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24/11/2010

M. Sarkozy décide seul

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/11/24/inquietude-apres-le-depart-des-manuscrits-coreens_1444372_3246.html

Inquiétude après le départ des manuscrits coréens

Les conservateurs de musée ou de bibliothèque râlent peu en public. "C'est rarissime", assure le président de leur association, Christophe Vital. Aussi la "déclaration" que viennent de signer une bonne partie des cadres de la Bibliothèque nationale de France (BNF) est-elle inédite. Les 284 signataires à ce jour s'insurgent contre la façon dont la France a réglé l'affaire des 297 manuscrits coréens que Séoul réclamait depuis des années.

En marge du sommet du G20, le 12 novembre à Séoul, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé que la France allait restituer pour cinq ans renouvelables ces manuscrits royaux des XVIIe et XVIIIe siècles, pillés par la marine française en 1866, sur l'île de Gang-hwa, et conservés depuis à la BNF (Le Monde du 13 novembre).

Les signataires du texte multiplient les griefs, critiquant notamment le fait que la décision ait été prise contre leur avis. Surtout, ils affirment que ce prêt "vaut restitution de fait" : ces manuscrits ne reviendront jamais en France.

Ce retour en Corée, dit-on dans les musées, viole le principe sacré de l'inaliénabilité. A savoir que chaque oeuvre répertoriée dans les collections publiques ne peut en sortir. Cette coutume, confirmée à la Révolution, a été officialisée par la loi sur les musées, en 2002. "Tous les musées se sont construits sur ce principe", dit Michel Laclotte, ancien directeur du Louvre. "Toute brèche à ce principe est dangereuse", ajoute Pierre Rosenberg, lui aussi un ancien patron du Louvre. Et tous deux disent que ce cas coréen crée un précédent inquiétant.

Jusqu'ici, la France a surtout restitué des restes humains, sujet à forte connotation éthique. Et elle ne l'a fait que deux fois. En 2002, les restes de Saartjie Baartman, dite la Vénus Hottentote, ont quitté le Musée de l'homme pour l'Afrique du Sud, qui les réclamait depuis vingt ans. En mai, la France a restitué à la Nouvelle-Zélande une quinzaine de têtes maories. Dans ces deux cas, le Parlement a dû voter une loi pour ouvrir la porte au départ. Sinon, tout déclassement d'objet doit être validé par une commission. C'est elle qui a demandé, en 2009, que le Louvre restitue à l'Egypte cinq fragments de fresques, au motif qu'ils avaient quitté ce pays "illégalement ".

Pour contourner cette règle de l'inaliénabilité, l'Elysée a inventé le prêt de longue durée des 297 manuscrits - une formule inédite. Il a été décidé par l'Elysée "avant" de consulter Frédéric Mitterrand, dit-on au ministère de la culture. Ce dernier n'a pu faire valoir son point de vue que sur "les modalités" du prêt. Il espérait une rotation "plus rapide" des manuscrits, dit un observateur du dossier. Il n'a pas été écouté.

Bruno Racine, le président de la BNF, est aussi embarrassé. Dans Le Monde, en 2009, il militait non pour une restitution mais "des prêts croisés". On n'en est pas là. M. Racine n'a pas souhaité répondre à nos questions. Mais il a envoyé une lettre au personnel de la BNF, dont nous avons eu la substance. M. Racine comprend l'émotion de la maison mais voit un espoir : la France garde la propriété des manuscrits. A la France d'en tirer profit, de faire vivre cette propriété, par des prêts.

Espoir dérisoire, jugent l'avocate Corinne Hershkovitch et le directeur du site Latribunedelart.com, Didier Rykner, qui publieront en février 2011 un livre sur les restitutions : "Quel scandale ! M. Sarkozy décide seul, comme si ces manuscrits lui appartenaient, alors qu'ils appartiennent à la France, juste parce que ça l'arrange dans ses échanges diplomatiques et commerciaux avec la Corée ! Si on estime que ces manuscrits doivent être restitués, respectons la procédure, soumettons-les à la commission, mais n'agissons pas de façon hypocrite et illégale.Car n'ayons pas d'illusions : ils ne reviendront jamais !"

Pour prévenir la fronde du monde muséal, M. Sarkozy a rappelé que la France avait pillé ces manuscrits, et que son prédécesseur, François Mitterrand, aurait promis, en 1993, de les restituer. "Si on fait de la repentance, on vide les musées d'un bon tiers", s'insurge M. Vital.

