par Lénine : la nécessité d'éliminer à l'avance, par une "frappe prophylactique", tous les "ennemis intérieurs" perçus comme autant de recrues potentielles d'une mythique "cinquième colonne de saboteurs et d'espions".

La plus importante de ces opérations, lancée par l'ordre opérationnel du NKVD n° 00447 en date du 30 juillet 1937 et entrée dans le vocabulaire codé du NKVD sous le nom d'"opération Koulak", ciblait une cohorte d'"ennemis" aux contours particulièrement flous : les "ex-koulaks, éléments criminels et autres contre-révolutionnaires". Tous ces individus devaient être répartis en deux catégories : les "plus actifs" dans la catégorie I, les "moins actifs, mais néanmoins hostiles" dans la catégorie II. Les individus classés dans la catégorie I devaient être "immédiatement arrêtés et après passage de leur dossier devant une troïka [juridiction d'exception de la police politique, composée de trois membres], fusillés". Ceux classés en catégorie II devaient être "arrêtés et envoyés en camp pour une durée de dix ans".

LE LOURD TRIBUT DES POLONAIS

L'ordre n° 00447 présentait ensuite des quotas, région par région, du nombre d'individus à réprimer. Selon les chiffres du NKVD, 767 000 personnes furent condamnées, dont 387 000 à la peine de mort, dans le cadre de cette opération.

Staline et Iejov lancèrent également une dizaine d'"opérations nationales". Le 25 juillet 1937 débuta l'"opération allemande" visant "les agents allemands, saboteurs, espions et terroristes travaillant pour le compte de la Gestapo". En quinze mois, 57 000 personnes furent arrêtées à ce titre, dont 42 000 furent exécutées.

Le 11 août 1937, Nikolaï Iejov envoya une nouvelle directive destinée à mettre en oeuvre la "liquidation totale des réseaux d'espions et de terroristes de l'Organisation militaire polonaise". Cette opération allait se solder par l'arrestation, en quinze mois, de 144 000 personnes, dont plus de 111 000 furent condamnées à mort. Parmi les minorités nationales, la diaspora polonaise paya le plus lourd tribut à la Grande Terreur : un cinquième des 700 000 citoyens soviétiques d'origine polonaise recensés en URSS en 1937 furent condamnés, et la plupart exécutés.

Une troisième opération nationale avait pour cible un groupe suspect d'entretenir des liens avec le Japon, les "Harbiniens", ex-employés et cheminots de la Compagnie des chemins de fer de Chine orientale, basée à Harbin, et qui, après la cession de la ligne au Japon, avaient été rapatriés, comme citoyens soviétiques, en URSS. Au total, 33 000 personnes furent condamnées dans ce cadre, dont plus de 21 000 furent exécutées.

En octobre-novembre 1937, le NKVD déclencha cinq autres opérations de ce type - lettone, finlandaise, grecque, roumaine et estonienne. Selon les statistiques du NKVD, 335 513 individus furent condamnés dans le cadre des opérations nationales. Sur ce nombre, 247 157, soit 73,6 % - une proportion bien plus élevée que pour l'opération n° 00447 -, furent exécutés.

RESPONSABLES ZÉLÉS

Outre les suppléments de quotas accordés à la demande des responsables régionaux zélés, Staline et Iejov prenaient l'initiative d'augmenter les quotas de manière globale : ainsi, le 15 octobre 1937, ils allouèrent à 58 régions et républiques des quotas supplémentaires concernant 120 320 "individus à réprimer". Chaque équipe devait remplir son plan chiffré d'arrestations et monter des affaires groupées de "contre-révolutionnaires", d'"espions" et de "terroristes" passés aux aveux. Ceux-ci étaient obtenus au terme de tortures et d'interrogatoires ininterrompus.

La mise en oeuvre des opérations nationales obligea les agents du NKVD à déployer une inventivité sans borne. A Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod, à l'est de Moscou), le chef régional du NKVD eut la lumineuse idée d'inverser la catégorie introuvable d'"ex-prisonniers de guerre allemands restés en URSS" en "ex-prisonniers russes de la guerre impérialiste ayant été en captivité en Allemagne", ce qui permit à ses agents d'arrêter plusieurs centaines d'anciens combattants de la Grande Guerre.

Les dossiers ainsi fabriqués étaient transmis à un tribunal d'exception, siégeant à huis clos. Au cours d'une seule séance, celui-ci examinait plusieurs centaines de dossiers. La sentence ne pouvait être que la peine de mort ou l'envoi pour dix ans au goulag.

"GENS DU PASSÉ"

Comment identifier les victimes ? Les historiens ont identifié des groupes sociaux et des zones à risque. Les groupes à risque comprenaient tout ancien membre du Parti bolchevique exclu pour telle ou telle "déviation" politique, ainsi que tout fonctionnaire ayant une origine sociale non prolétarienne ou ayant suivi un parcours politique hétérodoxe, c'est-à-dire non bolchevique. Etaient particulièrement vulnérables tous ceux qui avaient déjà été fichés par la police politique et notamment : les "déplacés spéciaux", déportés au cours des années précédentes vers un certain nombre de régions inhospitalières du pays ; les membres du clergé (90 % des quelque 30 000 serviteurs du culte furent arrêtés) ; les anciens membres du Parti socialiste révolutionnaire (la quasi-totalité d'entre eux, tous fichés, fut condamnés à mort).

Vulnérables aussi étaient ceux que les autorités désignaient sans ambages comme "gens du passé" (byvchie). Cette catégorie regroupait des personnes qui avaient en commun d'avoir reçu une éducation secondaire, voire universitaire, et surtout d'avoir fait partie des élites sous l'ancien régime tsariste.

Il existait aussi des lieux professionnels à risque. Il s'agissait avant tout des entreprises travaillant pour la défense nationale, mais aussi de toute entreprise particulièrement accidentogène : mines, métallurgie, chantiers de construction, chemins de fer. Pour les enquêteurs du NKVD, rouvrir et criminaliser les dossiers relatifs à des accidents industriels permettait de fabriquer aisément des affaires groupées de "saboteurs" et de "diversionnistes".

La Grande Terreur prit fin comme elle avait débuté : sur une résolution secrète du Politburo datée du 17 novembre 1938. Ce texte stoppait toutes les opérations répressives de masse et critiquait les "défauts majeurs" dans le travail de la police politique. Ceux-ci étaient expliqués ainsi : des "ennemis du peuple" s'étaient "faufilés" dans le NKVD pour y développer leurs activités subversives. Quelques jours plus tard, Nikolaï Iejov démissionna de toutes ses fonctions. La Pravda annonça laconiquement que le commissaire du peuple à l'intérieur avait été relevé de ses fonctions pour raisons de santé.

20/03/2013

Perturbateurs hormonaux : le poids des lobbies sur l'Autorité européenne de sécurité des aliments

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/20/perturbateurs-hormonaux-l-efsa-ne-tranche-pas_1850838_3244.html

LE MONDE | 20.03.2013 à 11h05 • Mis à jour le 20.03.2013 à 15h49

Stéphane Foucart

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu public, mercredi 20 mars, l'un de ses rapports les plus attendus. L'agence basée à Parme (Italie) avait été saisie à l'automne 2012 par la direction générale de la santé et des consommateurs de la Commission européenne pour rendre une opinion scientifique sur les perturbateurs endocriniens – ces substances chimiques interférant avec le système hormonal et suspectées de jouer un rôle important dans l'augmentation d'incidence d'une variété de troubles et de pathologies.

L'EFSA devait en particulier répondre à plusieurs questions. Comment définir un perturbateur endocrinien ? Comment distinguer les effets indésirables dus à cette classe de molécules ? "Il n'existe pas de critère scientifique spécifique défini pour distinguer les effets nocifs potentiels des perturbateurs endocriniens par rapport à une régulation normale des fonctions corporelles, ou 'réponses adaptatives', estime l'agence européenne. Des experts doivent évaluer le poids des éléments probants disponibles au cas par cas."

En d'autres termes, la distinction entre un effet acceptable et un effet indésirable devra être jugée pour chaque substance. Du coup, l'EFSA propose deux qualifications : les substances endocriniennes actives et les perturbateurs endocriniens. Les premiers produisant des effets considérés comme non délétères, conduisant à une adaptation de l'organisme. Les seconds étant jugés potentiellement nocifs, en fonction de leur "potentiel d'activité". Ce point est l'objet d'une controverse, une part de la communauté des endocrinologues considérant que toute substance ayant une activité endocrinienne doit être considérée comme un perturbateur.

INTENSE PRESSION

Le groupe d'experts réunis par l'EFSA a conduit ses travaux sous une intense pression. Le sujet est en effet, depuis plusieurs mois, au centre d'une attention considérable. Quelques jours avant que l'agence de Parme ne dévoile ses conclusions, le Parlement de Strasbourg adoptait ainsi un rapport très ferme sur le sujet, dans lequel les députés européens se disaient "en total désaccord avec les tentatives visant à introduire le critère d'activité en tant que seuil de définition des perturbateurs endocriniens". Ces derniers, ajoutaient les parlementaires, "se trouvent dans les emballages alimentaires, les produits de soins de la peau, les produits cosmétiques, les matériaux de construction, les produits électroniques, les meubles et les sols".

Considérant qu'"un nombre croissant d'études scientifiques suggère que les perturbateurs endocriniens (...) jouent un rôle à la fois dans les maladies chroniques, y compris les cancers hormono-dépendants, l'obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires, ainsi que dans les problèmes de procréation", les eurodéputés invitent la Commission à prendre une série de mesures "à même de protéger efficacement la santé humaine en insistant davantage sur le principe de précaution".

Outre le rapport du Parlement, la direction générale de l'environnement de la Commission a également publié, en janvier 2012, son propre rapport sur le sujet. De même, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié, début 2013, un vaste "état de l'art" sur la question. Ce dernier conclut à "des preuves extensives" des effets délétères des perturbateurs endocriniens sur la faune sauvage, mais juge que les preuves formelles de leurs effets sur les populations humaines ne sont pas encore, pour l'heure, apportées.

CAUSALITÉ COMPLEXE À ÉTABLIR

Une telle causalité est complexe à établir du fait, rappellent les députés européens dans leur rapport, que "le délai entre l'exposition et l'apparition des effets peut être très long", que "le risque de subir des effets préjudiciables n'est pas le même aux différents stades du développement – fœtal, petite enfance, adolescence", ou encore que les hommes sont exposés tout au long de leur vie à "un grand nombre de mélanges complexes de substances chimiques"...

Certaines questions scientifiques, estime L'EFSA, ne sont pas tranchées. L'agence juge ainsi qu'il existe une "absence de consensus international sur l'existence et/ou la pertinence des effets dits 'à faible dose'". C'est l'une des principales pommes de discorde entre l'EFSA et ses critiques.

En septembre 2011, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), son homologue française, avait passé en revue la littérature scientifique et avait conclu que le bisphénol A – l'un des perturbateurs endocriniens les plus répandus – pouvait susciter des effets délétères sur l'homme, après une exposition à des doses "notablement inférieures" au niveau de référence calculé par l'EFSA à 0,05 mg/kg de poids corporel et par jour, ne serait pas réellement protectrice.

Nul doute que ces derniers rapports internationaux seront épluchés ligne à ligne par la communauté scientifique pour y détecter d'éventuelles discordances entre les panels d'experts.

Stéphane Foucart


Les insecticides, une source d'exposition possible

L'association Générations futures a rendu public, mercredi 20 mars, le premier volet de son rapport consacré à évaluer les voies d'exposition aux insecticides suspectés d'être des perturbateurs endocriniens pour l'homme.

L'association a traqué vingt-quatre substances appartenant à deux grandes familles : les pyréthroïdes et les organophosphorés. Environ les trois quarts des produits alimentaires testés contenaient des niveaux détectables de ces substances.

D'autres voies d'exposition que l'alimentation ont été identifiées, par le truchement des traitements acaricides de la literie, de produits vétérinaires, de produits d'entretien du jardin, etc.

19/03/2013

Plus de perturbateurs endocriniens en Europe ?

lu sur :

http://www.francematin.info/Perturbateurs-endocriniens-le-Parlement-europeen-n-en-veut-plus_a27963.html

Mardi 19 Mars 2013
 

Le Parlement européen a voté aujourd’hui 14 mars, et à une très large majorité, en faveur d’un rapport (1) demandant des mesures claires pour réduire l'exposition aux perturbateurs endocriniens. Une avancée dont se félicite Michèle Rivasi, Vice-Présidente du groupe des Verts/ALE au Parlement européen et co-rapporteure de ce dossier.

Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui modifient le fonctionnement du système endocrinien et entraînent des effets irréversibles pour la santé. Ils peuvent contribuer à "la survenue de la cryptorchidie (absence d'un ou des deux testicules dans le scrotum) chez le jeune garçon, du cancer du sein chez la femme, du cancer de la prostate, de troubles du développement du système nerveux et d'un déficit de l'attention/d'une hyperactivité chez l'enfant, ainsi que du cancer de la thyroïde", rappelle l'Organisation mondiale de la santé dans un rapport publié le 19 février dernier (2).

