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01/03/2010

Les Mémoires de Casanova sont à Paris

lu sur :
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/325ac6aa-24b1-11df-ad48-41050ff556f8|1
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lundi 1 mars 2010

Les Mémoires de Casanova sont à Paris

Par Frédérique Roussel
Après plus de deux siècles de censure, de tribulations et de traductions édulcorées, le manuscrit original des Mémoires du célèbre Vénitien vient d’être acheté par la Bibliothèque nationale de France, à prix d’or

Personne ou presque ne les avait vus depuis cinquante ans. Ils avaient été gardés précieusement sous clé pendant près d’un siècle et demi. Les manuscrits de l’Histoire de ma vie de Giacomo Girolamo Casanova (1725-1798) viennent comme de sortir de terre grâce à leur acquisition par la Bibliothèque nationale de France (BNF) jeudi dernier. Leur accueil dans le giron français est l’aboutissement d’une négociation de deux ans avec la maison d’édition Brockhaus qui les détenait depuis 1821.

En septembre 2007, l’éditeur allemand charge un certain comte Douglas de négocier leur vente. L’ensemble comprend plus de 3768 feuillets et des opuscules, notamment «Lucubrations sur l’usure», adressées à l’empereur d’Autriche, et les échanges de Casanova avec Voltaire. Pour Brockhaus, la destination des manuscrits ne fait pas de doute: l’Histoire de ma vie représente un monument de la littérature française, la priorité est de les proposer à la France.

Prévenu de la démarche, Claude Martin, ambassadeur de France à Berlin, alerte la BNF. «Le 7 décembre 2007, raconte Bruno Racine, son président, nous sommes partis à Zurich pour aller voir les fameux écrits. Ils étaient conservés dans la zone de fret de l’aéroport. On nous a fait rentrer dans une petite salle. Sur la table étaient disposées les 12 boîtes qui contiennent les 3768 pages de l’Histoire de ma vie. Le cadre était fort peu évocateur et nous avions sous nos yeux émus cette écriture venue du XVIIIe siècle.»

L’écriture de Casanova frappe immédiatement les visiteurs. Elle apparaît tantôt appliquée, recopiant sans doute, tantôt nerveuse, traversée par les états d’âme du mémorialiste. Reste à fixer un prix. Les estimations situent sa valeur entre 5 et 20 millions d’euros. Le montant sera finalement négocié à 7,25 millions d’euros [environ 10,6 millions de francs].

Mais il faut réunir la somme, un challenge en période de crise… Le feuilleton durera plus de deux ans, Brockhaus n’étant heureusement pas pressé. «Brockhaus, qui ne voyait pas le sens de les conserver éternellement dans un coffre, voulait qu’ils soient accessibles aux chercheurs», précise Bruno Racine. Un généreux mécène qui souhaite demeurer anonyme accepte finalement de couvrir l’intégralité de la somme, dans le cadre de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat. La BNF vient ainsi de réaliser l’acquisition la plus chère de son histoire. Au regard du manuscrit du Voyage au bout de la nuit de Céline, acquis mémorablement à 1,6 million d’euros, ou celui de Jacques de Châtillon, à 3 millions.

«Les manuscrits d’œuvres majeures du XVIIIe sont exceptionnels, ajoute Bruno Racine, qui a mené avec opiniâtreté l’entrée de la vie relatée de Casanova à la BNF. Il s’agit en plus d’un texte mythique, qui reste encore à découvrir.» On y trouve des noms complets qui ne sont qu’à l’état d’initiales dans la version intégrale, publiée en 1960 seulement.

Les casanovistes du monde entier vont pouvoir enfin toucher du doigt les feuillets, qui vont être numérisés rapidement pour être accessible sur Gallica (la bibliothèque virtuelle de la BNF). Une exposition est déjà programmée pour l’automne 2011. «Depuis quelques années, nous avons appris à mieux lire ses écrits et à voir en lui ce qu’il est aussi avant tout: un des grands auteurs de la littérature française du XVIIIe siècle», a estimé Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, avant d’apposer sa signature le 25 février sur l’acte de vente.

