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22/08/2009

Critiques contre le développement du train à grande vitesse

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/22/des-ecologistes-critiquent-le-developpement-du-train-a-grande-vitesse_1230915_3244.html#ens_id=1230991

 

Des écologistes critiquent le développement du train à grande vitesse

LE MONDE | 22.08.09 | 13h57  •  Mis à jour le 22.08.09 | 13h57

 

Des écologistes contre les TGV ? L'hypothèse semblait improbable il y a peu. Les trains à grande vitesse apparaissaient comme le symbole d'une victoire environnementale sur les avions et les voitures. Et c'est sans difficulté que le Grenelle de l'environnement a produit un schéma de développement de nouvelles lignes à grande vitesse (LGV) de près de 2 000 km, avalisé par le Parlement, en juillet, puis par le gouvernement (Le Monde du 11 août).

Mais, dans plusieurs régions, les projets suscitent une vive contestation. Et des écologistes estiment que la modernisation du réseau existant, beaucoup moins coûteuse et sans impact environnemental, doit être étudiée beaucoup plus attentivement.

"Toute création de nouvelle ligne est pénalisante pour l'environnement", reconnaît Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des associations d'usagers de transport (FNAUT), pourtant favorable au développement des TGV. Dans la Bresse, région de bocage et de zones humides, le projet Dijon-Lyon aurait "des conséquences irrémédiables sur des espèces protégées, car entraînant la destruction de zones naturelles classées (ZNIEFF) et rendant impossibles des corridors écologiques", écrit Thierry Grosjean, président de la CAPEN, une des associations de Saône-et-Loire qui se battent contre le projet.

Dans le Sud-Ouest, on redoute la répétition des destructions occasionnées par l'autoroute Pau-Langon, en cours de construction : "La LGV Bordeaux-Hendaye est aussi inutile et destructrice que l'A 65", affirme Denise Cassou, de Landes Environnement Attitude. Sur le tracé Tours-Bordeaux, "l'atteinte à l'environnement est énorme, affirme Patrick Lantrès, du Comité TGV Réaction Citoyenne, dans le Poitou. Le projet a été conçu pour minimiser les dépenses de protection de l'environnement".

La création de gares en rase campagne est aussi dénoncée : "Nous y sommes radicalement opposés, explique M. Sivardière. Soit elles rendent nécessaire pour s'y rendre de prendre la voiture, et l'on perd le gain environnemental du TGV, soit elles sont desservies par car, mais alors on perd le gain de temps."

Ces nuisances sont d'autant moins acceptées que l'utilité des lignes nouvelles est souvent contestée. "Un record de vitesse a été battu en 1955 sur la ligne Bordeaux-Dax, à 300 km/h, ironise Simon Charbonneau, de Landes Graves Palus Environnement. Cela signifie que, si on l'ajustait, des trains classiques pourraient y rouler à 250 km/h."

Le député Vert de Gironde, Noël Mamère, complète l'argument : "Compte tenu des coûts financiers et environnementaux entraînés par la création de ces voies nouvelles, la grande vitesse ne peut se réaliser qu'au détriment du réseau ferroviaire existant. Mieux vaut se contenter d'utiliser les voies existantes, en les modernisant."

"Le problème, poursuit M. Sivardière, est que pendant qu'on investit pour faire de nouvelles lignes de TGV, on ne fait rien sur le réseau classique. La FNAUT a fait une étude, concluant que 10 milliards d'euros suffiraient à moderniser le réseau classique. A comparer aux 15 milliards que coûtera la ligne TGV en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Un kilomètre de TGV, c'est 20 millions d'euros ; moderniser une ligne, 2 millions."

De surcroît, les nouvelles lignes à grande vitesse nuiraient en fait l'aménagement du territoire : "Le TGV est conçu pour les villes d'échelon européen tous les 400 km, mais il pousse au déclin des villes moyennes", affirme Victor Pachon, de la Coordination des associations de défense de l'environnement (CADE), en Pays basque. Cela explique ce qu'observe M. Charbonneau : "Il y a un divorce : les élus de base sont plutôt du côté des associations, alors que les grands élus soutiennent toujours les grands projets."

