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19/10/2016

Mondialistion : grandes manœuvres pour le "libre échange"

L'Humanité :
MONDIALISATION

Grandes manœuvres pour sauver le Ceta du veto wallon | L'Humanité

Réunis hier à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne n’ont pas pu avaliser l’accord de libre-échange avec le Canada. Les autorités wallonnes, qui refusent d’autoriser la Belgique à le signer, subissent le feu nourri des institutions et des multinationales.


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Le Monde :

CETA : la Wallonie rejette le délai que ses partenaires voulaient lui imposer
    
Il paraît improbable que le gouvernement fédéral belge puisse se prononcer dans les délais prévus sur le traité, dont la signature est prévue le 27 octobre.

21/09/2015

Charité bien ordonnée ... (pétrole)

lu sur :

Le Monde - 

Selon l’OCDE, les Etats dépensent trop de milliards en faveur des énergies fossiles

Le Monde | 21.09.2015 à 10h37 • Mis à jour le 21.09.2015 à 12h00 |

Par Martine Valo

Réduire par tous les moyens l’usage des énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre (GES) : la lutte contre le changement climatique est à ce prix. Pétrole, gaz et charbon sont responsables de 80 % des émissions mondiales de CO2 et 67 % des émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant les Etats continuent massivement à subventionner ces énergies polluantes.

Dans un rapport rendu public lundi 21 septembre, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) chiffre à environ 500 milliards de dollars par an (442 millions d’euros) les moyens fournis par les gouvernements dans le monde pour en encourager la consommation et la production. Si l’on prend en compte les 34 pays membres de cette institution plus le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Russie et l’Afrique du Sud, entre 2010 et 2014, ce sont 141 à 177 milliards d’euros qui sont allés chaque année au soutien du gaz (qui reçoit 10 % du total), du charbon (8 %) et surtout des produits pétroliers (82 %).

Lire aussi : Cinq cartes qui montrent l’impact du charbon en Europe

Pour parvenir à ces sommes faramineuses, les Etats font preuve de créativité dans le registre fiscal. L’OCDE a recensé pas moins de 800 mesures diverses : exemptions, réduction de TVA, bons d’essence pour les ménages à faible revenu, aides directes, etc. Qui en bénéficie ? Il y a les coups de pouce appuyés sous forme, par exemple, de détaxes supplémentaires pour les habitants des outre-mers français ou bien pour le personnel des administrations américaines et… de l’OCDE. Mais, dans la majorité des 40 pays étudiés sont aussi concernés les agriculteurs, les pêcheurs et la foresterie, ainsi que les taxis, les compagnies aériennes sur leurs vols internationaux, les familles qui chauffent leur logement au fioul ou au gaz, les automobilistes, les routiers… bref à peu près tout le monde.

Infléchissement

La production reçoit sa part de soutien : financement de terminaux charbonniers ou gaziers, de la recherche et de l’exploration, crédit d’impôt pour de lourds investissements. « La suppression multilatérale et coordonnée des subventions à la consommation dans les pays en développement et émergents réduirait les émissions mondiales de GES de 3 % à l’horizon 2020 par rapport à un scénario de référence », rappelle l’OCDE. La consommation est pourtant lourdement encouragée et absorbe les quatre cinquièmes du montant total des aides diverses.

Mais chez les pays producteurs, la proportion des aides consacrées à la production reste forte : dans la Fédération de Russie, cette part représente 78 % ; aux Etats-Unis, 42 % ; et au Canada, 38 %. L’Allemagne continue de subventionner ses mines de houille pour 1,5 milliard d’euros, mais c’est toutefois trois fois moins qu’en 1998. L’inventaire OCDE des mesures de soutien pour les combustibles fossiles de 2015 et des données complémentaires vont être mis en ligne lundi, afin que « les gens puissent s’informer et débattre », espère Jehan Sauvage, principal auteur de cette étude.

POUR PARVENIR À CES SOMMES, LES ETATS FONT PREUVE DE CRÉATIVITÉ DANS LE REGISTRE FISCAL : EXEMPTIONS, RÉDUCTION DE TVA, AIDES DIRECTES…

« Ces mesures de soutien sont coûteuses, privent les Etats de recettes fiscales au détriment d’autres dépenses, comme celles de santé et d’éducation, détournent artificiellement les investissements qui pourraient sinon se diriger vers d’autres secteurs plus propres. Enfin, en encourageant la consommation de carburants notamment, elles accroissent les coûts humains de la pollution et contribuent au changement climatique. Pour toutes ces raisons, il est important que les contribuables soient mieux informés », résume l’analyste.

Le résultat du travail de transparence de l’OCDE ne désigne ni champion ni dernier de la classe, les comparaisons entre des taxes aussi différentes se révélant délicates. Les auteurs décèlent néanmoins une certaine tendance à la baisse depuis le dernier pic en date, celui de 2012.

Cet infléchissement n’est pas seulement dû à la chute des cours internationaux du pétrole, auxquels nombre de décotes fiscales sont liées, mais aussi au fait que certains pays ont commencé à lever le pied. Au chapitre des bons élèves, les Pays-Bas, par exemple, ont mis fin en janvier 2013 à la réduction du droit d’accise sur le gazole pour les activités agricoles et pour le chauffage au nom de la défense de l’environnement. L’Autriche et la Slovaquie ont enclenché le même processus. Quant à la France, sa « contribution climat-énergie », une taxe carbone introduite en 2014 sur le gaz naturel, n’a pas encore produit d’effet observable.

Appel à réviser la fiscalité

Les principaux reculs des sommes consenties aux énergies fossiles proviennent de pays comme le Mexique, qui a mis progressivement fin au soutien à l’achat d’essence et de gazole commercialisés par deux marques nationales. Conjuguées à la chute des prix du pétrole, ces évolutions ont ramené en deux ans les dépenses mexicaines de 13 milliards d’euros à 1,8 milliard d’euros. L’Indonésie a aussi cessé toute subvention à l’essence au début de 2015 et plafonné les aides pour le gazole.

Lire aussi : Charbon : noir c’est noir

Les deux tiers de ces 800 aides ont été adoptées avant l’an 2000. Certaines datent des années 1970, une période de croissance où la sécurité énergétique passait bien avant la conscience écologique. L’OCDE en conclut que les Etats feraient bien de réviser de temps en temps leur fiscalité en la matière. Ce rapport devrait les y aider. L’organisation conclut : « Il existe à l’évidence de réelles possibilités d’économiser des ressources budgétaires et d’améliorer l’état de l’environnement, à la fois dans les économies avancées et dans les émergentes. »

Le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, prévient les Etats : « Pour relever le défi du changement climatique, nous devrons réduire à zéro, d’ici à la fin du siècle, les émissions nettes dues aux combustibles fossiles dans le monde. A défaut, la hausse des températures est inexorable. »

Martine Valo 
journaliste Planète

17/09/2015

Europe de la concurrence libre et non faussée : par ici le bon lait !

lu sur le Canard de cette semaine

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02/04/2015

Pesticides et lobbying

à lire sur BASTAMAG :

Pourquoi tous les gouvernements échouent à réduire la présence des pesticides

www.bastamag.net/Pourquoi-la-consommation-de-pesticides-continue-a- augmenter
 

par Nolwenn Weiler - 30 mars 2015

Réduire de moitié l’usage des pesticides : telle est l’ambition affichée par les ministres de l’Agriculture depuis une décennie. Pourtant, le recours à ces produits toxiques et cancérogènes ne cesse d’augmenter. Malgré les discours sur « l’agriculture raisonnée », malgré la progression des cultures bio, malgré l’effort des consommateurs qui achètent de plus en plus de produits sans pesticides, malgré les résultats obtenus par plusieurs agriculteurs qui réduisent drastiquement le recours à la chimie… En cause : le poids de l’agro-business qui freine tout changement d’ampleur. Et l’absence de véritables sanctions contre les fraudeurs qui continuent d’utiliser des produits pourtant interdits. Enquête sur une aberration.

Pourquoi tous les gouvernements échouent à réduire la présence des pesticides - Basta !.pdf

15/01/2015

Le combat contre la criminalité environnementale

communiqué :

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Pour participer à l’événement :

Envoyez « je participe » avec votre nom, prénom et activité professionnelle à l’adresse mail suivante : 

lemonde-evenements@lemonde.fr
Le nombre de places est limité à 50 personnes.

Un mail de confirmation vous sera envoyé dans les 24 heures suivant votre inscription.

Ouverture des portes à partir de 14 heures.

28/12/2014

1214 / 2014 : 8 siècles !

Bouvines, 27 juillet 1214

il y a 8 siècles !

Et toujours cet affrontement entre pays anglo-saxons et la France, sur le plan économique et sociétal aujourd'hui.

Aviez-vous entendu parler de la commémoration ? Moi pas !

S'agit-il d'une volonté des médias et de leurs maîtres pour passer sous silence ce rappel historique ?

Il serait utile d'envisager une Union des pays Méditerranéens pour s'engager dans une autre voie que celle du libéralisme mercantile anglo-saxon. 

Voici quelques liens :

Par François-Guillaume LorrainLe Point - Publié le 22/12/2014 à 00:00 - Modifié le 22/12/2014 à 08:53

Bataille de Bouvines — Wikipédia

La bataille de Bouvines est une bataille qui se déroula le dimanche 27 juillet 1214 près de Bouvines, dans le comté de Flandre (aujourd'hui dans le ...

Bouvines 2014 | Célébration du 800è anniversaire de la bataille de ...

10/10/2014

11 OCTOBRE 2014 : journée contre le traité de libre échange

communiqué :

infos sur : https://stoptafta.wordpress.com/

 

11 OCTOBRE 2014 : MOBILISATIONS

 – Journée Stop TAFTA, CETA, TiSA et Journée internationale GLOBAL FRACKDOWN

08/10/2014

Ebola : çà c'est vrai, çà !

sur le Canard de cette semaine, j'ai vu :

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20/08/2014

Ressource naturelles : la "dette écologique" cette année

lu sur Le Point :

À partir du 19 aoûtl'humanité vit "à crédit" sur sa dette écologique

Le Point.fr - Publié le 19/08/2014 à 14:27

source AFP

Il a fallu à peine huit mois en 2014 pour consommer plus de ressources naturelles que la Terre ne peut en renouveler, selon les calculs du Footprint Network.

Il y a une dette qui sera plus difficile à rembourser que d'autres, et elle n'est pas financière. La population mondiale vit en effet à "crédit écologique" à partir de ce mardi : elle a consommé en huit mois l'intégralité des ressources que la Terre peut produire sans compromettre leur renouvellement, a calculé l'ONG Footprint Network qui réalise ce bilan chaque année. "Pour le reste de l'année, notre consommation résultera en un déficit écologique croissant qui puisera dans les stocks de ressources naturelles et augmentera l'accumulation du CO2 dans l'atmosphère", souligne l'ONG basée aux États-Unis. Le "jour du dépassement" ne cesse d'intervenir de plus en plus tôt dans l'année, c'est-à-dire que l'humanité engloutit son "budget écologique" de plus en plus vite.

Pression intense depuis les années 1970

Ce jour était tombé le 21 octobre en 1993, le 22 septembre en 2003, et l'an dernier, il avait eu lieu le 20 août. L'humanité est "entrée en situation de dette écologique" dans les années 1970, selon l'ONG WWF. "Aujourd'hui, 86 % de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler", poursuit-elle dans un communiqué. Selon Global Footprint Network, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l'empreinte actuelle de l'humanité.

Même si les chiffres sont mauvais, "nous pouvons encore prendre des mesures audacieuses et construire un avenir prospère, fondé sur l'utilisation durable des ressources. Mais il faut agir maintenant", a déclaré la directrice des programmes de conservation du WWF France, Diane Simiu. Énergies renouvelables, régimes alimentaires moins riches en viande, en finir avec l'économie linéaire (produire-jeter) et se convertir à l'économie circulaire où les déchets des uns sont les ressources des autres, ou encore repenser l'urbanisme sont autant de pistes mises en avant par l'ONG.

15/08/2014

Crimes environnementaux et trafics en tous genres

lu sur :

La criminalité environnementale explose - Le Monde

www.lemonde.fr/.../la-criminalite-environnementale-explose_4444831_3244 .html

LE MONDE | 25.06.2014 à 11h06 • Mis à jour le 25.06.2014 à 15h34 |Rémi Barroux (Nairobi, envoyé spécial)

Satao était l'un des plus grands éléphants d'Afrique. Il a été tué le 13 juin, dans la réserve naturelle de Tsavo, dans le sud-est du Kenya« Il a succombé aux flèches empoisonnées d'un braconnier, dont l'activité répond à une demande apparemment insatiable d'ivoire dans des pays éloignés, dénonce dans un communiqué l'organisation pour la protection de la vie sauvage Tsavo Trust. Une perte immense pour que quelqu'un puisse avoir un bibelot au-dessus de sa cheminée. »

La mort de cet éléphant rejoint la longue liste des crimes environnementaux, si juteux qu'ils pourraient devenir plus rentables que les trafics de drogue ou d'armes. Ces nouveaux secteurs émergents de la criminalité mondiale représentent 213 milliards de dollars (environ 156 milliards d'euros) de ressources chaque année, selon Interpol.

« C'est beaucoup plus que l'ensemble des sommes, 135 milliards de dollars, dépensées par les pays développés pour l'aide internationale en 2013 ! », s'est ému Achim Steiner, directeur général du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), en présentant un rapport réalisé avec Interpol et consacré à cette question, mardi 24 juin, à Nairobi. Cent soixante-deux Etats sont réunis dans la capitale kényane jusqu'au 27 juin, à l'occasion de la première session de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement (ANUE).

Le commerce des éléphants, comme celui de nombreuses autres espèces menacées, faune et flore, constitue non seulement un crime au regard de la biodiversité dont hériteront les générations futures, une hérésie pour le développement économique et social de nombreux pays, mais surtout une véritable menace pour la sécurité de régions entières.

« CRIMES PLUS ACCESSIBLES ET PLUS RENTABLES »

« Les exemples sont nombreux où les réseaux criminels sont impliqués dans ces trafics, a expliqué au Monde David Higgins, représentant Interpol à cette assemblée de Nairobi. Des groupes armés, parfois des terroristes, ont besoin de se financer et peuvent vendre des êtres humains, de la drogue, des armes ou commettre des crimes environnementaux s'ils sont plus accessibles et plus rentables. »

En Colombie, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) auraient pratiqué le trafic d'oiseaux protégés ; au Congo, l'ivoire et le charbon de bois financeraient des milices. En Somalie, au Soudan, en République centrafricaine, au Mali, au Niger… là encore l'ivoire et, surtout, le charbon de bois.

En Afrique, 90 % du bois consommé est destiné au chauffage sous la forme de charbon. « Le besoin de cette énergie va croissant, il est lié notamment à l'urbanisation massive et le commerce illégal représente une perte de 1,9 milliard de dollars [1,4 milliard d’euros], chaque année, pour les pays africains, estime Christian Nellemann, responsable du rapport pour le PNUE. Les groupes armés locaux pourraient tirer de ce trafic de charbon de bois jusqu'à 289 millions de dollars par an. »

Le rapport précise que, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production de charbon de bois a atteint 30,6 millions de tonnes en Afrique en 2012. Quelque 1 900 trafiquants auraient été identifiés pour seulement 300 officiels dans le commerce d'exportation. « Des images par satellite indiquent un vaste trafic illicite, impliquant des exploitations de bois illégales dans des zones protégées », écrivent les auteurs.

Les sommes que ces exportations illégales représentent, à destination notamment de l'Arabie saoudite, d'Oman, du Yémen, etc., seraient équivalentes à celles du marché de l'héroïne en Afrique de l'Est combiné à celui de la cocaïne en Afrique de l'Ouest.

De quoi mieux comprendre la montée en puissance de ces crimes environnementaux qui, selon M. Higgins d'Interpol, auraient été multipliés par cinq au cours des vingt dernières années.

Mais il reste difficile de dresser un portrait-robot de ces nouvelles mafias. Les anciennes, comme en Italie, tirent depuis longtemps une partie de leurs revenus du marché des déchets. Les Russes se sont tournés depuis longtemps dans le commerce illégal d'esturgeon et de caviar, tout particulièrement dans la République du Daguestan.

Les nouveaux réseaux criminels se sont spécialisés, selon Interpol, dans l'ivoire, le bois tropical ou certaines espèces utilisées par l'industrie pharmaceutique ou la médecine traditionnelle : reptiles, singes, poissons, antilopes, tigres, pangolins, etc.