Pour Michèle RIVASI : "On ne peut plus se permettre d'attendre pour agir. Le risque de maladies dues aux perturbateurs endocriniens est largement sous-estimé, et tous les jours, nous continuons à être exposés à ces substances, par le biais de notre alimentation ou par contact direct, à la ville comme à la campagne. Il est donc urgent de donner une définition claire et large de ces substances dangereuses afin de diminuer le risque d’exposition et de protéger les populations les plus à risque comme les femmes enceintes, le fœtus et les enfants ».

« En effet, les femmes enceintes pénalisent sans le savoir la santé de leurs enfants avant même qu’ils naissent. Il faut donc que les pouvoirs publics informent la population par le biais de campagnes d'informations nationales très claires : attention aux revêtements (du sol par exemple) en PVC, aux vernis de certains meubles, des boîtes de conserve qui contiennent du Bisphénol A, ou aux produits cosmétiques qui peuvent également contenir ces perturbateurs endocriniens. Nous nous félicitons que le lobby de l’industrie chimique, puissant et très présent dans les couloirs des institutions européenne, n'ait pas réussi à faire modifier les demandes clés du rapport », souligne l’eurodéputée.

Jean-Jacob BICEP, député européen (Les Verts/ALE), membre de la Commission du développement régional, a par ailleurs rappelé une triste réalité :

"Le chlordécone, ce pesticide qui a été largement utilisé aux Antilles jusqu'en 1993, véritable poison reconnu cancérigène, est un perturbateur endocrinien. Sa forte persistance le rend, encore aujourd'hui, extrêmement néfaste pour la santé humaine et pour l'environnement. A titre d'exemple, une étude de 2011 explicite des éléments en faveur d’une association causale entre exposition au chlordécone et cancer de la prostate. Si le principe de précaution avait été appliqué, ce scandale n'aurait pas eu lieu. Nous avons le devoir d'en tirer les leçons, de rendre ces scandales simplement impossibles à l'avenir".

(1) : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A7-2013-0027&language=FR&mode=XML

(2) http://unep.org/pdf/9789241505031_eng.pdf       
 

Classement des inégalités dans le monde par l'ONU

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/15/pour-l-onu-le-creusement-des-inegalites-fragilise-l-amelioration-des-conditions-de-vie-dans-le-monde_1848889_3244.html

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Pour l'ONU, le creusement des inégalités fragilise l'amélioration des conditions de vie dans le monde

LE MONDE | 15.03.2013 à 12h47 • Mis à jour le 15.03.2013 à 15h35

Par Alain Faujas

A parcourir le classement annuel publié jeudi 14 mars par le rapport sur le développement humain 2013 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le monde ne change guère.

Sur les 186 pays auscultés, les cinq les mieux lotis demeurent la Norvège, l'Australie, les Etats-Unis, les Pays-Bas et l'Allemagne (la France étant classée vingtième) et les cinq pays qualifiés par euphémisme de "moins avancés" sont tous situés en Afrique subsaharienne, soit le Burkina Faso, le Tchad, le Mozambique, la République démocratique du Congo et le Niger, éternelle lanterne rouge.

A y regarder de plus près, le rapport signale une révolution. Il montre que les pays développés sont à l'arrêt et que "l'essor du Sud se produit à une vitesse et à un niveau sans précédent". En 2020, la production du Brésil, de la Chine et de l'Inde dépassera celle du Canada, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis réunis.

Mieux : l'indice de développement humain (IDH) calculé par le PNUD révèle que les pays les plus pauvres ont plus progressé que les autres. L'objectif de réduire en 2015 (par rapport à 1990) de moitié le nombre des personnes vivant avec moins de 1,25 dollar (0,96 euro) par jour a été atteint dès 2012, notamment grâce aux 510 millions de Chinois qui sont sortis de l'extrême misère, entre 1990 et 2008. En Afrique subsaharienne, l'espérance de vie à la naissance est passée de 49,5 ans en 2000 à 54,9 en 2012, la moyenne mondiale s'élevant à 70,1 ans.

Tout irait pour le mieux, selon le PNUD, si les inégalités ne menaçaient pas la croissance économique. Les Etats-Unis ne sont plus au troisième rang mondial pour le développement humain mais au seizième, si on corrige celui-ci des inégalités qui y sévissent. Avec la même correction, le bon dernier, le Niger revient de la 186e place à la 131e.

A NEW YORK AUSSI

En fait, les inégalités en matière de santé et d'éducation ont partout reculé. En revanche, les inégalités en matière de revenus se sont aggravées dans certaines régions et au sein de certains pays. Comme le souligne Najat Rochdi, directrice adjointe du PNUD à Genève, "chaque Nord a son Sud et chaque Sud a son Nord !"

Ce que confirme une étude réalisée par l'Institute on Assets and Social Policy et publiée le 15 janvier. Elle met en lumière que l'écart de richesse entre foyers américains blancs et noirs a presque triplé entre 1984 et 2009, les premiers s'enrichissant de 265 000 dollars et les seconds de 28 500 dollars.

Autre révolution, les pays riches commencent à s'inspirer des expériences des pays en développement pour traiter leurs poches de pauvreté. Le rapport du PNUD publie le témoignage de Michael Bloomberg, maire de New York, qui a lancé en 2007 le premier programme américain de lutte contre la pauvreté Opportunity NYC : Family Rewards. Il s'est inspiré des incitations monétaires pour les soins préventifs, l'éducation et la formation professionnelle du programme "Oportunidades", créé en 2000 par le Mexique en faveur des familles défavorisées. Comme quoi, le Sud aussi peut aider le Nord.

18/03/2013

Informations santé/société

lu sur : http://presse-inserm.fr

Les Echos consacrent un article à la multiplication des études scientifiques pointant des corrélations entre les perturbateurs endocriniens et les dérèglements métaboliques constatés chez la faune sauvage, ainsi que l’apparition de nouvelles pathologies animales. « Il y a peu de chances qu’on démontre un jour le lien de causalité chez l’homme, vu la complexité des cocktails auxquels nous sommes exposés quotidiennement. Mais le nombre de corrélations troublantes renforce la suspicion de danger de ces substances pour notre espèce », assure le Pr Vincent Laudet, directeur de l’Institut de génomique fonctionnelle de Lyon. 

Les Echos, 18/03

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60 millions de consommateurs propose un dossier sur les allergies, classées par l’OMS au 4ème rang des maladies chroniques. Leur progression semble associée à l’évolution de notre mode de vie. L’asthme est selon, le Dr Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm, « la première pathologie chronique de l’enfant ». Se développent aussi fortement, les allergies alimentaires et celles relatives aux médicaments.
60 millions de consommateurs, 01/04

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Aujourd’hui en France souligne qu’une étude européenne, réalisée dans 10 pays sur une période de 13 ans auprès de 448 568 personnes, révèle que la consommation de charcuterie ou de viande transformée augmente de manière significative le risque de mort prématurée. En cause la graisse et le sel contenus dans ces aliments qui augmentent le risque de cancer ou de maladie cardio-vasculaire. Aujourd’hui en France, 15/03

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La radiothérapie dans le traitement du cancer du sein augmente le risque coronaire

Une étude cas-témoin dans le cancer du sein, publiée dans le New England Journal of Medicine et réalisée par des chercheurs britanniques et scandinaves, met en évidence que la radiothérapie augmente le risque coronaire de 7,4% par Gray et ce dans les 5 premières années de l’exposition. Et de préciser que pour les femmes présentant un risque cardiaque avéré, l’augmentation absolue du risque est plus importante. Aux vues de la large place occupée par la radiothérapie dans le traitement de ce type de cancer, le Pr Sarah Darby de l’Université d’Oxford au Royaume Uni, qui a dirigé l’étude explique : « Nous avons réalisé cette étude car les médecins ne pouvaient pas estimer de façon fiable le risque de maladie cardiaque chez les femmes traitées par radiothérapie pour le cancer du sein. Ils peuvent maintenant appréhender ce risque et savoir que dans la majorité des cas il sera très faible et rassurer leurs patientes. De plus, il est possible maintenant d’identifier les quelques femmes pour lesquelles la radiothérapie pose un risque indu, afin d’envisager des techniques alternatives ». Le Quotidien du Médecin note que l’étude a porté sur des femmes traitées par radiothérapie pour cancer du sein entre 1958 et 2001 en Suède et au Danemark.

Le Quotidien du Médecin, 14/03

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Dans un avis rendu public ce jour l’Agence de sécurité sanitaire alerte sur la consommation de laits de soja par les bébés de moins d’un anLe Figaro souligne que les conclusions d’un rapport révèlent que « ces boissons ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels très spécifiques des nourrissons. Leur utilisation peut donc entrainer des insuffisances d’apport, des carences, voire des accidents sévères ». Le Figaro, 14/03


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Un sondage réalisé dans cinq pays européens par l’organisme YouGov, à l’initiative de la Fédération mondiale du cœur, révèle que 42% des Françaises ne font pas assez d’exercice et n’atteignent pas les deux heures et demie d’activité modérée par semaine préconisées par l’OMS. Les Françaises sont à la traîne et s’exposent aux maladies cardio-vasculaires, note Le Figaro. Le Figaro, 13/03


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L’Académie de médecine a reconnu hier l’utilité de quatre médecines parallèles : acupuncture, hypnose, médecine manuelle (ostéopathie et chiropraxie) et taï-chi, explique Aujourd’hui en France. Daniel Bontoux, professeur de l’Académie, indique qu’« on les appelle complémentaires car elles ne sont pas à elles seules une médecine. Elles peuvent permettre d’obtenir un petit plus par rapport aux traitements traditionnels ». Aujourd’hui en France, 07/03


Humanité Dimanche souligne que, selon une étude, réalisée par le groupement scientifique GISCOP93, près de 40 000 personnes (dont des écoliers), riveraines d’une usine de broyage d’amiante, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), auraient pu être exposées aux poussières cancérogènes. Selon cette étude, remise à l’Agence Régionale de Santé (ARS) le 7 février, il serait possible de les retrouver, de leur assurer un suivi médical et de mettre en place un dispositif de santé publique sur le territoire. Humanité Dimanche, 07/03


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Le diesel et les problèmes de santé publique

Les constructeurs automobiles affirment que « les nouveaux moteurs diesel sont propres et verts et méritent leur régime fiscal avantageux », souligne Libération. Bruno Guibeaud, président d’Europe Qualité Expertise, un groupement d’experts automobiles, souligne : « Globalement, avec les pots catalytiques et les filtres à particules, les constructeurs ont réussi à diminuer de 80% les émissions de particules fines ». Cependant, ces nouveaux moteurs diesel ne résolvent pas le problème de santé publique, explique le quotidien. En effet, « en vingt ans, le parc automobile a été multiplié par cinq et (…) l’âge moyen des véhicules en France est d’environ huit ans », indique-t-il. Selon Bruno Guibeaud, « toutes les voitures de plus de dix ans sont hyperpolluantes ». Par ailleurs, ce dernier explique qu’avec les filtres à particules de dernière génération, « on a diminué les particules fines mais, depuis deux ans, on a fait exploser les oxydes d’azote, très dangereux pour les bronches ! On crée de nouvelles pollutions dont les effets en termes de santé publique risquent bien d’être pires. Quant au pot catalytique, il ne fonctionne qu’à partir d’une certaine température… Que les voitures n’atteignent quasiment jamais en ville. Du coup, les moteurs diesel s’encrassent et émettent encore davantage de particules fines ».

Libération, 06/03

 

06/03/2013

Rythmes scolaires : l’Académie de médecine favorable à la semaine de 4,5 jours

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http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Rythmes scolaires : l’Académie de médecine favorable à la semaine de 4,5 jours

L’Académie de médecine a apporté hier son soutien à la semaine de 4,5 jours que souhaite mettre en place le ministre de l’Education, Vincent Peillon, indique Aujourd’hui en France. Elle a expliqué que « la semaine de 4 jours est un contresens biologique qu’il faut abolir en aménageant le temps scolaire sur quatre jours et demi ».

Selon elle, la vie scolaire est « aujourd’hui un facteur déterminant de la fatigue exprimée par l’enfant, source de difficultés de concentration et d’apprentissage, d’irritabilité et d’agressivité, voire d’échec scolaire ».

L’Académie préconise que les enfants aient cours le samedi matin plutôt que le mercredi et demande de limiter « le temps de travail quotidien à l’école de 4h30-5 heures en fonction de l’âge de l’enfant ».

Elle estime par ailleurs que « les devoirs et les leçons actuellement faits à la maison doivent être inclus dans le temps scolaire ».

Aujourd’hui en France, 06/03

28/02/2013

Pollution de l'air en France : conséquences sur les enfants

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http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/06/pollution-une-etude-montre-un-effet-des-particules-sur-le-poids-des-nouveau-nes_1827695_3244.html

Pollution : une étude montre un effet des particules sur le poids des nouveaux nés

LE MONDE | 06.02.2013 à 13h27 • Mis à jour le 11.02.2013 à 10h43

Par Stéphane Foucart

Un élément de preuve décisif indique que les femmes enceintes les plus exposées aux particules fines de la pollution atmosphérique présentent un risque plus élevé d'accoucher d'un bébé dont le poids sera inférieur à 2,5 kg après une grossesse menée à terme. Cette insuffisance, qui touche environ 2 % des enfants, est associée à une probabilité plus forte de troubles ultérieurs.

