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01/10/2010

Les eaux souterraines mondiales sont surexploitées

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/10/01/les-eaux-souterraines-mondiales-sont-surexploitees_1418795_3244.html

Les eaux souterraines mondiales sont surexploitées

Sollicitées par l'homme à hauteur de 734 km3 par an, les nappes phréatiques donnent des signes d'épuisement.

LEMONDE | 01.10.10 | 14h43  •  Mis à jour le 01.10.10 | 14h43

Au niveau mondial, le surpompage des eaux souterraines a plus que doublé au cours des cinquante dernières années. Dans une étude à paraître dans la revue américaine Geophysical Research Letters (GRL), des chercheurs néerlandais, en collaboration avec l'International Groundwater Resources Assessment Center (Igrac), établissent la première évaluation de l'appauvrissement des nappes phréatiques, ainsi que de l'évolution de ce phénomène. "L'ampleur des résultats est surprenante", dit l'hydrogéologue Marc Bierkens (université d'Utrecht), principal auteur de ces travaux. Elle traduit la forte influence des activités humaines - en particulier agricoles - sur le cycle de l'eau.

L'étude indique qu'en 2000, environ 734 km3 d'eau ont été prélevés dans les aquifères, à des fins de consommation mais surtout d'irrigation. En 1960, le rythme de prélèvement n'était que de 312 km3 par an. La part non durable de ce pompage (la quantité d'eau non renouvelée par les précipitations) est passée de 126 km3 à 283 km3 par an au cours de la même période. Chaque année, les nappes phréatiques mondiales s'appauvrissent donc globalement de 4 km3 de plus que l'année précédente - mais cette tendance s'accélère nettement depuis la fin des années 1990.

Marc Bierkens et ses coauteurs fondent leurs travaux sur l'analyse des statistiques nationales de prélèvement dans les réservoirs souterrains. "Ils ont ensuite utilisé un modèle hydrologique pour simuler la recharge des nappes, car il n'existe aucune mesure globale de ce phénomène", dit Anny Cazenave, chercheuse (Centre national d'études spatiales) au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (Legos).

Le recours à un modèle numérique est la principale source d'incertitude de ces travaux. Cependant, les mesures satellitaires, menées depuis 2002, des subtiles variations locales du champ de gravitation terrestre permettent d'évaluer localement la diminution des eaux souterraines. Selon Marc Bierkens, la seule différence notable avec ces observations directes est une légère surestimation par ses propres travaux de l'appauvrissement des nappes du nord du Pakistan.

Le stress subi par les aquifères est inégalement réparti : c'est au nord-est de la Chine, dans le centre et le Grand Ouest des Etats-Unis, au Moyen-Orient ou encore dans le sous-continent indien que les nappes phréatiques sont le plus sollicitées. Avec quelques "points chauds", où leur rythme d'assèchement est particulièrement rapide : certaines zones des Balkans, le delta du Nil, le nord de l'Iran, le nord-ouest de l'Inde et l'est du Pakistan, ainsi que la Californie apparaissent comme les secteurs les plus menacés par un futur ralentissement de leur production agricole. Parfois, les effets locaux de cette déplétion se font déjà sentir. C'est le cas notamment en Inde, où, "dans certaines régions, le niveau des puits chute d'un mètre par an", affirme Marc Bierkens.

En outre, la surexploitation des aquifères réserve parfois de mauvaises surprises, comme l'apparition de polluants dits "géogéniques". Le cas le plus célèbre est celui du Bangladesh, où l'augmentation des besoins en eau depuis les années 1960 a conduit à forer de plus en plus profondément, là où l'eau est chargée en arsenic d'origine naturelle. Selon une étude publiée dans la revue The Lancet, un décès sur cinq est, dans ce pays, attribuable à une contamination chronique à ce métalloïde.

Des études en cours, dans le cadre du projet européen AquaTrain, indiquent que plusieurs pays d'Europe orientale ne sont pas à l'abri de telles pollutions, généralement dues à la surexploitation des aquifères. En Roumanie et en Hongrie, "de 20 % à 30 % des prélèvements d'eau montrent depuis peu des taux d'arsenic supérieurs à la limite de potabilité", explique Romain Millot, chercheur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), et responsable du projet AquaTrain. En Californie, un autre métalloïde, le sélénium, commence à poser problème dans les eaux utilisées pour l'irrigation des cultures.

Outre la cartographie des zones les plus sujettes à de tels périls, les travaux de M. Bierkens permettent d'évaluer la contribution du surpompage des eaux souterraines à l'élévation du niveau de la mer. Le déficit annuel de 283 km3 d'eau dans les nappes souterraines finit dans les océans, dont il élève le niveau de 0,8 millimètre par an (sur un total de 3,3 mm/an actuellement).

"Il ne faut pas prendre ce résultat de manière isolée, prévient toutefois Mme Cazenave. Il faut voir les choses en termes de bilan de la gestion des eaux douces et se souvenir que les retenues artificielles contribuent, à l'inverse, à faire baisser le niveau des océans."