« UN ÉLÉPHANT VAUT-IL PLUS MORT QUE VIVANT ? »

Des sommes considérables échappent ainsi aux économies souvent chancelantes des pays en voie de développement. Un argument qui, espère le Programme des Nations unies pour l'environnement, devrait convaincre les pays à intensifier la lutte contre les trafics. « Il s'agit d'avancer dans la circulation et l'échange d'information pour être plus efficace. Nous avons déjà défini quelles sont les espèces menacées, nous connaissons la nature de ces crimes environnementaux, précise Achim Steiner. Mais certains pays n'ont pas toujours les moyens de lutter. Quand vous voyez ceux employés contre le trafic de drogue en Amérique centrale et aux Etats-Unis et le bilan souvent décevant, vous pouvez imaginer ce qu'il va falloir investir et le temps nécessaire pour obtenir des résultats contre les crimes environnementaux. »

A l'occasion de cette première session de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement, un symposium mondial sur la primauté du droit en matière d'environnement devait inviter, jeudi 26 juin, les présidents de cour suprême, les juges, les procureurs généraux, les praticiens et les experts à discuter des voies et des moyens par lesquels le développement et la mise en oeuvre du droit environnemental doivent déboucher sur des résultats « justes et équitables, notamment des lois appropriées et réalisables ».

Reste une question : comment évaluer la valeur d'un animal, d'un arbre, d'un écosystème autrement que par son prix sur le marché ?

« Un éléphant vaut-il plus mort que vivant ?, s'interroge David Higgins. Couper du bois rapporte à l'économie locale, mais un glissement de terrain favorisé par la déforestation qui détruit un ou plusieurs villages n'est-il pas plus coûteux ? »

Une activité juteuse
Crimes environnementaux Ils représentent plus de 156,6 milliards d’euros par an.
Faune et flore Le trafic illégal, hors bois et pêche, atteindrait 17 milliards d’euros par an.
Bois L’exploitation illégale représente une perte de 22 à 73,5 milliards d’euros chaque année (de 10 % à 30 % du marché mondial).
Pêche L’activité illégale représente de 8 à 22 milliards d’euros.

24/05/2014

Documentaire sur l’industrialisation de l’agriculture

lu sur BASTAMAG (lien ci-contre) :

« La Guerre des Graines » : enquête sur une bataille souterraine et silencieuse

23/05/2014 RÉDACTION

En 100 ans, sous les effets de l’industrialisation de l’agriculture, les trois-quarts de la biodiversité cultivée ont disparu. Alors que se renforce la main-mise sur les semences par une poignée de multinationales, un vaste arsenal réglementaire limite le droit des paysans à échanger et reproduire les semences. Le documentaire « La Guerre des Graines », qui sera diffusé le 27 mai sur France 5, décrypte les batailles autour de la privatisation du vivant, avec l’appui de témoignages de paysans, d’élus, de militants, d’experts et d’industriels. Un film percutant et engagé, vivement recommandé par la rédaction de Basta !.

29/04/2014

Europe et libre échange : la réglementation qui tue les libertés fondamentales

lu sur :

www.bastamag.net

ELECTIONS EUROPÉENNES

Europe : la liberté de cultiver entravée par les futurs traités de libre-échange

29/04/2014 SOPHIE CHAPELLE

Des centaines de tonnes de semences détruites au prétexte qu’elles n’ont pas été brevetées par des multinationales. C’est ce qui arrive aux paysans colombiens, et c’est bien ce qui pourrait se produire aussi en France et en Europe à cause du traité de libre-échange discuté entre l’Union européenne et le Canada. Cet accord commercial « brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière », alertent de nombreuses organisations de la société civile. Alors que ce traité doit être ratifié par le Parlement européen, les candidats se positionneront-ils d’ici les élections ? Décryptage.

Les traités de libre-échange constituent-ils une menace pour la liberté de ressemer ses semences ? C’est l’alerte lancée par plusieurs organisations associatives et syndicales après avoir analysé une version confidentielle du projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (AECG), datée du 20 décembre 2013 [1]« Nous avons notamment eu connaissance du chapitre sur la propriété intellectuelle, raconte Birgit Muller du Réseau semences paysannes. A sa lecture, « il apparaît clairement que ce traité de libre échange, comme les précédents, brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière ».

L’article 18.3 du traité mentionne ainsi qu’un agriculteur en possession de semences d’une variété contenant un caractère breveté pourrait voir ses « biens saisis » et ses « comptes bancaires gelés » ! « S’il n’est pas en mesure de fournir des preuves formelles de la provenance des semences utilisées, l’agriculteur peut être soupçonné de "recel de contrefaçon" », explique Birgit Muller. L’article 16.2 précise également que cette saisie peut se faire sur simple présomption de contrefaçon. En clair, un paysan qui continuerait de faire ce qu’il a toujours fait, garder une partie de sa récolte pour ensemencer ses champs, se verrait donc menacer d’amendes et de poursuites judiciaires.

Extrait du chapitre sur la propriété intellectuelle de l’AECG :

Des réglementations européennes et nationales contournées

Si l’accord entre l’Union européenne et le Canada est ratifié en l’état, « il annulerait les avancées que nous avons obtenues en France dans le cadre de la loi sur les contrefaçons », souligne Roxanne Mitralias de la Confédération paysanne. Pour rappel, ce projet de loi discuté au Sénat en novembre 2013 a suscité de vives réactions en France (nos articles sur ce sujet). C’est à la suite de menaces de grèves de la faim par des paysans, que les députés ont finalement adopté en février 2014 un amendement stipulant qu’un agriculteur qui multiplie et ressème des graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l’industrie semencière ne peut pas être poursuivi pour contrefaçon.

Selon Birgit Muller, le projet d’accord commercial contient des dispositions qui ont également été refusées par le Parlement européen en juillet 2012 dans le cadre de l’ACTA, l’Accord commercial anti-contrefaçon. Ce dernier visait à renforcer l’application des droits de propriété intellectuelle et la collaboration des États dans la lutte contre les contrefaçons, en les mettant directement au service des entreprises. La mobilisation citoyenne contre cet accord, au-travers de nombreuses manifestations et d’une pétition ayant recueilli 2,8 millions de signatures, a finalement conduit aurejet massif de l’ACTA par les eurodéputés (478 contre, 39 pour, 165 abstentions). La ratification de l’accord commercial entre l’UE et le Canada permettrait donc de contourner la réglementation européenne et française.

Monsanto et Syngenta s’imposent en Colombie

Ce type d’accord commercial bilatéral favorise les prérogatives des entreprises et s’impose au droit national. Les paysans colombiens l’ont découvert à leurs dépens : en 2011, 1167 tonnes de semences, principalement de riz, mais aussi de pommes de terre, de maïs, de blé, de plantes fourragères et de haricots rouges, sont retirées de la circulation. L’année suivante, l’Institut agroalimentaire colombien (ICA) confisque ou détruit près de 2800 tonnes de semences. Motif : l’accord signé avec les États-Unis contient une clause qui oblige les paysans à cultiver des « semences certifiées », c’est-à-dire produites par les sélectionneurs industriels comme Monsanto ou Syngenta.

Pour se mettre en conformité avec cet accord, l’ICA publie un texte en 2010 – la résolution 9.70 – qui rend illégale la vente de semences issues de la sélection paysanne, au motif que leurs qualités sanitaires ne sont pas garanties. La mobilisation de dizaines de milliers de Colombiens dans les rues de Bogotá à l’été 2013 conduit le gouvernement à annoncer le 6 septembre la suspension de la résolution pendant deux ans. Toutefois, « l’ICA continue à aller de ferme en ferme pour demander si les semences utilisées sont certifiées » témoigne Victoria Solano, auteure du documentaire « 9.70 ». La pression étatique sur l’autonomie des petits agriculteurs se poursuit.

Droits des peuples à une alimentation locale

« Les accords de libre-échange ont des effets importants sur la vie sociale et économique de pays qui devraient vraiment être discutés avec les citoyens », estime Birgit Muller. Outre les enjeux autour des semences se pose aussi la question du droit des municipalités à se fournir auprès d’un producteur local. « Ce droit aussi va être limité par l’accord économique entre l’Union européenne et le Canada, illustre t-elle. Au-dessus d’une certaine somme, les municipalités devront ouvrir leurs marchés publics à tous les fournisseurs européens. L’université de Toronto par exemple a un partenariat avec les producteurs locaux et biologiques. Mais si l’accord est adopté, elle devra se fournir auprès de producteurs européens si leurs produits sont moins chers. »

La position du prochain Parlement Européen sur ces accords de libre-échange sera donc décisive pour l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire. Dans un appel publié le 29 avril, 23 organisations, dont des producteurs bio, des syndicalistes des douanes, des organisations de commerce équitable [2], alertent sur les conséquences de ce traité qui sera ratifié par les futurs eurodéputés. Ce texte « comprend un important volet sur les droits de propriété intellectuelle et impacte par conséquent le droit des paysans à utiliser leurs propres semences », écrivent les organisations signataires. « Ce modèle d’accord est reproduit de traité en traité, tant qu’aucun frein n’y est mis. Vous avez le pouvoir de le stopper. » Les signataires demandent aux candidats d’annoncer, avant le premier tour des élections européennes le 25 mai, le rejet de l’accord entre l’Union européenne et le Canada. Les critiques des candidats seront-elles aussi vives que celles exprimées contre TAFTA, le projet d’accord commercial entre l’UE et les États-Unis [3] ?

Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

Photo : CC Lifesupercharger

Pour aller plus loin, le documentaire « 9.70 » (en espagnol) de Victoria Solano :

 

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sur l'Europe "de la concurrence ...", voir aussi la note :

20/05/2013

Sortir de "l'Europe à 27" ?

Sortir de "l'Europe à 27" pour échapper à l'impérialisme mercantile du néolibéralisme ? 

Une option à étudier attentivement : 

Qui gouverne la France et l'Europe 27 Avril 2012 ... - YouTube

► 255:28

www.youtube.com/watch?v=Bb8dB7d3BdE

22/03/2014

L'eau : quelle eau ?

lu sur :

www.lemonde.fr/planete/article/2014/03/22/l...

Le Monde.fr | 22.03.2014 à 07h36 • Mis à jour le 22.03.2014 à 08h39

La Journée mondiale de l'eau, le 22 mars, suscite moult animations et expositions en France comme ailleurs. Citons notamment celles des ONG de la Coalition Eau et la grande Nuit de l'eau organisée par la Fédération française et l'Unicef dans de nombreuses piscines.

C'est aussi le moment de s'arrêter sur la lenteur des progrès de développement qui laisse 768 millions d'humains sans accès à une source d'eau améliorée, c'est-à-dire un puits ou une source dans laquelle ne s'approvisionnent pas aussi les animaux, selon la définition de par l'Organisation des Nations unies.

Dans son Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2014, rendu public le 21 mars, l'ONU avance aussi une autre estimation : selon l'indicateur retenu, ce seraient en fait 3,5 milliards de personnes qui ne bénéficient pas d'une eau sûre, propre, accessible et abordable.

SANS TOILETTE, LES FILLES DÉSERTENT L'ÉCOLE

A l'heure des grands bilans, le chiffre de 2,5 milliards d'individus qui n'ont pas accès à un système d'assainissement suscite moins de débat. Pourtant derrière cette donnée se cache des souffrances quotidiennes, en particulier pour les femmes lorsqu'elles cherchent à s'isoler, pour les filles qui finissent par déserter l'école sans toilette et pour les enfants victimes de maladies hydriques.

En outre, l'ONU s'inquiète de l'impact sur l'environnement des 80% à 90% d'eaux usées qui sont rejetées sur la planète sans traitement. L'Agence française de développement (AFD) en a fait un de ses chevaux de bataille, nous dit Cassilde Brénière. En tant que chef de la division eau et assainissement de l'agence chargée de financer l'aide publique aux pays du sud – essentiellement sous forme de prêts -, elle a répondu à quelques-unes de nos questions.

Cassilde Brénière, selon vous, l'accès à l'eau est-il toujours une priorité de l'Agence française de développement ?
Bien sûr. Porté par les Nations unies, cet Objectif de développement-là semble en bonne voie pour 
atteindre son but, même s'il progresse avec d'énormes disparités. Rappelons qu'un habitant des Etats-Unis utilise en moyenne 300 à 400 litres d'eau par jour, un Européen 120 à 150 litres et un Africain des contrées subsahariennes 20 à 30 litres. Il reste beaucoup à faire.

Lire aussi : L'ONU inquiète du double bond de la demande en eau et en énergie

L'Afd consacre grosso-modo la moitié de ses moyens à améliorer la distribution d'eau potable dans les pays en voie de développement. L'accès n'est pas la seule difficulté, le gaspillage aussi pose problème.De grandes quantités d'eau sont perdues en Amérique latine, tandis que l'Afrique subsaharienne reste déshéritée.

Quant aux pays méditerranéens, ils se trouvent confrontés à l'épuisement de lnombreux aquifères. La qualité de ces réservoirs naturels se dégrade et les rend inutilisables. En effet quand les nappes sont surexploitées, leur niveau baisse permettant l'intrusion d'eau salée. C'est le cas au Maroc, en Tunisie, en Jordanie, dans les Territoires palestiniens…

Une de nos actions consiste à acheter de l'eau à Israël pour la diluer et faire baisser le taux de sel de l'eau qui est distribuée à Gaza. C'est un projet qui se mène dans des conditions difficiles, mais nous en sommes relativement contents, car il modifie la vie des habitants.

Quelles évolutions se dessinent pour l'avenir ?
L'AFD s'est engagée à 
consacrer au domaine de l'eau, 700 millions d'euros par an de 2014 à 2018, en faveur des pays en développement et 50 millions en d'euros en direction de l'Outre-mer. Nous voulons renforcer nos actions et augmenter la part de nos financements en faveur de l assainissement. C'est une problématique qui nous préoccupe.

Nous contribuons actuellement à la fois à des programmes de développement permettant aux gens de disposer de toilettes et à l'installation d'unités d'épuration des eaux usées. Ces trois dernières années, nos programmes ont permis de faciliter l'accès à l'assainissement à 217 millions de personnes par an, en particulier au Brésil, Burkina-Faso, Maroc, en Tunisie, PalestineEgypte

En comparaison des enjeux de l'eau potable, les gens sont moins conscients que ce sont des questions essentielles à la fois pour la sauvegarde de la santé et pour le bien-être humain. Maladies d'origine hydriques, les diarrhées sont la seconde cause de mortalité infantile : elles tuent 2 000 moins de 5 ans en moyenne chaque jour dans le monde.

Et l'assainissement a bien sûr un impact direct sur la vie aquatique et donc in fine sur la qualité de la ressource elle-même.

Constatez-vous des progrès ?
Oui, car nous faisons des études d'impact. Pour autant, il est difficile d'
attribuer la régression des maladies hydriques à une seule origine. Nous accompagnons systématiquement nos programmes d'actions de sensibilisation à l'hygiène, ce qui compte aussi.

Ce sujet figure-t-il davantage sur les agendas internationaux aujourd'hui ?
Il n'est plus tabou, mais il y a encore tant à 
faire ! Nous voulons motiver à la fois nos partenaires bailleurs internationaux et les pays du sud à consentir à des efforts dans ce domaine. Il faut agir.

Par exemple, le lac Victoria, la deuxième plus grande étendue d'eau douce du monde, est victime de blooms d'algues et de pollutions graves qui entraînent la disparition d'espèces. Avec la Banque mondiale et l'agence allemande d'aide au développement, nous contribuons à un gros programme de traitement des rejets des villes dépourvues de stations d'épuration qui sont situées dans trois Etats, autour du lac Victoria.

Pouvez-vous nous citer d'autres d'opérations qui vous tiennent à cœur ?
Outre la bande de Gaza, je répondrai le prêt de 100 millions d'euros que nous avons accordé aux autorités brésiliennes pour 
financer un système de collecte et de traitement des eaux usées dans douze villes de l'Etat de Santa Catarina, dans le sud du pays.

Et puis l'alimentation de quartiers périphériques, informels et délaissés, de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Aujourd'hui, dans cette ville, l'une des plus grandes d'Afrique, le réseau fonctionne. Les gens se sont mis à payer l'eau à la borne-fontaine.

Nous nous appuyons sur des associations locales d'usagers qui se chargent de la comptabilité. Ce projet qui marche bien en suscite d'autres de la part des habitants. Cela va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle on ne peut pas vendre d'eau dans des quartiers pauvres, à un prix abordable évidemment.

18/11/2013

La législation européenne protège le commerce mais pas l'environnement

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/13/apres-le-naufrage-et-la-maree-noire-l-equipage-du-prestige-acquitte_3512971_3244.html 

En Espagne, acquittement général au procès de la marée noire du "Prestige" 

 

Le "Prestige", pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas, le 13 novembre 2002.

Aucun coupable. Onze ans jour pour jour après le SOS lancé par le Prestige, le pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas qui fit naufrage en novembre 2002 au large de la Galice, en Espagne, déversant 63 000 tonnes de fuel et souillant 2 900 km de côtes espagnoles, portugaises et françaises, le tribunal de justice de Galice a rendu son jugement mercredi 13 novembre.