La polémique a aussi un enjeu social : selon M. Grosjean, "les clients des TGV et des liaisons régionales n'appartiennent pas aux mêmes catégories sociales : la grande vitesse génère de l'inégalité".

Face à ces critiques, la SNCF indique que la construction des lignes n'est plus de sa compétence et renvoie à Réseau ferré de France. RFF répond par une logique de maillage du territoire : "Notre philosophie est de toujours chercher quel sera le service pertinent, dit Jean-Marc Charroud, responsable des grands projets à RFF. Pour que les lignes nouvelles soient efficaces, il faut qu'elles soient correctement reliées." Mais pour lui, l'angoisse des villes moyennes est infondée : "Il ne faut pas les opposer aux grandes agglomérations : le coeur de ville ne va pas vivre parce qu'un train non rapide y passera, mais parce qu'il sera relié à une agglomération qui est un poumon régional."

Au total, le débat sur les nouveaux TGV renvoie à une vision différente de l'avenir. Pour M. Sivardière, "il faut raisonner sur vingt ans : le pétrole sera rare et cher, le climat sera dégradé, il y aura un report quasi autoritaire du fret routier vers le rail et le maritime". Tout en revendiquant la modernisation des lignes classiques, la FNAUT accepte donc la majorité des nouvelles lignes annoncées en juillet.

Mais pour d'autres, c'est le développement de la mobilité lui-même qui pose problème : "Notre position, explique M. Pachon, est qu'il faut une décroissance des transports. On nous explique que le développement du TGV dégagera des lignes pour le fret. Mais cela n'a pas de sens par exemple d'envoyer des pommes de terre belges se faire conditionner en Italie. Il faut se poser la question de la société que l'on veut."

 

Hervé Kempf

Article paru dans l'édition du 23.08.09

11/07/2009

Le coton bio et les industriels bretons

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/11/quand-l-afrique-de-l-ouest-fournit-du-coton-bio-aux-industriels-bretons_1217842_3244.html#ens_id=1217936

 

Quand l'Afrique de l'Ouest fournit du coton bio aux industriels bretons

LE MONDE | 11.07.09 | 15h04  •  Mis à jour le 11.07.09 | 15h04

 

Un petit pas, mais dans le bon sens. Pour Soumaïla Cissé, président de la commission exécutive de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le partenariat mis en place depuis plus d'un an entre la région Bretagne, des industriels du textile de l'ouest de la France, et les cultivateurs de coton du Mali et du Burkina Faso, doit permettre de donner une nouvelle tournure au soutien du coton dans la région, et plus largement au développement économique.

Un élan qui a donné ses premiers fruits, avec la production de près de 1 500 tonnes de coton graine à la fin de 2008, mais qui reste encore fragile. "Ce programme va au-delà d'un système simplement fondé sur des subventions gouvernementales et une collaboration entre Etats trop rigide. Il favorise plutôt les contacts directs entre acteurs économiques", explique M. Cissé.

La Bretagne et l'UEMOA ont investi 740 000 euros sur trois ans, de 2008 à 2010, afin de donner à près de 5 000 cotonculteurs maliens et burkinabés, organisés en coopératives, les outils et le savoir-faire pour cultiver du coton bio. Le programme est coordonné sur le terrain par l'ONG suisse Helvetas, en collaboration avec des associations locales, à l'instar du Mouvement biologique malien (Mobiom). La région Bretagne essaie, elle, de mobiliser les entreprises de l'ouest de la France. Des marques de textiles comme Armor Lux, Ekyog ou Dolmen, ainsi que la filature TDV, dont le siège est à Laval, intéressées de pouvoir sécuriser leur approvisionnement en coton bio, s'engagent sur des volumes d'achats année par année.

"Le coton bio ne représente que 0,2 % de la production mondiale, mais la demande croît, notamment dans le secteur du textile professionnel", note Grégoire Guyon, responsable des actions de développement durable chez Armor Lux. "Ce n'est encore qu'un marché de niche, renchérit M. Cissé, mais son développement peut aller vite."