Rapporter ces phénomènes à des variations minuscules du niveau marin peut sembler inepte. Il n'en est rien : affiner ces estimations permet de mieux évaluer les contributions respectives de la fonte des glaces du Groenland et de l'Antarctique, des glaciers d'altitude et de la dilatation des océans (qui voient leur volume augmenter avec leur température). Ce qui permet d'affiner les calculs d'élévation des mers d'ici à la fin du siècle.

Stéphane Foucart

24/01/2010

Le traitement des eaux usées contre les micropolluants

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/01/22/le-traitement-des-eaux-usees-contre-les-micropolluants-est-a-ameliorer_1295259_3244.html#ens_id=1295344
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Compte rendu
Le traitement des eaux usées contre les micropolluants est à améliorer
LE MONDE | 22.01.10 | 16h21  •  Mis à jour le 22.01.10 | 16h21


ne partie des micropolluants présents dans les eaux usées sont éliminés par les stations d'épuration classiques. Mais pas tous. Des solutions techniques existent pour obtenir de meilleurs résultats. Mais elles sont coûteuses. Telles sont les conclusions d'une étude de grande ampleur - la plus vaste conduite en Europe sur ce sujet - réalisée par le Cemagref (établissement public de recherche en sciences et technologies de l'environnement), Suez Environnement et l'université de Bordeaux-I.

En France, les effluents domestiques et industriels sont traités par un parc de 17 700 stations d'épuration, dont le ministère de l'écologie a lancé, en 2007, un plan de mise aux normes, 146 d'entre elles ayant été épinglées pour non-conformité avec la réglementation. "Nous sommes en passe de gagner la bataille de l'assainissement", s'est récemment félicitée la secrétaire d'Etat à l'écologie, Chantal Jouanno. La victoire n'est pourtant pas acquise.

La directive-cadre européenne sur l'eau de 2000 exige que soit assuré, à l'horizon 2015, un "bon état écologique et chimique" de tous les milieux aquatiques naturels. En particulier, 33 substances classées "prioritaires", parce que potentiellement nocives, devront avoir disparu des ruisseaux, des rivières et des eaux souterraines, ou y être présentes en moindres quantités qu'aujourd'hui.

Ces produits font partie des multiples micropolluants issus de l'industrie, de l'agriculture, des transports ou des usages domestiques, dilués en quantités infimes (de l'ordre du millionième de gramme par litre), dans les eaux usées. On y trouve, en vrac, des dérivés du pétrole, des pesticides, des solvants, des détergents et des métaux. Sur ces 33 substances, 13, jugées "dangereuses", comme le cadmium et le mercure, devront avoir été totalement supprimées, une réduction étant imposée pour les 20 autres.

En complément d'une baisse des émissions à la source, le rôle des stations d'épuration est crucial. Or, les installations actuelles ont été conçues pour traiter les macropolluants, c'est-à-dire les matières azotées, phosphorées et carbonées. Pour déterminer si elles dégradent aussi les micropolluants, et avec quelle efficacité, le Cemagref et Suez Environnement ont analysé les performances de 21 stations représentatives des différentes filières. En élargissant le panel à plus de 100 substances, très répandues ou suspectées de nocivité.

"Aller plus loin"

Parmi elles, une trentaine de molécules provenant des industries pharmaceutiques. Les résidus médicamenteux, rejetés par ces industries, mais aussi par les hôpitaux (dont les effluents contiennent beaucoup d'anticancéreux), par les élevages industriels (gros consommateurs d'antibiotiques et d'hormones de croissance) ou par les foyers domestiques (avec les urines et les selles), représentent en effet une proportion importante - 15 % - des polluants contenus dans les eaux arrivant en station d'épuration.

L'enquête montre que "85 % des substances prioritaires sont éliminées à plus de 70 %". Le score tombe à "environ 35 %" pour les autres molécules passées au crible. Un examen plus détaillé révèle que les stations conventionnelles ont une bonne capacité d'élimination pour des substances biodégradables comme l'aspirine, le paracétamol ou l'ibuprofène, ou d'autres, retenues dans les boues d'épuration, comme des plastifiants, des hydrocarbures aromatiques et la plupart des métaux. Mais, du fait de leur forte concentration originelle, 50 % des produits restent présents (à l'état de traces) dans l'eau traitée : c'est le cas de détergents, de plastifiants, de solvants et de l'aspirine. En outre, 25 % des molécules restent réfractaires au traitement biologique : ainsi de certains pesticides et certains antidépresseurs.

"Ces premiers résultats sont rassurants, commentent les auteurs de l'étude. On peut aller plus loin." Des procédés d'épuration plus poussés existent : par filtration sur charbon actif, passage par des membranes ultrafines, ou ozonation. Ces techniques pourraient améliorer sensiblement l'efficacité du traitement. Mais leur mise en oeuvre "peut doubler le coût de l'épuration".

Il faudra donc arbitrer, entre coût économique et risques sanitaires et environnementaux. Il est établi que même à très faibles doses, certains polluants peuvent affecter les poissons (en provoquant parfois leur changement de sexe), les mollusques et les plantes aquatiques. En 2008, l'Académie de pharmacie avait estimé que les résidus médicamenteux, qui se retrouvent dans les réseaux d'eau potable et à la sortie du robinet, nécessitaient une surveillance, "notamment pour les personnes sensibles comme les enfants ou les femmes enceintes".