Les trois prévenus, le commandant grec Apostolos Mangouras, le chef des machines, Nikolaos Argyropoulos, et l'ancien directeur de la marine marchande espagnole, José Luis Lopez Sors, ont été acquittés du délit contre l'environnement. Aucun n'est coupable du naufrage. Seul le commandant a été condamné à neuf mois de prison pour avoir refusé, trois heures durant, le remorquage. Une opération que tout armateur demande à un équipage d'éviter tant le coût en est élevé : la société de remorquage est en droit de demander un pourcentage (plus ou moins fort) sur le prix de la cargaison du navire en perdition.

" Nous ne pouvons pas avoir de certitudes sur les causes de l'avarie " ni sur le fait qu'éloigner le navire des côtes, comme l'avaient ordonné les autorités espagnoles, refusant de l'abriter au port et obligeant le pétrolier à errer sur une mer déchaînée durant cinq jours en direction du Portugal puis de la France, ait été une " décision imprudente ", a expliqué le juge avant de prononcer l'acquittement général.

"REMISE EN CAUSE DU PRINCIPE DE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE"

Pour Greenpeace Espagne, ce jugement montre que "créer un désastre environnemental est sans conséquence " et "n'empêchera pas qu'un autre Prestige soit possible ". L'avocat de l'ONG, José Manuel Marraco, est plus sévère encore : "Si la condamnation prononcée en France lors du procès du naufrage de l'Erika contre l'affréteur Total et le propriétaire du pétrolier était une avancée, celle du Prestige est un retour en arrière de vingt ans, digne d'un pays du tiers-monde, qui remet en cause le principe de la justice environnementale", a-t-il déclaré au Monde.

Pour le président du conseil général de Vendée, département souillé par la marée noire du Prestige, Bruno Retailleau, " cette décision de justice montre à quel point la législation des pays européens se révèle impuissante à briser l'impunité qui prévaut généralement dans les affaires de pollution maritime ".

Le jugement du procès de la plus grande marée noire qu'ait jamais connue l'Espagne ne pouvait être que décevant puisque seuls trois prévenus répondaient de la catastrophe devant la justice espagnole. Trois hommes, aujourd'hui âgés de plus de 70 ans, qui comparaissaient en lieu et place des " véritables responsables " pointés du doigt par l'accusation : les propriétaires du Prestige, l'affréteur, le propriétaire de la cargaison, l'agence de certification et les responsables politiques.

 

  • A fisherman from Cangas collects oil from the sunken tanker Prestige in front of Vigo Rias 11 December 2002. The tanker is estimated to have spilled 10,000 tons of its 77,000-ton cargo before sinking 19 November 2002. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • Spanish militaries and volunteers work on cleaning the Figueras beach on Cies island, 15 December 2002 in Galicia. Spanish fishermen said today they were steeling themselves for another wave of pollution of their battered coast, as heavy winds pushed a huge oil slick northwards from portugal further complicating clean-up efforts from a disastrous tanker sinking.
  • (FILES) This file picture dated November 19, 2002 shows an aerial view of the stricken Bahamas-flagged tanker Prestige, split in two, sinking off Cayon, northwestern Spain. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / DOUANE FRANCAISE
---EDITOR'S NOTE--- RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / DOUANE FRANCAISE" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
  • Le "Prestige", pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas, le 13 novembre 2002.
  • (FILES) This file picture dated November 23, 2002 shows a volunteer cleaning the petrol covering the beach in Muxia. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON
  • Hundreds of Spanish military and volunteers clean up oil on the Filgueras beach in Cies Island 15 December 2002, as Galacia braces for another wave of ol pollution to wash up on its beaches. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • une trentaine de bénévoles participent, le 11 janvier 2003, au nettoyage de la plage du Petit Nice à la Teste. Ils ont dû passer un examen médical, s'équiper de bottes, de combinaisons de gants et de masques avant de commencer à récolter les galettes d'hydrocarbures venues s'échouer sur les plages d'Aquitaine suite au naufrage du pétrolier le "Prestige". AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
Volunteers rake up debris and oil globs 11 January 2003, at the Petit Nice beach in Tests, where oil from the sunker tanker Prestige has washed ashore from the nearby waters off Spain's northern coast. AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
AFP
  • des plaques de mazout issues du pétrolier le Prestige, dérivent le 10 janvier 2003 dans le Golfe de Gascogne, à environ 350 kilomètres des côtes aquitaines. Le bâtiment océanographique de la Marine nationale "d'Entrecasteaux" navigue dans le Golfe pour rechercher les traces d'hydrocarbures qui s'échappent du pétrolier échoué au large de la Galice.
  • A volunteer cleans-up 15 December 2002 the oil-polluted Filgueras Beach on Cies Island. Spain is bracing for a 9,000 ton oil-slick from the sunken tanker Prestige to wash ashore on its northern coastline. AFP PHOTO CHRISTOPHE SIMON
  • des pêcheurs du bassin d'Arcachon déversent, le 15 janvier 2003, deux tonnes de galettes d'hydrocarbures issues du naufrage du pétrolier "Prestige" mélangées à du sable et à du varech, devant le portail des Affaires maritimes à Arcachon afin de protester contre "l'absence de garantie écrite d'indemnisation de l'Etat". Les pêcheurs demandent une indemnité de 150 euros par jour où il n'ont pu pêcher des palourdes dans le bassin ainsi qu'une compensation journalière de 450 euros par bateau réquisitionné pour le nettoyage. AFP PHOTO DERRICK CEYRAC
  • (FILES) This file picture dated November 22, 2002 shows a dead bird covered with oil on Langosteria beach, near Finisterre cap after the sinking of the Prestige petrol tanker. Seamen will go on trial on October 16, 2012 over the sinking of the Prestige petrol tanker which spilt a devastating oil slick when it sank off Spain in 2002, with hundreds of plaintiffs seeking billions in damages. Authorities have set up a court in an exhibition centre for the huge trial in the northern city of A Coruna, which environmentalists say does not go far enough in seeking justice for Spain's worst oil slick and preventing such a disaster occurring again. AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON
  • A volunteer (R) gestures at the press 02 December 2002 before the visit of King Juan Carlos of Spain at Muxia's oil-covered beach as a new wave a petrol hit the shore 01 December 2000, leaking from the sunken petrol tanker "Prestige" in the northwest of Spain. AFP PHOTO/Pierre-Philippe MARCOU
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Crédits : AFP/CHRISTOPHE SIMON

 

 Mais après dix ans d'instruction, près de 300 000 pages d'accusation, 1 500 plaintes regroupées en 55 parties civiles, huit mois d'audiences et près de 200 témoins et experts appelés à la barre, le verdict a été accueilli avec consternation à La Corogne, en Galice. Autour du tribunal, les membres de la plate-forme Nunca Mais (" plus jamais " en galicien) ont dénoncé " une farce ", un verdict " honteux "et " insultant pour les milliers de personnes qui ont dû aller nettoyer la côte ". Déjà, lors du procès, le maire de la commune de Muxia, la plus affectée par la marée noire, avait dénoncé une " pantomime "" On n'attendait pas grand-chose puisque les principaux responsables n'ont même pas été mis en examen, mais au moins une victoire morale ", a affirmé un porte-parole de Nunca Mais.

"CORROSION DES RÉSERVOIRS"

N'ont été inquiétés ni les propriétaires du navire, la compagnie Mare Shipping, malgré le témoignage d'un ancien capitaine du Prestige qui a dénoncé la"corrosion des réservoirs", ni l'affréteur, la compagnie suisse Crown Resources, qui s'est dissoute avant l'ouverture de l'enquête et a empêché que soit connu le destinataire de la cargaison – un fioul lourd de mauvaise qualité et d'origine russe.
Sur le banc des prévenus manquait aussi la société américaine de classification ABS qui avait autorisé le pétrolier, construit en 1976, à naviguer et contre laquelle le gouvernement espagnol a porté plainte aux Etats-Unis, sans succès.

Des volontaires nettoient les côtes espagnoles, au large de la Galice, après le naufrage du "Prestige", le 13 novembre 2002.

Enfin, aucun des principaux responsables politiques de l'époque n'a été mis en examen, ni l'actuel chef du gouvernement, Mariano Rajoy, alors numéro deux du gouvernement de José Maria Aznar, qui avait minimisé les risques, ni l'ancien ministre de l'équipement, Francisco Alvarez Cascos, dont dépendait la décision d'éloigner le navire de la côte, décision qui, selon Greenpeace, a " transformé un accident en catastrophe ".
Personne ne paiera les 4,4 milliards d'euros de dommages et intérêts chiffrés par le procureur, dont 100 millions pour la France. Le jugement se contente deréclamer les 22 millions d'euros que la société londonienne d'assurance a déposés en garantie en 2002. Une maigre compensation.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance) 
Journaliste au Monde

voir aussi :

Naufrage du pétrolier Prestige - Wikipédia

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Pollution

Édition abonnés Contenu exclusif

29/09/2013

La ferme aux 1000 (en réalité 1750) vaches, l'Europe néolibérale et nos errements politiques

à lire :

Vaches : l'étable des multiplications

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/28/l-etable-des-multiplications_3486457_3234.html

Vaches _ l'étable des multiplications.pdf


extrait :

..."L'association Novissen tente de ralentir le rouleau compresseur de l'entreprise de BTP Ramery qui construit la ferme de son patron. En mai, elle a déposé un recours auprès du préfet de la Somme contre le permis de construire. Puis le 6 septembre, une requête en excès de pouvoir auprès du tribunal administratif d'Amiens. "La préfecture refuse de nous donner le plan du projet malgré l'accord de la commission d'accès aux documents administratifs" dit Michel Kfoury, président de Novissen qui met en avant l'impact sur la santé, l'eau et l'environnement du projet."...

14/09/2013

Les 50 entreprises les plus polluantes

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/09/13/gaz-a-effet-de-serre-les-firmes-les-plus-polluantes-n-ont-pas-reduit-leurs-emissions_3477323_3244.html

Gaz à effet de serre : les 50 entreprises les plus polluantes

Le Monde.fr | 13.09.2013 à 20h30 • Mis à jour le 13.09.2013 à 22h05 |Par Audrey Garric

Les grandes entreprises font-elles suffisamment d'efforts pour lutter contre le changement climatique ? La réponse, donnée par un rapport de l'ONG CDP,publié jeudi 12 septembre (*), reste mitigée : d'un côté, les émissions de gaz à effet de serre des 500 principales sociétés cotées au monde ont reculé de 14 % en quatre ans ; de l'autre, ces émissions proviennent à 73 % de seulement 50 firmes, dont les rejets continuent d'augmenter.

Au total, les 500 plus grandes entreprises émettront en 2013 l'équivalent de 3,6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2), contre 4,2 milliards en 2009, selon l'étude de cette organisation indépendante spécialisée dans les émissions des sociétés, réalisée à la demande de plus de 700 investisseurs institutionnels.

Les 50 plus gros émetteurs seront responsables à eux seuls de plus de 2,5 milliards de tonnes, un chiffre en augmentation de 1,7 % en quatre ans. Si cette hausse peut sembler marginale, elle représente en réalité l'équivalent de 8,5 millions de camions supplémentaires sur les routes ou la consommation en électricité de 6 millions de maisons en une année, note le CDP.

"Les plus gros émetteurs, qui ont le plus grand impact en termes d'émissions mondiales et qui représentent donc la plus grande opportunité de changement à grande échelle, doivent faire plus pour réduire leurs émissions", écrit le rapport.

SEIZE ENTREPRISES AMÉRICAINES, CINQ FRANÇAISES

Qui sont ces 50 gros émetteurs ? Il s'agit principalement de pétroliers et d'énergéticiens, de cimentiers et de groupes métallurgiques ou miniers. La Chine n'est étrangement pas présente dans la liste. On trouve seize entreprises américaines (notamment ExxonMobil, Wal-Mart, Dow Chemical, Chevron, ConocoPhillips, FedEx, AT&T), six britanniques (BP ou Rio Tinto), cinq allemandes (E.ON, RWE) et canadiennes (Imperial Oil). La France place six entreprises dans le classement : GDF Suez, le plus gros pollueur avec 157,9 millions de tonnes de CO2, devant Lafarge (106,3 millions), EDF (80,4), Total (51,4), Air liquide (22,1) et Saint-Gobain (12,8).

Le rapport distribue aussi les bons points. BMW, Daimler, Nestlé, Cisco Systems, Hewlett-Packard, Honda, Nissan ou Samsung sont citées au titre des meilleures entreprises en matière de performance ainsi que de transparence.

Les données restent toutefois incomplètes, 111 entreprises sur 500 (dont AppleFacebook ou Amazon) n'ayant pas communiqué leurs émissions. Le rapport met aussi en garde les entreprises contre le risque de sous-estimer leurs émissions indirectes (provenant de sources qu'elles ne possèdent ou ne contrôlent pas directement).

Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement, les émissions totales de gaz à effet de serre dans le monde ont dépassé les 50 milliards de tonnes équivalent COen 2010. Et en mai, la concentration de CO2 a passé la barre des 400 parties par million (ppm), un seuil inégalé depuis 2,5 millions d'années. Le 27 septembre, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat rendra son cinquième rapport très attendu, qui fera le point sur l'ampleur et les impacts attendus du réchauffement.

 

(*) le rapport : CDP-Global-500-Climate-Change-Report-2013.pdf 

03/07/2013

Les variétés paysannes en voie de disparition en raison du lobbying des semenciers

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/06/30/les-varietes-paysannes-de-ble-en-voie-de-disparition_3436092_3244.html

Les variétés paysannes de blé en voie de disparition

Le Monde.fr | 30.06.2013 à 21h06 • Mis à jour le 02.07.2013 à 14h40 |Par Angela Bolis

"Qu'est-ce que ça veut dire, une variété, quand on réfléchit au mot ?", interroge Jean-François Berthellot, les pieds enfoncés dans la terre collante de ses champs de blé. Dans sa ferme du Roc, dans le Lot-et-Garonne, l'agriculteur, membre du réseau Semences paysannes, en manie une conception quelque peu tombée en désuétude, mais qui a le mérite de donner un sens à l'adjectif "varié" qui s'y cache.

Il en est ainsi de sa Japhabelle, dont il est particulièrement fier. Une variété paysanne – qu'il nomme aussi "population" – haute, robuste, qui mêle des épis plus ou moins barbus, plus ou moins épais, et dont le vert tendre tire, selon les plants, sur le blond, le roux ou le noir bleuté. Elle associe en fait vingt familles de blés différents.

Entre sa banque de graines et ses champs, Jean-François Berthellot a amassé quelque 200 variétés de blé – en plus de ses autres cultures de légumineuses et de céréales. Une collection qu'il tient à conserver de manière vivante aussi, dans une mosaïque de petites parcelles cultivées, pour que les plantes puissentcontinuer à évoluer et s'adapter à leur environnement. Il y pousse des blés d'Andalousie ou des montagnes de Turquie, de l'amidonnier, ancêtre du blé dur, et même, dans un coin, un nouveau graminé en phase de domestication. 

Lire aussi le reportage sur la réserve mondiale de semences de Spitzberg (Norvège) : "Graines en stock"

Partant de quelques graines – collectées au gré des échanges avec d'autres agriculteurs ou dans les banques de semences d'Europe et d'ailleurs –, le paysan les sème, puis sélectionne les meilleurs plants, les multiplie d'année en année, et observe, pendant cinq ou six ans : leur croissance, leur résistance aux maladies, aux parasites, au climat, leur capacité à ne pas ployer sous les pluies d'orage, leur brillance et les nuances colorées de leurs épis mûrs, qui le renseignent sur la qualité de leur gluten.

UNE VARIÉTÉ VARIÉE, MAIS NON RECONNUE

La diversité génétique de ces variétés leur permet de mieux résister aux maladies – qui contamineront moins facilement l'ensemble de la parcelle, sans ajout de pesticides –, et de s'adapter mieux aux variations des sols et des climats.

Mais la différence, avec une monoculture ou une variété homogène, se fait aussiressentir dans le produit fini du blé. Le pain par exemple. Le paysan peut enattester : il est aussi meunier et boulanger et a, de fait, la main sur toute la chaîne de production, "du grain au pain". Ce qui lui permet de tester directement les résultats de sa récolte, selon ses propres critères de sélection : "une palette gustative plus colorée, des produits moins uniformisés, de meilleures qualités nutritionnelles, et un gluten plus digestif – avec toutes ces allergies et ces intolérances au gluten causées par la sélection ultrapoussée des blés nains utilisés en agriculture intensive", explique-t-il. 

Juridiquement toutefois, la Japhabelle, comme chacune des 90 "variétés-populations" que Jean-François Berthellot a créées, n'est pas reconnue comme une variété. Ce type d'obtention paysanne, devenue rarissime en France, n'entre en fait dans aucune règlementation sur le commerce des semences, dans aucun catalogue officiel.