«Le paradoxe, c’est que cette œuvre pleine de vie a été écrite au crépuscule de son existence en même temps qu’au crépuscule du siècle, au milieu de cette tourmente révolutionnaire qui est peut-être un écho à sa vie, un peu comme le papillon qui, de loin, dit-on, déclenche une tornade.» L’œuvre aura vécu une épopée rocambolesque, digne du sulfureux Vénitien, joueur invétéré et esprit superstitieux.

Il faut imaginer Casanova rédigeant ses Mémoires. «Digne ou indigne, ma vie est ma matière, ma matière est ma vie.» Il faut imaginer cet aventurier vieillissant reclus dans le château de Dux, en Bohême, où il joue le bibliothécaire grâce à la générosité du comte de Waldstein. On est en 1789 quand le célèbre libertin commence l’Histoire de ma vie. A 64 ans, il est souffrant et son médecin lui conseille en guise de remède de reprendre le récit de ses aventures entamé en 1780. En quatre ans de rédaction, il retrace les péripéties de son existence mouvementée et voyageuse, de sa naissance à 1774. Sur l’insistance du prince de Ligne, qui souhaitait lire ses Mémoires, Casanova entreprend, à partir de 1794, un minutieux travail de révision du premier jet.

En mai 1798, se sentant proche de la mort, il lègue son volumineux manuscrit à son neveu, Carlo Angiolini. Après la mort de son oncle, le 4 juin 1798, Carlo ramène cet héritage littéraire à Dresde. Ce n’est qu’en 1820 que son propre fils décide de vendre les manuscrits et se met en rapport avec l’éditeur Friedrich Brockhaus, à Leipzig. L’éditeur regarde avec une vive curiosité cette masse de feuilles à l’écriture serrée. Il a sous les yeux l’autobiographie authentique de l’aventurier du XVIIIe siècle, qui s’était baptisé lui-même chevalier de Seingalt. La transaction est conclue en janvier 1821 pour une somme assez modeste.

Le texte circule alors dans les cercles littéraires. La narration audacieuse des aventures érotiques de Casanova, qui trousse pas moins de 122 femmes dont une religieuse, choque les esprits de l’époque. Friedrich Brockhaus, convaincu de leur intérêt, tente de trouver un traducteur. Wilhelm von Schütz commence à travailler sur le texte dès l’été 1821. A la fin de la même année, Brockhaus publie trois chapitres des mémoires dans sa revue Urania.

Les premières apparitions du récit de Casanova heurtent, comme l’a raconté Hubertus Brockhaus, descendant de l’éditeur, dont la famille vient de céder le manuscrit. Ainsi rapporte-t-il que la romancière et critique littéraire Johanna Schopenhauer, mère du philosophe, trouve du plaisir à la lecture des extraits publiés dans Urania, mais s’émeut des saillies propres à faire rougir la gent féminine.

Elle écrit à Brockhaus: «Le Casanova dans Urania est parfaitement remarquable. Que vous, cher monsieur Brockhaus, laissiez balayer soigneusement les grossièretés et qu’ainsi vous montriez considération pour nous les femmes, est délicat et mérite d’être loué par nous toutes. […] Car la lecture est trop amusante pour que nous nous en voyions privées.»

Le premier volume de l’édition allemande sort en 1822, expurgé de ses passages trop licencieux. Mais Schütz trouve dommage de raboter autant dans la langue de Casanova. Il écrit ainsi à Brockhaus, toujours selon son descendant Hubertus: «Je ne peux tout à fait approuver que vous vouliez étouffer […] la partie érotique de ces Mémoires, même dans l’édition de l’original. A mon avis, une forte sensualité serait surtout bénéfique à l’impuissance bigote de notre époque.» Le traducteur abandonnera après la publication du cinquième volume en 1824.

Entre-temps, des éditions pirates de ce déjà best-seller au fumet de soufre ont commencé à circuler en France. Brockhaus, décidé à s’engager dans une édition française, demande à un professeur de français de l’Académie militaire de Dresde, Jean Laforgue, de s’y atteler. La consigne est de nettoyer le texte de Casanova de ses italianismes et d’épurer les passages trop osés. Les deux premiers volumes paraissent en 1826. L’œuvre est interdite par le gouvernement de Saxe après la publication du quatrième tome. Même censure en France pour les quatre tomes suivants, publiés à Paris en 1832, les Mémoires de Casanova sont mis à l’index des livres interdits.