 

APPROCHE ÉQUITABLE

Secoués par la crise économique et par la concurrence venant de pays comme l'Inde ou les Etats-Unis, où les cotonculteurs sont fortement subventionnés, les cultivateurs africains associés à ce programme y voient le moyen de s'assurer de meilleures recettes, plus stables. L'approche équitable du programme amène les entreprises textiles à acheter environ 350 francs CFA (0,53 euro) le kilo de graines de coton bio, contre 170 francs CFA (0,26 euro) pour le coton conventionnel.

Ne nécessitant pas l'achat d'engrais, le coton bio a pour autre avantage de permettre aux femmes de travailler plus facilement que dans la filière conventionnelle, où les pesticides peuvent les exposer à des substances nocives, notamment pour la maternité.

Mais le développement du coton bio au Mali comme au Burkina Faso reste fragile. Franck Merceron, responsable du projet "coton bio" au Mali pour Helvetas, regrette la lenteur du décollage de la production liée, entre autres, à la difficulté à convaincre les partenaires industriels d'acheter des quantités importantes. Face à la crise, les entreprises textiles françaises veulent aussi diversifier leurs sources d'approvisionnement, avec du coton bio d'Inde, par exemple. Ce dernier est moins cher d'environ 70 centimes d'euro par kilo par rapport au coton bio malien ou burkinabé de meilleure qualité.

Malgré ces premiers pas mal assurés, Alain Yvergniaux, président de la commission développement économique de la région Bretagne, et Soumaïla Cissé veulent consolider leurs efforts autour du coton bio dans l'ouest africain. Ils étudient la faisabilité de la création, en Afrique de l'Ouest, d'un réseau de filatures qui donnerait un peu plus de valeur ajoutée à la filière de coton bio locale.

 

Bertrand d'Armagnac

Article paru dans l'édition du 12.07.09

23/06/2009

Nucléaire : L'atome ne produit pas de CO2, mais il génère des déchets

lu sur :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/23/chauds-dechets_1210257_3232.html#ens_id=1210355

voir aussi :

http://lebloglibredemonquartier.midiblogs.com/archive/2009/06/23/que-faire-des-250-000-tonnes-de-dechets-nucleaires.html

 

Edito du Monde

Chauds déchets

LE MONDE | 23.06.09 | 14h39

 

La relance annoncée du nucléaire, paré de nouvelles vertus par la lutte contre le changement climatique, ne doit pas faire oublier son talon d'Achille. L'atome ne produit pas de CO2, mais il génère des déchets. Pas en très grande quantité : en France, 2 kilos par an et par habitant, contre 360 kilos d'ordures ménagères et 2,5 tonnes de rebuts industriels. Mais ces résidus-là sont un boulet. Certains sont extrêmement radioactifs. D'autres restent nocifs sur des échelles de temps - des centaines de milliers ou des millions d'années - que l'humanité ne maîtrise pas.

Qu'en faire ? Par le passé, l'océan a servi de déversoir aux puissances nucléaires, qui y ont immergé des dizaines de milliers de fûts radioactifs. Ce temps est heureusement révolu. Des apprentis sorciers ont suggéré de les larguer dans l'espace. L'idée a fait long feu. La solution aujourd'hui envisagée est de les enfouir dans des couches profondes d'argile, de granit, de sel ou de tufs. En espérant que la nature et la géologie pallieront les faiblesses de la technologie de l'homme.

La Suède, qui s'apprête à présider l'Union européenne, vient de prendre une longueur d'avance, en étant la première à choisir un site de stockage souterrain. Dans tous les autres pays, confrontés aux inquiétudes de leurs populations et aux aléas des alternances politiques, les décisions sont remises à plus tard.

Il ne faut pas forcément le regretter, s'il s'agit de donner du temps au temps. De faire preuve d'humilité et de reconnaître, à rebours du discours des technocrates, que les solutions ne sont pas encore mûres. Et de pousser des alternatives énergétiques. Aux Etats-Unis, l'arrêt du projet de stockage de Yucca Mountain - prêt à ouvrir - est, plus qu'une simple promesse de campagne de Barack Obama, un signe de la volonté de la nouvelle administration américaine de privilégier les énergies renouvelables.

