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13/04/2007

à propos du film sur les Lip

Article paru dans le Monde daté 8/9 avril. (voir aussi les albums LIP1 et LIP2 ci-contre)
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Jean-Luc Douin

EDITORIAL & ANALYSES

ANALYSE

Le renouveau du cinéma militant

Le documentaire de Christian Rouaud consacré aux travailleurs de Lip, Les Lip, l'imagination au pouvoir, est historique. Ayant pour cadre et sujet le combat des ouvriers d'une usine horlogère installée dans le Doubs et sorti en salles le 21 mars, ce film fait resurgir l'histoire d'une lutte qui marqua les esprits au milieu des années 1970. Mais, au-delà, il rompt l'impressionnant silence que s'était imposé, depuis, le cinéma politique français, et fait d'une vieille épopée une fresque dont les enjeux correspondent aux préoccupations actuelles.

Remontons le temps. Le cinéma français connut, après 1968, une embellie sans pareille en matière de cinéma militant. On assista à des remises en cause de la société, d'abord par le choix des sujets. C'est ainsi qu'on vit Med Hondo et Ali Ghalem dénoncer la situation des étrangers en France ( Les Bicots-Nègres nos voisins, L'Autre France), Sidney Sokhona parler des difficultés des travailleurs immigrés pour avoir des papiers ( Nationalité : immigré), Jean Schmidt s'interroger sur la marginalité des zonards ( Les Anges déchus de la planète Saint-Michel), Charles Belmont et Marielle Issartel plaider pour le droit à l'avortement ( Histoires d'A).

LE GLAS D'UN ACTIVISME CINÉMATOGRAPHIQUE

Mais il y eut aussi une remise en cause de la hiérarchie à l'intérieur même des équipes de tournage, ce qui amena la création de collectifs : SLON, Iskra et Groupe Medvedkine autour de Chris Marker ; le groupe Dziga Vertov avec Jean-Luc Godard ; le collectif MK2 avec Marin Karmitz, qui tourna Coup pour coup avec de vraies ouvrières d'Elbeuf et de Roubaix, payant tout le monde, techniciens et interprètes, au même salaire.

Ainsi, avant que le cinéma « commercial », qui, sous le général de Gaulle, avait fait du patron un personnage de comédie bon enfant - à l'image de Louis de Funès -, n'ose montrer à son tour, quelques années plus tard, un nouveau visage du chef d'entreprise (de L'Argent des autres, de Christian de Chalonge, à Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre), des films mettaient en lumière tous les fronts sur lesquels il était nécessaire de faire évoluer les institutions et les mentalités : enfants, immigrés, femmes, malades psychiatriques, prisonniers...

Tourné par des élèves de la célèbre école de cinéma Idhec, La Reprise du travail aux usines Wonder dépeint par exemple le divorce entre des appareils syndicaux qui, en juin 1968, se félicitent de la reprise des négociations et la « base », qui considère la fin de la grève comme une défaite.

En 1969, sort un film du Groupe Medvedkine, A bientôt j'espère, sur une grève de l'usine de textiles artificiels Rhodiaceta à Besançon. La lutte continue dans les salles de projection, où les ouvriers émettent des critiques sur la manière dont on a filmé leur combat. Le groupe produit alors une suite, Classe de lutte, où les militants de la CGT contrôlent eux-mêmes le discours.

Le Groupe Ciné Lutte, lui, signe un peu plus tard Bonne chance la France, qui raconte l'histoire de la grève de l'imprimerie Darboy, à Montreuil : malgré l'opposition des syndicats, les ouvriers occupèrent l'usine après le licenciement de quatre-vingts d'entre eux et remirent les machines en marche pour leur propre compte. Le mot « autogestion » était alors à l'ordre du jour. Mais ce film, contemporain de l'affaire Lip, sonnait le glas d'un activisme cinématographique, en même temps que celui des luttes symboliques.

Avec l'arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, s'ouvrit une période de deuil. Mai 1968 et ses idéologies disparurent des écrans, sans écho romanesque, condamnés au refoulé. Ne surnagea, en 1982, que le film de Romain Goupil, Mourir à trente ans, film de deuil lui aussi, puisqu'il évoquait la figure de Michel Recanati, militant des Comités d'action lycéens (CAL), qui s'était suicidé en 1978.

Entre-temps, François Mitterrand était arrivé au pouvoir. Le déficit de films politiques peut alors s'expliquer par la réticence des cinéastes susceptibles de porter la contestation sur les écrans (par nature, plutôt des gens « de gauche ») à signer des films qui attaqueraient leur propre camp, leur parti. Lip, c'était fini, comme le Larzac. Et Jean-Luc Godard avait porté le combat ici « et » ailleurs, c'est-à-dire en Tchécoslovaquie, en Italie, en Palestine.

« UNE DÉMOCRATIE INTENSE »

On a vu depuis les films de Robert Guédiguian (Marius et Jeannette), de Dominique Cabrera ( Nadia et les hippopotames, évoquant la grève des cheminots en 1995 et les discussions entre politiques et instances syndicales), ou Ressources humaines, de Laurent Cantet, réalisé au moment de l'application des 35 heures. Dans ce film, patron, employés et déléguée syndicale sont interprétés par un vrai patron, de vrais employés, une vraie déléguée syndicale. On y voit un fils ayant fait des études par honte d'appartenir au monde ouvrier de son père, pour changer de statut social et passer de l'autre côté de la barrière, mais la façon dont est abordée la lutte des classes y est nuancée sur la fin de solidarité générationnelle.

A ces quelques rares exceptions près, la figure de l'ouvrier français s'évanouit. Jean Gabin, Julien Carette, Raymond Bussières sont sans héritiers emblématiques. A l'exemple de Nicolas Klotz, le cinéma français s'est plutôt polarisé sur la société pluriethnique. Or nous y revoilà. Le pouvoir appartient à ceux qui parlent sur l'écran : dans Les Lip, l'imagination au pouvoir, ce sont les ouvriers qui donnent leur point de vue. Qui défendent leur emploi, réinventent tolérance, responsabilité et fraternité, ripolinent l'utopie, condamnent l'affairisme instauré sous Valéry Giscard d'Estaing, réinventent « une démocratie intense », pour reprendre les mots d'Edmond Maire, le secrétaire général de la CFDT de l'époque.

En pleine campagne présidentielle, ce film sur Lip coïncide avec l'urgence d'un renouveau, au niveau des idées comme de la mise en oeuvre d'un modèle démocratique plus participatif. Il nous replonge aux origines de la crise de l'emploi. Le débat que le conflit des Lip souleva en 1973 se révèle prophétique.

Trente ans plus tard, les ouvriers de Lip gardent encore secret le lieu où ils « planquèrent les montres, leur «trésor de guerre» ». Pourquoi tant de mystère ? « Ça peut resservir ! »

19:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (8)

18/03/2007

Ouai ! Bed Boy-Bed Boy


à regarder jusqu'au bout !

20:24 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

06/02/2007

la guerre en vrai comme à Hollywood


18:48 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

22/10/2006

Cab Calloway

15:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)