La revue Environmental Health Perspectives (*) (EHP) publie, mercredi 6 février, la plus vaste étude internationale menée à ce jour sur le sujet. Ces travaux, coordonnés par Tracey Woodruf (université de Californie à San Francisco) et Jennifer Parker (National Center for Health Statistics), ont consisté en l'analyse de trois millions de naissances, recensées dans quatorze centres urbains répartis en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Australie et en Asie.

"Le résultat est conforme à de précédentes études qui suggéraient un tel lien", explique Rémy Slama, responsable de l'équipe d'épidémiologie environnementale de l'Institut Albert-Bonniot (INSERM et université Joseph-Fourier de Grenoble) et coauteur de ces travaux. "Une méta-analyse comme celle-ci permet d'éviter les biais, en particulier les biais de publication" – une étude qui met en évidence un lien ayant plus de chances d'être publiée que celles qui n'en trouvent pas...

Les auteurs montrent que l'exposition moyenne à 10 microgrammes par mètre cube (µg/m3) de particules de diamètre inférieur à 10 microns (ou PM10), sur toute la grossesse, accroît le risque d'insuffisance pondérale du bébé de 3 %. L'exposition à 10 µg/m3 des particules les plus fines, dites PM2,5, conduit pour sa part à un risque accru de 10 %.

VÉHICULES DIESEL

Schématiquement, l'exposition d'une femme enceinte à une concentration moyenne de 30 µg/m3 de PM2,5 tout au long de sa grossesse conduirait ainsi à un risque de faible poids à la naissance accru de 10 % par rapport à une femme qui n'aurait été exposée qu'à 20 µg/m3...

Cependant, de telles déductions simples demeurent hasardeuses : les effets varient de manière très complexe, selon les régions, en fonction des proportions relatives de PM10 et de PM2,5. Plus ces dernières sont abondantes, plus le risque est élevé. Ce sont précisément ces particules qui ont atteint, le 12 janvier, à Pékin, un pic de concentration de 993 µg/m3.

Les particules fines proviennent essentiellement de la circulation automobile – en particulier des véhicules diesel – et de la combustion du charbon et de la biomasse. "Le risque individuel demeure faible, mais, en termes de santé publique, l'effet est très important, car de très grandes populations sont exposées à ces pollutions, explique M. Slama. On suspecte en outre que le faible poids à la naissance ne soit que le signe visible d'autres modifications, pouvant être associées à des risques accrus, plus tard dans la vie, de troubles du métabolisme ou de pathologies cardiaques..."

Selon l'Organisation mondiale de la santé, les microparticules favorisent le cancer, l'arthérosclérose, les troubles respiratoires, le diabète, et affectent le développement neurologique des enfants et les fonctions cognitives.

Stéphane Foucart

(*) http://ehp.niehs.nih.gov/2013/02/1205575/

Lire aussi

Une étude établit un lien entre pollution et poids des bébés à la naissance

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/06/une-etude-etablit-un-lien-entre-pollution-et-poids-des-bebes-a-la-naissance_1827679_3244.html

Le Monde.fr | 06.02.2013 à 11h17 • Mis à jour le 06.02.2013 à 12h26 

Les femmes enceintes les plus exposées aux polluants des gaz d'échappement des automobiles et des centrales à charbon ont un risque plus élevé d'avoir un enfant dont le poids à la naissance sera trop faible, selon une vaste étude internationale, publiée mercredi 6 février dans la revue médicale américaine Environmental Health Perspectives.

Il s'agit de la recherche la plus étendue effectuée portant sur le lien entre la pollution de l'air et le développement du fœtus, précisent les auteurs, dont la Dr Tracey Woodruff, professeure de gynécologie et de science de la reproduction à l'université de Californie, à San Francisco. Cette recherche est basée sur trois millions de naissances dans neuf pays et dans quatorze sites en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, en Europe, en Asie et en Australie. La plupart des données ont été collectées entre le milieu des années 1990 et la fin de la décennie 2000.

Les scientifiques ont constaté que dans les différents sites dans le monde où cette recherche a été effectuée, plus le taux de pollution était élevé, plus grand était le taux de naissances d'enfants avec un poids insuffisant. Un faible poids à la naissance – moins de 2,5 kilos – est lié à des risques accrus de maladies et de mortalité postnatales ainsi qu'à des problèmes de santé chroniques plus tard dans la vie, relève le Dr Payam Dadvand, du Centre de recherche en épidémiologie environnementale (CREAL), à Barcelone, en Espagne, un des principaux coauteurs.

"Ce sont en fait des niveaux de pollution de l'air auxquels nous sommes quasiment tous exposés dans le monde", relève la Dr Woodruff. "Ces particules microscopiques, qui sont en taille inférieures au dixième de l'épaisseur d'un cheveu humain, se trouvent dans l'air que nous respirons tous", ajoute-t-elle. La Dr Woodruff note que les pays qui ont des réglementations plus strictes pour limiter la pollution des automobiles et des centrales au charbon ont des niveaux plus faibles de ces polluants. "Aux Etats-Unis, nous avons montré pendant plusieurs décennies que les bienfaits pour la santé et le bien-être publics de la réduction de la pollution de l'air sont beaucoup plus grands que les coûts", insiste-t-elle.

Les particules polluantes en suspension dans l'air sont mesurées en microgrammes par mètre cube d'air. Aux Etats-Unis, les réglementations fédérales limitent la concentration moyenne annuelle à 12 microgrammes/m3 de particules mesurant moins de 2,5 microns. Dans l'Union européenne, cette limite est de 25 microgrammes/m3, et les agences de protection de l'envionnement examinent la possibilité d'abaisser ce niveau. A Pékin, la concentration de ces particules polluantes a été récemment mesurée à plus de 700 microgrammes/m3. "De tels niveaux sont de toute évidence totalement intenables pour la santé publique mondiale", souligne Mark Nieuwenhuijsen, du CREAL, autre coauteur de cette recherche.

Une autre recherche épidémiologique se penche actuellement sur les effets potentiels d'une exposition des femmes enceintes à certains degrés de cette pollution de l'air sur la santé de leur enfant plus tard dans leur vie.

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sur le même sujet :

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) va lancer cette année « une étude sur les particules fines présentes dans l’air, notamment celles émises par les véhicules diesel », rapportent Les Echos.

Les résultats de ces travaux, qui visent à « déterminer le profil et l’origine de ces substances », seront connus courant 2014, ajoute le quotidien.

Les Echos, 19/03/13

Pollution de l'air en France

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/06/pollution-de-l-air-pas-de-peages-urbains-ni-de-prime-a-la-casse_1827694_3244.html

Pollution de l'air : pas de péages urbains ni de prime à la casse 

LE MONDE | 06.02.2013 à 13h14 • Mis à jour le 07.02.2013 à 14h04

Par Sophie Landrin

La France est condamnée à agir, mais elle fait du surplace depuis près de huit ans. Sous la menace d'une nouvelle mise en demeure de l'Europe, le gouvernement devait arrêter, mercredi 6 février, à l'issue d'un conseil interministériel, des mesures pour lutter contre la pollution de l'air, et notamment contre les particules fines en suspension, responsables de la mort prématurée de 42 000 personnes chaque année en France. 60 % des Français sont exposés à la pollution atmosphérique.

Le ministère de l'écologie veut sortir de la logique des zones d'action prioritaires pour l'air (ZAPA) imaginées par la majorité précédente, mais que les collectivités locales ont échoué à mettre en place, pour privilégier des dispositions plus générales. Celles-ci concernent les transports propres, la régulation des flux de véhicules, les installations industrielles et les cheminées chez les particuliers, la fiscalité des véhicules et l'information des citoyens. Ce n'est pas le grand soir. La ministre de l'écologie a travaillé avec les ministères de l'intérieur et des transports. Mais c'est à Bercy que les derniers arbitrages doivent être rendus.

Coincé par des marges économiques et budgétaires réduites, le gouvernement a renoncé à l'annonce des mesures fortes comme la "sortie" du diesel, principal contributeur de particules fines, la création de péages urbains, pour limiter l'accès des centres-ville où la pollution automobile est la plus élevée ou encore la suppression des véhicules les plus anciens et les plus polluants. Ils sont 6 millions et représentent 25 % de la pollution aux particules fines. Bercy ne veut pas entendre parler d'une prime à la casse. Le ministère de l'économie est plus favorable à "une prime à la conversion" ciblée sur les ménages modestes. Pour améliorer le parc automobile, de nouveaux standards de contrôle technique vont être définis.

LIMITER LA VITESSE ET LES FLUX DE VÉHICULES

Pour limiter les flux de véhicules, le gouvernement veut favoriser le covoiturage. Son organisation devrait être confiée aux collectivités territoriales dans le cadre de la loi de décentralisation actuellement en chantier.

Des mesures d'abaissement de la vitesse dans les zones de pollution seront également prises, comme sur le périphérique parisien. La mairie de Paris a annoncé mercredi qu'elle avait l'accord du gouvernement pour y abaisser la vitesse maximale autorisée de 80 à 70 km/h, une mesure que la capitale souhaite mettre en place "avant l'été". Cette annonce "permettra notamment de réduire la pollution et le bruit et de renforcer la sécurité routière sur cet axe", a souligné la ville.

Le gouvernement veut également durcir la réglementation et la définition des "pics" de pollution, et inciter les villes à adapter leur offre de transports en commun lors de ces journées de forte pollution.

LA "FIN" DU DIESEL SERAIT L'UNE DES MESURES LES PLUS EFFICACES

Deux autres contributeurs de la pollution aux particules seront concernés : les industries et les chauffages. Le seuil autorisé des émissions industrielles devrait être abaissé. Et les cheminées des particuliers devront être équipées d'insert. Delphine Batho veut également boucler d'ici à la fin 2013 la révision des 34 plans de protection de l'atmosphère, conduite par les préfets.

La question du diesel a été repoussée au printemps, dans l'attente des travaux de la commission chargée de réfléchir à la fiscalité écologique. La "fin" du diesel, réclamée par les écologistes, serait, selon les spécialistes, l'une des mesures les plus efficaces : les moteurs diesel, contrairement aux moteurs à essence, sont l'un des plus gros émetteurs de particules fines. La France possède l'un des parcs de véhicules diesel les plus importants au monde. Les gouvernements successifs ont largement favorisé son développement – et celui du constructeur PSA – par une fiscalité très avantageuse.

LA FRANCE MENACÉE DE LOURDES SANCTIONS

Ces mesures suffiront-elles à rassurer la Commission européenne ? La France est menacée de sanctions pour ne pas respecter la directive sur la qualité de l'air. Ce texte fixe des valeurs limites d'exposition du public aux particules fines en suspension dans l'air, les PM10, générées notamment par le trafic automobile.

En 2008, la France avait reçu une première lettre d'avertissement de la Commission européenne. Puis, en 2011, Bruxelles a décidé de traduire la France devant la Cour de justice européenne pour n'avoir pas agi ni limité les dépassements. Face à l'inertie française, la Commission devrait, d'ici mars, faire parvenir à Paris une mise en demeure. La procédure est longue, mais la France risque de se voir infliger tôt ou tard de lourdes sanctions financières.

En septembre 2012, Delphine Batho avait acté l'échec du dispositif des ZAPA et s'était donné six mois pour mettre sur pied un nouveau dispositif en partenariat avec les huit collectivités locales candidates. Paris a été reçue par des techniciens du ministère il y a une quinzaine de jours. Les représentants de ville étaient ressortis de leur entretien d'une heure pessimistes, avec l'impression que le gouvernement était "à court d'idées".

Pollution et engrais chimiques

les surlignages sont de moi

Rappelons que la France est le plus gros utilisateurs d'engrais chimiques en Europe, le  cinquième dans le monde (voir ci-dessous *)

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/20/la-planete-souffre-d-une-crise-des-engrais_1834972_3244.html

Pollution

La planète souffre d'une crise des engrais

Le Monde.fr | 20.02.2013 à 07h41 • Mis à jour le 20.02.2013 à 10h20

Par Audrey Garric

L'azote et le phosphore, les deux engrais les plus utilisés dans le monde, sont à la fois trop consommés par endroits – engendrant des catastrophes environnementales – et mal répartis dans d'autres – faisant cruellement défaut dans les régions les plus pauvres. Ce sont les conclusions du Programme pour l'environnement des Nations unies (PNUE) dans son dernier rapport Our Nutrient World, publié lundi 18 février. 

L'application d'azote, de phosphore et d'autres éléments nutritifs utilisés pour favoriser la croissance des plantes et des animaux a eu des avantages énormes pour produire de l'énergie et surtout nourrir la population mondiale : le PNUE estime ainsi que ces engrais aident la moitié des 7 milliards d'êtres humains à manger et vont contribuer à assurer la sécurité alimentaire au cours du XXIe siècle.