La France, comme l'Amérique, le Canada ou le Japon, a mis au coeur de sa doctrine le principe de réversibilité. Il ne s'agit pas seulement d'être capable de récupérer des colis radioactifs. Il s'agit, surtout, de laisser ouvert le processus décisionnel. Et de redonner la main, sur un dossier longtemps confisqué par les "experts", aux institutions politiques. En faisant du Parlement la pierre angulaire de la gestion des déchets nucléaires, la loi française donne aux générations futures la garantie que rien ne sera décidé d'inéluctable. La démarche est vertueuse. A condition qu'elle ne soit pas un aveu d'impuissance devant un casse-tête insoluble.

 

Article paru dans l'édition du 24.06.09

11/04/2009

Informations sur les nanotechnologies

lu sur : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/04/10/nanotechnologies-le-syndrome-ogm_1179126_651865.html#ens_id=1150782

Nanotechnologies : le syndrome OGM
InternetActu | 10.04.09 | 15h57 • Mis à jour le 10.04.09 | 18h19

On a du mal à imaginer que Monsanto signe un jour une lettre ouverte avec la Confédération Paysanne déplorant le peu de financement accordé, par les autorités, à l’évaluation scientifique des risques liés aux d’OGM. C’est pourtant ce qui s’est passé, aux Etats-Unis en matière de nanotechnologies.
Dans un courrier (http://www.foresight.org/nanodot/?p=2166) envoyé en février 2006 à tous les parlementaires américains, quinze sociétés et ONG (dont Dupont, BASF, le Foresight Nanotech Institute et l’Union of Concerned Scientists) déploraient qu’aucune ligne budgétaire spécifique n’ait été allouée à la recherche en matière de risques sanitaires, environnementaux et de sécurité liés aux nanotechnologies.
En 2006, la National Nanotechnology Initiative (NNI ; http://www.nano.gov/), forte d’une enveloppe d’un milliard de dollars, ne disposait que de 38,5 millions (moins de 4%) pour financer de tels programmes de recherches. En 2009, le budget (http://www.nano.gov/html/society/EHS.html) est passé à 76 millions de dollars, portant à 256 millions la somme investie, en quatre ans.
Le Project on Emerging Nanotechnologies (PEN - Projet sur les nanotechnologies émergentes, créé par deux fondations américaines afin de renforcer l’implication du public et de limiter des risques en la matière) estime (http://www.nanotechproject.org/news/archive/7063/) pour sa part qu’en 2006 (la dernière année où l’on dispose de données), seuls 13 millions de dollars, sur les 1,5 milliards de dollars de la NNI, étaient investis dans ce type de recherches, soit un investissement de l’ordre de 1%, alors que, pour le PEN, “la majeure partie des experts estiment qu’il faudrait y consacrer un minimum de 10%“.
La base de données du PEN (http://www.nanotechproject.org/inventories/ehs/) répertoriant les recherches effectuées sur les risques potentiels posés par les nanoparticules et les nanotechnologies recense à ce jour plus de 560 projets de recherche, dans 17 pays. Un chiffre à manier avec précaution, car on n’est encore qu’au début du travail de caractérisation des risques, et nombreuses sont les études qui se bornent ainsi à déplorer l’absence d’études, et de méthodologies, ou à en esquisser les prémices.
Il n’existe aucune méthode permettant d’évaluer l’inocuité des nanomatériaux
Le problème se double du fait que le matériel coûte cher, et que peu nombreux sont les laboratoires équipés d’outils leur permettant d’effectuer de telles recherches, généralement cantonnées aux seuls laboratoires universitaires.
Intervenant récemment sur la Radio Suisse Romande, Jean-François Roche, responsable de la législation communautaire sur les nouveaux aliments à la Commission européenne, expliquait ainsi qu’”actuellement, il faut bien reconnaître que ça reste très difficile de caractériser la présence de nanomatériaux dans les aliments, c’est vraiment à l’état de recherche, et ça demande des moyens assez considérables qui ne sont pas à la portée des laboratoires d’analyse qui font le contrôle de routine des denrées alimentaires“ (http://www.rsr.ch/la-1ere/impatience/selectedDate/27/1/2009#mercredi).