Déjà, la langue enjouée et fluide de Casanova a subi quelques outrages. Les nombreuses coupures opérées par Schütz ont enlevé beaucoup à la vivacité du texte. Quant à Jean Laforgue, il a non seulement édulcoré les scènes érotiques mais aussi réécrit au tamis de ses convictions les passages où Casanova parle de politique (il aurait de surcroît égaré corps et bien quatre chapitres des manuscrits).

Bien que libertin, le Vénitien restait un personnage de l’Ancien Régime. A l’inverse de son traducteur, plutôt anticlérical et perméable aux idées révolutionnaires. Mais ce sont ces versions qui vont servir aux éditions successives des Mémoires de J. Casanova de Seingalt, avant l’édition intégrale sans tripatouillages de 1960 sous le titre originel de l’Histoire de ma vie.

Car les manuscrits vont rester sous les verrous pendant très longtemps. L’opprobre de l’époque pour un texte jugé scabreux y est sans doute pour quelque chose. «Comment une maison d’édition aussi respectable peut-elle publier une œuvre aussi amorale?» s’entendent incriminer les deux jeunes fils de Friedrich Brockhaus, disparu en 1823. On préféra alors la faire oublier. Les nombreuses sollicitations de casanovistes pour approcher la source infâme restèrent vaines. Cent quarante ans de frustration littéraire et intellectuelle.

«Une situation bizarre sinon unique dans l’histoire du livre», relève la préface de l’édition Bouquins *. «Même les dieux luttent en vain contre les Brockhaus», se plaindra l’écrivain autrichien Stefan Zweig, à qui on en refusa l’accès. Au dire des propriétaires historiques, la raison de l’escamotage tenait aussi à leur rêve de publier eux-mêmes la grande édition des mémoires.

Mais grâce à eux, les précieux feuillets survivent miraculeusement aux péripéties de l’histoire. En 1943, la prestigieuse maison Brockhaus est fermée par les nazis. La famille décide de déposer les boîtes contenant les in-folio dans un coffre-fort de banque pour qu’ils ne soient pas détruits par les bombardements. Quand les Américains conquièrent Leipzig en juin 1945, ils proposent aux maisons d’éditions qui ne s’étaient pas ralliées au régime nazi de les suivre à l’Ouest. Casanova se retrouve ainsi embarqué dans un camion militaire américain. Pour atterrir à Wiesbaden, où se situe encore aujourd’hui le siège de la maison Brockhaus.

Ce n’est que quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale que Brockhaus réalisera son rêve d’une édition intégrale en français d’après le texte authentique du manuscrit, avec Plon. Pendant près d’un siècle et demi, plus de 500 éditions différentes des Mémoires sont parues basées sur les traductions ou versions de Schütz, de Laforgue voire de Busoni. La sortie du «texte intégral du manuscrit original» tient véritablement du scoop mondial. Entre 1960 et 1962 paraissent 12 volumes. Les manuscrits demeuraient depuis à l’abri des regards.

Il faut imaginer Casanova à sa table au château de Dux. Les carnets dans lesquels il a noté ses déplacements et ses rencontres sont éparpillés autour des feuillets où il va inscrire son récit à jamais. Celui qui arrive ici plus de deux siècles plus tard. Vénitien, prêtre défroqué, militaire, prisonnier, fuyard, espion, séducteur, il fut. Sa liberté et son cynisme laissent vivre sa plume, peu inquiète de sa crudité. Il y a le libertinage, certes, mais il y a aussi la chronique sans tabous de l’Europe des Lumières. «Le lecteur qui aime à penser verra dans ces Mémoires que n’ayant jamais visé à un point fixe, le seul système que j’eus, si c’en est un, fut celui de me laisser aller où le vent qui soufflait me poussait.»

 

* L’édition présentée et établie par Francis Lacassin en 1994 propose une très précise «Biographie du manuscrit». (Ed. Robert Laffont, coll. Bouquins.)




13:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

07/02/2010

Chirurgie à l'âge de pierre

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/02/05/archeologie-a-l-aube-de-la-chirurgie_1301621_3244.html#ens_id=1301708
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Enquête
Archéologie : à l'aube de la chirurgie
LE MONDE | 05.02.10 | 15h36  •  Mis à jour le 05.02.10 | 20h03


a pièce à conviction est enfermée en lieu sûr, dans un coffre de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Trop fragile pour être exposée. Trop précieuse. Il ne s'agit pourtant que d'un os - un vieil humérus -, comme les gratteurs de terre en ont exhumé des milliers. Mais celui-là prouve que, voilà 7 000 ans, un homme a subi une amputation et a survécu à l'opération. Il constitue le plus ancien témoignage d'un tel acte chirurgical jamais découvert en France. Et l'un des très rares attestés dans la préhistoire.

Pour reconstituer la scène, Anaïck Samzun, responsable des fouilles menées de 2003 à 2005, en vue de l'extension d'une carrière de sable, sur le site de Buthiers-Boulancourt (Seine-et-Marne), à 70 km au sud de Paris, exhibe d'autres fragments du squelette de l'amputé : un crâne poli par le temps, un maxillaire édenté, une poignée de vertèbres, un fémur, un tibia, un péroné, l'humérus droit, banal celui-là.

Nous sommes au début du néolithique - la datation des ossements au carbone 14 donne une fourchette comprise entre 4 900 et 4 700 avant notre ère -, à la fin de la culture dite de Blicquy-Villeneuve-Saint-Germain, juste après la civilisation du Rubané, caractérisée par les motifs à rubans de ses poteries. Les premières communautés agropastorales, cultivant le blé et l'orge, élevant des porcs et des moutons, prennent alors la place des derniers chasseurs-cueilleurs du paléolithique.

Sur le site actuel de Buthiers-Boulancourt vivent quelques dizaines de ces paysans, dans sept grandes maisons de type danubien, faites de bois enduit de pisé, dont ont été retrouvés les trous de poteaux et plusieurs fours domestiques. A proximité des habitations, deux ensembles de sépultures individuelles en pleine terre, où ont été ensevelis cinq cadavres. Et, très inhabituel pour l'époque, un vase contenant les restes charbonneux d'un corps incinéré.

L'une des fosses intrigue les archéologues. Creusée dans un calcaire très dur, de forme oblongue, elle est de dimensions atypiques : 2,5 mètres de long, 1,6 mètre de large et 1,5 mètre de profondeur, alors que les autres tombes, ajustées à la taille du défunt, ne sont profondes que de 30 cm. L'individu qui y repose est couché sur le flanc gauche en position fléchie, genoux surélevés, le corps aligné d'est en ouest, la tête tournée vers le sud. Une posture caractéristique des inhumations de cette période. Une première analyse anthropologique révèle qu'il s'agissait d'un homme, âgé, perclus d'arthrose et ayant perdu toutes ses dents.

Elément insolite, un jeune agneau, ou cabri, a été déposé à ses pieds, offrande ou viatique pour l'au-delà. Un mobilier funéraire exceptionnel l'accompagne : un grand pic en silex disposé en travers de son bras gauche, et une longue lame de hache en schiste placée derrière son crâne. Des attributs qui lui valent, au sein de l'équipe de fouilles, le surnom de "Rocco". Et qui, plus sérieusement, font penser qu'il jouissait d'un statut important dans le groupe.

Là n'est pas le plus étonnant. L'avant-bras et la main gauches manquent à l'inventaire, alors que la sépulture ne paraît pas avoir été perturbée par des animaux fouisseurs, l'érosion ou des labours ultérieurs. En outre, le membre supérieur gauche, sectionné au-dessus de l'articulation, présente un bord anormalement rectiligne. Les investigateurs pensent d'emblée à une amputation. Mais, sur des ossements aussi vieux, le diagnostic est difficile à poser.