ÉROSION DE LA BIODIVERSITÉ CULTIVÉE

"Pour moi, il y a un raté historique, estime l'agriculteur. Pendant des milliers d'années, les cultivateurs ont fait de la création variétale. Et au début du XXesiècle, ces savoirs et ces méthodes ont été accaparés par l'industrie semencière, qui n'ont pas les mêmes critères de sélection que nous : la productivité, la conservation dans les circuits longs de la grande distribution... Aujourd'hui encore, on fait tout pour déposséder le paysan de ce travail d'obtention de variétés."   

La filière semencière française est aujourd'hui la troisième plus importante au monde, et, selon l'interprofession (le GNIS), 72 sélectionneurs créent chaque année "plus de 600 nouvelles variétés qui viennent renouveler les 6 000 variétés de toutes les espèces proposées aux agriculteurs dans le catalogue français". En parallèle toutefois, la FAO (branche de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture) estime que trois quarts de la biodiversité cultivée s'est perdue au XXe siècle.

Dans le cas du blé tendre, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité note une "homogénéisation génétique très importante sur le territoire français""surtout due à la baisse de la diversité génétique à l'intérieur des variétés cultivées" : les "variétés de pays", plus locales et hétérogènes, ont peu à peu été remplacées par des "lignées pures modernes", qui deviennent, à partir de 1964, "le seul type de variétés cultivées et autorisées à la commercialisation".

C'est à cette époque que les plantes ne correspondant pas aux critères qui définissent désormais toute nouvelle variété sont exclues du catalogue officiel – catalogue déterminant l'autorisation de leur commercialisation. Toute variété légalese définit alors par : sa distinction (différente des variétés existantes), son homogénéité (plantes identiques les unes aux autres), et sa stabilité (elles conservent les mêmes caractéristiques d'une génération à l'autre). L'objectif étant de protéger les obtenteurs de ces variétés grâce à un titre de propriété intellectuelle, et de garantir au consommateur des variétés pures et bien identifiées.

UNE RÉFORME EUROPÉENNE AMBIGUË

Si ces règles commerciales ne s'appliquent pas à quelques variétés dites "de niche", dont la vente est limitée aux amateurs et en quantité, elles excluent en tout cas les variétés paysannes comme la Japhabelle. "Sur le terrain, on ne cultive pas un truc conceptuel, qui correspond aux critères de l'industrie, on cultive une variété qui évolue, qui est composée d'individus différents...", explique Jean-François Berthellot.

Toutefois, une vaste réforme européenne du marché des semences en cours paraît entrouvrir une porte, en créant un nouveau catalogue destiné aux variétés hétérogènes. En pratique cependant, des contraintes règlementaires – comme l'obligation de définir les parents qui ont engendré une nouvelle variété – leur barreraient la route, selon le réseau Semences paysannes. En revanche, il ouvrirait la voie aux variétés OGM, qui ne sont pas assez stables génétiquement pour entrer dans le catalogue officiel. 

Lire le décryptage : (voir plus bas : (*))

 "Des Etats-Unis à l'Europe, à qui appartiennent les plantes cultivées ?"

Ce vaste paquet législatif européen prévoit aussi un contrôle accru des agriculteurs qui travaillent avec leurs propres graines : d'une part en imposant des "auto-contrôles" sur ces semences qui, "pour les petites exploitations comme nous, vont être insurmontables financièrement", et d'autre part en enregistrant sur un fichier tous ces agriculteurs-semenciers. "Un fichage inadmissible", selon le paysan.

Angela Bolis

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Mobilisation contre le contrôle de maraîchers sur un marché en Ariège  

Début juin, des paysans se sont rassemblés devant le siège régional de la DGCCRF (répression des fraudes) à Toulouse, munis de pancartes "légumes clandestins", pour manifester leur inquiétude et lancer une action de désobéissance civique, à la suite du contrôle de petits maraîchers dans l'Ariège. Ceux-ci vendaient, sur le marché de Lavelanet, des plants de légumes (tomates, poivrons, courgettes, aubergines...) – une"activité saisonnière annexe" jusqu'ici tolérée, expliquent la Confédération paysanne et le réseau Semences paysannes. Les agents, salariés par le GNIS (interprofession des semenciers) pour le compte de la DGCCRF, leur ont signifié l'obligation de détenir une carte du GNIS et l'interdiction de vendre des plants de variétés non-inscrites au catalogue officiel, sous peine d'une amende de 450 euros.

 

Lors de cette journée de mobilisation, la répression des fraudes a expliqué à une délégation d'agriculteurs qu'un "plan annuel de contrôles" avait en effet été décidé au siège central de la répression des fraudes, dans un but "pédagogique", rapportent les associations paysannes. Considérant "qu'il s'agit là d'un abus s'inscrivant complètement dans une logique de généralisation du fichage de (...) toutes les activités qui échappent au contrôle des multinationales de la semence", elles ont notamment exprimé leur refus d'adhérer de manière obligatoire au GNIS – qui"s'oppose à [nos] droits élémentaires de reproduire, d'échanger et de vendre les semences et les plants issus de [nos] propres récoltes" –, et revendiqué le droit de vendre et cultiver "toute la diversité des variétés paysannes, locales ou exotiques qui ne pourront jamais être toutes inscrites au catalogue"Des élus EELV ont aussi réagi à ce contrôle, dénonçant "une application zélée de la réglementation sur la propriété intellectuelle".

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http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/17/des-etats-unis-a-l-europe-a-qui-appartiennent-les-plantes-cultivees_3235181_3244.html

 

 "Des Etats-Unis à l'Europe, à qui appartiennent les plantes cultivées ?"


Le Monde.fr | 17.05.2013 à 16h41 • Mis à jour le 20.05.2013 à 17h10 |Par Angela Bolis

 

Lundi 13 mai, Monsanto remportait son procès contre Vernon Hugh Bowman, un agriculteur américain de 75 ans. L'homme avait acheté, en plus de ses semences de soja transgénique à Monsanto, d'autres graines en mélange à un producteur local, pour effectuer une récolte complémentaire à moindre coût. Cette récolte, il en a gardé une partie pour la resemer l'année suivante. Or, dans un Etat où 95 % du soja cultivé est transgénique, la plupart de ces graines détenaient le caractère du Roundup Ready, breveté par Monsanto, qui permet à la plante de résister à l'herbicide Roundup vendu par la même firme. Pour les avoir semées sans payerMonsanto, le fermier a été condamné à verser à la firme 85 000 dollars.

Lire (en édition abonnés) :  OGM : Monsanto gagne face aux petits agriculteurs

OGM _ Monsanto gagne face aux petits agriculteurs.pdf

Si l'affaire est devenue emblématique des conflits entre firmes et agriculteurs sur la question des brevets, elle est loin d'être exceptionnelle : Monsanto est passé maître dans l'art de contrôler, via sa "police des graines", les champs des cultivateurs américains, et il n'en est pas à sa première bataille judiciaire (lirel'encadré ci-dessous). Fin 2012, le groupe avait déjà empoché 23 millions de dollars (18 millions d'euros) de dommages et intérêts dans le cadre de procèspour violation de brevets. Mais cette fois, c'est la firme elle-même qui a voulu l'ériger en symbole de la protection de sa propriété intellectuelle – avec un site Web spécifique à l'appui, et le soutien d'acteurs de poids comme l'Alliance de producteurs de logiciels (AppleMicrosoft...), des universités, ou encore le département de la justice américain.

Lire : La guérilla judiciaire des géants des semences contre les fermiers américains

  • AUX ÉTATS-UNIS, LE BREVET

Dans cette affaire de Monsanto contre M. Bowman, la Cour a justifié sa décision en expliquant qu'il est interdit de copier un produit breveté (soit, en l'occurrence, resemer les graines récoltées), sans quoi "un brevet perdrait toute sa valeur dès la première vente", ce qui "résulterait en une baisse de l'incitation à l'innovation". Cette position de la justice américaine est fidèle au principe du brevetage des plantes, adopté aux Etats-Unis dès 1930. Ces brevets ne s'appliquent pas seulement aux OGM, mais ont connu un boom avec le développement des biotechnologies – dans un pays où 93 % du soja cultivé, 88 % du coton et 86 % du maïs sont génétiquement modifiés (en 2010), d'après le Center for food safety (PDF).   

Le brevet, "directement inspiré du droit industriel, ne prend pas en compte la spécificité du vivant"explique l'interprofession française des semenciers, le GNIS. Il interdit à quiconque d'utiliser la variété protégée à titre expérimental ou pour la recherche, mais aussi, et surtout, pour faire des semences de ferme : traditionnellement, les agriculteurs sélectionnent et resèment ainsi leurs propres graines issues de leur récolte, ce qui leur permet de réduire leurs coûts et degagner en autonomie, mais aussi de favoriser l'adaptation des plantes aux conditions locales. Le système du brevet les oblige donc à racheter chaque année leurs graines aux semenciers – au premier rang desquels Monsanto, dont la technologie Roundup Ready est par exemple présente dans 94 % des variétés de soja OGM et 70 % du maïs OGM.

Lire aussi : Le 'Monsanto act' met les OGM au-dessus de la loi aux Etats-Unis

  • EN EUROPE, LE CERTIFICAT D'OBTENTION VÉGÉTALE...

En Europe, les variétés végétales ne sont pas brevetables. C'est le Certificat d'obtention végétale (COV) qui, depuis 1961, tient lieu de droit de propriété intellectuelle en agriculture. A l'inverse du brevet, ce dernier permet d'utiliser la variété à des fins de recherche et d'expérimentation, mais aussi en semences de ferme, à condition que l'agriculteur paie une redevance au propriétaire du COV. Cette dernière règle a été introduite en France par la loi de novembre 2011, qui a mis fin à un flou juridique en autorisant les semences de ferme – taxées –, pour 21 variétés de cultures agricoles (céréales, fourrages, pomme de terre...) uniquement.

Lire : Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé

Pour obtenir un COV, la variété doit être homologuée selon certains critères : la distinction, à savoir son originalité par rapport aux variétés existantes, l'homogénéité entre ses différents individus, et la stabilité de ses caractéristiques après reproduction. En dehors de ces critères standardisés, point d'inscription au catalogue officiel ni, jusqu'à présent, d'autorisation de commercialisation. Au final, ces variétés protégées par COV correspondent à 99 % des plantes cultivées en France, selon Delphine Guey, du GNIS.

  • ... MAIS DE PLUS EN PLUS DE BREVETS SUR LES GÈNES

Aux côtés du COV existe aussi, en Europe, le brevet sur les végétaux. Non pas pour la variété entière, mais uniquement pour un de ses gènes – qu'il soit obtenu par sélection et croisement classiques, ou par introduction, par transgenèse, dans les cellules de la plante. Du coup, c'est ce caractère génétique que le propriétaire du brevet détient exclusivement – même s'il se retrouve, par propagation, dans les plantes du champ voisin.

En France, on ne trouve pas encore de végétaux brevetés dans le commerce. Mais les brevets accordés sur les fruits et légumes se multiplient en Europe. Récemment, le groupe d'agrochimie Syngenta a par exemple reçu un brevet sur son melon baptisé EP1587933, issu d'un croisement avec un melon indien, pour le caractère doux et amer de son goût. Du coup, la firme revendique la propriété sur tous les melons qui détiennent cette teneur, précisément mesurée, en acidité et en sucre, explique l'ONG "No patent on seeds". Grâce à ces brevets, "Monsanto et Syngenta détiennent ensemble déjà plus de 50 % des semences de variétés de tomates, poivrons et choux-fleurs enregistrées dans l'UE"alarme ainsi l'ONG Swissaid (PDF), qui s'inquiète de la concentration accrue de ce marché agroalimentaire. 

Autre inquiétude des agriculteurs : le brevet est beaucoup plus facilement détectable que le COV. Dans le premier cas, il suffit d'un test pour identifier le gène protégé. Dans le second, puisque les plantes resemées par l'agriculteur ne sont pas des clones et varient toujours de la récolte précédente, difficile pour le détenteur du COV de prouver qu'il s'agit de sa variété. Le brevet renforce donc le contrôle sur les semences de ferme, estime Guy Kastler, du réseau Semences paysannes.

  • RÉFORME DES SEMENCES : UNE OUVERTURE ACCRUE AUX BREVETS ?

L'Union européenne prépare actuellement une réforme majeure du marché des semences – qui doit entrer en vigueur à l'horizon 2016 après approbation, par le Parlement et le Conseil européen, des propositions de la Commission. Elle ambitionne de protéger la diversité et la productivité agricole en Europe, et defaciliter la commercialisation des variétés industrielles. Mais derrière ce but affiché, elle "place toutes les semences sous le contrôle direct des titres de propriété de l'industrie, certificats d'obtention végétale et brevets"dénonce le réseau Semences paysannes, faisant écho à l'opinion d'écologistes et défenseurs du droit des paysans.

Lire (en édition abonnés) :  Bruxelles renforce la mainmise des grands groupes sur la commercialisation des semences agricoles

Parmi les nombreuses implications de ce paquet législatif, certaines concernent donc la propriété sur les semences. Il en est ainsi du catalogue officiel, qui recense les quelque 30 000 variétés autorisées en Europe, et qui sera désormais géré par l'Office communautaire qui délivre les titres de propriété sur les variétés, financé par les entreprises-mêmes qui détiennent les COV. Autre mesure : les agriculteurs qui produisent des semences – dont des semences de ferme – seront enregistrés sur un fichier, qui pourra faciliter les contrôles s'ils utilisent des semences échangées entre eux (ce qui est interdit), ou sous protection d'un COV.    

Surtout, cette réforme ouvre au marché européen les semences hétérogènes, jusqu'ici interdites car elles ne correspondent pas aux critères d'homogénéité nécessaires à leur inscription au catalogue. Cette nouveauté doit, certes, bénéficier aux nouvelles sélections biologiques ou paysannes qui échappent à ces critères standardisés. Mais elle facilite, par la même occasion, l'accès au marché de variétés brevetées – dont certaines, les dernières générations d'OGM surtout, ne sont pas assez stables ou homogènes pour satisfaire à ces critères d'homologation, selon Guy Kastler. Pour l'agriculteur anti-OGM, "on sait que si on a gagné cette bataille, c'est parce que les biotechnologies voulaient la même chose".

Angela Bolis

Comment Monsanto surveille les fermiers américains

 

"Les agriculteurs les appellent 'la police des graines' et utilisent des mots comme la 'gestapo' ou la 'mafia' pour décrire leurs tactiques"relate un article de Vanity Fair. Le reportage montre comment des inspecteurs de Monsanto viennent observer dans leurs champs les agriculteurs susceptibles de violer les brevets sur leurs variétés OGM, enregistrent des vidéos, prennent discrètement des échantillons de leur culture pour les faire analyser, ou encore encouragent les fermiers à dénoncer leurs collègues via un numéro en libre appel.

 

Sans compter les intimidations : le magazine rapporte notamment le témoignage de Gary Rinehart, qui a reçu la visite, par erreur, d'un de ces inspecteurs dans sa boutique du Missouri. Celui-ci lui a assuré qu'il avait la preuve qu'il avait planté des graines de soja OGM sans contrat avec la firme, avant de lui asséner : "Monsanto est grand. On t'aura. Tu paieras." Quand Vanity Fair a contacté Monsanto sur ces pratiques, la firme a seulement expliqué qu'elle "dépensait plus de 2 millions de dollars par jour dans des recherches pour identifier, tester, développer et mettre sur le marché de nouvelles semences innovantes et des technologies qui bénéficient aux agriculteurs".

 

Fin 2012, Monsanto avait empoché plus de 23 millions de dollars (18 millions d'euros) de dommages et intérêts de la part de fermiers américains, après avoir intenté pas moins de 142 procès pour violation des brevets contre 410 agriculteurs et 56 petites entreprises agricoles. Mi-février, un rapport du Center for food safety intitulé "Les géants des semences contre les fermiers américains" expliquait que l'entreprise emploie 75 personnes et un budget de 10 millions de dollars pour ces poursuites judiciaires. Ce contrôle tenace inquiète aussi les agriculteurs qui n'ont pas acheté de semences Monsanto, mais dont les champs, entourés de cultures OGM, sont susceptibles de se faire contaminer.

 

L'Europe responsable de plus du tiers de le déforestation mondiale en raison des importations de viande

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/07/03/l-europe-importe-massivement-des-produits-lies-a-la-deforestation_3440966_3244.html

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L'Europe importe massivement des produits liés à la déforestation

LE MONDE | 03.07.2013 à 10h46 • Mis à jour le 03.07.2013 à 12h15 |Par Laurence Caramel

L'Europe est responsable de plus du tiers – 36 % exactement – de la déforestation liée au commerce international. Loin devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine. L'étude commandée par la Commission européenne à un consortium d'instituts de recherche et publiée mardi 2 juillet, après deux ans de travail, éclaire avec une précision sans précédent le rôle joué par la consommation des Européens – et leurs habitudes alimentaires en particulier – dans la destruction des grands massifs forestiers tropicaux.