Le Parlement européen adoptait pour sa part, en mars dernier, une résolution (http://www.europarl.europa.eu/news/expert/infopress_page/067-52498-082-03-13-911-20090324IPR52497-23-03-2009-2009-false/default_fr.htm) invitant la Commission à renforcer son contrôle des aliments produits grâce aux nanotechnologies (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2009-0171+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR):
“Tout ingrédient contenu sous la forme d’un nanomatériau doit être clairement indiqué dans la liste des ingrédients. Le nom de cet ingrédient est suivi de la mention “nano” entre parenthèses.
Les aliments auxquels ont été appliqués des procédés de production qui nécessitent des méthodes spécifiques d’évaluation des risques (par exemple les aliments produits au moyen de nanotechnologies) ne peuvent pas être inscrits sur la liste communautaire aussi longtemps que l’utilisation de ces méthodes spécifiques n’a pas été approuvée et qu’une évaluation adéquate de l’innocuité sur la base de ces méthodes n’a pas prouvé que l’utilisation de chacun des aliments en question est sûre.”
Or, “il n’existe actuellement aucune méthode permettant d’évaluer l’innocuité des nanomatériaux“, notent les eurodéputés, qui proposent de développer “de toute urgence des méthodes d’expérimentation spécifiques aux nanomatériaux et ne recourant pas aux essais sur les animaux“.
Dans une opinion scientifique (http://www.efsa.europa.eu/EFSA/efsa_locale-1178620753812_1211902361968.htm) portant sur les risques potentiels posés par les nanosciences et les nanotechnologies, rendue publique en février dernier, l’autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) estime elle aussi que l’on manque cruellement de méthodologies, et que l’évaluation des effets engendrés pas les nanoparticules est dès lors sujet à “un très haut degré d’incertitude“.
Le Conseil et le Parlement européen viennent cela dit d’adopter un compromis en vue d’un règlement (http://www.europarl.europa.eu/news/expert/infopress_page/066-52333-082-03-13-911-20090323IPR52331-23-03-2009-2009-true/default_fr.htm) destiné à renforcer les contrôles en matière d’utilisation de nanomatériaux dans les produits cosmétiques. Ceux-ci devront clairement être etiquetés, mais aussi soumis à une évaluation de sécurité avant d’être autorisés sur le marché lorsqu’utilisés dans certains buts précis (comme colorants, conservateurs ou filtres UV).
Le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc ; http://www.beuc.org/Content/Default.asp), qui regroupe plus de quarante organisations européennes, se félicite de ce premier pas (http://docshare.beuc.org/Logon/TopLogon.asp?URL=/Common/GetFile.asp?ID=27517&mfd=off&LogonName=Guestf), et notamment du fait que, pour la première fois, il existe une définition juridique des nanomatériaux. Dans le même temps, le Beuc déplore cela dit que “malheureusement, elle ne couvre que les nanomatériaux bio-persistants et insolubles – ce qui revient à dire que tous les produits cosmétiques contenant tout autre type de nanomatériaux, dont on ne sait pas s’ils sont sûrs ou non pour les consommateurs, seront mis sur le marché sans aucune évaluation de sécurité“
Le Beuc souligne ainsi que “des centaines d’autres utilisations possibles des nanomatériaux ne seront soumise à aucune évaluation : les fabricants devront simplement informer la Commission des nanomatériaux utilisés“, et note enfin que cette règlementation n’entrera en vigueur qu’en 2012, “offrant ainsi aux fabricants trois ans de plus pour mettre sur le marché de nouveaux produits cosmétiques contenant des nanomatériaux potentiellement dangereux et non contrôlés. Cela signifie également que les produits utilisés aujourd’hui par les consommateurs ne devront pas être soumis à une évaluation…“.
Plus de 800 (nano)produits de grande consommation ont été mis sur le marché
Car nanotechnologies et nanoparticules ont bel et bien commencé à se répandre sur le marché, et ne sont plus cantonnées aux seuls laboratoires de recherche. En 2006, la base de données du PEN (http://www.nanotechproject.org/inventories/consumer/) des produits commercialisés et dont la composition contenait des nanoparticules recensait 212 (nano)produits de consommation (vêtements, articles de sport, produits cosmétiques, crèmes solaires, produits électroniques et informatiques, d’entretien ou de jardin, compléments alimentaires. Voir : http://www.nanotechproject.org/inventories/consumer/). En 2009, le PEN en répertorie plus de 800, commercialisés par plus de 400 compagnies, dans 21 pays.