UTILISATION EXCESSIVE D'ENGRAIS

Mais dans le même temps, l'utilisation excessive ou abusive d'engrais a entraîné une large pollution de l'air et de l'eau, menaçant la santé humaine, provoquant la prolifération d'algues toxiques, tuant les poissons, dégradant les écosystèmes fragiles et contribuant au changement climatique en émettant du protoxyde d'azote (N2O), un puissant gaz à effet de serre possédant un potentiel de réchauffement 300 fois plus important que le dioxyde de carbone (CO2).

Depuis les années 1960, l'usage des engrais azotés a ainsi été multiplié par 9, tandis que ceux au phosphore ont triplé. D'ici à 2050, le recours aux engrais devraient encore augmenter de 40 à 50 %.

Ce recours aux nutriments s'avère toutefois inégalitaire : alors que les pays développés en usent et en abusent, certaines régions du monde, notamment en Afrique et en Amérique latine, pâtissent d'un accès insuffisant qui entrave leur production alimentaire et contribue à la dégradation des sols.

Surtout, l'utilisation de ces éléments nutritifs est des plus inefficaces à travers la planète. En moyenne, 80 % de l'azote et entre 25 et 75 % du phosphore consommés terminent dans l'environnement, rappelle le PNUE. Autant d'énergie gâchée – celle nécessaire à leur production – que de milieux pollués.

"Le débat actuel se concentre sur le CO2, mais ce n'est qu'un aspect de changements plus globaux et complexes qui se produisent dans les cycles biochimiques mondiaux. Il est de plus en plus évident que l'altération des cycles de l'azote et du phosphore représente pour la planète un défi majeur qui n'a pas encore reçu assez d'attention", écrit l'équipe d'une cinquantaine de scientifiques issus de 14 pays.

170 MILLIARDS DE DOLLARS ÉCONOMISÉS PAR AN

Résultat : le coût global des dommages causés par la pollution de l'azote à l'environnement, la santé et la biodiversité est estimé à entre 200 et 2 000 milliards de dollars par an. Une utilisation 20 % plus efficace des engrais azotés permettrait de réduire la consommation annuelle de 20 millions de tonnes et d'économiser 170 milliards de dollars par an d'ici la fin de la décennie, estiment les scientifiques.

Au-delà des gains financiers, plus de nourriture et d'énergie pourraient être produits tout en réduisant la pollution. "Notre analyse montre qu'en améliorant la gestion de la circulation des éléments nutritifs, nous pouvons protéger l'environnement, le climat et la santé humaine, tout en répondant aux préoccupations de sécurité alimentaire et de l'énergie", assure Mark Sutton, auteur principal du rapport et professeur au Centre du Royaume-Uni pour l'écologie et l'hydrologie.

Comment y parvenir ? Le PNUE recommande, sans grande surprise, un meilleur usage des nutriments dans la production agricole et animale, des économies d'énergie dans les transports, la limitation du gaspillage dans l'industrie et le traitement des eaux usées ou encore un meilleur recyclage des engrais.

Mais surtout, les scientifiques appellent à une baisse dans la consommation de protéines animales. Et le rapport d'assurer : "Alors que la consommation de viande et de produits laitiers augmente rapidement, notamment avec l'Asie et l'Amérique latine qui rattrapent les niveaux européens et nord-américains, nos choix alimentaires ont un énorme potentiel pour influencer les futurs niveaux de la pollution mondiale aux engrais."

Audrey Garric

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(*) voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Engrais#Consommation_mondiale

 source : http://faostat.fao.org/site/575/DesktopDefault.aspx?PageI... [archive]

Consommation des engrais

Pays / Millions de tonnes de nutriments

Chine 96,6 États-Unis 29,2 Inde 22,6 Brésil 11,3 Canada 4,7 France 3,8

23/02/2013

Pas d'alternative à la "décroissance" énergétique

L'utilisation de l'énergie a toujours un coût environnemental.

Moralité : il faut consommer moins d'énergie.

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/22/l-europe-en-quete-de-carburants-vraiment-verts_1836987_3244.html

(pour avoir les liens, cliquez d'abord sur le titre de la note ci-contre)

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L'Europe en quête de carburants vraiment "verts"

LE MONDE | 22.02.2013 à 14h03

Par Pierre Le Hir

Quelle alternative aux biocarburants actuels, auxquels l'Europe souhaite donner un coup de frein ? La question est à l'ordre du jour du conseil des ministres de l'énergie des Vingt-Sept, vendredi 22 février, à Bruxelles. La réponse, elle, s'annonce problématique.

Rapporteur de ce dossier devant le Parlement, la députée européenne Corinne Lepage a entrepris de consulter agriculteurs, industriels, chercheurs et associations. A ce stade, elle n'avance pas de pistes. "J'imagine mal, dit-elle simplement, que sur un projet dont l'objectif est la réduction des gaz à effet de serre, nous n'aboutissions pas à une solution allant dans ce sens."

En octobre 2012, la Commission européenne a reconnu la nocivité pour la planète des biocarburants de première génération, appelés aussi "agrocarburants", car issus de cultures agricoles : colza, soja, tournesol et palme pour le biodiesel ; canne à sucre, betterave, maïs et blé pour le bioéthanol. Accaparant des terres auparavant réservées à l'alimentation humaine et animale, ces cultures énergétiques affichent aussi, pour certaines, un bilan environnemental calamiteux.

Cela en raison du changement d'affectation des sols indirect (Indirect Land Use Change, ou ILUC, pour les Anglo-Saxons). Le déplacement des productions alimentaires et les plantations destinées aux biocarburants entraînent en effet, en Amazonie ou en Indonésie, la destruction de forêts, de prairies ou de tourbières, qui constituent des puits de carbone.

AGGRAVER LA POLLUTION À L'OZONE, CHUTE DES RENDEMENTS AGRICOLES

L'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a conclu que, "dans plus de deux tiers des évaluations", les agrocarburants ne répondent pas aux objectifs européens de réduction des gaz à effet de serre, si l'on prend en compte le changement d'affectation des sols.

L'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) a même calculé que, pour certains biodiesels (le biocarburant le plus utilisé), les émissions de CO2 sont supérieures à celles des carburants fossiles, quand on intègre ce facteur.

D'où le projet de directive de Bruxelles, soumis à l'examen du conseil des ministres et du Parlement européens. Il vise à plafonner à 5 %, c'est-à-dire au niveau actuel, l'usage des biocarburants tirés de cultures alimentaires. Et, pour atteindre l'objectif, toujours en vigueur, de 10 % d'énergies renouvelables dans les transports à l'horizon 2020, à leur substituer des "biocaburants avancés vraiment durables". Ceux de deuxième génération, issus du bois, des parties non alimentaires des plantes (ou "rémanents" : tiges, branches et feuillages) ou des déchets organiques. Et ceux de troisième génération, extraits des microalgues.

Problème : ces deux filières n'en sont qu'au stade de la recherche et du développement. Une production industrielle n'est pas attendue avant la prochaine décennie. En outre, à supposer même que des investissements et un effort de recherche accrus permettent d'aller plus vite – et de parvenir à une rentabilité économique aujourd'hui incertaine –, leur bilan carbone reste à établir.

Pour la deuxième génération, la valorisation de "rémanents" forestiers que n'exploite pas l'industrie du bois, ou celle de résidus agricoles, sera vertueuse pour l'environnement. Mais, s'il s'agit de paille de maïs ou de blé, l'approvisionnement entrera en concurrence avec le fourrage animal. Et si la matière première provient de cultures dédiées aux biocarburants – des herbacées à forte productivité tel le miscanthus (ou "herbe à éléphant") ou des arbres à croissance rapide tels le saule, le peuplier et l'eucalyptus –, alors la production de cette biomasse mobilisera elle aussi des terres agricoles et provoquera un changement d'affectation des sols.

Selon une récente publication scientifique, une mutiplication de taillis à rotation courte risque aussi d'aggraver la pollution à l'ozone et de faire chuter les rendements agricoles.

LES MICROALGUES, UNE CULTURE QUI EXIGE AUSSI DE L'ESPACE

Quant à la troisième génération, si les microalgues ont une capacité phénoménale à accumuler des huiles ou des sucres, convertibles en biodiesel ou en bioéthanol, leur culture exige elle aussi de l'espace. C'est l'objet de la thèse de Sophie Bresc-Litzler, doctorante à l'université Paris-I, sur les "contraintes géographiques" de l'algoculture.

Celle-ci peut être réalisée en bassins ouverts. Il y faut, précise la chercheuse, "des espaces plats et larges, un accès à une eau abondante, un bon ensoleillement, des zones à l'abri des vents et des aléas météorologiques, ainsi que la présence d'industries dégageant du CO2 dont se nourrissent les algues". Ce qui peut provoquer des conflits d'usage avec les activités agricoles, l'utilisation des ressources en eau ou l'aménagement périurbain.

Même si les territoires ultra-marins offrent un réel potentiel de développement, "pour une production de biocarburant à l'échelle industrielle, il faudrait des superficies considérables pour parvenir à des seuils de rentabilité", estime Mme Bresc-Litzler.

La culture peut aussi se faire, de façon intensive, dans des sortes de serres (des photobioréacteurs). Mais, si celles-ci ont l'avantage de pouvoir être installées sur des sites industriels, la quantité de lumière nécessaire aux algues est un facteur limitant.

La quête de biocarburants réellement "verts" s'annonce donc difficile. D'ores et déjà, plusieurs ONG demandent que le changement d'affectation des sols soit pris en compte pour les futures filières, afin d'"éviter qu'elles n'aient un impact environnemental néfaste".

22/02/2013

Informations médicales du jour : perturbateurs endocriniens

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) expliquent, dans un rapport publié le 19 février à Nairobi, au Kenya, que « les perturbateurs endocriniens peuvent favoriser l’émergence de cancers ou de troubles du système nerveux », indique la journaliste Eliane Patriarca, dans Libération.

Les deux agences de l’ONU souhaitent que des recherches approfondies sur ces substances soient lancées rapidement.

Libération, 21/02

20/02/2013

APPELS AU BOYCOTT d'AMAZON

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/18/le-systeme-amazon-fait-scandale-en-allemagne_1834213_3234.html

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Le "système Amazon" fait scandale en Allemagne

LE MONDE | 18.02.2013 à 14h01 •

Mis à jour le 18.02.2013 à 14h02 Par Cécile Boutelet - Berlin, Correspondance

Le scandale gronde autour du géant Amazon, numéro un de la vente en ligne en Allemagne. A la suite de la diffusion, mercredi 13 février, d'un reportage accablant sur les conditions de travail des intérimaires chez le cybermarchand, syndicats, politiques et clients dénoncent le "système Amazon", de plus en plus décrit comme un "esclavage moderne".

Ce que cache la facilité d'un achat sur Amazon est à voir dans le reportage de la chaîne ARD, accessible sur son site. Deux journalistes filment, la plupart du temps en caméra cachée, le sort de 5 000 intérimaires recrutés par Amazon pour assurer le pic de commandes précédant la période de Noël.

Silvina, une Espagnole au chômage dans son pays, raconte son quotidien dans ce qu'elle appelle la "machine Amazon".

SERVICE DE SÉCURITÉ

Les journalistes la suivent dans le bus bondé, affrété pour transporter les saisonniers jusqu'au centre logistique de Bad Hersfeld (Hesse), en Allemagne. Ils montrent la longue attente sous la neige pour prendre les navettes trop rares ; la promiscuité des conditions d'hébergement, dans des bungalows de vacances laissés libres pendant la saison creuse ; son renvoi trois jours avant Noël, sans motivation, après quinze jours de travail d'affilée ; le salaire versé moindre que promis dans l'offre d'emploi.

Mais le plus pénible, raconte la travailleuse, est la présence permanente d'un service de sécurité recruté par l'agence d'intérim. Les agents de sécurité surveillent les saisonniers sur leur lieu d'hébergement, fouillent leurs chambres, inspectent leurs effets personnels. Intimidés, les travailleurs, originaires pour la plupart d'Europe de l'Est ou du Sud, n'osent se plaindre.

Détail accablant, ces agents portent des sweat-shirts à capuche de la marque Thor Steinar, appréciée des néonazis. Les journalistes révèlent qu'ils sont employés par une société de surveillance nommée HESS (pour Hensel European Security Service), qui entretiendrait des liens étroits avec les milieux d'extrême droite. Une accointance démentie par la société. Amazon, de son côté, a annoncé "procéder à des vérifications" à la suite de ce reportage.

APPELS AU BOYCOTT

Alors que l'Allemagne s'interroge de plus en plus sur l'évolution de son modèle social – absence de salaire minimum, explosion des contrats précaires, de l'intérim et des emplois à bas salaires –, ces révélations provoquent une onde de choc. "Il faut arrêter le système Amazon", a déclaré Michael Sommer, président de la fédération de syndicats DGB.

La ministre du travail, Ursula von der Leyen, a menacé la société d'intérim de sanctions en cas de violations avérées du droit.

Sur Internet, les premiers appels au boycott ont été lancés. Dans une lettre ouverte au PDG d'Amazon, Jeff Bezos, le petit éditeur Christopher Schroer a annoncé son intention de mettre fin à son référencement sur le site. Et, sur la page Facebook d'Amazon, des centaines de clients ont déclaré avoir supprimé leur compte. En 2012, les Allemands ont consommé sur Internet pour 27 milliards d'euros.