L'Union européenne (UE) s'est fixé pour objectif de réduire de moitié la déforestation dont elle est la cause d'ici à 2020 et de la ramener à zéro d'ici à 2030. Cette ambition affichée depuis 2008 a été réaffirmée le 19 juin, dans le cadre de la discussion sur le prochain programme d'action sur l'environnement. Ce que n'ont pas manqué de rappeler les ONG environnementales : l'Europe doit maintenant "donner des indications concrètes sur la façon dont nous pouvons à la fois réduire notre impact sur ces forêts menacées et contribuer à réduire la consommation de produits liés à la déforestation", a déclaré Anke Schulmeister, du WWF Europe.

"Il est dommage de constater qu'une grande partie des approvisionnements agricoles de l'UE est issue de l'exploitation de terres nouvellement défrichées,déplore-t-elle. Si nous prenons en compte ces impacts indirects, notre contribution réelle au changement climatique et à la perte de biodiversité est alors bien plus élevée que ce que nous pouvions imaginer."

ENTRE 1990 ET 2008, 127 MILLIONS D'HECTARES PERDUS

Entre 1990 et 2008, les forêts – essentiellement dans les pays tropicaux – ont perdu 127 millions d'hectares de superficie, dont 29 millions peuvent être attribués, selon le rapport, à des conversions de terre destinées à satisfaire la demande de pays tiers. L'UE a contribué à ce bilan à hauteur de 8,4 millions d'hectares, l'Asie de l'Est (y compris la Chine) pour 4,5 millions et l'Amérique du Nord à hauteur de 1,9 million.

Dans le même temps, la superficie de la forêt européenne est restée quasiment stable, ce qui signifie que l'UE a continué à faire supporter l'essentiel de l'impact environnemental de sa consommation à d'autres : "La stratégie d'approvisionnement de l'UE apparaît très clairement", constatent les auteurs du rapport. L'UE satisfait l'appétit de viande des consommateurs européens en important de plus en plus d'Amérique du Sud – le Brésil étant de très loin au premier rang – de la viande de bœuf directement, ce qui se traduit par une extension des zones de pâturages, des tourteaux de soja pour alimenter son propre bétail... Au total, l'augmentation de la consommation de viande explique 60 % de la "déforestation importée" par l'UE, selon l'indicateur utilisé par l'étude.

UNE JOURNÉE SANS VIANDE POURRAIT FAIRE UNE DIFFÉRENCE

Le développement des agrocarburants n'est pas en reste. "En quelques années, l'UE est passée d'un statut de petit exportateur d'huiles végétales à celui de gros importateur", poursuit le rapport, en s'interrogeant sur l'impact des objectifs ambitieux qu'elle s'est fixés en matière d'énergie renouvelable dans les transports. La part de la déforestation liée au commerce du bois apparaît moindre – 240 000 hectares : un résultat probablement sous-estimé, concèdent les auteurs, qui se sont appuyés sur les chiffres officiels, lesquels ne prennent pas en compte les coupes illégales de bois.

"Si rien n'est fait, l'empreinte forestière de l'UE va continuer de s'aggraver",s'inquiète Sébastien Risso, chargé des forêts au bureau européen de Greenpeace. C'est en effet ce que montre l'étude : continuer à assurer aux Européens la même quantité de viande demandera de dégager plus de 3 millions d'hectares de nouvelles surfaces. D'autres scénarios sont possibles : adopter un régime bulgare – le moins carné – ou le régime autrichien qui, à l'inverse, comporte le plus de protéines animales. Entre les deux, adopter une journée sans viande pourrait déjà commencer à faire une différence, suggère l'étude, dont la Commission européenne a pris soin de préciser qu'elle n'engage que ses auteurs.

10/05/2013

Folie, folies, globalisation anglosaxonne ...

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ff32f62c-b8c2-11e2-89b6-638e06aa0196

Psychiatrie vendredi10 mai 2013
 

Tour du monde de la folie

Les troubles mentaux varient d’une culture à l’autre. Avec une bible mondiale de la psychiatrie rédigée aux Etats-Unis, ne risque-t-on pas d’américaniser la folie?

Chez les Wolofs, au Sénégal, il n’y a pas de démence sénile. Juste des réincarnations qui arrivent un peu trop tôt et font qu’un nouveau-né se retrouve dans le corps d’un vieillard. Au Congo, en lingala, l’anxiété se traduit par une étrange sensation de vibration, «comme une branche qu’un oiseau vient de quitter». Quant aux Coréens, ils ne parlent plus de schizophrénie mais de problèmes d’accordage du cerveau, semblables à ceux qu’on peut avoir avec un vieux piano récalcitrant.

Les troubles mentaux, ou du moins les mots pour en parler, varient d’une culture à l’autre. Pourtant, les psychiatres du monde entier utilisent – notamment dans la recherche et l’enseignement – un ouvrage rédigé par des experts américains: le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM), dont la cinquième édition sort la semaine prochaine (LT du 06.05.2013 ). Au risque d’américaniser la folie? Le point avec Norman Sartorius, ancien responsable de la division Santé mentale de l’Organisation mondiale de la santé et consultant externe pour le DSM-V.

Le Temps: Le «DSM-V» définit les contours de la santé mentale. Est-ce que cette frontière bouge beaucoup d’une culture à l’autre?

Norman Sartorius: Les grandes maladies mentales, comme la schizophrénie, la dépression majeure ou la démence, existent partout. Pour la schizophrénie, on a une incidence – soit le nombre de nouveaux cas par année – qui est la même à peu près n’importe où dans le monde. La prévalence – le nombre total de cas à un moment donné – varie, elle, parce que les chances de survie ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Il y a eu quelques doutes sur la démence. Certains experts disent qu’elle est plus rare en Afrique, mais on manque de preuves solides pour étayer cette thèse. Quant à la dépression, du temps des colonies, on croyait que cette maladie n’affectait que les Blancs d’Europe. Mais, avec la décolonisation, on s’est rendu compte que ça n’était simplement pas considéré comme un motif de consultation valable pour les populations locales.
En général, je dirais que les maladies graves en psychiatrie ont une similarité remarquable d’une culture à l’autre, c’est pour des troubles plus légers qu’il y a des variations.

– Par exemple?

– L’arachnophobie, notamment, est beaucoup plus répandue en Angleterre qu’elle ne l’est en Inde. Il y a aussi le koro, ce syndrome où la personne a l’impression que son pénis ou ses seins vont se rétracter. Souvent, elle y accroche des objets pour empêcher qu’ils ne puissent rentrer dans le corps. On observe surtout ce trouble à Singapour ou en Malaisie. Mais il y a aussi de rares cas ailleurs. Je suis convaincu que toutes les maladies existent partout, c’est la fréquence qui varie d’une culture à l’autre.

– Il y a aussi des différences dans ce qui est considéré comme pathologique ou non.

– Effectivement. Jusque dans les années 70, l’homosexualité était inscrite au DSM et il y a encore plusieurs pays, dans le monde arabe notamment, où on estime qu’il s’agit d’une maladie. Il y avait aussi dans la classification officielle indonésienne un diagnostic pour les clochards, qu’il fallait mettre en hôpital psychiatrique pour les soigner.

– N’y a-t-il pas des gens qui passent pour fous ici et pas ailleurs?

– La démence sénile, par exemple, n’est pas considérée comme une maladie chez les Wolofs, au Sénégal. Ils pensent qu’à la fin de leur vie les hommes renaissent. De temps à autre, un individu renaît trop tôt, et un nouveau-né se retrouve dans le corps d’une personne âgée: il est incontinent, ne veut pas écouter, ne comprend pas ce qu’on lui dit et ne sait pas parler… Mais il est beaucoup plus simple de mobiliser les gens pour aider un enfant qu’un vieux atteint d’une maladie mentale. Sa survie est plus importante. Il y a aussi dans beaucoup de populations d’Afrique ou d’ailleurs l’idée que la maladie mentale est une histoire de mauvais œil, de magie noire. Là encore, les gens se mobilisent plus facilement contre une agression qui vient de l’extérieur, de quelque tribu voisine, que pour un cerveau malade, face auquel ils se sentent peut-être plus désarmés. On observe des systèmes similaires dans différentes cultures: ils justifient le fait d’aider les personnes souffrant de troubles mentaux qui autrement seraient considérées comme des poids pour la communauté.

– Vous dites que les grandes catégories de maladies mentales se retrouvent partout, mais n’a-t-on pas pensé un moment que la dépression était moins fréquente en Extrême-Orient?

– Effectivement, une grande étude de l’OMS a montré qu’il y avait moins de gens qui consultaient pour dépression en Chine et au Japon. Surtout si on compare à l’Amérique latine, où il y en a beaucoup. Mais c’est compréhensible: le mot dépression, dans le sens où nous l’entendons, n’existe par exemple pas en chinois. Si on adapte les mots et la manière de poser des questions, d’aborder l’entretien avec un malade, la différence disparaît.

– Donc les troubles sont les mêmes, mais la façon d’en parler varie?

– Absolument. Par exemple, chez nous, le mot anxiété vient d’une racine très ancienne, ang, qui veut dire très étroit. On se sent comprimé, dans un état où on ne peut pas bouger. Ce concept d’étroitesse n’est pas présent chez les Iraniens, qui se réfèrent plutôt à un problème lié à leur cœur. Quant aux Africains qui parlent lingala, ils vont vous décrire quelque chose qui vibre en eux, comme une branche qu’un oiseau vient de quitter. Le phénomène psychologique est le même en Europe, en Iran ou au Congo, c’est la façon de le décrire qui change.

– Le nom que l’on donne à une maladie joue-t-il un rôle important?

– Oui. Les mots que l’on utilise pour un diagnostic sont souvent très stigmatisants. Prenez la schizophrénie, qui a été nommée pour la première fois en Suisse au début du XXe. A l’époque, c’était la mode d’utiliser le latin ou le grec pour donner des noms aux maladies. Ce qui fait qu’il n’y a aujourd’hui plus que les Grecs qui comprennent ce que ces noms signifient. Tous les autres les utilisent sans savoir. Mais au Japon, en Chine ou en Corée, ils doivent être traduits dans la langue locale. Schizo veut dire cassé, fendu, et phrène esprit, cerveau. C’est très difficile de dire à un malade qui demande son diagnostic: vous avez le cerveau cassé, ça n’est pas tellement acceptable. Au Japon, il n’y avait donc qu’une proportion minime de médecins qui communiquaient leur diagnostic aux patients. Les autres s’en sortaient en disant qu’il s’agissait d’une maladie compliquée. Mais un mouvement issu des associations de malades, de leurs proches et de médecins a fait changer le nom de la maladie. Le nouveau terme veut dire quelque chose comme «désordre de la coordination de la pensée», c’est beaucoup plus acceptable parce que ça correspond à ce que les malades ressentent.

– Est-ce que ça a débloqué la situation?

– La communication du diagnostic au patient est passée de 6 à 75% des cas. En s’inspirant de cette idée, les médecins coréens tentent d’aller plus loin. Depuis peu, ils essaient d’introduire pour la schizophrénie un nouveau nom qui signifie «problèmes d’accordage de la pensée», comme pour un piano désaccordé. Là aussi, les patients reconnaissent qu’ils n’arrivent plus à accorder leurs pensées comme avant et acceptent mieux le diagnostic. C’est très important parce que cela sert de base pour avoir un échange entre le malade et le médecin qui permet de se mettre d’accord sur un traitement.

– C’est crucial?

– Lorsque le malade comprend
ce qui se passe, il peut participer au processus de traitement. Sinon, cela revient à lui donner des ordres, qu’il ne va pas bien suivre. Ce contrat entre le
patient et le médecin est aujourd’hui devenu la base du traitement de n’importe quelle maladie.

– Si les mots utilisés pour poser un diagnostic sont si importants, n’est-il pas problématique que des psychiatres du monde entier se basent sur un manuel rédigé aux Etats-Unis?

– C’est le risque général de la globalisation. Vous avez une langue très forte qui s’utilise partout et pour tout. Cela dit, son influence se fait surtout sentir dans le domaine de la recherche. Et, pour surmonter le fait que chaque patient est différent, dans le DSM chaque diagnostic est accompagné d’une description qu’on appelle opérationnelle, une liste de symptômes. Si le malade en réunit un certain nombre, on peut dire
que son trouble correspond au diagnostic. Cela a été introduit dans le DSM-III en 1980.
C’était révolutionnaire, parce que pour la première fois on essayait de donner un aspect quantifiable et comparable à l’état des patients.

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b9fce74c-b5a3-11e2-abed-bb9758babf60/Etes-vous_devenu_fou

psychiatrie lundi6 mai 2013

Etes-vous devenu fou?


Le nouveau manuel de diagnostic psychiatrique américain sort la semaine prochaine. Il redéfinit les frontières de la santé mentale. La norme est en train de passer du côté du pathologique. Enquête sur les apports et les dangers de cette bible de la médecine mentale

C’est le moment de s’interroger sur sa santé mentale. La cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique américain des troubles mentaux (DSM), la bible mondiale de la psychiatrie, sera publiée la semaine prochaine, au terme d’une révision houleuse. C’est le genre de choses qui arrive lorsqu’on déplace les frontières de la folie. Ses nombreux détracteurs reprochent surtout au DSM-5 de médicaliser des émotions normales, comme le deuil ou les colères infantiles (lire ci-dessous ). Mais qui peut dire dorénavant où se situe la norme?

A l’origine, le DSM ne devait être qu’une nomenclature, rappelle Pierre Bovet, médecin-chef au Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois (LT du 19.02.2010 ). C’était d’ailleurs le cas des deux premières éditions. Le DSM-III, publié en 1980, a introduit des critères pour le diagnostic. La plupart des spécialistes s’accordent pour dire que cette révision était nécessaire, pour endiguer une dérive liée à des critères trop lâches. «Le problème, c’est que le DSM est très vite devenu une sorte de manuel de la psychiatrie, poursuit Pierre Bovet. Comme si les troubles tels qu’ils y sont décrits, sous la forme d’une liste de critères diagnostiques, étaient l’image clinique de la maladie.» Pour lui, cette approche a provoqué un appauvrissement dramatique de la psychopathologie, soit la tentative de comprendre la personne qui souffre et son fonctionnement.

Le DSM est élaboré par l’Association américaine de psychiatrie (APA). Mais son influence s’étend bien au-delà des Etats-Unis. Les principales revues scientifiques étant anglo-saxonnes, les chercheurs du monde entier doivent se référer au manuel dans leurs publications. Il est aussi utilisé un peu partout dans la pratique. Il existe bien une alternative, la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, mais son chapitre sur la santé mentale est à peu près calqué sur le DSM.

Allen Frances, professeur émérite de psychiatrie à la Duke University de Durham, en Caroline du Nord, est un des critiques les plus actifs du DSM-5. De passage en Suisse l’automne dernier (LT du 20.11.2012 ), il prévoyait une pandémie de diagnostics psychiatriques avec la parution du nouveau manuel. Il est assez bien placé pour en parler puisqu’il a participé aux précédentes révisions: «Avec le DSM-IV, en 1994, nous avons créé – ou du moins contribué à créer – plusieurs épidémies.» Aux Etats-Unis, les cas de troubles bipolaires auraient doublé, ceux d’autisme auraient été multipliés par vingt. Pour le psychiatre, un des principaux défauts de l’édition à paraître du manuel est de médicaliser les «soucis de la vie de tous les jours». Selon des études citées par Allen Frances, 50% des Américains et 43% des Européens remplissent déjà au moins une fois au cours de leur vie les critères correspondant à un diagnostic psychiatrique. Le risque est que le DSM-5 fasse basculer une majorité de la population de l’autre côté de la nouvelle frontière de la santé mentale, tracée par les experts de l’APA.

«Peut-être que si de nombreuses personnes reçoivent un diagnostic psychiatrique, la stigmatisation de ces troubles diminuera, fait valoir Pierre Bovet. Je pense que 100% des individus affrontent une fois au cours de leur vie un diagnostic somatique qui va au-delà de la grippe, sans être pour autant pointés du doigt. Du côté de la psychiatrie, être déprimé est aujourd’hui beaucoup mieux accepté qu’il y a une trentaine d’années, parce que tout le monde a une fois traversé une phase de dépression ou connaît quelqu’un qui en a traversé une.» Pour Wulf Rössler, professeur émérite de psychiatrie sociale à Zurich, il est peut-être temps de reconnaître que les problèmes mentaux font partie de la vie et de la nature humaine.

«Peut-être que ça aidera certains à être plus libres par rapport à leur psychisme, relève Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse. Mais j’ai l’impression que cela dévalorise en même temps le diagnostic de ceux qui souffrent vraiment.» Il estime pour sa part que si plus de 50% de la population correspond à un diagnostic, c’est que l’on psychiatrise des problèmes qui n’ont pas lieu de l’être. Ou alors il faut se poser certaines questions: «Est-ce le fonctionnement de notre société qui est inadéquat? Doit-on revoir notre mode de vie pour viser des existences moins pathogènes et plus épanouissantes?»