Pendant ce temps, que fait le gouvernement ? En application du Grenelle de l’environnement, il vient de lancer, début mars, un débat national relatif aux nanotechnologies visant, entre autres, à évaluer la toxicité sur l’homme et l’environnement, à élaborer des référentiels et outils pour la détection des nanoparticules, mais aussi à protéger les salariés impliqués dans les industries et laboratoires ès-nanotechnologies (voir: http://www.premier-ministre.gouv.fr/chantiers/developpement_durable_855/lancement_un_debat_public_62856.html).
Comme le souligne Dealers de science (http://2009.dealers-de-science.fr/), qui organisait en mars dernier un débat “Nanotechnologies : quels enjeux pour la santé ?“, et avait pour cela compilé une très intéressante revue de presse, “comme aucune loi ne peut être établie sur des suppositions, les instances se chargeant de la question se contentent donc de simples recommandations“(voir: http://2009.dealers-de-science.fr/2009/03/08/le-dossier-de-presse-nano/). Or, “ce n’est rien de moins que la santé de l’Homme qui est ici en jeu, incluant au passage les dizaines de milliers de scientifiques et autres ouvriers qui travaillent au contact de ces particules potentiellement mortelles depuis déjà plusieurs années“.
Le Comité de la Prévention et de la Précaution (CPP; http://www.ecologie.gouv.fr/Avis-du-Comite-de-la-Prevention-et.html) notait ainsi, dans un rapport demandé en 2007 par le ministère de l’écologie, que “les incertitudes sur le comportement à terme des nanoparticules dans l’environnement, leur écotoxicité et leur impact sur l’homme sont très grandes, qu’il s’agisse de l’exposition en milieu de travail, de la dissémination dans l’environnement ou des usages thérapeutiques“ (http://www.novethic.fr/novethic/entreprise/impact_local/sante/nanotechnologies_quels_risques.jsp).
L’émission Sur les docks de France Culture se penchait récemment à la Nano-éthique : faut-il avoir peur des nano-technologies ? (http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sur_docks/fiche.php?diffusion_id=71649). On y apprenait qu’en France comme ailleurs, les pouvoirs publics sont dépassés : les normes de type ISO ne verront pas le jour avant 2015, et on ne sait pas dénombrer la variété des nanomatériaux existants.
Ils ne sont pas inventoriés, ni repérables d’un point de vue sanitaire, alors qu’on en connaît ni leurs effets toxiques sur la santé humaine, ni leur cycle de vie dans l’environnement. On sait par contre que les nanoparticules peuvent passer toutes les barrières du corps, désorienter les cellules, voire causer des lésions de l’ADN.
L’information n’est pas nouvelle : on sait, depuis 1992, que les nanotubes de carbone ressemblent aux fibres d’amiante. Mais il a fallu attendre l’an passé pour que des recherches (voir: http://2020science.org/2009/03/26/new-carbon-nanotube-study-raises-the-health-impact-stakes/) suggèrent que ces nanotubes pouvaient causer des maladies similaires à celles qu’entraînent l’exposition à l’amiante et constituer, selon le Haut conseil de la santé publique, qui parle d’un “signe d’alerte majeur“, un “danger cancérigène potentiel“ (http://www.hcsp.fr/hcspi/explore.cgi/avisrapportsdomaine?ae=avisrapportsdomaine&clefdomaine=2&menu=09).
Les recherches portant sur les risques sanitaires et environnementaux prendront du temps. En attendant, les différents acteurs impliqués rivalisent de lobbying. Les ONG, comme Greenpeace ou les Amis de la terre, en appellent à un moratoire, ou, en tout cas, à l’application du principe de précaution, ce que les industriels voient bien évidemment d’un mauvais oeil (voir, à ce titre, l’impressionnante synthèse - http://www.framingnano.eu/index.php?option=com_content&task=view&id=107&Itemid=40 - du projet de recherche européen FramingNano sur la “gouvernnance en matière de nanoscience et de nanotechnologies“, et le résumé des différentes prises de position sur Euractiv - http://www.euractiv.com/en/science/industry-ngos-odds-nanotech-regulation/article-179936 ).