Il faudra une auscultation au scanner, avec reconstruction de l'humérus en trois dimensions, pour le confirmer et publier la trouvaille dans la revue Antiquity de décembre 2009. "L'examen écartant l'hypothèse d'une malformation congénitale, il semble que l'homme ait d'abord subi un traumatisme - coup de hache, accident... - qui a partiellement arraché l'avant-bras en brisant les os, décrit Anaïck Samzun. Les parties encore en place ont alors été sciées intentionnellement, sans doute avec une lame de silex. La découpe s'est effectuée de la face antérieure vers la face postérieure de l'os, et le poids de l'avant-bras en extension, ou peut-être la traction exercée par le chirurgien, ont rompu les derniers millimètres."

Il y a mieux. Les radios montrent que l'humérus a cicatrisé, donc que l'amputé a survécu - quelques mois ou quelques années - à l'intervention. Cela, sans trace d'infection. Ce qui signifie que le manieur de bistouri "savait aussi stopper une hémorragie et possédait une bonne pratique de l'asepsie".

Deux cas seulement d'amputation étaient jusqu'ici connus, en Europe, pour le néolithique ancien. Tous deux dans la culture du Rubané, c'est-à-dire un peu plus vieux que celui de Buthiers-Boulancourt : l'un à Sondershausen, en Allemagne, l'autre à Vedrovice, en Moravie (République tchèque). Ce n'étaient sans doute pas les premiers : la possibilité d'une telle opération a été suggérée pour deux Néandertaliens du paléolithique moyen, l'un, en Irak, doté d'un humérus atrophié, l'autre, en Croatie, privé d'une main. Mais ces exemples restent rarissimes.

Les cas de trépanation, en revanche, sont beaucoup mieux documentés, surtout pour le néolithique récent. On en recense, dans la seule Europe, près de six cents. Et, sur le site pakistanais de Mehrgarh, dans une nécropole vieille de 9 000 ans, a été exhumé un jeu de molaires dans lesquelles, pour traiter des caries sans doute, des apprentis dentistes avaient pratiqué des perforations, à l'aide de perçoirs en bois à pointe de silex probablement actionnés par un archet. Une technique empruntée aux artisans bijoutiers.

"Les hommes du néolithique, et vraisemblablement leurs aînés déjà, possédaient un savoir-faire médical et chirurgical dont nous n'avons que très peu de traces, de surcroît sur des ossements souvent mal conservés, commente la chercheuse. Quand ces interventions étaient pratiquées sur les parties molles du corps, il ne nous en reste plus aucun témoignage." Pour soulager les maux, poursuit-elle, "ils disposaient sans doute d'une pharmacopée à base de plantes, dont on sait peu de chose".

Des graines et des pollens ont été retrouvés sur de nombreux sites. Mais rien ne permet de savoir s'ils provenaient de plantes ou de fruits à usage alimentaire, ou dotés de vertus médicinales.

 

Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 06.02.10

10:39 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

03/07/2009

La plus ancienne poterie

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/03/vieille-de-18-000-ans-la-plus-ancienne-poterie-est-chinoise_1214780_3244.html#ens_id=1214869

 

Vieille de 18 000 ans, la plus ancienne poterie est chinoise

LE MONDE | 03.07.09 | 15h18  •  Mis à jour le 03.07.09 | 15h18

 

Des tessons de céramiques découverts dans la grotte Yuchanyan, en Chine méridionale (Hunan), viennent d'être datés de 18 000 ans. Ce qui fait de cette poterie la plus ancienne jamais découverte. De précédents travaux avaient permis la mise au jour, dans la même région, de tels objets d'argile cuite plus récents de 2 000 à 3 000 ans. Ces résultats, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), s'appuient sur la datation au radiocarbone (carbone 14) de charbons et de collagène d'ossements animaux retrouvés dans la même couche stratigraphique. L'ensemble des datations effectuées sur les vestiges animaux du site indique une occupation de la grotte remontant à 21 000 ans environ. Des assemblages d'ossements animaux et des outils lithiques ont également été découverts sur le site.

Les chercheurs sont parvenus à réunir suffisamment de tessons pour reconstituer ce que devait être l'aspect de la céramique. D'aspect conique, celle-ci devait mesurer une trentaine de centimètres de hauteur. En outre, la qualité de sa facture laisse supposer que les artisans qui l'ont façonnée devaient être dépositaires d'un savoir-faire acquis de longue date.