 

Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 23.01.10

18:27 Publié dans société,santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, pollution

06/09/2009

La privatisation de l'eau au Maroc

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/09/04/a-ben-smim-au-maroc-les-habitants-ne-veulent-pas-partager-leur-eau_1235802_3244.html#ens_id=1235913
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Reportage
A Ben Smim, au Maroc,les habitants ne veulent pas partager "leur eau"
LE MONDE | 04.09.09 | 16h54  •  Mis à jour le 04.09.09 | 16h54
Ben Smim (Maroc) Envoyée spéciale


n trésor est caché à Ben Smim, bourg agricole situé dans les monts verdoyants de la "petite Suisse du Maroc", à 70 km de Fès. L'endroit est pourtant pauvre : des maisons modestes bordent les ruelles en terre battue ; alentour, les conduites d'irrigation des champs tombent en ruines. Mais les habitants possèdent un bien particulièrement convoité dans ce pays menacé par la recrudescence des sécheresses liée au réchauffement climatique : une source. Une eau cristalline coule à flots à cinq kilomètres de Ben Smim. Mais les villageois, pour la plupart éleveurs ou maraîchers, seront bientôt contraints de partager "leur eau" avec des millions de consommateurs marocains. Une usine d'embouteillage de la société Euro-Africaine des eaux (EAE), propriété de l'homme d'affaires français Nicolas Antaki, est en train de sortir de terre. Elle devrait être inaugurée d'ici à la fin de l'année. L'objectif est de produire cent millions de litres par an pour le marché marocain.
Manifestations, blocages du chantier..., les villageois s'opposent au projet depuis plusieurs années. Six personnes ont été condamnées à trois mois de prison avec sursis après des affrontements violents entre habitants et forces de l'ordre lors du démarrage du chantier, en septembre 2007. Leïla est fière d'avoir été au premier rang des manifestations."Je n'aime pas cette usine, elle nous a été imposée par la force", lance-t-elle. "L'existence de ce village est liée à la source, que se passera-t-il si l'eau vient à manquer ?, interroge un autre habitant. Les gens veulent des règles."

Le bouillant doyen du village, Ali Tahiri, 72 ans, fait partie des contestataires les plus virulents. "Nous n'avons déjà pas assez d'eau, nos parcelles ne sont irriguées qu'une année sur deux, s'époumone-t-il. Qu'arrivera-t-il si le débit de la source baisse ?" L'agriculteur brandit des photocopies de "dahir" (décrets royaux) dont le plus ancien remonte au XIVe siècle. "Les dahirs le disent, la source est à nous, personne ne doit y toucher", poursuit-il. Les agriculteurs ne versent d'ailleurs pas un dirham de redevance pour son utilisation.

Les opposants sont soutenus par des militants altermondialistes, qui voient dans l'affaire un symbole de la "marchandisation des biens publics" et ont fait connaître Ben Smim à l'étranger. "L'eau est la seule chose qui permet à cette population de vivre, affirme Medhi Lahlou, professeur d'économie et président de l'Association pour le contrat mondial de l'eau (ACME) au Maroc. Rien ne garantit que le cahier des charges sera respecté et que l'entreprise ne déterminera pas la part des uns et des autres."

Face à la contestation, qui a fait prendre trois ans de retard au projet, M. Antaki veut rassurer, rappelant quelques éléments du dossier : la population ne dispose de droits que sur 40 % du débit de la source, et l'eau mise en bouteille sera puisée dans les 60 % restants, qui appartiennent à l'Etat. "Ici, les gens ne comprennent pas cela, ils pensent que tout est à eux", observe l'entrepreneur. En outre, le débit concédé est de trois litres par seconde, sur un débit moyen de 80 litres. En année pluvieuse, il attend 140 litres, et n'est jamais descendu sous les 20 litres depuis quarante ans.

Le Maroc sera cependant de plus en plus confronté à des pénuries d'eau. "On ne peut pas savoir ce que la source produira à l'avenir, concède M. Antaki. Mais nous sommes dans une région où la pluviométrie est très élevée. Même en période de sécheresse, la source coule." Selon lui, le véritable problème en matière d'eau vient de l'agriculture. Le manque d'entretien du système d'irrigation du village entraîne des pertes très importantes. Le chef d'entreprise explique, enfin, qu'il a sillonné le pays pendant trois ans avant de choisir Ben Smim, et qu'il a obtenu toutes les autorisations nécessaires de l'Etat et des autorités locales.

Dans le village, l'opposition n'est d'ailleurs pas unanime. "Si l'usine peut apporter quelque chose, pourquoi pas ?, glisse Fadila. Nous voulons que nos maris aient du travail."Une centaine de curriculum vitae ont été reçus par l'EAE pour le poste de gardien. M. Antaki table sur la création d'une centaine d'emplois au total et s'est engagé à recruter localement. Les taxes versées à la commune rurale (qui regroupe plusieurs localités dont Ben Smim), proportionnelles aux ventes, pourraient atteindre cinq à dix millions de dirhams par an (880 000 euros), selon lui.