Pourquoi donner de hauts salaires aux dirigeants ...

... alors que ...

...  Le pouvoir rend heureux 

 

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/18/le-pouvoir-rend-heureux_1834310_3234.html

LE MONDE | 18.02.2013 à 13h44 • Mis à jour le 18.02.2013 à 15h41  

Par Annie Kahn

La solitude de la fonction, la lourdeur de la charge, les renoncements qu'elle implique sont invoqués pour justifier les émoluments conséquents de certains dirigeants. Pas du plus grand nombre, qui gagnait en moyenne 65 780 euros par an en 2010, selon l'Insee, pour diriger plus de 134 000 personnes. Mais des patrons de grands groupes, dont les rémunérations se chiffrent en millions d'euros par an.

Leurs arguments étaient déjà peu convaincants. Ils risquent de l'être encore bien moins. Car, loin d'être source de souffrance, le pouvoir rend heureux, selon deux études récentes. En devenant PDG, on cumulerait tous les avantages : bonheur et argent.

Première raison : le pouvoir rend moins susceptible, moins sensible à l'échec, plus serein. Détenir le pouvoir est donc bien plus agréable que de le subir, quand rebuffades, embûches, humiliations blessent et attristent.

Un travail de recherche, dont les résultats ont été publiés le 18 janvier par Maya Kuehn, doctorante en psychologie à l'université Berkeley (Californie), le confirme. "Quand les personnes en position de subordination essuient un refus, elles sont très négativement affectées et perdent confiance en elle. Alors que les dirigeants se remettent vite d'un léger échec", conclut Mme Kuehn après avoir mené plusieurs études basées sur un panel de 445 participants, hommes et femmes, de 18 à 82 ans.

ETRE EN ACCORD AVEC SOI-MÊME

Deuxième raison : être en position de pouvoir renforce l'impression d'être en accord avec soi-même, "de vivre selon ses désirs, en fonction de ses centres d'intérêts" et donc accroît le sentiment de bien-être, constate Yona Kifer, chercheur au département Comportement des organisations à l'université de Tel Aviv (Israël), dans un article publié le 15 janvier dans Psychological Science.

En contradiction avec le cliché selon lequel "les puissants seraient misérables, contraints de forcer leur nature, alors que les sans-grade seraient plus authentiques et heureux", souligne Mme Kifer.

Quatre enquêtes menées pendant trois mois auprès de 350 participants confirment cette thèse. Les personnes interrogées ont quantifié leur sentiment de satisfaction, de bien-être, en fonction de plusieurs critères, comme l'enthousiasme, l'adéquation à ses propres valeurs, ainsi que leurs émotions négatives telles la peur ou la honte.

La note de bien-être des participants en situation de pouvoir était de 16 % supérieure à celle des autres, en moyenne. Essentiellement parce qu'ils affirmaient se sentir plus en accord avec eux-mêmes.

Des arguments pour convaincre les meilleurs, et non forcément les plus arrogants, de prendre le pouvoir. Avec bonheur !

Annie Kahn

19/02/2013

L'exposition aux pesticides chez les salariés viticoles

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/19/dans-le-vignoble-de-listrac-medoc-la-contamination-aux-pesticides-touche-les-salaries-agricoles-et-les-riverains_1834791_3244.html

LE MONDE | 19.02.2013 à 10h50 • Mis à jour le 19.02.2013 à 12h07 Par Martine Valo

C'est le terroir des châteaux Fourcas-Dupré, Clarke, Moulin d'Ulysse. Listrac-Médoc est une appellation d'origine contrôlée, riche en crus bourgeois. L'enquête sur "l'exposition aux pesticides chez les salariés viticoles et les riverains vivant au cœur des vignes du Bordelais", rendue publique mardi 19 février, risque d'y faire quelque bruit.

Elle a été menée par l'association Générations futures, spécialiste des effets des produits phytosanitaires sur la santé et l'environnement, qui s'est appuyée sur les données du laboratoire d'analyses Kudzu Science et la collaboration de Marie-Lys Bibeyran, dont le frère, ouvrier agricole, est décédé d'un cancer en 2009.

L'enquête prend en compte un nombre limité de "cobayes", précisent ses auteurs, et ne reflète donc pas l'état moyen de la contamination dans les vignes françaises. N'empêche, elle établit de façon manifeste la présence accrue de résidus d'herbicides, d'insecticides et de fongicides chez les quinze salariés qui se sont prêtés à l'étude, en comparaison d'un groupe témoin de dix personnes n'exerçant pas ce métier, dont cinq résident près des vignobles de Listrac-Médoc, cinq autres pas.

ONZE FOIS PLUS DE RÉSIDUS

Les professionnels – même quand ils ne manipulent pas les pesticides – portent ainsi en moyenne onze fois plus de résidus de phytosanitaires et les riverains de ce type d'exploitation, cinq fois plus que les personnes testées habitant plus loin dans la commune.

A partir d'une cinquantaine de produits communs en viticulture – surtout des fongicides –, le laboratoire Kudzu Science a cherché la trace de 35 de leurs molécules actives dans les mèches de cheveux des 25 personnes volontaires, prélevées en octobre et novembre 2012.

Les cheveux portent la trace de l'exposition à une substance pendant trois mois. De l'azoxystrobine (signalé comme irritant pour les yeux, dangereux pour l'environnement), au zoxamide (irritant pour la peau, très toxique pour l'environnement), en passant par le diuron (interdit en France depuis 2003), le laboratoire en a détecté 22.

En moyenne, 6,6 substances différentes ont été trouvées chez les salariés viticoles, contre 0,6 chez les personnes n'exerçant pas ce métier. Quatre professionnels sur quinze présentaient même dix résidus de pesticides différents, parfois à forte dose, en particulier du fenhexamid et du fludioxonil.

Au moins 45% des molécules repérées sont classées cancérigènes possibles en Europe ou aux Etats-Unis, 36% sont suspectées d'être des perturbateurs endocriniens, rappelle Générations futures. A eux seuls, les 780 000 hectares de vignobles français représentent 3,7% de la surface agricole utile de l'Hexagone, mais consomment environ 20% des pesticides (en poids).

LONG PARCOURS D'OBSTACLES

Marie-Lys Bibeyran ne fait pas mystère de ses motivations personnelles : son frère, Denis, est décédé brusquement d'un cancer en octobre 2009. Il était salarié agricole et exploitait deux hectares de vigne. Avant de mourir, il avait évoqué ses soupçons quant à l'impact sur son état des pesticides qu'il utilisait.

Depuis 2011, Marie-Lys Bibeyran, elle-même saisonnière, s'est lancée dans un long parcours d'obstacles juridico-administratifs afin d'obtenir la reconnaissance de ce cancer en tant que maladie professionnelle. Elle a rejoint l'association Phytovictimes et s'est engagée aux côtés de Générations futures. C'est elle qui a trouvé des riverains prêts à participer à l'enquête. Les travailleurs des vignobles ont été plus difficiles à convaincre. Même en garantissant l'anonymat.

"Ils ont du mal à envisager que leur travail puisse avoir un tel impact, témoigne-t-elle. Après les vendanges, c'est une pulvérisation tous les quinze jours minimum. Surtout le Round Up." Elle espère que l'étude permettra une prise de conscience : "Le danger est sous-estimé. Mon frère n'était pas le seul à avoir des saignements de nez."

Pour sa part, Corinne Lantheaume, secrétaire régionale CFDT et responsable de la section production agricole de Gironde, remarque que la question des pesticides est peu prise en compte par rapport aux troubles musculosquelettiques.

Pourtant, "il y a des habitudes à changer. Certains ouvriers entrent dans la cabine du tracteur vêtus de la tenue avec laquelle ils ont préparé le chargement à épandre, témoigne-t-elle. Leur combinaison n'est pas étanche ; dessous, leurs habits sentent très fort le produit. Nous essayons d'obtenir que les salariés puissent respecter un délai d'au moins douze heures avant de revenir travailler dans la parcelle".

La déléguée syndicale reconnaît que ses recommandations ont peu d'écho : "Les gens se disent que pour garder leurs emplois, il faut des bons rendements et que, pour ça, il faut traiter."

Martine Valo

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voir : 

http://www.generations-futures.fr/pesticides/lenquete-apache-analyse-de-pesticides-agricoles-dans-les-cheveux/

L’enquête APAChe : Analyse de Pesticides Agricoles dans les CHEveux

Une enquête inédite sur les salariés viticoles et riverains des vignes : Quelles expositions aux pesticides viticoles ? Contexte Général.La… suite

(voir aussi le lien pour Générations futures, ci-contre)

Pour les joueurs compulsifs

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et Adalis (Addictions drogues alcool infos service) lancent un nouveau site Internet, Joueurs info service, qui propose une aide personnalisée aux personnes « accros » aux jeux et un soutien à l’entourage, indique La Croix.

Ce site vient en complément d’une ligne d’écoute disponible depuis 2010.

En France, environ 200 000 personnes (76% des hommes), souvent à faibles revenus, sont des joueurs excessifs.

La Croix, 19/02

11/02/2013

De la qualité des produits cuisinés dans l'Union Européenne

lu sur :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/laurent-chevallier/au-dela-du-cheval-des-produits-d-equarrissage-dans-les-plats-cuisines-10-02-2013-1625897_424.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20130211

Des produits d'équarrissage dans les plats cuisinés ?

Le Point.fr - Publié le10/02/2013 à 12:31- Modifié le11/02/2013 à 10:57

Comment produire une viande de qualité pour des produits industriels vendus 1,60 euro la barquette ? Le docteur Chevallier tire la sonnette d'alarme. 

 Par le Dr

Les Anglais ont été trompés sur la marchandise avec l'affaire des lasagnes à la viande de cheval étiquetée comme étant du boeuf. Soit. La viande de cheval, si elle peut être parasitée par la trichinose, est moins grasse et plus saine que la viande de boeuf, d'autant que la qualité d'une viande est fortement dépendante de ce que consomment les animaux. Dans ce domaine, les chevaux sont plutôt mieux nourris que les bovins et les porcs des élevages intensifs industriels. Donc, même si l'hippophagie n'est pas prisée outre-Manche, nos amis anglais ne risquent rien a priori, sauf si...

 
 

Car on s'aperçoit tout simplement que les contrôles qualité de l'entreprise (de nombreuses autres doivent être dans le même cas) et des organismes officiels ont été plus que défaillants en étant incapables de détecter la différence entre la viande de cheval et celle de boeuf, à moins qu'il n'y ait tout simplement pas de contrôle ! Depuis combien de temps ces pratiques existent-elles ? Ces dysfonctionnements n'ouvrent-ils donc pas la voie à bien d'autres interrogations ? Analysons par exemple le coût d'une boîte de raviolis (fourchette haute) de 1,60 euro pour 400 grammes de composé "pur boeuf".

Sur quoi fait-on des économies ?

Comment arriver à ce prix qui comprend la fabrication de la boîte, l'impression des étiquettes, la confection du plat composé à base de pâtes, de boeuf (attention, la mention "à base de boeuf" indique qu'il y a bien d'autres composés), de sauce tomate, de condiments, d'additifs ?... Puis, n'oublions pas le transport des boîtes, la marge du vendeur. Au-delà des frais fixes, sur quelle partie peut-on faire des économies ? Sur la qualité du contenu ! Ainsi a-t-on dans cette boîte une viande pour un coût forcément inférieur à 0,40 euro les 100 grammes.

L'exemple donné peut être étendu à de nombreux plats confectionnés : poulet basquaise, hachis parmentier, à la fois en conserve ou surgelé... Cette viande est issue de pays à bas coût de main-d'oeuvre : est-il simplement possible économiquement de produire en conservant un minimum de qualité ? Il y a tout de même des limites en dessous desquelles il n'est plus possible de fournir, sauf peut-être en ajoutant, au-delà des plus bas morceaux (tendons...), des produits d'équarrissage.

Les rendre "comestibles" est fort simple, la cuisson, l'adjonction de divers composés chimiques peuvent les rendre plus "sains", et la simple irradiation (largement pratiquée dans certains pays) détruit les micro-organismes. La viande ainsi traitée devient "consommable" sans risque sur le plan bactériologique. Il faudrait que les organismes privés et publics disent clairement comment sont effectués leurs contrôles, notamment vis-à-vis des pratiques possibles d'irradiation non déclarées.

L'Union préconise... l'autocontrôle des industriels !

Le scandale ne fait que commencer et il faut souligner le fait que l'Europe accepte un laisser-faire surprenant dans la mesure où elle n'a pas réussi à imposer une vraie traçabilité des produits alimentaires dans les plats composés. La mention de l'origine du pays des divers ingrédients n'est même pas obligatoire grâce, entre autres, au lobby intense des industriels, alors même que l'alimentation industrielle tend vers une industrie d'assemblage. Quant à la Commission européenne, elle est favorable à plus d'autocontrôle de la part des industriels ! Avec certainement parmi les arguments, peut-être soufflés par les lobbyistes, qu'il faut soulager les autorités sur le plan financier. Or, c'est bien par le contrôle des autorités luxembourgeoises puis anglaises que la supercherie a été détectée concernant l'étiquetage trompeur.