La présence de telles céramiques à des époques aussi hautes pose question à la communauté scientifique. Elle suggère que la transition du paléolithique au néolithique s'est faite, en Asie de l'Est, sur de très longues périodes.

Au contraire, au Proche-Orient, le passage d'un mode de vie de nomades chasseurs-cueilleurs se fait relativement vite. Et ce n'est qu'autour du Xe millénaire avant notre ère que l'on retrouve de telles céramiques, sur des sites occupés par des populations déjà sédentarisées et maîtrisant les techniques agricoles. Une statuette en céramique datée d'environ 25 000 ans - la célèbre Vénus de Dolní Vestonice - a bien été mise au jour en Moravie (République tchèque) au début du XXe siècle, mais jamais aucun récipient remontant à des époques aussi anciennes n'a jamais été découvert.

Et pour cause : les chercheurs s'interrogent sur l'utilité de ces poteries primitives pour des populations ne maîtrisant pas encore l'agriculture - comme on le présume de celles occupant le site de Yuchanyan il y a 18 000 ans. Cependant, le site a également livré de rares restes de grains de riz. D'où ces questions : y avait-il plus de riz à l'origine qu'on n'en exhume aujourd'hui ? Ce riz était-il totalement sauvage ou déjà le fruit d'un embryon d'agriculture, dans une région réputée être le berceau de la domestication de cette céréale, à la base des régimes alimentaires de l'ensemble de l'Asie... Enfin, des questions se font également jour sur la nature de l'habitat qu'aurait représenté la grotte pour ses occupants d'il y a 18 000 ans.

 

Stéphane Foucart

Article paru dans l'édition du 04.07.09

19:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, préhistoire

17/01/2009

"Antecessor", le premier Européen

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/01/17/antecessor-le-premier-europeen_1143146_3244.html

"Antecessor", le premier Européen
LE MONDE | 17.01.09 | 14h00 • Mis à jour le 17.01.09 | 14h00

ne pellicule de givre s'est déposée sur les reliefs, rendant plus bleu encore le ciel de la province espagnole de Castille-Léon. Le froid est vif, comme celui, peut-être, qui, aux âges farouches de l'aube de l'humanité, poussa des hordes de chasseurs nomades à chercher refuge dans l'entrelacs de grottes et de galeries de la sierra d'Atapuerca, non loin de l'actuelle Burgos. La végétation, mêlant les influences des climats océanique et méditerranéen, était généreuse - chênes, hêtres, pins sylvestres, oliviers et arbrisseaux. Les terres, arrosées par l'Ebre et le Douro, giboyeuses. Entre le tigre à dents de sabre, l'aurochs, l'ours, le lion, le lynx, la panthère et les hominidés, la compétition pour la vie était féroce.

Accroupi devant l'entrée d'une fosse, Eudald Carbonell, codirecteur de l'équipe de fouilles, montre du doigt une étiquette fixée à un rivet. Pour le profane, un simple numéro. Mais l'oeil de l'archéologue brille. C'est là qu'a été exhumé, en 2007, un fragment de mandibule humaine vieux de 1,2 million d'années. Le plus ancien témoignage de la présence d'Homo jamais découvert en Europe de l'Ouest. Dans cet aven, baptisé Sima del Elefante ("gouffre de l'Eléphant") parce qu'y a été trouvée une molaire de mammouth, a été déterrée depuis une phalange de main provenant sans doute du même individu, un adulte mâle d'une trentaine d'années. Quelques outils de pierre taillée également.

Un bout de mâchoire, un os de quelques centimètres de long... Pour les paléoanthropologues, un trésor. Car ces reliques invitent à réécrire l'histoire du peuplement de l'Europe. On savait jusqu'ici que l'Eurasie avait été occupée par vagues migratoires successives, en provenance du berceau africain. La première remonterait à au moins 1,9 million d'années. D'autres, plus récentes et moins certaines, se seraient produites à partir de l'Afrique, mais aussi de l'Asie. Jusqu'à l'arrivée de l'homme moderne, Homo sapiens, parti de son foyer africain voilà 200 000 ans et parvenu sur le Vieux Continent il y a 40 000 ans.

