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29/11/2008

Éradiquer la grande pauvreté et la malnutrition en Afrique subsaharienne

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/11/10/une-experience-concluante-pour-80-villages-africains_1116861_3244.html

Une expérience concluante pour 80 villages africains
LE MONDE | 10.11.08 | 15h22 • Mis à jour le 11.11.08 | 13h45

A-t-on trouvé la formule magique pour éradiquer la grande pauvreté et la malnutrition en Afrique subsaharienne ? Sans aller jusque-là, l'étude d'un think tank britannique, l'Overseas Development Institute (ODI), conclut qu'une expérience pilote menée depuis juin 2006 dans une dizaine de pays du continent noir donne des résultats "impressionnants", mais qu'il sera difficile de l'élargir à l'échelle du continent.

Le projet villages du millénaire (PVM) est né d'un constat : les huit engagements pris au Sommet du millénaire des Nations unies de septembre 2000 (réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour d'ici à 2015 ; faire baisser des deux tiers la mortalité infantile ; généraliser l'éducation primaire...) ne seront pas atteints en Afrique subsaharienne. Les objectifs ne sont pas hors de portée, mais les moyens manquent, plaide depuis longtemps l'économiste Jeffrey Sachs, directeur de l'Institut de la terre à l'université Columbia de New York. D'où l'idée d'investir massivement sur un nombre limité de villages, pour prouver que le sous-développement n'est pas une fatalité.
Lancé en juin 2006, le PVM concerne aujourd'hui un demi-million de personnes vivant dans 80 communautés villageoises réparties dans dix pays africains - du Mali à l'Ethiopie, du Nigeria au Malawi. "Ce qui est important, c'est d'investir massivement dans des villages intégrés en privilégiant l'agriculture et l'alimentation, la santé et l'éducation (...), et en laissant de côté, au moins dans un premier temps, les relations entre ville et campagne et les réformes institutionnelles", résume Kent Buse, coauteur de l'étude qui fait un premier bilan du PVM.
Le projet de M. Sachs, piloté sur place par les agences de l'ONU, privilégie les technologies modernes éprouvées, a recours à du personnel qualifié et ne lésine pas sur les moyens financiers : l'investissement annuel est de l'ordre de 120 dollars (93 euros) par habitant. Il court sur cinq ans.
L'étude menée par ODI porte sur les villages de quatre pays africains. "Partout, on a des résultats impressionnants au bout de deux ans à peine. La fourniture de semences subventionnées et d'engrais a dopé les rendements agricoles, la distribution gratuite de moustiquaires a fait chuter de moitié le taux de paludisme", écrit M. Buse.

Généraliser l'expérience s'annonce difficile, nuance le think tank britannique, notamment du fait du manque de main-d'oeuvre locale qualifiée. Où trouver les infirmiers, les instituteurs, les agents agricoles qui iront porter la bonne parole dans quelque 110 000 villages de l'Afrique rurale ?
Le manque de personnel médical est particulièrement criant. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'il en faudrait 4,2 millions supplémentaires en Afrique et en Asie.

Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l'édition du 11.11.08

14:24 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique

28/10/2008

L'esclavage en Afrique aujourd'hui

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2008/10/28/une-cour-regionale-africaine-condamne-le-niger-pour-esclavage_1111928_3212.html

Une cour régionale africaine condamne le Niger pour esclavage
LE MONDE | 28.10.08 | 14h30 • Mis à jour le 28.10.08 | 14h30

Le destin maudit d'Hadijatou Mani, une jeune Nigérienne de 24 ans, semblait tracé. Fille d'esclave du centre du Niger, elle l'était devenue elle-même dès l'âge de 12 ans, vendue 500 dollars à un maître qui ne l'exploitait pas seulement pour les travaux domestiques et agricoles mais également comme wahiya, une esclave sexuelle. Lundi 27 octobre, Hadijatou Mani est entrée dans l'histoire de son pays en le faisant condamner par la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) : première condamnation pour le Niger sur un tel sujet, premier cas de la sorte jugé par cette instance régionale. L'Etat nigérien est coupable de n'avoir pas protégé la jeune femme à laquelle il doit verser 10 millions de francs CFA (15 000 euros) de dommages et intérêts. Hadijatou Mani en réclamait cinq fois plus.

Avant de recourir aux instances judiciaires régionales - grâce au soutien des organisations non gouvernementales britannique Antislavery International, nigérienne Timidria et le Centre international pour la protection judiciare des droits de l'homme (Interights) -, la jeune femme s'était tournée vers la justice de son pays. Son courage mal récompensé ne lui avait alors valu qu'une peine d'emprisonnement de six mois. Pour "bigamie", avaient tranché les juges nigériens. La cour avait en effet donné raison à une loi coutumière voulant qu'elle devienne l'épouse légale de son maître après son affranchissement en 2005.

La jeune femme, elle, avait préféré épouser un autre homme plutôt que ce El-Hadj Souleymane Naroua, son ancien maître et ami de celui qui, des années auparavant, réduisit en esclavage la mère d'Hadijatou Mani. La procédure judiciaire pour crime d'esclavage intentée contre El-Hadj Souleymane Naroua a été suspendue dans l'attente de la décision de la Cedeao. Elle pourrait donc reprendre.

La victoire judiciaire, lundi à Niamey, de la jeune nigérienne pourrait dépasser son cas personnel. "Cela a valeur d'exemple pour toutes les personnes subissant le même sort, espère Romana Cacchioli, d'Antislavery International. Elle démontre qu'une femme issue de la classe la plus défavorisée peut faire reconnaître ses droits. C'est aussi un message adressé, notamment, aux pays de la région". "Nous prenons acte de cette condamnation. Nous sommes légalistes et respecterons la décision", a promis l'avocat du gouvernement nigérien, Mossi Boubacar.

Les ONG attendent également que Niamey lutte plus radicalement et plus concrètement (campagne de sensibilisation, formation des personnes judiciaires, éducation...) contre "cette pratique ancrée dans la culture des habitants", explique Romana Cacchioli. Selon Antislavery, le Niger, signataire des conventions internationales interdisant et pénalisant l'esclavage, compterait environ 43 000 esclaves (sur 12 millions d'habitants). En Mauritanie, ce phénomène toucherait 18 % de la population. Le Mali n'est pas épargné. Dans le monde, il y aurait plus 12 millions d'esclaves, selon la même source.

Christophe Châtelot

Repères
-La Cedeao. Créée en 1975, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest compte quinze membres : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

-La cour de justice de la Cedeao. Créée en 1991, accessible aux personnes, elle est notamment compétente en matière de violation des droits fondamentaux tels que définis dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU. Ses décisions sont exécutoires et sans appel.

Article paru dans l'édition du 29.10.08