Le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire Stéphane Le Foll a affirmé que tout cela n'était pas acceptable : "Il faut faire respecter une chose simple, ce qu'on inscrit sur une étiquette doit être conforme à ce qu'il y a dans le produit. (...) Il doit y avoir correspondance entre le contenant et le contenu." Le contenant, c'est la boîte, et le contenu, ce qu'il y a dedans. Or, M. Le Foll n'est pas sans savoir que l'on ignore la composition d'un grand nombre de produits alimentaires consommés par des millions de gens au nom du "secret" industriel, certains revendiquant même cet aspect sur le plan marketing.

Le soupçon concernant la présence de viandes issues de l'équarrissage existe, reste aux organismes de contrôle nationaux et européens à infirmer ou confirmer cette hypothèse. Si le ministre de l'Agriculture veut réellement passer aux actes, nous l'y aiderons.

09/02/2013

il FAUT changer !

les surlignags sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/07/notre-civilisation-pourrait-elle-s-effondrer-personne-ne-veut-y-croire_1828673_3246.html

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Notre civilisation pourrait-elle s'effondrer ? Personne ne veut y croire

LE MONDE CULTURE ET IDEES | 07.02.2013 à 14h24 • Mis à jour le 07.02.2013 à 17h51

Par Stéphane Foucart

Pour son élection à la Royal Society de Londres, Paul Ehrlich tenait à mettre sur la table une question abrupte sur la marche du monde. Cette question, elle ne cesse de le travailler depuis quatre décennies : "Un effondrement de la civilisation globale peut-il être évité ?" C'est donc le titre que le célèbre biologiste américain a choisi pour la longue tribune qu'il a rédigée à l'invitation de la plus vénérable des académies des sciences et qui vient d'être publiée dans Proceedings of the Royal Society B - l'une des revues qu'elle édite. Hélas ! Cette interrogation, qui ne soulevait guère, jusqu'à récemment, que des haussements d'épaules, est désormais de plus en plus sérieusement considérée par la communauté scientifique.

 

Les premières phrases de Paul Ehrlich, toujours membre, à plus de 80 ans, du département de biologie de l'université Stanford (Californie), ont servi d'entrée en matière à un colloque sur la biodiversité et la croissance économique, le 31 janvier, à l'Ecole des mines de Paris. Elles donnent le ton. "A peu près toutes les civilisations passées ont subi un effondrement, c'est-à-dire une perte de complexité politique et socio-économique, généralement accompagnée d'un déclin drastique de la démographie, écrivent le biologiste américain et sa compagne, Anne Ehrlich, également professeur à Stanford. Certaines, comme en Egypte ou en Chine, se sont remises de situations d'effondrement mais d'autres non, comme la civilisation de l'île de Pâques, ou les Mayas classiques. (...) Dans bien des cas - sinon la plupart - la surexploitation de l'environnement a été en cause."

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET ACIDIFICATION DES OCÉANS

La nouveauté du problème est sa dimension globale. Jadis, l'écroulement des sociétés n'a jamais été qu'un phénomène local ou régional. A quelques centaines de kilomètres des lieux où se tramait le délitement de sociétés structurées, rien de tangible ne se produisait. Les hommes continuaient à vivre paisiblement. "Mais, aujourd'hui, pour la première fois, une civilisation humaine globale - la société technologique, de plus en plus interconnectée, dans laquelle nous sommes tous embarqués à un degré ou à un autre - est menacée d'effondrement par un ensemble de problèmes environnementaux", poursuit l'auteur.

Ces problèmes sont connus. Ils sont au centre d'une somme considérable de travaux de recherche ; ils ont tous en commun d'affecter les écosystèmes et, en conséquence, de menacer les services qu'ils offrent gracieusement aux économies. C'est-à-dire aux hommes. La liste qu'égrènent Anne et Paul Ehrlich est longue. Erosion rapide de la biodiversité ; exploitation irraisonnée des océans ; destruction accélérée des insectes pollinisateurs, qui assurent la reproduction de 80 % du règne végétal ; épuisement des sols et des eaux souterraines ; formation de vastes zones mortes dans les océans, à l'embouchure des grands fleuves qui charrient les effluents agricoles. Avec, surplombant et déterminant partiellement le tout, deux phénomènes globaux liés à nos émissions de gaz à effet de serre : le réchauffement climatique et l'acidification des océans. L'humanité a donc devant elle un certain nombre de difficultés...

Pour tous ceux qui s'intéressent à l'écologie scientifique et à la biologie de la conservation, Paul Ehrlich est connu comme le loup blanc. En 1968 - cinq ans avant Les Limites à la croissance, rapport du Club de Rome, qui fait date -, il publiait The Population Bomb, un ouvrage grand public dont il vendit quelque deux millions d'exemplaires.

"Paul Ehrlich a toujours eu comme idée que la démographie est au centre de tout, que nous sommes trop sur la planète et qu'il fallait trouver des moyens pour être moins nombreux", résume le biologiste Gilles Boeuf, président du Muséum national d'histoire naturelle. "A sa publication, ce livre a reçu beaucoup d'attention, se souvient James Brown, professeur à l'université du Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, et membre de l'Académie des sciences américaine. On commençait à prendre conscience qu'une croissance exponentielle ne pourrait pas continuer indéfiniment sur une Terre finie. Je crois que beaucoup étaient cependant sceptiques sur l'horizon de temps auquel Paul Ehrlich prévoyait un effondrement."

"VERS DE PLUS VASTES FAMINES"

De fait, le biologiste augurait de vastes famines dans les années 1990 - elles n'ont pas eu lieu. "Ce qui est souvent décrit comme des prévisions "fausses" n'était que des scénarios, clairement présentés comme des histoires qui devaient aider à penser le futur et dont certaines ne se réaliseraient pas, répond Paul Ehrlich. Mais la principale erreur du livre est de sous-estimer la vitesse à laquelle la "révolution verte" [modernisation des techniques agricoles] s'est propagée dans les pays pauvres. Cela a sauvé beaucoup de vies, mais nous a aussi mis sur les rails où nous sommes désormais, vers de plus vastes famines."

L'effondrement, c'est d'abord la faim. Ce qui tourmente Paul Ehrlich depuis quarante ans est avant tout une question d'agriculture, de nourriture et d'estomacs à remplir. Cette crainte, rétorquent les détracteurs du néomalthusianisme, ne serait qu'une vieille lune puisant dans un millénarisme irrationnel, remontant à bien avant Thomas Malthus (1766-1834) lui-même. On trouve, de fait, trace de cette préoccupation aux toutes premières heures de l'Histoire. Le plus ancien texte de l'humanité, L'Epopée de Gilgamesh, le célèbre conte mésopotamien dont la composition remonte à la fin du IIIe millénaire avant notre ère, ne met-il pas en scène un aréopage de divinités décidées à punir l'humanité pour sa propension à la multitude ?

"La Terre peut nourrir neuf milliards d'individus sans problème", rétorquent ainsi les adversaires de Paul Ehrlich. Mais ceux qui ont le privilège d'écrire que les famines ne sont pas un "problème" ne sont jamais ceux qui ont eu faim. "Je trouve l'optimisme de beaucoup d'analystes assez perturbant, sachant qu'aujourd'hui presque un milliard d'humains souffrent de la faim et que des millions d'entre eux en meurent chaque année, ajoute le biologiste américain. Si c'est si facile, pourquoi tout le monde n'est-il pas correctement nourri ? Il y a sans doute plus de personnes souffrant de faim et de malnutrition aujourd'hui qu'en 1968", lors de la parution de The Population Bomb. Il n'y avait, alors, que trois milliards et demi d'humains sur Terre - nous sommes aujourd'hui plus du double.

DÉCLIN DE LA PÊCHE MONDIALE

"Ce que souligne Paul Ehrlich, c'est que, même si, dans la situation actuelle, on calcule que la Terre pourrait nourrir neuf milliards d'humains, nous ne sommes absolument pas sûrs que cela soit encore possible dans quelques décennies, redoute le biologiste Gilles Boeuf. Simplement parce que le système de production va commencer à subir les effets des perturbations que nous avons introduites dans le système, à commencer par le changement climatique." Dans de nombreuses régions du monde et pour certaines grandes cultures, "les rendements agricoles n'augmentent plus depuis sept à huit ans", précise le président du Muséum. En France, par exemple, les effets du changement climatique sur le blé se font sentir depuis 1996 : en dépit des progrès agronomiques, les rendements stagnent, après un demi-siècle de croissance continue. C'est le cas dans la majeure partie de l'Europe.

L'agriculture ne sera pas le seul système affecté. Les pêcheries souffrent également : depuis le milieu des années 1990, les prises mondiales déclinent, en dépit d'un effort de pêche toujours accru. Toujours plus de bateaux sont armés, traquent la ressource de plus en plus loin et de plus en plus profond, mais le produit de la pêche mondiale décline inexorablement. La tendance pourrait être encore aggravée par le réchauffement des eaux superficielles de l'océan et, surtout, par leur acidification. La manière dont les écosystèmes marins peuvent s'adapter à ce phénomène est largement inconnue, puisque ce dernier se produit à un rythme inédit depuis au moins 300 millions d'années, selon une récente étude publiée dans la revue Science.

Au chapitre des courbes qui plafonnent, celle de la production pétrolière n'est pas la moindre. Entre 2004 et 2011, malgré une demande explosive, elle a stagné, selon la BP Statistical Review of World Energy, entre 80 et 83 millions de barils par jour... Et ce, en comptant les ressources non conventionnelles (huile de schiste, sables bitumineux, etc.). "La "bombe" et les "limites", commente James Brown en référence à l'ouvrage de Paul Ehrlich et au rapport du Club de Rome, deviennent probablement une réalité en ce moment même."

LE REVIREMENT DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE

Dans le dernier tiers du XXe siècle, la question de la finitude du monde est demeurée marginale dans la communauté scientifique. Elle n'a pas suscité une école de pensée structurée, comme la physique des semi-conducteurs, la génomique ou la climatologie. L'opinion et les craintes de Paul Ehrlich sont-elles désormais partagées par tous ? "Non, il est toujours critiqué et considéré comme trop pessimiste, estime James Brown. La majorité de la communauté scientifique ne reconnaît pas ce qu'Ehrlich ou encore mon groupe de recherche et moi considérons comme une urgence critique."

Chez les chercheurs qui travaillent spécifiquement sur le fonctionnement des écosystèmes, la réalité est peut-être différente. "Ce n'est pas un tableau très joyeux qu'il dépeint, confie Franck Courchamp, chercheur au laboratoire Ecologie, systématique et évolution (CNRS/université Paris-Sud), mais malheureusement je pense qu'il écrit tout haut ce que la plupart des écologues pensent tout bas." La prestigieuse revue Nature a par exemple publié, au printemps 2012, deux vastes synthèses de la littérature scientifique, menées collectivement par une quarantaine de spécialistes du fonctionnement des écosystèmes. Leurs conclusions sont glaçantes : non seulement l'ensemble de la biosphère terrestre connaîtra une "bascule abrupte et irréversible" dans les prochaines décennies, du fait des transformations apportées par l'homme à l'environnement, mais les services rendus aux économies par ce dernier vont perdre en efficacité du fait de l'érosion de la biodiversité.

DES ÉTUDES LARGEMENT IGNORÉES

Probablement trop déprimantes, ces deux synthèses de la littérature, résumant le savoir accumulé par des centaines d'études, ont été relativement ignorées par les médias. Elles sont passées inaperçues. A peu près autant que l'avis commun rendu en juin 2012 par les 106 académies des sciences, intitulé "Population et consommation" et qui, en termes prudents, n'en valide pas moins les inquiétudes anciennes de Paul Ehrlich. "Les accroissements simultanés de la population et de la consommation non durable font que le monde se trouve face à deux de ses plus grands défis, assurent les académies des sciences. La population mondiale est de 7 milliards d'habitants, et la plupart des projections indiquent qu'elle sera de 7 à 11 milliards en 2050, sachant que l'accroissement de la population se fera surtout dans les régions à faible revenu. Globalement, les niveaux de consommation sont à un niveau jamais atteint, largement en raison de la forte consommation par individu dans les pays développés."

Au sein de l'establishment scientifique, les idées du biologiste américain commencent donc à faire leur chemin. Il suffit, pour s'en rendre compte, de relever le nombre de fois que The Population Bomb est cité dans la littérature scientifique. Entre 1968 et 1995, il n'y est fait référence que deux fois. Autant dire que l'ouvrage, malgré son succès auprès du public, est poliment ignoré. Mais dans la décennie suivante, entre 1995 et 2005, il est cité de dix à vingt fois par an, puis de vingt à quarante fois par an depuis 2005.

Pourtant, si elle apparaît comme une préoccupation de plus en plus partagée chez les scientifiques, l'impossibilité d'une croissance exponentielle éternellement entretenue dans un monde fini reste largement ignorée dans les cercles dirigeants, parmi les économistes et dans l'opinion. Le gouffre est en effet énorme entre les centaines d'études alarmantes et le "climat" général des réactions. "Il y a dans la communauté scientifique une retenue sur ces sujets qui m'a toujours étonné, ajoute M. Courchamp. Même dans les instances nationales, les scientifiques spécialistes ont toujours peur d'être accusés de catastrophisme, d'opinions militantes ou exagérées."

