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22/11/2010

Les différences sociales à l'école

lu sur :

http://www.liberation.fr/societe/01012303625-les-defavorises-doublement-punis

Les élèves défavorisés doublement punis

Une étude révèle que dans le secondaire les différences sociales se traduisent par des inégalités face aux sanctions.

Par VÉRONIQUE SOULÉ

Un élève d’un établissement «Ambition réussite» - qui accueille un public défavorisé - risque trois fois plus d’être exclu temporairement et deux à trois fois plus de l’être définitivement qu’un élève d’une école «classique» à faute égale. C’est l’une des conclusions chocs d’une étude réalisée par deux experts, que Libération a pu consulter (à lire ici en pdf). Les inégalités sociales se traduisent par des inégalités devant la sanction, ce qui contribue à éloigner encore de l’école des jeunes déjà fragiles, enclenchant une spirale de l’échec et du décrochage, voire de la délinquance.

Second degré. Eric Debarbieux, le conseiller scientifique des états généraux de la sécurité organisés en avril par le ministre de l’Education Luc Chatel, et Georges Fotinos ont interrogé les personnels de direction du second degré sur la violence dans leur établissement. Ils sont 1 542 à y avoir répondu, représentant près de 20% des collèges et des lycées.

Grâce à cette étude, on mesure toute l’importance prise par les conseils de discipline et par les exclusions - les personnes interrogées en ont prononcé 11 000, définitives ou temporaires, en 2009-2010 -, devenues un mode de gestion des problèmes dans certains établissements, notamment les plus difficiles.

«Plus les données sociales [des élèves] sont lourdes, soulignent les experts, plus les chefs d’établissement perçoivent un niveau de violence élevé et plus le recours à l’exclusion est fréquent.» Pour l’expliquer, les auteurs se réfèrent à l’expérience américaine. Aux Etats-Unis aussi, il a été démontré que les exclusions se concentraient dans les écoles des zones urbaines sensibles. Les élèves noirs sont exclus deux à trois fois plus que les autres. On pourrait penser que cela répond à davantage de violence. Faux : la recherche américaine a prouvé que ces élèves étaient plus durement et plus systématiquement punis pour les mêmes infractions. «Il n’est pas question de dire que l’école [française] "fabrique" forcément cette inégalité, écrivent les experts. Mais elle participe par le recours ciblé [à ces sanctions] à la dégradation du contrat social de certains milieux populaire avec l’école, voire à sa rupture.»

La situation n’est pas aussi désespérante qu’elle en a l’air. «Il n’y a pas de fatalité, explique Eric Debarbieux. Avec les mêmes données sociales, 43% des établissements difficiles ne signalent pas plus de faits de violence et n’excluent pas plus que la moyenne.» Ceci s’expliquerait par le climat plus serein régnant au sein de ces lycées ou de ces collèges, grâce à une équipe pédagogique plus soudée ou plus stable, une direction plus dynamique, ouverte aux innovations, au dialogue avec les familles, etc. Les deux auteurs voient là un motif d’espoir pour mettre en place des solutions pédagogiques au lieu d’exclusions tous azimuts.

Moral. Les deux auteurs montrent également que, au-delà des cas très médiatisés de principaux agressés, les chefs d’établissement ont plutôt bon moral. Dans leur grande majorité, ils ont le sentiment d’être en sécurité dans leurs murs et se disent toujours respectés par les élèves et les familles. Un point noir : 73% jugent le climat «positif» dans leur établissement, contre 82% six ans plus tôt.

04/08/2010

Dans les écoles rurales du Pérou, chaque enfant aura bientôt son ordinateur portable

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/08/04/dans-les-ecoles-rurales-du-perou-chaque-enfant-aura-bientot-son-ordinateur-portable_1395521_3244.html

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LEMONDE | 04.08.10 | 14h10  •  Mis à jour le 04.08.10 | 14h11

Arahuay (Pérou) Envoyée spéciale

Les salles de classe vétustes et une grande cour entourées de hautes montagnes : l'école d'Arahuay, perchée à plus de 2 500 mètres d'altitude, est à l'image de nombreux centres éducatifs des Andes péruviennes, isolés au coeur de régions rurales difficiles d'accès. Plus de quatre heures de route, dont la moitié de piste sinueuse en mauvais état, séparent le village d'Arahuay de la capitale, Lima, pourtant située à une centaine de kilomètres seulement.