"J'étais contre le projet au départ, dit Moulay Guenoun, ancien conseiller communal. Mais un protocole d'accord a été signé et l'entreprise a répondu à nos revendications. L'usine est une nouvelle ressource pour la commune." M. Guenoun a confiance dans l'abondance des pluies à venir. "J'espère surtout que la société respectera ses engagements en ce qui concerne l'emploi", conclut-il.

 

Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 05.09.09

09:20 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, environnement

09/08/2009

Une ville australienne interdit les bouteilles d'eau

Un exemple à suivre !

 

lu sur :

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/environnement/20090709.OBS3705/une_ville_australienne_interdit_les_bouteilles_deau.html

PREMIERE

Une ville australienne interdit les bouteilles d'eau

NOUVELOBS.COM | 09.07.2009 | 17:04

Les habitants de la petite ville de Bundanoon ont décidé d'interdire la vente de bouteilles dans leur commune afin de limiter le coût environnemental que représentent l'extraction, l'embouteillage et la distribution.

(Reuters)

 

Les habitants de la ville Bundanoon en Australie ont décidé, mercredi 8 juillet, d'interdire la vente de bouteilles d'eau dans leur commune, une première mondiale dans la lutte pour la protection de l'environnement.

Cette décision a été votée à la quasi-unanimité lors d'une réunion publique à laquelle participaient 350 résidents des 2.500 habitants de cette petite ville située dans l'Etat du New South Wales. Seules deux personnes ont voté contre, un habitant et le représentant de l'industrie de l'eau minérale.

 

"Bundy on Tap"

L'interdiction de vente de bouteilles d'eau fait partie d'une campagne de sensibilisation à l'environnement lancée par la municipalité et baptisée "Bundy on Tap" (de "Bundy", surnom de la ville et "Tap" signifiant robinet).

C'est un projet d'une société de boissons qui a sensibilisé les habitants au coût environnemental que représentent l'extraction, la mise en bouteille et la distribution de l'eau minérale. Celle-ci envisageait en effet d'exploiter une réserve d'eau située sous la ville. "La société voulait extraire l'eau localement, la mettre en bouteille à Sydney et la ramener ici pour la vendre", explique à la BBC l'un des responsable de la campagne.

Si les habitants de Bundanoon devront maintenant se contenter de l'eau du robinet, les visiteurs, eux, se verront remettre une bouteille réutilisable, marqué du slogan "Bundy on Tap".

(Nouvelobs.com)

23/03/2009

Les Etats-Unis s'opposent à "un droit à l'eau"

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/03/23/le-forum-mondial-de-l-eau-s-acheve-sur-une-deception_1171434_3244.html#ens_id=1168295

Compte rendu
Les Etats-Unis s'opposent à "un droit à l'eau"
LE MONDE | 23.03.09 | 15h16 • Mis à jour le 23.03.09 | 15h16
ISTANBUL (TURQUIE) ENVOYÉE SPÉCIALE

Le 5e Forum mondial de l'eau s'est achevé, dimanche 22 mars, Journée mondiale de l'eau, sur une large déception. La déclaration ministérielle finale, âprement négociée par les 142 délégations présentes à Istanbul, ne tire pas les conséquences de la publication, le 12 mars, du rapport de l'ONU sur les ressources en eau. Il appelait à "agir d'urgence" contre la menace d'une crise mondiale de la ressource, due à l'augmentation des besoins et aux effets du changement climatique. La déclaration apparaît aussi en décalage par rapport aux débats menés depuis l'ouverture du forum, le 9 mars, qui ont attiré 25 000 participants, et ont confirmé le constat de l'ONU.

La déclaration n'est pas un document contraignant : les Etats signataires gardent les mains libres. Mais le texte, élaboré sur la base du consensus, définit une vision commune, et il est censé constituer un document de référence pour les années à venir. "Ce n'est pas un traité international, mais une déclaration politique, commentaient les organisateurs. Elle aurait dû être l'occasion d'affirmer des engagements forts, qui font défaut." L'absence de reconnaissance d'un "droit humain fondamental à l'accès à l'eau potable et à l'assainissement", dont sont privés des milliards de personnes dans le monde, a focalisé les critiques. Jusqu'au dernier moment, l'Espagne, la France, la Suisse, les Pays-Bas, plusieurs pays d'Amérique latine ont tenté de le faire inscrire dans la déclaration, au nom des millions de morts causés chaque année par les maladies liées au manque d'accès à une eau saine.

"Ce droit serait la traduction d'une véritable responsabilisation des Etats, et la possibilité pour les communautés privées d'eau de mettre ce sujet en tête de leurs priorités, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", affirme Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat française, chargée de l'écologie. "Le droit à l'eau ne changerait pas les choses du jour au lendemain, affirme de son côté Jean Lapègue, de l'organisation non gouvernementale (ONG) Action contre la faim, mais permettrait de faire progresser l'accès à une eau saine et abordable pour tous. Ce n'est pas une contrainte, mais un levier d'action, notamment pour la recherche de financements."