UNE CONNAISSANCE CONFINÉE À UN PETIT NOMBRE

Les médias, eux aussi, sont souvent réticents à traiter pleinement ces sujets, souvent jugés trop anxiogènes. La connaissance accumulée sur l'état de tension entre le système technique humain et la biosphère demeure ainsi confinée à un petit nombre de spécialistes. "Certains essayent [de communiquer], mais les scientifiques ne sont pas formés pour parler au public et les normes de la science et la discipline de la pratique scientifique militent contre le fait d'aller vers le public, explique Paul Ehrlich. Mais plusieurs d'entre nous, tous des ''vieux briscards'', s'engagent : James Hansen, le plus titré des climatologues fédéraux [directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA], a même été incarcéré pour avoir manifesté contre la construction d'une centrale à charbon."

L'ignorance, par le plus grand nombre, de la situation telle que la perçoivent les spécialistes compte au nombre des grandes préoccupations du biologiste américain. "Pour éviter un effondrement, le plus grand défi est peut-être de convaincre l'opinion, en particulier les hommes politiques et les économistes", écrit-il. Une grande part des communautés scientifiques et techniques investies dans la recherche et le développement sont aussi toujours rétives à l'idée d'une finitude du monde. "Je le vois dans mes conférences : il y a encore un déni incroyable à propos de notre situation, relève Gilles Boeuf. Parfois, ce sont même des scientifiques qui me disent : "On ne croit pas à ce que vous dites" !"

LA FRANCE, CHAMPIONNE DU DÉNI

Sur le terrain du déni, la France occupe une place à part. D'abord, ingénieurs et scientifiques passent souvent par des formations communes. Ensuite, la langue française a mis dans le même mot - "écologie" - une science et un mouvement politique. Du coup, les faits scientifiques qui relèvent de la première sont sans cesse relativisés et discutés comme le seraient les postures idéologiques du second. "Nous avons un vrai problème avec ça, confie Gilles Boeuf. Nous ne sommes pas écologistes, nous sommes écologues !" Il ne faut pas sous-estimer la force de la confusion des mots. La France est par exemple le dernier pays dont l'Académie des sciences, en dépit des textes internationaux qu'elle a signés, estime incertaine l'origine anthropique du changement climatique...

Or, lorsqu'un problème environnemental semble très incertain, il n'y a nulle raison de chercher à le résoudre. Surtout si sa résolution demande des efforts colossaux. Le sera-t-il jamais ? Au terme de leur longue tribune dans Proceedings of the Royal Society B, Paul et Anne Ehrlich répondent, de manière étonnante, oui : "L'effondrement de la civilisation globale" peut être évité, "car la société moderne a montré de la capacité à traiter les menaces de long terme, si elles sont évidentes et continuellement portées à notre attention". Mais cette note d'espoir est vite remise à sa place. "Nous estimons que la probabilité d'éviter l'effondrement n'est que d'environ 10 %, précise Paul Ehrlich. Et nous pensons que, pour le bénéfice des générations futures, cela vaut le coup de se battre pour monter cette probabilité à 11 %."

La principale incertitude ne repose sans doute pas sur les grands changements d'état de la biosphère et la raréfaction des ressources. Elle tient plutôt au fait de savoir ce qu'est un "effondrement", c'est-à-dire de quelle manière les sociétés réagiront à ces changements. Appauvrissement brutal des populations ? Perte de contrôle des Etats sur leur territoire ? Incapacité à assurer les besoins de base de la population ? Généralisation de la violence ? Ou réduction graduelle et pacifique de la consommation matérielle, accompagnée d'une plus forte cohésion sociale ? Ces questions restent ouvertes et ne sont pas du ressort des sciences de la nature. Mais le spectacle qu'offre un pays comme la Grèce n'incite guère à l'optimisme. 

 

Lire aussi : Changement climatique : près de soixante études par jour (ci dessous)

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"L'HOMME PEUT-IL S'ADAPTER À LUI-MÊME ?"

collectif, dirigé par Gilles Boeuf, Bernard Swynghedauw et Jean-François Toussaint, (Quae éditions, 2012).

"L'ÉCOLOGIE POUR LES NULS"

de Franck Courchamp (Editions générales First, 2009).

SUR LE WEB

"CAN A COLLAPSE

OF GLOBAL CIVILIZATION BE AVOIDED ?"

Article en anglais de Anne et Paul Ehrlich disponible sur le site de la revue Proceedings of the Royal Society B www. royalsocietypublishing.org

MILLENNIUM ALLIANCE FOR HUMANITY AND THE BIOSPHERE

Une initiative imaginée par Anne et Paul Ehrlich http://mahb.stanford.edu

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Changement climatique : près de soixante études par jour 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/07/changement-climatique-pres-de-soixante-etudes-par-jour_1828674_3246.html

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LE MONDE CULTURE ET IDEES | 07.02.2013 à 14h24 • Mis à jour le 07.02.2013 à 17h42

Par Stéphane Foucart

Vouloir rendre compte de la recherche sur le changement climatique est à la fois impossible et déprimant. Déprimant parce que la majorité des études publiées dressent un tableau assez sombre de l'avenir prévisible. Impossible parce que l'activité scientifique sur le sujet a pris, ces dernières années, une dimension gigantesque. Ce dont, de toute évidence, l'opinion n'a pas la moindre idée. "Le grand public ne sait pas bien ce que les scientifiques font, ni le rôle que joue la science dans la société", constate l'écologue James Brown, professeur à l'université du Nouveau-Mexique et membre de l'Académie des sciences américaine.

En cherchant dans une base de données de la littérature scientifique - par exemple Scopus, tenue par l'éditeur Elsevier - les articles de recherche contenant les termes "changement climatique" (climate change) ou "réchauffement global" (global warming) dans leur titre, leur résumé ou leurs mots-clés, il est possible de se faire un avis assez précis sur ce décalage. Au milieu des années 1970, l'ensemble des revues scientifiques publiait environ une dizaine d'articles par an sur le sujet. Dix ans plus tard, on en compte une cinquantaine. Encore dix ans de plus - au milieu des années 1990 - et nous en sommes à environ un millier publiés chaque année...

DES SCIENTIFIQUES ANXIEUX

Aujourd'hui, celui qui s'intéresse au réchauffement sous tous ses aspects scientifiques est confronté à une sorte de tsunami de travaux académiques dans lesquels la dimension climatique intervient sous une forme ou une autre. En 2012, les revues savantes ont donné l'onction d'une publication à 15 125 études de ce genre.

Ce qui représente une moyenne de près de soixante travaux de recherche publiés par jour ouvré... Dans cette masse d'études, il est aussi possible de chercher si, par exemple, la notion de perturbation climatique est, ou non, associée de manière croissante au terme "effondrement" (collapse) - que ce soit celui d'une société, d'une calotte de glace, d'un écosystème, d'une pêcherie... Les travaux associant des changements climatiques à ces bouleversements brutaux et périlleux que sont les "effondrements" sont aussi de plus en plus nombreux.

On en comptait moins de dix par an jusqu'à la fin des années 1990 ; une vingtaine entre 2000 et 2003 ; une quarantaine entre 2004 et 2006... En 2012, près d'une centaine ont été publiés. Si l'on fait de cette association (changement climatique et effondrements) une manière d'indice d'anxiété de la communauté scientifique sur les répercussions du changement climatique, alors cet indice a décuplé au cours des vingt dernières années.

08/02/2013

Les boissons light associées à un risque de diabète

lu sur :

http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Les boissons light associées à un risque de diabète

Selon une étude de l’Inserm, réalisée par l’épidémiologiste Guy Fagherazzi et Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche à l’Inserm, « la consommation de sodas ‘‘light’’ est associée à une multiplication par 2,3 du risque de développer un diabète par rapport aux femmes qui ne consomment pas de boissons sucrées, tandis que la consommation de boissons sucrées ordinaires multiplie ce risque par 1,5 », rapportent l’AFP, Aujourd’hui en France, Direct Matin, LCI, France 3, France 5 et les chaînes radiophoniques. Ce travail, dont les résultats sont publiés dans la revue American Journal of Clinical Nutrition, a consisté à suivre 66 188 femmes françaises âgées de plus de 40 ans pendant 14 ans (de 1993 à 2007) et analyser leurs habitudes de consommation de boissons sucrées. Il montre que « les femmes consommant des boissons ‘‘light’’ avaient une consommation plus grande que celles consommant des boissons sucrées normales (2,8 verres par semaine contre 1,6 verre par semaine en moyenne respectivement) », explique l’agence de presse.

AFP, France 3, France 5, LCI, France Info, France Inter, RMC Info, RTL, Europe 1, Sud Radio, 07/02, Aujourd’hui en France, Direct Matin, 08/02
Communiqué de presse : Boissons « light » associées à une augmentation de risque de diabète de type 2

06/02/2013

Diabète et précarité - Téléphone portable et tumeurs du cerveau, du nerf acoustique et de la glande salivaire.

lu sur :

http://presse-inserm.fr/mardi-5-fevrier-2013/6530/?

Le Figaro revient sur une enquête menée par l’Académie de médecine et la Mutualité française en Languedoc-Roussillon, soulignant le lien entre « Diabète et précarité » (cf synthèse de presse du 31 janvier).
Ce travail montre que les cas de diabète, avant l’âge de 65 ans, sont plus nombreux chez les personnes précaires (6,9%) que dans les populations peu ou pas du tout précaires (4,4%). Il souligne également l’importance du dépistage et du suivi de ces personnes.
La Mutualité et l’Académie de médecine proposent un site conjoint présentant les résultats de l’étude, ainsi que des conseils pratiques.
 

Une enquête sur l’usage du portable a été menée par l’Association santé environnement France (Asef), cet automne, auprès de 600 lycéens du sud de la France.
Les résultats montrent qu’« ils n’étaient que 15% à savoir qu’il était préférable d’utiliser un kit mains libres ». Par ailleurs, 75% d’entre eux dorment avec leur portable.
Or, plusieurs études ont montré, ces dernières années, que l’usage du portable pourrait augmenter le risque de certaines tumeurs du cerveau, du nerf acoustique et de la glande salivaire.
Le Pr Gérard Lasfargues directeur général adjoint scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), préconise, par précaution, notamment d’utiliser un kit mains libres et de ne pas dormir avec son portable allumé à proximité immédiate de la tête.

La Croix, 05/02

05/02/2013

Rouen : "TOUTE INITIATIVE METTANT EN DANGER L'ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE EST À EXCLURE"

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/04/rouen-douze-sites-seveso-et-toujours-vulnerable_1826613_3244.html

Rouen : douze sites Seveso... et toujours vulnérable

LE MONDE | 04.02.2013 à 14h06 • Mis à jour le 04.02.2013 à 14h22 Par Audrey Garric - Rouen, envoyée spéciale

REPORTAGE. De la rive gauche à la rive droite, cent cheminées se mêlent à cent clochers. A Rouen, seul un bras de Seine sépare le coeur de la ville et sa cathédrale de l'un des plus importants complexes de production pétrochimique de France. Un chapelet d'usines potentiellement dangereuses et assurément polluantes qui enserrent des cités ouvrières, témoins d'un âge d'or révolu.

Pour lire la suite :

Rouen _ douze sites Seveso... et toujours vulnérable.pdf

Et aussi :

Rouen _ "Je n'ai pas les moyens d'acheter ailleurs".pdf


26/01/2013

Que va devenir la ceinture verte de Paris ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/26/paris-cherche-a-domestiquer-sa-ceinture-verte_1822952_3244.html

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Paris cherche à domestiquer sa ceinture verte

LE MONDE | 26.01.2013 à 10h51 • Mis à jour le 26.01.2013 à 11h28 

La visite commence au-dessus du cours de Vincennes, dans le 12e arrondissement de Paris, par un matin glacial de janvier. Les rails ont gelé. On avance prudemment sur le pont en fer qui surplombe les axes de circulation avant de pénétrer sur une voie sauvage. Le bruit de la ville s'est brusquement dissipé. Nous sommes sur la Petite Ceinture, 32 kilomètres d'une ancienne voie de chemin de fer tantôt en hauteur, tantôt en tranchée, à l'air libre ou couverte, qui fait le tour de Paris, à l'intérieur des boulevards des Maréchaux.

Le chemin est maintenant bordé d'immeubles de chaque côté, mais à une distance suffisante pour donner un réel sentiment d'espace. La voie se faufile entre les quais d'une ancienne station, couverts de tags colorés. Derrière la végétation émergent de beaux appartements avec terrasse. Etrange impression d'être passé derrière le décor.

Que faire de cette enclave ? La laisser à l'état sauvage ? La transformer en parc ? La Mairie de Paris vient d'ouvrir une concertation avec les Parisiens. D'ici à la fin 2013, son avenir sera tranché. Il suscite un vif débat entre les passionnés de ferroviaire, qui rêvent de remettre la voie en circulation, les défenseurs de la nature, qui veulent sanctuariser le lieu, et les amateurs d'espaces verts, qui réclament des promenades.