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24/04/2013

Pillage des mers par les bateaux de pêche chinois

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c674db52-ac2e-11e2-a5e3-37f440f5d881

Océans mis sous pression par la pêche chinoise

Le géant asiatique prélève des millions de tonnes de poissons par an au large du continent noir. Une ONG canadienne dénonce cette saignée

Ressources Mercredi24 avril 2013 

Océans mis sous pression par la pêche chinoise 

Par Martine Valo 

Le géant asiatique prélève des millions de tonnes de poissons par an au large du continent noir. Une ONG canadienne dénonce cette saignée .

Le pillage des mers par les bateaux de pêche chinois a pris des proportions gigantesques, selon une étude internationale coordonnée par le célèbre biologiste Daniel Pauly, de l’Université de Colombie-Britannique, qui chiffre pour la première fois la mainmise chinoise sur une ressource halieutique en rapide déclin.

Cette recherche, publiée d’abord dans la revue spécialisée Fish and Fisheries puis reprise dans la revue scientifique Nature début avril, conclut que les navires de pêche chinois ont siphonné, loin de leurs côtes, entre 3,4 et 6,1 millions de tonnes de poissons par an entre 2000 et 2011. Dans le même temps, Pékin ne déclarait que 368 000 tonnes de poissons en moyenne auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Douze fois moins que la réalité estimée par les spécialistes des ressources halieutiques! La valeur du poisson débarqué de l’étranger par la Chine s’élèverait à 10,9 milliards de francs par an.

Non seulement la Chine sous-estime considérablement le produit de sa pêche à l’extérieur, mais elle surestime à l’inverse ce secteur dans ses eaux territoriales. Faute de statistiques réalistes accessibles au public, l’équipe de Daniel Pauly a dû réaliser des estimations à partir du nombre de bateaux – surtout des grands chalutiers, mais aussi des senneurs, entre autres – présents dans différentes zones économiques exclusives autour du monde, en corrélant ces données à leurs prises annuelles attendues.

Plutôt que de s’en tenir à la nature des pavillons – trop souvent de complaisance –, elle s’est appuyée sur la nationalité des marins et de leurs officiers, car il est rare qu’un équipage de la République populaire de Chine travaille pour un armateur d’un autre pays. Au large de l’Afrique, il est courant que des navires armés par des propriétaires chinois fassent travailler des pêcheurs locaux, mais ces derniers sont alors souvent rémunérés avec quelques caisses de poissons, qui seront revendues près des côtes africaines, mais pas en Asie.

Car ce que dénoncent les gouvernements africains et ce qu’observent les ONG sur le terrain se confirme et se précise avec ce recensement. Tous dénoncent les chalutiers géants qui campent dans les eaux poissonneuses du continent noir, en approvisionnant souvent directement des bateaux-usines-frigos en mer. L’Afrique constitue la première cible de la flotte chinoise: cette dernière y prélève 3,1 millions de tonnes de poissons par an en moyenne, selon les chercheurs, soit 64% de ses prises à l’étranger. Les côtes de l’ouest du continent – sans doute les plus pillées du monde, pas seulement par des bateaux asiatiques – sont leur cible principale.

L’Asie, suivie de loin par l’Océanie, l’Amérique du Sud et centrale, ainsi que l’Antarctique constituent les autres terrains de chasse de la flotte de pêche chinoise.

Les données publiées par les chercheurs correspondent à de la pêche non répertoriée, ce qui ne signifie pas qu’elle soit entièrement illégale. Une partie peut être réalisée avec l’accord des autorités du pays concerné, mais il n’est pas possible de distinguer les deux types de pratiques.

Dans leur publication, les experts d’instituts de recherche canadiens, espagnols, français et australiens mettent en rapport le déclin de la ressource halieutique dans les océans, dont témoigne la stagnation du tonnage global de la pêche mondiale, et la pratique qui consiste à envoyer les bateaux pêcher très loin de leurs ports d’attache, dans des zones épargnées par la surpêche jusqu’à il y a peu.

Européens et Américains ont été les premiers à y avoir recours dans les années 1980, suivis par les Russes, le Japon et la Corée du Sud une décennie plus tard. Tous s’assuraient un accès aux eaux étrangères moyennant l’achat de licences de pêche auprès des gouvernements locaux – plus ou moins légalement il est vrai. Les Chinois, qui se lancent à leur tour à l’autre bout des mers pour répondre à la demande de leur marché intérieur, ne semblent pas toujours s’embarrasser de tels préalables.   

11/04/2013

Achetez vous sur le net ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/12/25/les-pirates-des-carpates_1810181_3214.html

Les pirates des Carpates

LE MONDE | 25.12.2012 à 12h12 • Mis à jour le 26.12.2012 à 18h09

Par Mirel Bran, Ramnicu Valcea (Roumanie) envoyé spécial

Pour le touriste pressé, Ramnicu Valcea est une ville tranquille et verdoyante. Située au pied des Carpates, dans le centre de la Roumanie, elle ne laisse guère deviner le secret bien caché de son quartier ouvrier, Ostroveni. Il faut quitter le grand boulevard qui traverse la ville et s'engager dans les petites rues bordées d'HLM délabrées héritées de l'époque communiste pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond dans cette cité d'une centaine de milliers d'habitants.

Au pied de ces immeubles construits à la va-vite au temps de la dictature communiste se trouvent des voitures de luxe. Au volant, des jeunes de 20 à 30 ans, fiers d'afficher une richesse qui contraste avec l'environnement. Bienvenue dans le repaire des hackeurs ! Ces jeunes ont trouvé sur la Toile des opportunités que la réalité roumaine ne peut leur offrir. Ramnicu Valcea, avec son quartier Ostroveni, est une ville bien connue de la presse américaine qui l'a surnommée "Hackeurville".

 
 

Comprendre : la capitale mondiale du vol sur Internet. Français, Britanniques, Allemands, Italiens, mais surtout des Américains, qui font leurs courses sur Internet, sont tombés dans le panneau des réseaux roumains du hacking. Selon la police roumaine, environ 80 % de leurs victimes se trouvent aux Etats-Unis. "L'année dernière, les hackeurs roumains ont volé un milliard de dollars aux Etats-Unis", affirme Mark Gitenstein, l'ambassadeur américain à Bucarest.

TRAVAILLER EN RÉSEAU

A Ostroveni, tout le monde est au courant, mais la loi du silence règne dans le quartier. L'un de ces hackeurs a toutefois accepté d'évoquer son "commerce", sous couvert d'anonymat. "Avec les Américains, c'est plus facile, explique-t-il. Ces types, même quand ils veulent acheter du pain, ils vont cliquer sur Internet, ils ont l'habitude de tout faire sur le Web." Il lui arrive, assure-t-il, d'"embobiner quatre ou cinq types par semaine, en leur soutirant des sommes allant de quelques centaines à quelques dizaines de milliers de dollars".

"Le monde est grand et il est plein d'idiots prêts à acheter tout et n'importe quoi sur Internet, poursuit-il. On vend des produits fictifs, on clone des sites et on pirate des cartes bancaires. En Europe, pour récupérer l'argent, on envoie les "flèches", des types qui n'ont rien d'autre à faire que de retirer l'argent envoyé sur un compte. Ils gardent dans les 30 % du magot, et le reste ils nous l'envoient via Western Union." Vu le nombre d'enseignes Western Union qui ont poussé comme des champignons dans le centre-ville de Ramnicu Valcea, il semble que les affaires marchent bien.

Mais sortir l'argent des Etats-Unis est plus complexe. "Nous avons trouvé une solution légale, indique notre interlocuteur. J'achète une voiture de 120 000 dollars en cash. Rien de plus légal. Je la fais venir en Roumanie où je la vends 80 000 dollars. C'est toujours légal. D'accord, j'ai perdu 40 000 dollars mais j'en ai blanchi 80 000. Le mec qui l'achète est content, car il économise 40 000 dollars. Maintenant, les gars viennent directement nous commander les modèles qu'ils veulent."

Les hackeurs roumains ont compris l'intérêt de travailler en réseau. C'est ce qui fait leur différence et leur force. Les "flèches" sont les plus exposées, raison pour laquelle leurs papiers d'identité sont souvent des faux. Ils sont initiés aux méandres d'Internet. "On enchaînait les nuits blanches, scotchés devant les ordinateurs, se rappelle le hackeur d'Ostroveni. On prenait des garçons à partir de 14 ans pour nous aider. On emmenait aussi des enfants de l'orphelinat et on leur apprenait les trucs pour qu'ils travaillent pour nous."

"LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE EST TRANSFRONTALIÈRE"

Le FBI, dont plusieurs spécialistes de la criminalité informatique ont pris leurs quartiers à Bucarest, a formé plus de 600 policiers roumains pour endiguer le fléau. Une brigade d'enquête spécialisée dans le vol sur Internet dispose de 200 policiers présents dans les 41 départements du pays.

"La criminalité informatique est transfrontalière, déclare Virgil Spiridon, le chef de cette brigade spéciale. Nous avons fait beaucoup de progrès ces dernières années. La Roumanie coordonne actuellement un programme de lutte contre la criminalité cybernétique à l'échelle de l'Union européenne avec Europol et la Commission européenne."

La traque et les arrestations de hackeurs se sont accélérées. En 2011, la brigade roumaine a enregistré un millier d'enquêtes, procédé à 500 arrestations et remis 150 dossiers aux juges.

Côté FBI règne la plus grande discrétion. Retirés dans un immeuble classé secret situé sur un des grands boulevards de Bucarest, les officiers du Bureau fédéral d'investigation américain sillonnent le monde virtuel pour trouver la trace des hackeurs roumains. Ils s'inspirent des méthodes des hackeurs, créent des sites de vente où ils passent de petites annonces appétissantes.

Victor Faur, nom de code SirVic, connaît bien le système. Il a été à la tête d'un des réseaux les plus performants de Roumanie. "Mais j'ai toujours été un hackeur blanc , je ne veux pas être confondu avec les petits cons qui volent sur Internet, précise-t-il. Ça, tout le monde peut le faire. C'est pour cette raison que le FBI leur met la main dessus, ils ne savent pas effacer leurs traces."

Malgré ses prouesses, SirVic a été arrêté et condamné à six mois de prison avec sursis, et 240 000 dollars d'amende. Il s'était amusé à attaquer les serveurs de l'agence spatiale américaine, la NASA, pour montrer aux Américains qu'il y avait des brèches dans leur système de sécurité. "Je les ai prévenus pour qu'ils règlent le problème, mais j'ai fait la connerie de me vanter de mon exploit sur un site dont ils avaient l'accès."

TOUT EST À VENDRE, CARTES AVEC CODE, CARTES VIERGES

Face à la répression policière, les hackeurs se sont faits très discrets mais ils croient toujours à leur bonne étoile. Le hacking est-il difficile à apprendre ? Pour Ice Man, le "prince noir" des hackeurs roumains, voler sur la Toile est très simple. De son vrai nom Robert Butyka, âgé de 26 ans, il précise d'un ton irrité qu'il ne faut pas confondre hackeur et voleur. Que lui ne s'intéresse qu'aux vrais défis d'Internet.

"Oui, voler sur Internet est une affaire simple", insiste-t-il néanmoins. "Il y a une centaine de bons guides d'utilisation sur Internet pour apprendre à devenir hackeur", explique-t-il. Démonstration en quelques clics : "Voilà, j'ai trouvé des types qui proposent à la vente des cartes bancaires avec les codes associés pour l'Italie, la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne." Sur l'écran de l'ordinateur défilent des petites annonces. Tout est à vendre, cartes avec code, cartes vierges, listes d'e-mails extraits de messageries de grandes entreprises et toute une panoplie de programmes pour accéder à des serveurs.

"Il faut faire attention quand même, prévient-il. Une partie de ces annonces est rédigée par les agents du FBI ou de la CIA pour appâter. Si tu ne sais pas les éviter tu peux te faire avoir." C'est ce qui est arrivé au jeune Iulian Dolan qui, avec trois amis, avait mis la main sur les données de 80 000 cartes bancaires américaines et dérobé plusieurs millions de dollars.

Une femme agent de la CIA jouant le rôle de la fille qui cherche une relation sur Internet a réussi à attirer le cybercriminel roumain. Elle lui a proposé de lui payer un billet d'avion pour un séjour dans un casino à Hawaï. Armé d'une grosse boîte de préservatifs, Iulian Dolan a été menotté dès son atterrissage à l'aéroport Logan de Boston.

PLAQUE TOURNANTE

Environ 10 000 informaticiens sortent tous les ans des universités roumaines, et une bonne partie d'entre eux travaille actuellement dans les multinationales qui se sont installées en Roumanie. "La masse des informaticiens est très importante et le risque de la criminalité cybernétique est à la mesure, affirme Florin Talpes, informaticien et fondateur de la société Bitdefender. Les jeunes sont les plus exposés."

"Quand j'ai démarré mon affaire dans les années 1990, la cybercriminalité était un sport individuel, dit-il. Aujourd'hui, ces gens agissent en groupe et sont organisés comme une société commerciale. L'avance technologique qu'on a connue ces dernières années profite aussi à ceux qui sont de l'autre côté du miroir, ce monde obscur où le vol sur Internet est devenu un vrai business."

Ramnicu Valcea est une plaque tournante de la criminalité informatique dont les ramifications s'étendent sur plusieurs continents. Le phénomène a commencé en 1996, et le succès d'une poignée de jeunes a fait boule de neige à l'échelle de la ville. Ce n'est qu'en 2003, sous la pression des Etats-Unis, que la Roumanie a voté une loi permettant de combattre ce nouveau type de criminalité.

Du haut de son balcon qui a vue sur le quartier des pirates de Ramnicu Valcea, le hackeur d'Ostroveni ne cache pas ses doutes. "Les cerveaux, les gros poissons ont quitté Hackeurville, conclut-il en souriant. Ils s'installent ailleurs et se fondent dans le paysage aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou en Suisse. Ce sont des fantômes super-friqués et très discrets. Je ne pense pas qu'on les aura."

Mirel Bran, Ramnicu Valcea (Roumanie) envoyé spécial

19/03/2013

Abandon de l'huile de palme par le fonds souverain de Norvège

lu sur :

http://www.boursorama.com/actualites/le-fonds-souverain-norvegien-abandonne-les-producteurs-d-huile-de-palme-4a59793af04fdbbab92c64a23b47b1f6

Le fonds souverain norvégien abandonne les producteurs d'huile de palme

Commodesk le 12/3/2013 à 9:45

Le Fonds souverain norvégien, chargé de gérer les revenus pétroliers du pays dans une optique durable, a vendu ses participations dans 23 entreprises productrices d'huile de palme en 2012, indique son rapport publié le 8 mars.

Les sociétés désinvesties, notamment en Indonésie, ne produisent pas dans la perspective de respect de l’environnement du Fonds, ont expliqué ses gestionnaires. Parmi elles figureraient nombre d'entreprises qui auraient participé à la déforestation à Bornéo, comme Wilmar ou Golden Agri-Resources.

La décision a été applaudie par la fondation Rainforest, qui demande depuis des années que la Norvège ne soutienne plus les producteurs d'huile de palme, destructeurs des forêts tropicales.

Toutefois, le fonds d’investissement a quadruplé ses parts dans la société malaisienne Sime Darby, critiquée pour ses conflits avec les populations locales. Le fonds ne désespèrerait pas de faire évoluer la politique de cette société. D’après Rainforest, il reste 12 sociétés délinquantes vis-à-vis de l’environnement dans le portefeuille du Fonds.

La décision reste symbolique, sachant que le fonds norvégien n’a pas investi plus de 0,56% de ses ressources (546 milliards d’euros) dans les pays en développement. Toutefois, elle pourrait avoir un effet d’entraînement sur d’autres fonds prenant en considération des critères d’éthiques.
 

Copyright 2013 © Commodesk.com

Commerce : le "libre échange" est la loi du plus fort

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/15/un-projet-de-partenariat-transatlantique-menacant_1849027_3232.html

Un projet de partenariat transatlantique menaçant

LE MONDE | 15.03.2013 à 16h20

Par Zaki Laïdi, directeur de recherche au Centre d'études européennes de Sciences Po

Le projet d'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) est généralement perçu comme l'expression d'une routine commerciale propre au monde marchand. Pourtant, ses enjeux sont considérables et introduisent dans la stratégie européenne une rupture essentielle, dont il faut mesurer les enjeux et les conséquences.

Vues de Bruxelles, les choses sont simples. Un traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l'UE générerait des gains considérables, évalués à 100 milliards d'euros par an. Pris dans un élan lyrique qu'on ne lui connaissait guère, Karel De Gucht, commissaire européen au commerce, identifie ce projet à un gigantesque plan de relance économique puisqu'il garantirait un point de croissance du PNB des deux côtés de l'Atlantique sans coûter le moindre euro.

Mais les choses sont-elles si simples ? Probablement pas. Car, derrière la stratégie forcenée de communication d'une commission en quête de succès politique au terme d'un mandat pour le moins médiocre, s'expriment des non-dits dont il faut pourtant bien parler.