La principale opposition est venue de la délégation américaine. Ses représentants ont mis en avant l'impossibilité, pour les Etats-Unis, de mettre en oeuvre ce principe, la gestion de l'eau relevant des Etats confédérés. Mais c'est surtout la crainte que ce droit n'ouvre la voie à une obligation, pour les pays riches, de financer l'accès à l'eau dans les pays pauvres, qui a provoqué le blocage.

"Nous ne sommes pas sûrs d'avoir affaire à des diplomates représentant la nouvelle administration américaine...", notaient certains observateurs, surpris par la contradiction entre cette position et les engagements du président Barack Obama en matière sociale et environnementale. Le Brésil, traditionnellement réticent à tout engagement concernant la gestion de ses abondantes ressources naturelles, et méfiant sur les implications concrètes de cette reconnaissance, y était également défavorable. Malgré tout, une vingtaine de pays, poussés par les délégations latino-américaines et l'Espagne, ont publié une déclaration séparée reconnaissant le droit à l'eau pour tous.

Le débat a aussi porté sur les eaux transfrontalières, objet de tensions récurrentes entre Etats. Certaines délégations africaines ont contesté la référence au respect des "accords existants" de partage des eaux entre pays, par lesquels ils s'estiment lésés et qu'ils souhaitent remettre en cause. Autre point de litige, la reconnaissance du rôle des collectivités locales dans la gestion de l'eau. Bien que ces dernières, proches des usagers, soient souvent considérées comme les plus aptes à gérer l'approvisionnement, la collecte et l'entretien des réseaux d'eau, certains Etats ne sont pas prêts à décentraliser cette compétence.

Ces tensions témoignent du refus de nombreux gouvernements d'accepter la moindre contrainte extérieure, même sans valeur juridique opposable, concernant une ressource stratégique, qui relève de la souveraineté nationale. "L'eau est gérée au niveau local. Il y a une forte réticence à prendre conscience qu'elle doit de plus en plus être considérée comme une ressource partagée et à raisonner de façon collective, commente Henri-Luc Thibault, directeur du Plan bleu, l'organisme du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), chargé d'étudier la Méditerranée. Les esprits ne sont pas encore mûrs."

Si la portée de la déclaration a été amoindrie depuis le début du processus de discussion intergouvernemental, mené sous l'égide de la Turquie et du Conseil mondial de l'eau, co-organisateurs du Forum, elle marque toutefois une rupture par rapport au texte adopté lors du 4e Forum mondial de l'eau, en 2006 à Mexico, qui se contentait de réaffirmer la nécessité d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) - à savoir la réduction de moitié du nombre de personnes sans accès à l'eau et à l'assainissement d'ici à 2015.

En préambule, les Etats affirment pour la première fois "le besoin d'atteindre la sécurité hydrique", dans un monde qui fait face à des "changements rapides et sans précédents : croissance de la population, migration, urbanisation, changement climatique, désertification, sécheresses, dégradation des sols, changement des modes de vie et des habitudes de consommation". Ils s'engagent à agir pour "économiser l'eau", notamment dans le secteur agricole, alors que la politique de progression de l'offre, par la construction de barrages ou les transferts d'eau, a jusqu'à présent été la seule option envisagée dans de nombreux pays.

Ils promettent aussi, et de façon inédite, de préserver les écosystèmes aquatiques et de lutter contre les pollutions. Le renforcement des lois sur l'eau, la réforme de la gestion institutionnelle du secteur, la lutte contre la corruption, et une participation du public aux décisions concernant l'eau font également partie des engagements d'Istanbul.

Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 24.03.09

25/01/2009

L'usage de l'eau en agriculture et ses limites

lu sur univers-nature.com :

http://www.universnature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3570

24-01-2009

L’alimentation au péril de l’eau

Devant la pénurie annoncée de la ressource en eau, la sécurité alimentaire est elle aussi menacée. Comme un effet boomerang à l’intérieur d’un système qui n’a pas pris conscience de ses propres limites, ce sont les pratiques alimentaires elles-mêmes et l’agriculture qui conduisent à une consommation dispendieuse, insoutenable à long terme. Le magazine Echo Nature (1) publie ce mois-ci la 2e partie d’un dossier spécial éclairant l’évolution du couple eau-alimentation et ses perspectives, avec quelques données édifiantes.

La population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’individus d’ici 2050, autant de bouches à nourrir par une agriculture qui dépend pour beaucoup d’une ressource en eau limitée. Considérant que l’agriculture absorbe aujourd’hui 90 % de la consommation d’eau douce, à l’évidence, la production agricole ne pourra pas évoluer dans les mêmes conditions sans des effets dévastateurs. D’après la FAO, « il faut 2 000 à 5 000 litres d’eau pour obtenir de quoi nourrir une personne durant 24 heures ». Ainsi, à ce rythme, pour nourrir la planète en 2050, avec les populations d’Inde et de Chine qui mangeront autant de viande que les occidentaux, il faudra plus que doubler la consommation actuelle d’eau. Cette situation semble intenable quand on voit que les plus grands bassins fluviaux, comme le Colorado, l’Indus, le fleuve jaune ou le Nil, sont déjà « saturés » et ne peuvent plus répondre à l’accroissement des besoins. Ainsi pris dans les rouages de cette croissance effrénée, l’Asie et l’Afrique du Nord, même en exploitant intensivement leurs terres, ne parviennent pas à l’autosuffisance alimentaire. Les ressources de régions, qui sont, quant à elles, encore bien dotées en sols cultivables et en eau, font le tour de la planète. S’accélère alors le transfert « d’eau virtuelle », développé par l'article, qui pourrait atteindre les 3 000 km3 par an en 2050. La délocalisation des productions et l’affectation des terres à la monoculture commerciale sont d’autres conséquences directes, comme le montre l’exemple de la Corée du Sud qui va louer à l’Etat malgache 1,3 million d’hectares de terres pour y produire huile de palme et maïs.