Car si, comme le réclament les eurodéputés et les ONG, il faut attendre que l’on dispose de données précises sur l’inocuité des nanoparticules pour pouvoir les commercialiser, c’est l’ensemble du marché qui fera l’objet d’un moratoire, de fait.
Les industriels ont peur du syndrome OGM
La bataille devient donc aussi celle de la communication, ce que révèle les réactions à la publication par TA Swiss (http://www.ta-swiss.ch/f/index.html) , le Centre d’évaluation des choix technologiques de l’Académie suisse des sciences, d’une étude (*) intitulée “Plus beaux, plus frais, plus sains“, au sujet des nanoemballages et nanoadditifs.
L’étude soulignait que “l’utilisation de la nanotechnologie dans les emballages alimentaires est déjà courante“, et qu’elle permet d’améliorer la conservation des aliments, et la diminution des déchets. Elle déplorait cela dit que les dispositions juridiques ne soient pas suffisamment adaptées, et que “la nécessité d’agir repose sur les fabricants, producteurs et commerçants“. Elle appelait ces derniers à plus de transparence, afin de “prévenir la méfiance dans la population“, mais aussi à l’application du principe de précaution.
Dans la newsletter (*) qui a suivi, TA Swiss rapportait que la parution de son étude “a éveillé quelques inquiétudes dans les milieux de l’industrie alimentaire (qui) craint que les médias ne viennent attiser l’inquiétude du public” :
“Les nanotechnologies risquent de susciter quelque malentendu politique, devant être prévenu par une évaluation préalable avant que la polémique s’empare du sujet. On se souvient des organismes génétiquement modifiés en agriculture (…)
Le même scénario doit être évité pour les nanotechnologies. L’opinion publique est de plus en plus sensible aux nouvelles techniques, qui cachent peut-être des dangers inconnus. Le principe de précaution est alors agité dans le débat politique qui passe rapidement des commissions parlementaires aux médias, puis à la population. Plus le débat dure, plus il devient passionnel.”
Suzanne Brenner, de TA Swiss, souligne que “le groupe a eu beaucoup de mal à recevoir des informations, parce que les producteurs ont peur que l’on parle des aspects négatifs des nanos. Ils ont peur du syndrome OGM. Ils ont raison, mais d’un autre côté les gens veulent savoir. A force d’être prudents, ils ne communiquent pas, et quand on ne communique pas aujourd’hui, c’est qu’on a quelque chose à cacher…“
Et comme le souligne Novethic (http://www.novethic.fr/novethic/entreprise/impact_local/sante/nanotechnologies_quels_risques.jsp), les entreprises rechignent généralement à répondre lorsqu’on leur demande si leurs produits contiennent, ou non, des nanoparticules, au motif que cela relèverait du secret industriel.
Alain Kaufmann, responsable de la plateforme d’échange et de réflexion transdisciplinaire NanoPublic (http://www.unil.ch/nanopublic), qui veut réunir les acteurs concernés par les nanotechnologies en Suisse, se voulait plus optimiste, dans l’émission de la Radio Suisse Romande : “ce qui explique l’intensité des débats autour des nanos, c’est la manière dont la question des OGM a été gérée par les pouvoirs publics et l’industrie, considérée comme insatisfaisante; le dialogue autour des nanos, bien plus transparent, on le doit à la controverse autour des OGM“.
En attendant, il est urgent d’en débattre publiquement (http://www.internetactu.net/2007/01/11/nanotechnologies-la-necessite-du-debat-citoyen/). Benjamin Caillard, du Laboratoire d’intégration des matériaux et systèmes (http://www.ims-bordeaux.eu/), rappelait ainsi à Sud Ouest (http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/03/03/le-silence-des-nanos-utop-bx-le-3-mars-begles-le-4-et-talence-le-5/) qu’”avant les problèmes, on nous dit : on ne peut pas savoir si c’est dangereux, il ne faut pas affoler les gens. Après, on nous dit : c’est trop tard pour arrêter. À quel moment est-on un citoyen responsable ?“.
La question reste aussi de savoir si ce qui s’est passé (ou plutôt, ce qui ne s’est pas passé) en matière d’OGM, amènera plus de transparence, et de débats ou si, a contrario, les industriels seront tentés par une sorte de “principe de précaution” en matière de communication, afin d’éviter que citoyens et responsables politiques se mêlent de leurs affaires.