Si cet accord venait à voir le jour rapidement, il faut tout d'abord prendre conscience qu'il mettra à terre le système commercial multilatéral organisé autour de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

SOCLE HISTORIQUE

Cet accord de libre-échange transformera la politique commerciale de l'UE, qui sera alors couverte à plus de 60 % par des accords bilatéraux alors que cette proportion n'était que de 25 % il y a de cela dix ans. Or, il faut savoir que l'Europe a toujours investi dans les négociations multilatérales, qu'elles soient commerciales ou climatiques. Le multilatéralisme est le socle historique de la politique européenne et la meilleure garantie de ses intérêts dans la mesure où elle n'est pas dotée des ressources géopolitiques classiques dont dispose un Etat comme les Etats-Unis.

Or, la Commission se garde bien de nous dire pourquoi elle a opéré de manière aussi forte ce tournant en faveur du bilatéralisme. Elle n'assume pas ce changement de cap car elle ne veut pas admettre que le cycle des négociations commerciales de l'OMC (cycle de Doha) est mort et enterré. Et ce, largement par la faute des Etats-Unis, qui ne croient plus au système multilatéral commercial qui n'est plus en mesure de leur procurer les gains qu'ils retiraient de lui jusque-là.

Si le cycle des négociations multilatérales est définitivement enterré, c'est l'avenir de l'OMC qui est en jeu. Car, depuis 1947, les organisations commerciales ont toujours été adossées à de grandes négociations commerciales. Si ces grandes négociations disparaissent, les disciplines commerciales qui les sous-tendent se relâcheront et le règlement des différends qui est au coeur de l'OMC perdra forcément de sa légitimité. Et ce d'autant plus que les normes privées envahissent de plus en plus l'espace commercial mondial, au détriment des normes publiques négociées à l'OMC par les Etats.

MISE EN PÉRIL

La mise en péril de l'OMC n'est pas une mince affaire. Pourtant, on ne voit nullement, à Bruxelles, l'esquisse d'une réflexion sur ce que sera le système commercial mondial dans dix ou vingt ans. La Commission se contente de nous vendre les mérites d'un traité bilatéral avec les Etats-Unis, sur la table depuis au moins quinze ans et qu'elle espère conclure avant de rendre les armes en juin 2014. Le risque est d'ailleurs grand que, par volonté d'aboutir à tout prix et dans les délais qu'elle s'est fixés – mais que les Américains se gardent bien de confirmer –, la Commission négocie un peu trop rapidement un traité qui pose pourtant de nombreux problèmes sur le plan non pas tarifaire mais réglementaire.

En effet, il existe d'immenses divergences et différences entre Américains et Européens sur toute une série de sujets comme la protection des données privées, les règles des droits d'auteur dans l'audiovisuel, les subventions agricoles, les indications géographiques, les politiques de compétition, les règles sanitaires et environnementales, pour ne parler que de celles-ci.

Ces divergences sont d'autant plus difficiles à surmonter que les régulateurs sont des deux côtés indépendants et qu'il existe de part et d'autre de l'Atlantique des régulateurs nationaux en Europe et locaux aux Etats-Unis. Pour parvenir à cet accord, quelle méthode choisira-t-on : l'harmonisation ou la reconnaissance mutuelle ? Dans le premier cas, les Européens risquent fort de renoncer à certaines de leurs préférences sociales, liées notamment au principe de précaution.

Dans le second cas, le risque est de voir les gains de ce projet limités dès lors que chacun admet les spécificités de l'autre et les considère comme opposables à la libre circulation des services et des biens. La somme des problèmes est telle que : soit l'Europe accepte d'avancer prudemment, mais dans ce cas la signature de cet accord n'interviendra que dans un délai de cinq à dix ans ; soit elle veut avancer à marche forcée et l'Europe court alors le risque de bâcler la négociation à son détriment. A son détriment, car à l'évidence le rapport des forces entre Américains et Européens est inégal, même si sur le papier les deux ensembles représentent des forces économiques équivalentes.

DEUX MÂCHOIRES

Sur l'Europe, les Etats-Unis disposent de deux avantages essentiels. Le premier est qu'ils sont un Etat pour lequel le commerce est l'élément d'une équation géopolitique beaucoup plus large dont l'objectif avoué est de contenir la montée en puissance de la Chine. Dans cette perspective, leur objectif est de mettre en place deux mâchoires réglementaires puissantes couvrant 60 % du commerce américain : l'une avec l'Europe, l'autre avec l'Asie mais sans la Chine, et ce en plaçant la barre des négociations de l'accord Partenariat transpacifique (TPP) suffisamment haut pour dissuader Pékin d'y entrer.

Or, il n'est pas exclu que les Etats-Unis, déjà lancés dans le TPP, parviennent à un accord en Asie avant d'avoir conclu avec l'Europe. Dans ce cas, ils risquent de se trouver en position de force face à nous pour nous imposer des standards qu'ils auront préalablement négociés dans le cadre du TPP.

Quel sera alors notre marge de négociation, surtout si Bruxelles est si pressé de parvenir à un résultat ? Face à la Chine, l'Europe et les Etats-Unis ont indiscutablement des intérêts communs. Mais l'Europe n'a ni la puissance stratégique des Etats-Unis ni l'équivalent d'un TPP sous la main en Asie pour pouvoir la contrer. Pour isoler la Chine, mieux vaut en avoir les moyens politiques, à supposer que cela soit la bonne solution.

Les Etats-Unis ont fait le choix politique de tirer un trait sur le multilatéralisme, et Obama n'a fait qu'amplifier ce mouvement. L'Europe doit-elle forcément les suivre dans cette voie sans l'assumer politiquement et sans en mesurer toutes les implications ? Toute la question est là.

Zaki Laïdi, directeur de recherche au Centre d'études européennes de Sciences Po

Zaki Laïdi est l'auteur de "La Norme sans la force. L'énigme de la puissance européenne" (Presses de Sciences Po, 2010).

05/03/2013

Le trafic illégal du bois

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/04/l-europe-s-arme-contre-l-importation-de-bois-illegal_1842372_3244.html

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L'Europe s'arme contre l'importation de bois illégal

LE MONDE | 04.03.2013 à 15h14

Par Laurence Caramel

Du bois illégal en provenance du Liberia a-t-il transité par le port de Nantes en février ? C'est ce qu'affirme l'organisation non gouvernementale (ONG) Global Witness en accusant deux sociétés allemandes, B & T Wood et Treemex, d'avoir respectivement importé 1 631 m3 et 929 m3 de grumes issues de concessions dont les permis d'exportation ont été gelés en août 2012 par le gouvernement libérien. La première société – dans plusieurs courriers dont Le Monde a eu connaissance – réfute catégoriquement les accusations de Global Witness. La seconde n'a pas répondu aux sollicitations de l'ONG britannique. "Nous n'avons aucun doute, ce bois est illégal", affirme Alexandra Pardal, documents des douanes à l'appui.

Global Witness n'a pas choisi la date du 4 mars au hasard pour rendre publiques ses accusations. Elles interviennent au lendemain de l'entrée en vigueur du règlement bois de l'Union européenne (RBUE), censé barrer l'accès du bois exploité illégalement au marché communautaire. Il est la dernière pièce d'un plan d'action lancé il y a dix ans, qui allie politique de coopération avec les pays auprès desquels l'Europe s'approvisionne et traçabilité du bois acheté. 

Mais à ce jour, comme a voulu le rappeler Global Witness en mettant en avant cette affaire libérienne, l'Europe – qui se targue pourtant d'être à l'avant-garde de la lutte contre la déforestation – reste une passoire. Entre 20 % et 40 % du commerce mondial de bois sont d'origine frauduleuse, selon plusieurs sources, dont la Banque mondiale. En Europe, rien n'obligeait jusqu'à présent un importateur à justifier solidement l'origine de sa marchandise, et les contrôles des douanes restent rares.

INTENSE LOBBYING DES INDUSTRIELS DU SECTEUR

L'entrée en vigueur du règlement bois ne signifie pas pour autant qu'un couperet va tomber brutalement sur les entreprises. A l'instar de la France, qui n'a toujours pas désigné l'administration qui serait chargée de sanctionner les importateurs pris en faute, la plupart des pays ne sont pas prêts. Les règles que devront suivre les entreprises n'ont définitivement été fixées qu'en juillet 2012 par la Commission européenne.

La nouvelle législation cible les entreprises qui introduisent le bois pour la première fois sur le marché européen. Les grumes et tous les produits dérivés du bois (planches, panneaux en aggloméré, pâte à papier, etc.), mais aussi les meubles sont concernés. Seul le papier imprimé passe au travers des mailles du filet grâce à un intense lobbying des industriels du secteur.

Les entreprises devront être en mesure d'indiquer le pays de provenance, la région et la concession où l'arbre a été coupé. Le nom de l'essence, dans son appellation scientifique, devra être indiqué, de même que la quantité achetée, le prix payé ainsi que le nom et l'adresse du fournisseur. Chacune de ces étapes doit permettre à l'importateur d'évaluer le risque d'être en présence de bois illégal, pour l'exclure le cas échéant de ses approvisionnements.

Si une infraction est constatée, des sanctions seront appliquées : saisie de la marchandise, ordre de cessation d'activité, amende calculée à la hauteur du préjudice écologique et du manque à gagner fiscal pour les Etats floués. La France n'ira toutefois pas aussi loin que l'Allemagne et le Royaume-Uni, où le trafic de bois sera passible – comme aux Etats-Unis – de peines de prison.

De peur d'être un jour la cible de campagnes d'une ONG, nombre d'entreprises n'ont pas attendu la contrainte réglementaire pour assainir leurs pratiques. Les plus grandes ont commencé à acheter du bois certifié sous les labels FSC (Forest Stewardship Council) ou PEFC, et elles ont mis en place leur propre système de traçabilité.

LA CHINE, PLAQUE TOURNANTE DU TRAFIC DE BOIS AU MONDE

Dans son baromètre annuel qui classe 35 entreprises, WWF-France notait ainsi en décembre 2012 que Castorama et Ikea font beaucoup mieux par exemple que Saint Maclou ou Intermarché. Tout en déplorant que "trop de produits ne possèdent encore aucun renseignement sur l'origine du bois, même lorsqu'il peut provenir de zones à risque".

La signature d'accords de partenariat volontaire (APV) entre l'Union européenne (UE) et ses pays fournisseurs est censée tarir ces "zones à risque" avec lesquelles l'UE réalise une grande partie de son commerce. Six pays (Cameroun, Ghana, Indonésie, République centrafricaine, République du Congo et Liberia) ont jusqu'à présent signé de tels accords qui prévoient la réforme de leur secteur forestier (renforcement des capacités de surveillance des administrations forestières et douanières, création de systèmes de traçabilité) en échange d'un accès plus facile au marché européen.

Mais comme le montre la situation du Liberia, où une vaste opération de démantèlement de réseaux frauduleux est en cours, le système est encore loin d'être fiable et, pour l'instant, aucun signataire n'est en mesure d'offrir du bois estampillé "légal" à l'Europe.

La Chine, qui est le plus gros fournisseur européen et la première plaque tournante du trafic de bois au monde, n'entend pas s'engager dans le processus. Pas plus que le Brésil. "La lutte contre le bois illégal ne peut aboutir sans la coopération des gouvernements des pays tiers", rappelle pourtant Roselyne Defer, directrice développement de SGS, le leader mondial des systèmes de contrôle et de certification.

Lire aussi : Les entreprises publiques chinoises, plaques tournantes du trafic de bois

La mise en oeuvre du règlement bois européen est une étape importante pour la protection des forêts. Le défi suivant sera d'exiger que le bois importé provienne de concessions gérées de façon durable. La légalité, n'est pas, loin s'en faut, toujours un gage que les forêts ne sont pas surexploitées.

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La forêt tropicale victime de la demande européenne

12 % à 17 % C'est la part des émissions de gaz à effet de serre dont est responsable la déforestation des massifs tropicaux.

13 % C'est la part du bois tropical dans l'ensemble des importations de bois de l'Union européenne en 2010.

1 million de mètres cubes de bois tropical aurait été importé en France en 2008. Sa provenance, par ordre décroissant, serait la Chine, le bassin du Congo, l'Indonésie et le Brésil.

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Biodiversité

Édition abonnés Contenu exclusif

21/06/2012

L’ONU sous l’influence des multinationales

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=5223

20-06-2012 - L’ONU sous l’influence des multinationales 

 

En plein sommet de la terre à Rio (Rio +20), teinté d’un fort pessimisme ambiant quant à l’issue de ce rendez-vous, l’ONG les Amis de la Terre publie un rapport édifiant sur la pression croissante du secteur privé au sein des Nations Unies (UN) (1). Ce document égratigne l’image d’impartialité que revendique l’ONU, qui la différenciait jusqu’alors de mécanismes tels que le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale. Dans ce rapport, apparaissent de nombreux exemples où le lobbying exercé par certaines sociétés multinationales détourne à leur avantage les initiatives UN. Celles-ci sont, en effet, de plus en plus dépendantes financièrement parlant du secteur privé, lequel voit dans cet « engagement » la possibilité de satisfaire aux obligations environnementales sans tirer un trait sur la course au profit. 

Ainsi, l’initiative « Energie durable pour tous » (SE4ALL), lancée en 2000 par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, cède aux intérêts des mêmes multinationales qui régentent l’accès aux énergies fossiles. En l’absence de consultation de la société civile, elle s’apparente plus à une opération de greenwashing. De même, l’IFAD ou FIDA (Fonds International pour le Développement Agricole) est censé lutter contre la pauvreté rurale. Sous ce prétexte, il entretient pourtant des relations étroites avec la Fondation Bill et Melinda Gates, elle-même très liée à des multinationales telles que Monsanto

Insidieuse, cette mainmise des puissants groupes privés sur les actions UN transparaît dans le maître mot et enjeu principal du Sommet Rio +20 : « une économie verte ». Floue, cette terminologie suggère des efforts conjugués visant à améliorer la qualité de vie de populations défavorisées dans le respect de l’environnement. Mais elle peut tout aussi bien dissimuler les ambitions de ces puissances économiques qui, en redorant leur image sans renier leur besoin de croissance, font d’une pierre deux coups. Depuis 2004, le Pacte Mondial (2) intègre un dixième principe, relatif à la lutte contre la corruption. Il pourrait être utile pour contrer certaines dérives qui discréditent les actions menées par les Nations Unies au nom de l’intérêt général. 

 

Cécile Cassier
1- Le rapport s’intitule « Reclaim the UN from Corporate Capture » et est accessible en anglais depuis le site : www.foei.org 
2- Le Pacte Mondial est une initiative internationale rassemblant les entreprises et les organismes des Nations Unies, le monde du travail et la société civile autour de neuf principes universels relatifs aux droits de l'homme, aux normes du travail et à l'environnement.

18/04/2012

Les importations augmentent l'empreinte carbone des Français

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/04/18/les-importations-augmentent-l-empreinte-carbone_1686820_3244.html

Les importations augmentent l'empreinte carbone des Français

Le Monde.fr | 18.04.2012 à 17h10 • Mis à jour le 18.04.2012 à 17h10

Si les émissions de gaz à effet de serre sont en baisse, l'empreinte carbone de la consommation des Français est plus élevée qu'en 1990. La raison : les importations.

Alors que les émissions de gaz à effet de serre continuent de baisser en France, l'empreinte carbone de la consommation des Français ne diminue pas. Elle aurait même légèrement augmenté dans les vingt dernières années, passant de 11,6 tonnes par an et par personne en 1990 à 12,2 tonnes en 2007 et, selon un chiffre encore provisoire, à 12 en 2010, selon le Commissariat général au développement durable (CGDD), qui a publié une étude sur le sujet, "Le point sur l'empreinte carbone de la consommation des Français, évolution de 1990 à 2007" (n°114, mars 2012).

Protocole de Kyoto oblige, les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire national ont sensiblement baissé, de 9,7 tonnes annuelles par habitant à 8 tonnes en 2010, soit quelque 15 % de diminution selon le CGDD. Dans le même temps, l'augmentation de l'empreinte carbone était d'environ 5 %. Cette divergence s'explique par une demande intérieure en nette augmentation (+ 39 % en dix-huit ans), et un recours de plus en plus important aux produits d'importation. "Si nous avons progressé sur l'intensité énergétique, comme nombre de pays couverts par le protocole de Kyoto, notre demande intérieure de plus en plus importante est satisfaite par des importations croissantes", résume l'auteur de la note, Jean-Louis Pasquier.

De fait, en étudiant le détail de l'empreinte carbone par produit, il apparaît que l'augmentation de la consommation dans certains secteurs s'accompagne d'une hausse des importations. Ainsi dans les secteurs des télécommunications, dans l'habillement, les biens d'équipement, etc.