Dès lors, face à cette demande en eau qui ne cesse de s’accroître, il ne fait aucun doute qu’une production agricole plus économe est une condition impérieuse, mais elle n’est pas la seule. Tout autant, nos pratiques alimentaires, qui s’avèrent beaucoup trop consommatrices d’eau et peu inquiètes du gaspillage, devront se modifier (voir: 50 % de l’eau utilisée par l’agriculture est gaspillée - http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3314). L’article cite ainsi Charlotte de Fraiture, chercheuse à l’IWMI (3), pour qui « la moitié de l’eau utilisée pour faire pousser la nourriture est perdue à travers le gâchis alimentaire ». Dans les pays en voie de développement, se comptabilisent des pertes énormes durant le cycle de production, allant de 20 à 40 %. Pour les pays industriels, ce sont les pertes à la consommation qui sont exorbitantes (voir: Le gaspillage alimentaire culmine en période de fêtes - http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3529). Par exemple, aux Etats-Unis, près de 50 % de la nourriture finit à la poubelle, et en Grande Bretagne, le gâchis alimentaire peut atteindre 20 millions de tonnes par an.
Le problème de l’eau, on le voit, est aussi un problème alimentaire. D’ailleurs, cette semaine, à Rome, lors des préparatifs du Forum mondial de l’eau qui se tiendra à Istanbul au mois de mars prochain, les relations entre eau et agriculture seront au cœur des débats internationaux.

Elisabeth Leciak

1- Pour en savoir plus, voir le dossier spécial « l’eau, l’homme et l’alimentation » dans le n°23 du magazine Echo Nature.
2- Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
3- International Water Management Intitute

14/12/2008

L'EAU : Le problème du XXIème siècle

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/12/11/assoiffee-l-australie-repugne-a-boire-l-eau-des-egouts_1129752_0.html

Assoiffée, l'Australie répugne à "boire l'eau des égouts"
LE MONDE | 11.12.08 | 15h50 • Mis à jour le 11.12.08 | 15h50

En Australie, un projet d'usine de recyclage de l'eau provoque la controverse. Dans l'Etat du Queensland, le premier centre de traitement du pays destiné à produire de l'eau potable à partir des eaux usées sera prêt à fonctionner d'ici quelques mois. Il pourrait produire 60 millions de litres d'eau purifiée par jour, par un traitement en sept étapes, avec un procédé de pointe incluant osmose inverse et oxydation accélérée.

Originellement, l'eau purifiée devait alimenter le réservoir principal de Brisbane et de sa région, pour subvenir à entre 10 % et 25 % de la consommation des 2,6 millions d'habitants. Les besoins sont importants : la population de la région pourrait doubler d'ici cinquante ans. Mais la perspective de boire de l'eau recyclée effraie. Divers groupes se sont donc créés pour rejeter l'idée de "boire l'eau des égouts", multipliant les pétitions sur Internet.

"TIREZ LA CHASSE ET ENSUITE, BUVEZ !"

Des médias s'en sont mêlés et des articles aux titres tels que "Tirez la chasse d'eau et ensuite, buvez !" ont attisé les peurs. Des universitaires ont également fait connaître leur opposition : "Le procédé d'osmose inverse ne suffit pas : à Brisbane, on a pu voir que seuls 92 % des antibiotiques présents dans les eaux usées ont pu être supprimés", affirme Peter Collignon, microbiologiste à l'université nationale australienne (ANU).

Pourtant, boire de l'eau recyclée se pratique ailleurs dans le monde. Ainsi, à Singapour, 1 % de l'eau recyclée est utilisée comme eau potable. Plusieurs centres de traitement existent également aux Etats-Unis et en Belgique. "En Australie aussi, de l'eau recyclée est utilisée pour la consommation humaine, mais de façon indirecte : l'eau usée est rejetée dans un fleuve ou un réservoir, avant d'être ensuite traitée et réutilisée par une autre ville en aval", remarque Stuart Khan, professeur au centre de recherche sur l'eau de l'université de Nouvelle-Galles-du-Sud.

Mais tous les arguments en faveur de l'eau recyclée n'auront pas suffi à convaincre le public. Après avoir affronté une campagne d'opposition durant plusieurs semaines, Anna Bligh, premier ministre du Queensland, a fait savoir que l'eau recyclée ne serait utilisée que lorsque le niveau des réservoirs descendrait à 40 % de remplissage.