 

UNE VÉGÉTATION SAUVAGE S'Y EST ÉPANOUIE

Construite entre 1852 et 1869 pour transporter marchandises et voyageurs et mettre en relation les gares parisiennes, la Petite Ceinture est en friche. L'arrivée du métro en a détourné les voyageurs. Dès 1934, le trafic voyageurs fut interrompu, le trafic marchandises perdura marginalement jusque dans les années 1990. Seul l'ouest est emprunté par le RER C. La nature ayant horreur du vide, une végétation sauvage s'y est épanouie, des animaux y ont élu domicile (oiseaux, hérissons, chauves-souris, renards), faisant de ce lieu un réservoir de biodiversité. Des usages, plus ou moins clandestins, se sont développés, paradis des tagueurs et fortune des SDF. L'entretien le plus minimal est assuré par une entreprise d'insertion.

La municipalité parisienne souhaite en faire un poumon vert, mais elle n'est pas la seule à décider. La voie appartient à Réseau ferré de France (RFF). En 2006, les deux partenaires avaient signé un protocole pour permettre l'ouverture au public de certains tronçons. Un "sentier nature" a été créé dans le 16e arrondissement, un parc est en construction dans le 15e. Mais le protocole expire en 2013. RFF envisage de retirer du réseau les sections sur lesquelles il ne prévoit plus de trafic ferroviaire, notamment à l'est ou au sud, entre la gare des Gobelins, dans le 13e, et le parc André-Citroën, dans le 15e.

Anne Hidalgo, la première adjointe en charge de l'urbanisme, plaide en faveur d'une immense promenade reliant le bois de Vincennes au bois de Boulogne. "Ma vision, c'est d'en faire un espace de détente, de promenade et de respiration, le plus continu possible", explique la future candidate à la Mairie de Paris, qui sait les écologistes hostiles au "tronçonnage" pour protéger la biodiversité. La continuité du projet fait débat, car les deux tiers de la ligne sont à l'air libre, 40 % en tunnel ou en tranchée. La sécurité des futurs promeneurs est posée.

CERTAINES PARTIES POURRAIENT DEVENIR DES JARDINS PUBLICS

En 2010, à Duisbourg, en Allemagne, une bousculade dans un tunnel similaire à l'occasion d'un festival de musique techno avait provoqué la mort de 19 personnes et blessé 340 autres. "Ces tunnels ne doivent pas être des obstacles. Nous pouvons parfois les contourner en remontant au-dessus. Nous pouvons à d'autres endroits les transformer en buvettes, toilettes, ou entrepôts de matériel de jardin", objecte Mme Hidalgo.

L'ampleur des aménagements, la structure de gestion font aussi l'objet de discussions. Certaines parties pourraient devenir de véritables jardins publics, soumis à surveillance et horaires d'ouverture, d'autres pourraient rester plus sauvages, gérés par des collectifs d'habitants. L'enjeu tient dans l'équilibre entre reconversion et maintien de l'originalité de cet ouvrage qui, selon les urbanistes, a créé un "vide utile" dans la ville. La largeur de ses emprises est loin d'être négligeable, entre 15 et 40 mètres.

"Nulle part la Petite Ceinture ne se fond dans la ville. Son statut particulier, son inaccessibilité, son profil presque toujours en dénivelé par rapport à la ville font qu'il n'y a pas de fusion entre l'univers ferroviaire et l'univers urbain, la limite entre les deux est toujours reconnaissable", soulignent les chercheurs de l'Atelier parisien d'urbanisme, l'APUR, auteurs d'une étude prospective sur le devenir de cette voie. La Mairie de Paris devra enfin convaincre RFF de lui céder les parcelles à bon prix. Même inconstructible, la Petite Ceinture peut valoir de l'or.

22/01/2013

Dérogations pour la qualité de l'eau du robinet

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sante/article/2013/01/21/la-qualite-de-l-eau-deroge-aux-seuils-sanitaires-dans-419-communes_1820014_1651302.html

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La qualité de l'eau déroge aux seuils sanitaires dans 419 communes

LE MONDE | 21.01.2013 à 14h54 Par Martine Valo

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L'eau du robinet que nous buvons est-elle toujours d'une qualité irréprochable ? Manifestement pas. En France, lorsque l'eau potable subit une nette détérioration, sa consommation est interdite. Mais, si les teneurs en nitrates, arsenic, atrazine, glyphosate et autres polluants ne dépassent les normes acceptables pour la santé "que" dans une certaine limite, sa distribution peut rester autorisée par dérogation préfectorale sans que le consommateur n'en soit averti.

C'est la carte de ces dérogations (consultable sur le site www.prixdeleau.fr.) qu'ont rendu publique l'association 60 Millions de consommateurs et la Fondation Danielle-Mitterrand- France Libertés, vendredi 18 janvier. Elle a été réalisée à partir des données fournies par le ministère et les agences régionales de la santé.

A l'automne 2012, on dénombrait ainsi plus d'un millier de dérogations. Celles-ci sont accordées pour trois ans et peuvent être renouvelées deux fois, le temps pour le syndicat distributeur d'eau d'améliorer ses performances : 419 communes sont concernées.

"L'AMBITION DE FAIRE RÉAGIR LES USAGERS"

Ce recensement souligne quelques situations problématiques, notamment en Seine-et-Marne. Les auteurs s'interrogent aussi sur le cas de certains départements agricoles gros consommateurs de pesticides comme l'Oise, où aucune dérogation n'apparaît. La qualité de l'eau est-elle bien mesurée ? La carte montre par ailleurs que la Bretagne a redressé la situation : l'eau du robinet y est redevenue potable... au prix de la fermeture de plusieurs points de captage.

"Nous rendons accessibles ces données avec l'ambition de faire réagir les usagers, commente Emmanuel Poilâne, directeur de France Libertés. On doit de plus en plus traiter l'eau pour la rendre potable et les coûts grimpent. Le jour où l'ouest de la France devra s'alimenter dans le Massif central, on y arrivera plus !"

Ce travail, lancé à l'été 2012, se poursuivra en mars par la publication, d'analyses inédites qui prendront en compte de "l'effet cocktail" des microdoses de substances chimiques et des résidus médicamenteux.

15/01/2013

Les rivières françaises de plus en plus polluées

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/14/le-nitrate-contamine-de-plus-en-plus-de-rivieres-francaises_1816525_3244.html

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Les nitrates contaminent de plus en plus de rivières françaises

LE MONDE | 14.01.2013 à 11h43 • Mis à jour le 14.01.2013 à 11h43 Par Martine Valo

La dégradation de la qualité des cours d'eau et des nappes souterraines progresse en France. Plus de la moitié de l'Hexagone est désormais concernée par la pollution diffuse d'origine agricole, autrement dit les nitrates.

Fin décembre 2012, après d'âpres négociations, les six grands bassins versants de l'Hexagone ont adopté la nouvelle carte de leurs zones classées "vulnérables" – celles qui enregistrent des teneurs en nitrate d'au moins 50 milligrammes par litre (mg/l). La liste englobe 18 860 communes, soit 860 de plus qu'en 2012 : 1 300 rejoignent les zones vulnérables et 440 les quittent. A lui seul, le bassin Loire-Bretagne, qui couvre dix régions, compte 434 communes supplémentaires. Mais l'Ouest n'est plus un cas particulier : presque toutes les régions sont concernées.

Dans le bassin Adour-Garonne en particulier, le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, a exprimé son mécontentement, notamment dans le Tarn et les Pyrénées-Atlantiques, où l'organisation a annoncé, début janvier, son intention de faire appel de ce redécoupage.

Aiguillonnée par la perspective des élections dans les chambres d'agriculture fin janvier, la FNSEA a lancé une pétition contre l'extension des zones vulnérables et les contraintes réglementaires qui vont avec. Récemment, elle a fait manifester ses troupes à Metz, Orléans et Toulouse sous la bannière du "bon sens paysan contre l'écologie technocratique" ; quelques tonnes de lisier ont été déversées à Strasbourg et Rouen.

La France s'est engagée depuis plusieurs années à réviser rapidement sa géographie des nitrates auprès de la Commission européenne, qui lui reproche de minimiser le problème. L'affaire traîne depuis la directive européenne nitrates du 12 décembre 1991. Paris répond systématiquement avec un temps de retard : le contentieux s'est depuis alourdi des marées d'algues vertes, dues à l'excès de nitrates.

Les zones vulnérables s'étendent donc à présent aux communes du littoral. En février 2012, lassée par la frilosité de la France, Bruxelles a fini par la traduire devant la Cour de justice de l'Union européenne. Faute de résultats, la condamnation, au moins de principe, est attendue courant 2013. En l'absence de signes tangibles de bonne volonté, elle pourrait se solder par des amendes de plusieurs millions d'euros.

RECETTES CONNUES POUR FAIRE BAISSER LA POLLUTION

Les ministères de l'agriculture et de l'écologie ont hérité d'un dossier à haut risque. Les nouveaux programmes d'action contre les nitrates – ce sont les cinquièmes – sont en préparation depuis plus d'un an. Les recettes sont connues (moins d'épandage d'azote, des bandes d'herbe entre champs et cours d'eau, rotation obligatoire des cultures, couverture des sols avec des plantes "piégeuses" de nitrates), mais ces mesures agacent certains chefs de file de l'agriculture.

"La réflexion avance par exemple sur l'augmentation des capacités de stockage de lisier, ce qui permet de ne pas épandre à certains moments de l'année, de faire attention aux sols gelés ou en pente, constate Gilles Huet, délégué général de l'association Eau et rivières de Bretagne. Cette fois, ce n'est pas la Bretagne qu'on entend protester, mais les autres régions qui se sentent mises en cause à leur tour."

Si l'Etat impose des pratiques restrictives, il maintient néanmoins quelques gages en direction des tenants de l'agriculture dominante. Ainsi la fin des zones d'excédent structurel (ZES), que le précédent gouvernement avait inscrite dans les cinquièmes programmes d'action, est toujours à l'ordre du jour. Les ZES ont pourtant permis de faire baisser les taux de nitrate dans les rivières de Bretagne en restreignant l'épandage dans des cantons saturés de lisier. Au ministère de l'écologie, on annonce des consultations ultérieures prévues au printemps.

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Pollution

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sur le même sujet :

Application de la directive « nitrates » : la France recherchera l’équilibre entre exigences européennes, objectifs écologiques et intérêt des agriculteurs

Paris

16/01/2013

Ministère de l’Écologie, 
du Développement durable 
et de l’Énergie

Ministère de l’Agriculture, 
de l’Agroalimentaire et de la Forêt

A la suite du classement de 823 communes supplémentaires en zones vulnérables, Delphine BATHO, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, et Stéphane LE FOLL, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, rappellent que la France est tenue de se conformer aux exigences communautaires dans le cadre de la directive « nitrate », les sanctions financières encourues seraient très lourdes pour le budget national en cas de manquement.

La France a été assignée devant la Cour de justice de l’Union européenne pour mauvaise application de la directive 91/676CEE dite directive « nitrates » dans le cadre de deux contentieux. L’un des contentieux porte sur l’insuffisance de délimitation des zones vulnérables dans lesquelles les eaux sont polluées ou susceptibles de l’être par les nitrates d’origine agricole ; l’autre contentieux porte sur l’insuffisance des programmes d’actions applicables dans ces zones.

Au-delà de ces enjeux contentieux, l’efficacité des actions de lutte contre la pollution des eaux par les nitrates est un enjeu fort de protection de l’environnement, et contribue à l’atteinte des objectifs de bonne qualité fixés dans les schémas directeurs et d’aménagement et de gestion des eaux.

Les Ministres rappellent que si 1 440 communes ont été ajoutées à la liste des quelques 18 400 déjà concernées, 617 communes ont été déclassées au vu de l’amélioration de la qualité des eaux superficielles et souterraines, traduisant les efforts réalisés par les agriculteurs dans la maîtrise des pollutions azotées.

L’année 2013 sera consacrée à compléter le programme d’actions national et à élaborer les programmes d’actions régionaux applicables en zones vulnérables. Une nouvelle phase de concertation avec les professionnels sera engagée dès la fin du mois.

Les Ministres sont attentifs à répondre aux exigences imposées par l’application de la directive « nitrates » dans le respect des principes agronomiques qui ont toujours régi la mise en œuvre de cette directive en France.

Les élevages à l’herbe présentent des spécificités et des bénéfices environnementaux reconnus. Les Ministres cherchent à concilier leur rentabilité économique et leur performance environnementale, en limitant les investissements superflus (par exemple, stockage au champ des fumiers compacts pailleux).

Enfin, et parce qu’il est nécessaire de Produire autrement, Stéphane LE FOLL a indiqué qu’un plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote serait présenté au printemps, en lien avec le plan national biogaz inscrit dans la feuille de route de la transition écologique et avec le débat national sur la transition énergétique organisé par Delphine BATHO. Ce plan vise à développer la production de biogaz dans les régions d’élevage ce qui permettra de valoriser une diminution de la concentration d’azote dans les milieux aquatiques par la valorisation des effluents d’élevage et en remplacement de l’azote minéral (chimique) jusqu’alors utilisé.

Contacts presse : 
Service presse de Delphine BATHO 01 40 81 78 31 
Service presse de Stéphane LE FOLL 01 49 55 59 74