L'étude du CGDD détaille les émissions de CO2 associées aux importations. Elles sont passées de 34 % de l'empreinte carbone en 1990 à 49 % en 2007. Dans le même temps, les émissions liées à la production nationale destinée au marché domestique sont passées de 48 % à 34 %. En détaillant les différents gaz à effet de serre (GES), M. Pasquier explique que l'augmentation de l'empreinte carbone de la France est principalement due à celle du CO2, représentant les trois quarts du total avec une augmentation de 18 % entre 1990 et 2007. La part du méthane (16 %) dans l'ardoise totale des GES a augmenté de 30 %, notamment en raison d'importations plus importantes de diesel.

Au final, les 12,2 tonnes d'empreinte carbone annuelles des Français peuvent se découper en quatre composantes principales. Le transport des personnes représente 2,5 tonnes de CO2 par personne, l'alimentation 2,2 tonnes, le logement1,9 tonne (chauffage, électricité, gaz et eau et construction) à égalité avec lesservices, y compris les hôtels et restaurants.

Logiquement, souligne l'étude, les grands pays exportateurs - Chine en tête - ont des émissions territoriales largement supérieures à leur propre empreinte. "Selon l'Agence internationale de l'énergie, les émissions mondiales de CO2 issues de la combustion des énergies fossiles ont atteint un record en 2010, rappelle Jean-Louis Pasquier, alors que les pays couverts par les accords de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre ont localement stabilisé leurs émissions par rapport au niveau de 1990."

Une étude américaine récente (Peters et al., 2011), citée par le CGDD, montre l'existence de ce "transfert" d'émissions, entre 1990 et 2008, de l'ensemble des pays du protocole de Kyoto vers les "pays tiers", via le commerce international.

Mais, souligne M. Pasquier, "les pays en voie de développement ne sont pas seuls en cause, les pays industrialisés ont aussi leur responsabilité dans la forte augmentation de leur demande".

Rémi Barroux

18/03/2012

Les terres rares : un faux problème

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=5072

15/3/2012

Exploiter les « terres rares » en Chine

pour préserver son chez soi 

Le 13 mars dernier, les Etats-Unis, l’Europe et le Japon ont déposé plainte contre la Chine auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ils lui reprochent des quotas jugés abusifs, limitant l’exportation de « terres rares », ce terme désignant un groupe de métaux très prisés par les nouvelles technologies. Les Amis de la Terre ont vivement réagi à ce qu’ils dénoncent comme une « hypocrisie » des pays industrialisés. De fait, contrairement à ce que leur appellation suggère, les « terres rares » sont présentes de manière relativement homogène dans le monde. Mais leur exploitation est problématique, impliquant des conditions de travail précaires et des techniques d’extraction nuisibles à l’environnement. 

Aussi, n’est-ce pas un hasard si plus de 95 % de la production mondiale se concentrent en Chine, où les normes sociales et environnementales sont peu contraignantes. Pour l’ONG, plutôt que de faire pression sur la Chine, les pays industrialisés doivent s’interroger sur leurs besoins croissants en matières premières, inhérents à un mode de vie excessivement énergivore. Les associations déplorent une 
ère d’obsolescence programmée qui, en assurant une durée de vie limitée aux produits (*), appelle au renouvellement incessant d’accessoires, notamment high-tech. En atteste la récente sortie du nouveau Ipad d’Apple, le 7 mars dernier, troisième génération commercialisée en deux ans. Loin de se substituer à d’autres produits, ces tablettes s’ajoutent aux smartphones et aux lecteurs MP3. En moyenne, un Européen achète un nouveau téléphone tous les 18 mois. 

(*) http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=4996

Cécile Cassier

16/03/2012

Comment les pays riches polluent les pays pauvres

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/15/terres-rares-l-usine-qui-divise-la-malaisie_1669634_3244.html

Terres rares : l'usine qui divise la Malaisie

Le processus industriel du projet du groupe Lynas est toxique et polluant

LEMONDE | 15.03.12 | 19h13   •  Mis à jour le 15.03.12 | 19h34

Tranquillement installé dans son hamac abrité du soleil par la tôle de son cabanon, Syed, pêcheur de crabes, se redresse, mi-inquiet mi-intéressé, quand il comprend, en ce début de mois de mars, que les visiteurs qui marchent sur son ponton sont des militants "anti-Lynas". Autrement dit, des opposants à la gigantesque usine d'extraction de terres rares, quasi terminée, en amont de "sa" rivière. 

Au terme d'un processus industriel qui, en Chine, s'est révélé une calamité pour l'environnement, l'usine de la compagnie minière australienne Lynas déversera, une fois en service - en principe d'ici à juin - ,500 000 litres d'eau par heure dans la Sungai Balok, le tranquille cours d'eau qui charrie des flots opaques rougis par l'acidité naturelle des sols. L'estuaire est juste là, à quelque 300 m à l'est, devant le ruban turquoise de la mer de Chine. Comme les autres pêcheurs du lieu, Syed sait surtout de cette usine qu'elle sera "radioaktif", comme on dit en malais. Il n'est pas allé à la grande manifestation d'opposition du 26 février parce que, dit-il, ce sujet a divisé tout le monde ici 

Pour lui, la situation n'a fait que se dégrader depuis la création de la zone industrielle de Gebeng, à proximité. Il ne pêche plus qu'après la marée haute quand la rivière a été "nettoyée" par la mer. Un jour, les poissons sont apparus morts à la surface. Depuis une vingtaine d'années, tourbières et mangroves ont peu à peu cédé la place à des usines de pétrochimie hypersophistiquées, dont on voit les entrelacs rutilants de tuyaux, de citernes et de cheminées derrière des clôtures de haute sécurité. 

Malgré sa taille imposante - dix hectares -, le site de Lynas, lui, est presque invisible. On l'aperçoit de la grand-route qui longe la côte est de la Malaisie, à mi-chemin entre Kuantan, capitale de l'état de Pahang, et le Club Med de Cherating. Nos demandes de visite et d'interviews ont été déclinées, tant par Lynas que par la haute commission australienne à Kuala Lumpur. 

Lynas est propriétaire en Australie-Occidentale du plus riche gisement au monde de terres rares, Mount Weld. Le "business plan" consiste à faire venir à Kuantan le minerai sous une forme concentrée. Les oxydes de terres rares importés en Malaisie contiendront alors 40 % de terres rares, qu'il faudra broyer puis passer dans divers bains d'acides à très haute température. L'usine consommera 500 m3 d'acide sulfurique et 750 m3 d'acide chlorhydrique par jour. Lynas a indiqué que l'opération coûterait 75 % moins cher en Malaisie, qu'il s'agisse des 350 futurs employés que des matières premières nécessaires à l'extraction. La Malaisie a en outre offert à l'entreprise australienne douze années d'exemption d'impôts dans le cadre d'une politique d'incitation aux investissements étrangers dans les secteurs dits "pionniers". Ce cadeau a choqué un peu plus les opposants au projet qui ne voient que des risques dans cette affaire sans aucune réelle contrepartie. 

L'extraction de terres rares est une activité hautement toxique et polluante en raison de certains composés radioactifs et cancérigènes comme le thorium et l'uranium, associés en bloc aux autres minerais recherchés. La Malaisie en a elle-même fait les frais sur un site fermé dans les années 1990, BukitMerah, où la contamination a été mise en évidence par un nombre anormal de nouveau-nés mal formés à proximité de l'usine. A plein régime, Lynas devrait fournir 22 000 tonnes de terres rares par an.

Le régulateur malaisien "Malaysian Atomic Energy Licensing Board" a accordé fin janvier son permis d'opérer à Lynas, en lui donnant dix mois pour proposer une stratégie précise sur l'avenir des montagnes de déchets résiduels, 280 000 tonnes par an, dont une partie "faiblement radioactive". Canberra a précisé qu'il était hors de question pour l'Australie de les récupérer.

Lynas a lancé une campagne publicitaire nationale pour indiquer que les déchets ne seront pas nuisibles à la santé. L'entreprise a d'abord proposé de stocker sur place ses déchets, mais ni l'espace disponible ni la nature géologique du terrain ne favorisaient cette option. Le premier ministre malaisien Najib Razak a donc décidé de mettre les déchets "ailleurs", sans préciser où, accusant l'opposition de diaboliser le projet pour galvaniser ses troupes à quelques mois des élections générales. 

C'est en effet la députée d'opposition Fuziah Salleh qui a été la première à dénoncer les risques et les incohérences du projet. Selon elle, si Lynas a choisi de faire cette usine en Malaisie, alors même que le groupe avait obtenu de longue date la permission d'extraire les terres rares sur son site désertique en Australie, c'est bien pour ne pas devoir se soumettre aux 41 conditions de respect de l'environnement imposées en Australie"Ici, on est au bord de la mer, sur une tourbière, dans un climat de mousson : les risques de contamination sont immenses. Mais comme la Malaisie est moins chère et moins exigeante sur la protection de l'environnement, Lynas s'installe chez nous ! On est des rats de laboratoire", s'insurge la députée.

A l'une des tables d'une petite cantine locale à Gebeng, un ingénieur d'une usine voisine affirme connaître plusieurs histoires "de l'intérieur" qui discréditent le sérieux du projet sur le plan technique. Il les tient de collègues qui y travaillent. Selon lui, le réseau d'approvisionnement d'eau a cassé à cause de l'instabilité du sous-sol et il y a un gros problème de perméabilité dans les citernes qui contiendront l'acide. Le bulletin spécialisé Critical Metals Report de mars rapporte que "Lynas a été accusé de manière crédible de chercher à faire des économies à tout prix".  

Deux actions en justice ont été lancées pour tenter d'empêcher l'ouverture de l'usine. L'autre espoir des opposants est de voir l'opposition gagner les prochaines élections, car elle s'est engagée à faire avorter le projet. "C'est fondamentalement une question de morale", estime l'ancienne présidente du barreau Sambiga Sreenevasan. "Comment l'Australie peut-elle permettre à une de ses entreprises de faire chez nous ce qu'elle n'aurait pas le droit de faire chez elle ?" 

Florence de Changy 
 
Article paru dans l'édition du 16.03.1

18/02/2012

Qui consomme vraiment l'eau de la planète ?

lu sur :

http://ecologie.blog.lemonde.fr/2012/02/17/qui-consomme-vraiment-leau-de-la-planete/

Qui consomme vraiment l'eau de la planète ?

Plus d'un cinquième de l'eau consommée sur la planète est englouti par des produits destinés à l'exportation. Et en important de la sorte des biens intensifs en eau, les pays développés augmentent les pressions sur des zones fragiles souvent dépourvues de politiques de conservation de cette ressource rare. Voilà les conclusions d'une étude (*), publiée lundi 13 février dans les Proceedings of the national academy of sciences, qui modélise les flux d'eau autour du globe et met en évidence les disparités dans son utilisation.

A partir d'indicateurs commerciaux, de données démographiques et de statistiques sur l'usage de l'eau, souterraine, de surface mais aussi de pluie et celle recyclée, l'équipe de recherche de l'université de Twente aux Pays-Bas a quantifié et cartographié l'empreinte mondiale sur l'eau à une échelle géographique très fine.

Résultat : entre 1996 et 2005, 9 087 milliards de mètres cubes d'eau ont été consommés chaque année à travers la planète. L'agriculture en a englouti 92 %, notamment du fait de l'irrigation intensive des céréales telles que le maïs, le blé ou le riz  (27 % de l'utilisation d'eau douce), ainsi que de la production de viande (22 %) et de produits laitiers (7 %).

Les Etats-Unis, qui ne représentent que 5 % de la population mondiale, constituent le troisième consommateur d'eau douce (1 053 milliards de m3 par an), après les beaucoup plus peuplées Chine (1 207 milliards de m3) et Inde (1 182 milliards de m3). Ramenée par habitant, la consommation américaine d'eau s'élève à 2 842 m3annuels, contre 1 089 m3 pour la Chine, 1 071 m3 en Inde et 1 385 m3 en moyenne mondiale, comme le montre la carte de la consommation d'eau de chaque pays, par an et par habitant :

Au-delà de la consommation directe d'eau, pour un usage domestique ou agricole, le cœur de la problématique tourne autour du concept d'eau virtuelle, c'est-à-dire de la quantité d'eau utilisée pour fabriquer un bien de consommation. Environ un cinquième de l'eau consommée dans le monde est ainsi de l'eau virtuelle, échangée entre les pays sous forme de produits agricoles ou industriels.

C'est notamment le cas des produits alimentaires. Un kilo de bœuf nécessite ainsi 15 500 litres d'eau, un kilo de porc, 4 900 litres, le poulet, 4 000 litres, le fromage, 4 900 litres et le riz, 3 000 litres. En les important, les pays consommateurs sous-traitent à la fois la production alimentaire mais aussi les risques environnementaux et économiques qui peuvent découler de la surexploitation de réserves limitées en eau.

Cette carte montre les importations nettes en eau virtuelle et la direction des flux les plus importants (supérieurs à 15 milliards de m3 par an), liés au commerce de produits agricoles et industriels, entre 1996 et 2005 :

Les pays les plus dépendants de ces ressources sont, comme on pouvait s'y attendre, les îles et les régions désertiques : Malte, qui dépend à 92 % de l'eau virtuelle, le Koweït (90 %), la Jordanie (86 %) et Israël (82 %). Mais certains des pays qui possèdent les plus vastes ressources en eau au monde importent aussi de larges quantités d'or bleu. Le champion de la consommation est les Etats-Unis, qui importe 234 milliards de m3 chaque année. Suivent le Japon, qui importe 127 milliards de m3, l'Allemagne (125), la Chine (121), l'Italie (101), le Mexique (92) et la France (78).

De l'autre côté de la balance, les pays qui exportent le plus d'eau virtuelle sont les Etats-Unis qui, avec 314 milliards de m3 par an compense plus que largement ses importations, la Chine (143 milliards de m3 par an), l'Inde (125) et le Brésil (112).

Au final, les auteurs de l'étude, Arjen Hoekstra et Mesfin Mekonnen, ne proposent pas de solutions directes pour limiter la consommation d'eau, virtuelle ou pas. Ils font surtout valoir que cartographier de manière précise l'empreinte eau de l'humanité permet aux Etats de connaître les risques de dépendances qu'ils encourent alors que la diminution des ressources devient une préoccupation internationale.

Audrey Garric

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(*) http://www.pnas.org/content/early/2012/02/06/1109936109

30/10/2011

Trop de substances chimiques nocives dans les jouets

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=4880

27/10/2011

Trop de substances chimiques nocives dans les jouets 

Apanage des enfants, les jouets ne sont pas aussi inoffensifs qu’il y paraît. De fait, de plus en plus d’études mettent en garde contre la nocivité des diverses substances chimiques entrant dans leur composition. Parmi celles-ci figurent notamment les phtalates (1), les retardateurs de flammes bromés (2), le formaldéhyde (3) ou encore le benzène (4). Selon le site internet RAPEX, référençant les produits ayant fait l’objet de rappels dans l’UE, 25 % des produits rappelés en 2010 par les 27 Etats membres sont des jouets. Dans 19 % des cas, le risque chimique est la cause du rappel, représentant ainsi le second type de risques à l’origine de retraits de marchés. Les phtalates sont les substances les plus fréquemment mises en cause. Mais la présence de métaux lourds a également été détectée. En 2009, des tests réalisés en France par 60 Millions de Consommateurs ont révélé la présence de baryum dans des bijoux pour enfants. De même, en 2010, un rapport du Finnish Environment Institute démontrait la présence de plomb dans divers types de jouets.   

En 2008, l’UE s’est dotée d’une nouvelle directive sur la . Toutefois, si des dispositions relatives aux substances chimiques ont été adoptées, celles-ci ne seront effectives qu’en juillet 2013. Dès lors, les jouets actuellement mis sur le marché dans l’UE ne sont pas tenus de répondre aux exigences de cette nouvelle réglementation. Aussi, afin de sensibiliser le grand public sur la dangerosité de la composition de certains jouets, le réseau d’ONG WECF (5) propose de tester gratuitement des jouets, le 16 novembre prochain. Le rendez-vous est donné de 13h à 17h, place Edmond Michelet, face au centre Beaubourg, dans le 4ème arrondissement de Paris. Par ailleurs, depuis fin 2009, WECF met à disposition des parents un 
guide d’achat qui les accompagne dans leur quête de produits sains. Celui-ci est disponible en téléchargement depuis la rubrique Publications du site Internet du réseau, mais peut également être commandé par téléphone (04 50 49 97 38). 

Cécile Cassier
1- Capables notamment d’assouplir le plastique, les phtalates sont des plastifiants utilisés depuis une cinquantaine d’années dans de nombreux produits de consommation (emballages, cosmétiques, jouets…). Ils sont connus pour leurs propriétés de perturbateurs endocriniens. 
2- Ils permettent de rendre un produit non inflammable. 
3- Le formaldéhyde est reconnu comme « cancérogène certain » par le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC). 
4- Solvant inflammable et toxique, le benzène est classé cancérogène par l’Union européenne. 
5- Women in Europe for a Common Future.

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Guide des jouets : Version Francaise