Ce qui risque d'être le cas d'ici quelques mois. Et désormais, les Australiens pourraient bien ne plus avoir le choix. Car dans le pays le plus sec au monde, la sécheresse s'aggrave au fil des ans. "Traditionnellement, les précipitations sont très variables ici. Mais on a noté ces dernières années une baisse durable, avec des flux correspondant à entre 43 % et 65 % des moyennes de longue durée. C'est une situation nouvelle", explique Tom Mollenkopf, directeur de l'Association australienne de l'eau (AWA).

Dans beaucoup de villes, comme Melbourne, les réservoirs ont diminué, atteignant des niveaux de remplissage de parfois 30 % seulement. Du coup, l'Etat australien investit massivement dans de nouvelles infrastructures pour l'eau. Quasiment toutes les métropoles du pays se dotent d'une usine de dessalement d'eau de mer, et les habitants sont incités à installer des citernes chez eux, par des mesures fiscales favorables. Enfin, beaucoup de villes ont dû mettre en place de sévères restrictions d'eau. Cela a fonctionné : dans le sud-est du Queensland, les habitants sont passés d'une consommation de 300 litres d'eau par jour à 140 litres. "Cela ne suffit pas ; la situation est telle qu'il faut désormais bien plus que des restrictions", prévient M. Mollenkopf.

Marie-Morgane Le Moël
Article paru dans l'édition du 12.12.08

09:15 Publié dans environnement | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : eau

28/10/2008

Mondialisation de la pollution

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/10/25/l-air-de-l-himalaya-est-aussi-pollue-que-celui-des-villes-d-europe_1111025_3244.html

L'air de l'Himalaya est aussi pollué que celui des villes d'Europe
LE MONDE | 25.10.08 | 14h31 • Mis à jour le 25.10.08 | 14h47

Le Toit du monde n'est plus cet îlot de pureté que l'on imagine encore souvent. Pour la première fois, une équipe de chercheurs franco-italienne a pu réaliser dans l'Himalaya des mesures à plus de 5 000 m d'altitude et constater la présence de particules de suie à des niveaux de concentration surprenants dans un espace aussi vierge.
Les relevés ont été effectués au Népal à partir de la station de surveillance atmosphérique Nepal Climate Observatory, la plus haute du monde (5 079 m). "Nous ne nous attendions pas à ces résultats : ils témoignent de niveaux de pollution comparables à ceux de villes européennes", reconnaît Paulo Laj, du laboratoire de météorologie physique de l'université de Clermont-Ferrand, qui a participé à l'étude menée avec l'université de Bologne et publiée récemment dans les "Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine" (PNAS).
Les données atmosphériques dans cette partie du monde sont très rares. Une autre équipe - finlandaise - travaille au Népal, mais elle est jusqu'à présent restée sous la zone des 2 000 m. L'énorme logistique nécessaire à l'installation des stations d'observation est évidemment un frein.
L'étude met en évidence deux phénomènes inquiétants. Portée par les vents, la pollution des grandes métropoles d'Asie du Sud-Ouest peut parcourir des milliers de kilomètres et remonter jusqu'aux sommets élevés de l'Himalaya. Dans la zone de contact entre l'air propre issu des très hautes altitudes et les masses polluées venues des vallées, les chercheurs ont, de plus, recensé la formation de nouvelles particules de dimensions nanométriques qui amplifient la pollution. C'est, là aussi, la première fois qu'un tel phénomène est observé à cette altitude.
"Le dioxyde de carbone est considéré comme l'ennemi numéro un dans la lutte contre le changement climatique, mais le système climatique est complexe et les études montrent de plus en plus que les particules atmosphériques sont aussi des acteurs importants du réchauffement", relèvent les chercheurs.
Le danger est évidemment que cette situation accélère la fonte des glaciers himalayens. Le recul important des fronts glaciers au cours des dernières décennies est d'ores et déjà considéré comme l'une des manifestations les plus inquiétantes du réchauffement global. Avec ses 33 000 km2 de surfaces gelées, l'Himalaya est souvent désigné par les climatologues comme le "troisième pôle" après l'Arctique et l'Antarctique, même s'il n'a jusqu'à présent pas fait l'objet de la même attention.
Le Groupe international d'experts sur le changement du climat (GIEC) estime que de nombreux glaciers himalayens pourraient avoir disparu d'ici à 2035, avec des conséquences considérables pour l'ensemble de l'Asie centrale, où vit 40 % de la population mondiale.
Cela pour plusieurs raisons. La liquéfaction des masses de glace crée, en aval, des lacs - près de 500 ont été dénombrés - potentiellement dangereux pour les populations vivant sur les premiers contreforts et dans les vallées. Des débordements brutaux se sont déjà produits. Mais surtout le régime hydrologique des plus grands fleuves comme l'Indus, le Gange, l'Amou-Daria ou le Yangzi dépend étroitement du fonctionnement de cette "calotte" himalayenne.
"Dans un premier temps, l'eau libérée viendra gonfler leur débit puis, dans un second temps, l'inverse se produira, l'eau viendra à manquer et l'apport vital des glaciers, surtout pendant la saison sèche, fera défaut", explique Christian Vincent, du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (CNRS) de Grenoble.
Près de 1,3 milliard de personnes pourraient être confrontées à des risques accrus de pénurie d'eau, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).
Si le Gange devenait saisonnier - ce que n'excluent pas les scientifiques -, plus de 400 millions de personnes vivant dans la plus grande zone d'agriculture irriguée de l'Inde seraient affectés. Et le PNUE ne comptabilise pas, ici, la population qui, au total, à l'échelle du pays, serait touchée par la baisse des rendements agricoles.
Quand cela se produira-t-il ? "Il est difficile de le dire. L'Himalaya est l'un des massifs montagneux les moins bien observés au monde", indique Christian Vincent. La plupart des informations disponibles sont fournies par des photos aériennes qui permettent seulement de mesurer le recul des fronts glaciers, un indicateur très insuffisant pour comprendre le fonctionnement de ces monstres froids. Le massif alpin, avec ses 2 500 km de glaciers, compte deux fois plus de postes d'observation que l'Himalaya tout entier.
Les bouleversements en cours sont lourds de menaces pour la stabilité de cette partie du monde. Les écologistes en sont convaincus. Wouter J. Veening, de l'Institut néerlandais pour la sécurité environnementale, juge urgent d'établir un réseau d'alerte.
"La vie de plus de 1 milliard de personnes est concernée ; nous devons identifier les zones les plus fragiles et évaluer les risques de conflits", affirme-t-il. Le degré de pollution découvert au sommet de l'Himalaya lui donne un argument supplémentaire.