Mais, pour le peuplement ancien de l'Europe occidentale, les pistes restent brouillées. Un temps prétendant au titre de plus vieil Européen de l'Ouest, le Français de Tautavel (un crâne de 450 000 ans) a d'abord été détrôné par le Britannique de Boxgrove (un tibia de 500 000 ans). Avant que, au milieu des années 1990, le site de la sierra d'Atapuerca ne livre, dans le gisement sédimentaire de Gran Dolina, les ossements (crânes, maxillaires, côtes, vertèbres...) d'au moins onze hominidés datant de 800 000 ans. Et que les dernières fouilles du site espagnol ne donnent à nos ancêtres européens un coup de vieux de 400 000 ans supplémentaires.

Entre-temps, des fossiles plus anciens encore, de 1,8 million d'années, ont été découverts à Dmanisi, en Géorgie. Ce qui peut laisser supposer que la colonisation de l'ouest de l'Europe s'est effectuée non pas par le détroit de Gibraltar, comme l'imaginent certains préhistoriens, mais à partir de l'Europe centrale.

Qui était donc l'homme d'Atapuerca ? Partageant des traits communs avec les futurs néandertaliens, apparus voilà 250 000 ans (même mâchoire), et avec Homo sapiens (même morphologie faciale), il a parfois été considéré comme leur aïeul commun. A tort probablement. "Tout porte à croire qu'il s'agit d'un rameau du genre Homo resté sans descendance, pense José-Maria Bermudes de Castro, qui codirige les fouilles. Il est sans doute né dans le cul-de-sac que constitue la péninsule Ibérique, et il y est mort."

Une espèce singulière donc, à laquelle les paléontologues ont donné le nom d'Homo antecessor, en référence à l'explorateur aux avant-postes de l'armée romaine. Un éclaireur qui "montre que l'Europe de l'Ouest a eu un peuplement plus précoce et plus important qu'on ne le pensait".

Ce chasseur, qui se servait de galets taillés et connaissait vraisemblablement l'usage du feu, était aussi... anthropophage. C'est ce que révèlent les marques d'incision observées sur les ossements provenant des onze squelettes mis au jour à Gran Dolina, tous des enfants ou des adolescents. Ces marques, semblables à celles que portent les restes d'animaux voisins, montrent que les dépouilles mortelles des jeunes victimes ont été décharnées à l'aide d'un outil tranchant et leur chair consommée. Les crânes de certaines d'entre elles furent fracassés. Et leurs os volontairement fracturés.

Il s'agit là du plus ancien témoignage de cannibalisme. Sans doute n'était-il pas pratiqué, ainsi qu'il le sera plus tard, comme un acte rituel permettant de s'approprier les qualités de la victime, mais plutôt, avance Eudald Carbonell, "afin d'éliminer les descendants d'un clan rival, en raison d'une croissance démographique entraînant une lutte territoriale".

Découvertes par hasard, à la faveur du percement d'une tranchée de chemin de fer minier, et fouillées depuis trente ans, les couches sédimentaires de la sierra d'Atapuerca sont loin d'avoir dévoilé tous leurs secrets. D'un autre gisement, la Sima de los Huesos ("gouffre des ossements"), ont déjà été sortis de terre plus de 5 000 fragments d'une trentaine de squelettes d'hominidés, datant d'environ 400 000 ans et appartenant à l'espèce Homo heildelbergensis, l'ancêtre de Neandertal. Les corps, entassés au fond d'un puits, semblent y avoir été jetés intentionnellement, ce qui pourrait constituer la plus ancienne preuve d'une pratique funéraire. Un biface en quartzite rouge, dont le fil des arêtes atteste qu'il n'avait jamais été utilisé, était déposé parmi les cadavres, en offrande peut-être.