Depuis quelques instants, le cours de mathématiques a commencé pour les élèves de 6e grade (équivalent du CM2). "On doit remplir un tableau à double entrée", confie Daniel, 10 ans, l'air préoccupé. Sur son bureau en bois usé se trouvent un cahier, des crayons et un ordinateur portable dont la couleur vert fluo contraste avec le bleu délavé des murs. "C'est mon laptop", dit fièrement le petit bonhomme qui, comme ses camarades, reprend le terme anglais pour désigner l'outil. "Je m'en sers pour faire mes devoirs", affirme-t-il. "Pour dessiner aussi et faire des recherches sur Internet", poursuit sa voisine, Yesenia.

Chacun des 44 élèves de primaire de l'école publique d'Arahuay a reçu un ordinateur portable qu'il gardera jusqu'à la fin de l'année scolaire. "Ils peuvent l'emporter le soir à la maison", souligne Oscar Becerra, directeur des technologies éducatives au ministère de l'éducation, à l'origine du programme "Un ordinateur portable par enfant", mis en place en 2007, avec l'aide de la fondation américaine du même nom (One laptop per child, OLPC).

Fondée par l'informaticien américain Nicholas Negroponte, cette organisation à but non lucratif aide les pays en voie de développement à acheter des ordinateurs portables à faible coût (142 euros dans le cas du Pérou) pour un usage strictement éducatif.

Depuis 2005, de nombreux pays, comme le Brésil ou le Nigeria, ont rejoint le projet d'OLPC. Le Pérou a commencé en 2007 avec un projet pilote, lancé à Arahuay. "En quelques jours, les enfants ont su utiliser les ordinateurs, les professeurs les ont intégrés à leur classe et les parents se sont montrés enthousiastes", se souvient M. Becerra.

Le gouvernement a dès lors décidé d'étendre l'opération à toutes les écoles primaires publiques rurales. Début 2010, le Pérou avait distribué près de 200 000 ordinateurs portables et en distribuera 400 000 autres durant les douze prochains mois.

En ville, chaque élève n'aura pas son laptop, mais le nombre d'ordinateurs portables devrait permettre qu'il y en ait, en moyenne, dans les classes primaires publiques, un pour cinq élèves. "Ce qui est la moyenne d'ordinateurs disponibles dans les classes des pays de l'OCDE", poursuit M. Becerra.

Il est encore trop tôt pour disposer d'évaluations des effets du programme statistiquement valables, mais à Arahuay, tous semblent convaincus. "Le laptop est un excellent outil éducatif", juge Sadit Yapo, une enseignante qui assure que l'ordinateur "motive" ses élèves de 8 et 9 ans et rend les cours plus "ludiques".

L'initiative est d'autant plus importante qu'il n'y a, à Arahuay, que quelques lignes téléphoniques, pas de téléphones portables et encore moins de bornes Internet. "Et il y a peu de livres à la bibliothèque. L'ordinateur portable est donc pour les enfants une fenêtre ouverte sur le monde", insiste l'institutrice, qui, comme 15 000 enseignants péruviens, a reçu une formation spécifique.

Nouveau venu dans le village, le directeur de l'école est surpris : "Jusque-là, j'enseignais dans une commune en tout point comparable à Arahuay, mais qui n'avait pas encore reçu les laptops. Les différences sont significatives, assure Victor Flores. Ici, les enfants me paraissent plus ouverts, plus dynamiques, et ont un meilleur niveau de lecture."