Laurence Caramel
Article paru dans l'édition du 26.10.08

27/10/2008

Les réserves d'eau souterraine dans le monde

lu sur univers-nature.com :

23-10-2008

Quand l’eau du sous-sol défie les frontières

A la frontière entre au moins deux pays, les réserves d’eau souterraine transfrontalières sont plus ou moins délaissées du fait de la difficulté que représente leur gestion à plusieurs Etats. Afin de les mettre en valeur et de les protéger d’une surexploitation future, le Programme Hydrologique International (PHI) de l’Unesco, lancé en 2000, vient de publier la première carte mondiale référençant les multiples aquifères transfrontaliers à l’échelle du monde.

Si l’on en croit cet inventaire, la planète accueille à l’heure actuelle quelque 273 aquifères transfrontaliers, dont 68 répartis sur le continent américain, 38 en Afrique, 65 en Europe orientale, 90 en Europe occidentale et 12 en Asie. Représentant un volume 100 fois supérieur à l’eau douce de surface, ces aquifères participent aujourd’hui largement à la consommation en eau douce. Ils ont ainsi peu à peu été mis à contribution à partir de la deuxième moitié du XXe siècle pour faire face à une demande croissante en eau. A l’heure actuelle, plus de 70 % de l’eau utilisée en Union européenne est issue de ces bassins souterrains. Dans certaines régions arides et semi-arides, notamment en Arabie Saoudite et à Malte, ces derniers représentent même l’unique source d’eau potable.
L’usage fait de ces ressources en eau est multiple. Si l’on s’en réfère aux moyennes mondiales, 65 % de l’eau prélevée sur les aquifères va à l’irrigation, 25 % à l’alimentation en eau potable et 10 % à l’industrie.

Répartition des réserves d'eau souterraine transfrontalières
Mais si ces réserves d’eau souterraines ouvrent de belles perspectives, toutes ne sont pas inépuisables. C’est le cas des aquifères d’Afrique du Nord et de la péninsule arabique qui, constitués il y a plus de 10 000 ans à la faveur d’un climat plus humide, ne bénéficient plus aujourd’hui de précipitations régulières et ne sont donc pas rechargés. Cela ne signifie pas que les aquifères dits « renouvelables » soient hors de danger. Dans certaines régions, les réserves d’eau souterraines sont confrontées soit à des phénomènes de pollution, soit à une surexploitation. En attestent les petites îles et zones côtières méditerranéennes où l’exploitation de l’eau se pratique bien souvent à un rythme supérieur à sa capacité de renouvellement.

Dans un contexte mondial de crise de l’eau, nul doute que les aquifères souvent délaissés, à l’image des grands bassins souterrains africains encore largement sous-exploités, sauront trouver un regain d’intérêt. Aussi, pour préserver ce potentiel, l’Unesco souhaite aider les pays frontaliers à mettre en place des « mécanismes de gestion concertée ». Dans cette optique, la Commission du droit international des Nations Unies présentera le 27 octobre, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, un projet de Convention sur les aquifères transfrontaliers destinée à fixer un cadre juridique relatif à leur exploitation. Une initiative capitale au regard de l’augmentation constante de nos besoins en eau, résultant notamment de la croissance démographique mondiale et de l’évolution des comportements alimentaires (1).

Cécile Cassier

1- Les céréales nobles sont de plus en plus demandées, notamment le blé et le riz gourmands en eau. La viande est loin d’être neutre en matière de consommation d’eau puisque un kilo de bœuf nécessite entre 2000 et 20 000 litres d’eau en fonction du climat local.
Voir le dossier « L’eau, l’homme et l’alimentation » dans le n°22 d’Echo Nature.