Classé au Patrimoine mondial de l'Unesco, le site d'Atapuerca "est l'un de ceux qui offrent la plus extraordinaire moisson d'informations sur l'histoire des premiers Européens", commente Jean-Pierre Mohen, directeur de la rénovation du Musée de l'homme. Avant sa fermeture provisoire, l'établissement parisien expose une sélection de ces vestiges, dont certains n'ont jamais été présentés. Ainsi de la phalange de main de 1,2 million d'années, d'autant plus précieuse que les os de petite taille sont rarement conservés dans les gisements fossiles.

Autre pièce remarquable : un crâne d'Heidelbergensis, le plus complet de tous ceux retrouvés à ce jour dans le monde, avec sa mâchoire suggérant une septicémie buccale mortelle. Les collections rejoindront ensuite le Musée de l'évolution humaine, qui ouvrira ses portes en 2010 à Burgos.

"Atapuerca, sur les traces des premiers Européens", jusqu'au 16 mars au Musée de l'homme, à Paris.


Pierre Le Hir (Atapuerca, Espagne, envoyé spécial)
Article paru dans l'édition du 18.01.09

05/01/2009

la "guerre de conquête" d'Israël à Gaza

lu sur lemonde.fr :

Le sous-commandant Marcos condamne la "guerre de conquête" d'Israël à Gaza
AFP 05.01.09 | 01h35

Le sous-commandant Marcos, chef de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), mouvement de rébellion mexicain, a envoyé dimanche un message de solidarité au peuple palestinien en qualifiant l'offensive israélienne à Gaza de "guerre de conquête".

"Les pas emboîtés par l'armée israélienne sont ceux d'une guerre de conquête", a-t-il affirmé pour exprimer son "soutien" aux Palestiniens, au cours du "Premier festival mondial de la colère digne", organisé pour le 15e anniversaire de son mouvement de rébellion "zapatiste" à San Cristobal de las Casas, dans le Chiapas, l'Etat le plus pauvre du Mexique.

Le sous-commandant a été applaudi par les quelque 4.000 participants au festival, qui avaient organisé un cortège de protestation contre Israël samedi soir dans le centre de la ville, berceau de la guérilla "zapatiste" qui a cessé le combat armé en 1995.

Encagoulé comme de coutume lorsqu'il apparaît en public, le sous-commandant Marcos avait ouvert vendredi matin ce festival dans les locaux de l'Université de la Terre, un centre culturel à San Cristobal de Las Casas, berceau de la guérilla qui a cessé le combat armé en 1995.

Le rendez-vous rassemble des responsables politiques et sociaux, et des militants de l'anti-capitalisme d'une vingtaine de pays.

Le 1er janvier 1994, l'EZLN, mouvement d'insurrection amérindien, avait lancé un soulèvement armé au Chiapas, dans le sud-est du pays, le jour même de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

Depuis, les forces de l'ordre mexicaines --armée et police-- sont tenues à l'écart des municipalités totalement administrées par les Zapatistes dans cette région montagneuse.

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remarque : la rébellion zapatistes a donc 14 ans d'existence sur le pré carré des USA.

Cinq enfants tués à Gaza

N'y en aurait-il que cinq ? La presse est-elle bien informée ? Et les autres victimes civiles ou patriotes résistants ?
C'est vraiment une guerre "propre" alors !
Bravo ISRAËL ! Beaucoup mieux que les nazis !

lu sur lemonde.fr :

Cinq enfants tués à Gaza dans des bombardements israéliens (source médicale)
AFP 05.01.09 | 08h12

Cinq enfants palestiniens ont été tués lundi dans des bombardements israéliens à Gaza, a indiqué une source médicale palestinienne.

Trois enfants ont été tués par un obus de char tiré dans le quartier de Zeitoun, à Gaza, et deux autres dans un bombardement de la marine israélienne contre le camp de réfugiés de Chati, toujours dans la ville de Gaza, a indiqué le chef des urgences palestiniennes Mouawiya Hassanein.

L'âge des victimes n'a pas été précisé.

L'offensive israélienne, entrée lundi dans son dixième jour, a fait au moins 517 morts palestiniens dans la bande de Gaza, où les chars israéliens ont pris dimanche le contrôle de plusieurs axes stratégiques, se heurtant par endroits à des combattants du mouvement islamiste Hamas.