Voir aussi : ProspecTic : Stratégies pour les nanosciences et les nanotechnologies - Quand “les” nanotechnologies ont détourné “la” nanotechnologie de son projet durable - Les “promesses” des aliments nanotechnologiquement modifiés - Le futur des nanos vu par ses experts
Nanotechs : débattre maintenant plutôt que trop tard ( http://www.internetactu.net/2008/11/04/prospectic-212-strategies-pour-les-nanosciences-et-les-nanotechnologies/ )

Jean-Marc Manach
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note :
(*) : vous pouvez me demander le fichier pdf correspondant

11/01/2009

Matériaux nouveaux et écologiques : un exemple

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/12/12/une-cucurbitacee-pour-batir-des-maisons-ecologiques_1130379_0.html

Une cucurbitacée pour bâtir des maisons écologiques
LE MONDE | 12.12.08 | 15h36 • Mis à jour le 12.12.08 | 15h36

Une idée de Elsa Zaldivar, militante associative du Paraguay.

Prenez une cucurbitacée un peu oubliée, le luffa, qui donne - une fois séchée - une éponge rêche aux propriétés exfoliantes. Mélangez-la à des feuilles de maïs et de caranday, un palmier originaire d'Amérique du Sud, ajoutez-y du plastique recyclé : vous obtenez des panneaux solides, légers et entièrement recyclables, pour bâtir à l'envi des maisons bon marché. Il fallait y penser. Elsa Zaldivar l'a fait. La technique qu'elle a inventée doit permettre tout à la fois de résoudre la pénurie de logements au Paraguay, où 300 000 familles ne disposent pas d'habitation décente, et de préserver les forêts du pays, déjà réduites à moins de 10 % du territoire national. "Pour faire cuire 10 000 briques de construction, il faut détruire au moins quatre arbres, et nous n'avons presque plus de forêt", explique cette militante associative paraguayenne, directrice de l'organisation Base educacion, communicacion y tecnologia alternativa. "Le plus important, c'est que nous recyclerons les montagnes de déchets produites par les matières plastiques et que nous créerons des emplois, dit-elle. Nous voulons trouver des solutions de logements durables pour les pauvres tout en trouvant de nouveaux marchés pour leurs produits agricoles, notamment le luffa. C'est la combinaison parfaite." C'est pour améliorer le quotidien des femmes des zones rurales que cette spécialiste en développement a convaincu celles-ci, dans les années 1990, de reprendre la culture de la luffa et de s'organiser en coopérative pour la vendre sous forme d'éponges, de tapis ou de pantoufles. Ce n'est qu'ensuite qu'est venue l'idée d'utiliser les déchets des cucurbitacées pour fournir une maison aux cultivateurs. Elsa Zaldivar est une des cinq lauréats des prix Rolex 2008, décernés à Dubaï, en novembre. Des prix qui récompensent, chaque année, des initiatives alliant esprit d'entreprise et progrès pour l'humanité. Les 100 000 dollars (75 000 euros) de la récompense lui permettront de construire trois "maisons-témoins" en panneaux de luffa, ainsi qu'un centre de promotion près d'Asuncion.

Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du 13.12.08