Les problèmes logistiques ont cependant suscité un certain nombre de critiques. A plusieurs reprises, des ordinateurs portables ont ainsi été livrés dans des villages non raccordés au réseau électrique. Pour corriger le tir, le ministère de l'éducation doit distribuer, dans les prochains mois, 90 000 panneaux solaires aux familles des élèves n'ayant pas l'électricité.

Le ministère a aussi pensé aux zones n'ayant pas accès à Internet : dans ce cas, les professeurs chargent sur les ordinateurs le contenu d'une clef USB permettant aux enfants d'avoir un accès off-line. "Cela les familiarise à l'interface d'un navigateur, et quand ils sont face à Internet, ils savent l'utiliser", explique Oscar Becerra.

A Arahuay, avant le projet OLPC, aucun élève de 6e grade n'avait un niveau acceptable de compréhension d'un texte écrit. Cinq mois après avoir reçu les ordinateurs, ils étaient 27 % à comprendre ce qu'ils lisaient.

04/12/2009

Une "abbaye de Thélème" pour les cerveaux africains

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/12/04/une-abbaye-de-theleme-pour-les-cerveaux-africains_1276211_3244.html#ens_id=1276305
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Une "abbaye de Thélème" pour les cerveaux africains
LE MONDE | 04.12.09 | 14h39
Muizenberg (Afrique du Sud) Envoyé spécial


Muizenberg, à une vingtaine de kilomètres de la ville du Cap (Afrique du Sud), il y avait un hôtel un peu délabré. Bizarrement, la bâtisse, sise à deux pas de la mer, intéressait le cosmologiste Neil Turok, titulaire de la chaire de physique mathématique de l'université de Cambridge (Royaume-Uni). En 2002, le savant achète les murs et se met dans la tête de fonder, ici, une sorte d'abbaye de Thélème, cette université idéale et humaniste, rêvée par Rabelais dans Gargantua.

Le rêve de Neil Turok est devenu l'African Institute for Mathematical Sciences (AIMS), qui sélectionne, chaque année, une cinquantaine d'étudiants africains des plus brillants dans les domaines des mathématiques et de la physique théorique. "Il est venu présenter son projet à l'Unesco à l'été 2002 et les cours ont commencé en septembre 2003", raconte le physicien théoricien Vincent Rivasseau, professeur à l'université Paris-XI, membre du comité de direction de l'institut.

Dans ce qui était le lobby de l'hôtel, on mange. Et lorsque les plateaux-repas sont débarrassés, on déplace les tables et on enseigne. "Des professeurs viennent de nombreux pays, d'Afrique, d'Europe ou des Etats-Unis, chacun pendant environ trois semaines, pour donner leur cours dans un esprit de liberté et de créativité", explique Fritz Hahne, directeur de l'institut.

Les quelque 50 étudiants de la promotion 2009-2010, d'une trentaine de nationalités, passent toute l'année à l'institut. L'hébergement est spartiate ; l'atmosphère est studieuse et enthousiaste. Le soir venu, les étudiants lisent dans la bibliothèque, surfent sur le Net et échangent avec les professeurs jusque tard le soir. "C'est là que j'ai mes meilleurs souvenirs d'enseignement", dit M. Rivasseau.

Au terme d'un an de formation, le diplôme délivré par l'AIMS permet de postuler avec plus de succès à des formations de troisième cycle, en Afrique ou ailleurs. Puis, pourquoi pas, de revenir comme chercheurs dans le centre de recherche que l'institut est en train de créer.

Le rêve de Neil Turok fait des émules. Un institut frère est en cours de création au Sénégal, porté par Vincent Rivasseau et le mathématicien sénégalais Mamadou Sangharé ; il devrait ouvrir en 2011. Un autre projet devrait voir le jour en Ethiopie. A moins que les financements, pour beaucoup privés, ne se tarissent. L'institut de Muizenberg est pourtant peu dispendieux : 800 000 euros de budget par an.

 

Stéphane Foucart
Article paru dans l'édition du 05.12.09

18:16 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éducation