M. Sarkozy avance un autre argument, plutôt inédit et qui devrait lancer un débat : ces documents appartiennent à l'identité coréenne et non au patrimoine universel. Dans cette logique, tout objet entrant dans la première catégorie peut être restitué ; non s'il entre dans la seconde. Cette doctrine est celle de Jack Lang, qu'il a développée dans une tribune au Monde, le 18 novembre, et qui a joué un rôle central dans cette affaire.

L'argument, là encore, inquiète fortement les conservateurs. "Où placer la limite ?, demande un responsable de musée, qui préfère rester anonyme. Prenons les frises du Parthénon, qu'Athènes réclame à Londres. C'est un bien d'intérêt national pour la Grèce. C'est aussi une oeuvre universelle."

M. Vital ajoute que cette affaire des manuscrits coréens vient s'ajouter à une multitude de pressions, faits, indices, qui montrent que le principe d'inaliénabilité des collections est fortement fragilisé depuis quelques années. "La France ouvre la boîte de Pandore. Des responsables politiques aimeraient que les musées puissent vendre quelques oeuvres. J'entends aussi parler de "respiration" des collections. Et la loi qui a permis le retour des têtes maories prévoit aussi de faciliter la procédure de déclassement." Cela au moment où de nombreux pays à forte croissance (Corée, Chine, Amérique latine) ou à fort patrimoine (Egypte) sont de plus en plus pugnaces dans leurs demandes de restitution.

Reste que ces manuscrits coréens ne quitteront pas la France pour le Musée national de Corée, à Séoul, avant plusieurs mois. Il faudra d'abord finaliser l'accord entre les deux pays. La BNF entend négocier pied à pied les modalités du prêt. Il faudra enfin numériser les manuscrits avant leur départ.

Michel Guerrin

Article paru dans l'édition du 25.11.10


Sur le Web : le texte de la pétition sur Jesigne.fr.

18:03 Publié dans Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, culture, patrimoine

18/08/2010

Cet été, faites du tourisme en France

du tourisme culturel

lu sur :

http://www.lemonde.fr/depeches/2010/08/18/des-statuettes-en-forme-de-preservatif-fleurissent-a-condom-gers_3246_88_43194222.html

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Des statuettes en forme de préservatif fleurissent à Condom (Gers)

 

Des statuettes en forme de préservatif représentant le pape Benoît XVI, Sherlock Holmes ou un Gascon et sa baguette de pain ont fait leur apparition dans un atelier de céramique du petit bourg du Gers, Condom, un nom évocateur car il signifie "préservatif" en anglais.

"A la base c'est un préservatif", explique leur créatrice, Claudine Garcia, au milieu de ses petites statuettes pouvant atteindre 20 cm de haut et épousant la forme caractéristique de la capote anglaise, surmontée de son petit réservoir. Des "accessoires" suggérant les organes sexuels masculins "viennent parfois s'y ajouter, ou éventuellement une bulle qui fait parler le personnage", s'amuse-t-elle: les maracas pour un Mexicain, une carotte pour Jean-Pierre Coffe, ou un préservatif en forme d'os pour Henri IV, qui aurait dit "Jusqu'à 40 ans j'ai cru que c'était un os".

Dans son atelier, où Claudine façonne ses oeuvres, l'imagination est débridée et seules deux règles tiennent : "Il y a toujours une suggestion au niveau sexuel" et "il faut y aller sur le ton de l'humour", précise-t-elle. Benoît XVI, qui combat l'utilisation des moyens de contraception, se retrouve avec un doigt affublé du célèbre bout de caoutchouc, signifiant qu'il a mis "le préservatif à l'index", s'amuse Claudine. Une figurine représente Sherlock Holmes fumant sa bouffarde et portant l'inscription "La cigarette tue, la pipe détend". Un Anglais s'écrie "Oh mon Gode", Baudelaire porte un bouquet de "fleurs du mâle" et un homo erectus, un gourdin impressionnant.

Dans le bourg, à quelques rues de là, une petite exposition présente "Le préservatif, de l'origine à nos jours". Un musée sur le "condom" avait été envisagé... mais le projet a "capoté", confie sans rire la responsable du centre culturel, Mme Annie Diemert.

16:27 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme, culture, art