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02/12/2010

L'autobiographie de Mark Twain

lu sur :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/12/01/mark-twain-cent-ans-de-railleries_1447420_3222.html

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Lettre d'Amérique

LEMONDE | 01.12.10 | 15h47  •  Mis à jour le 01.12.10 | 15h48

Cent ans après sa mort, Mark Twain publie encore. Le premier volume de son autobiographie est sorti le 15 novembre. Et, à la grande surprise de l'éditeur, University of California Press, qui avait prévu ce qu'il croyait être un tirage confortable - 7 500 exemplaires -, le livre a été immédiatement épuisé. Depuis, l'imprimeur, un petit établissement du Michigan, fait des heures supplémentaires, etAutobiography of Mark Twain en est à la sixième réédition. L'ouvrage n'en est pas encore tout à fait à talonner les autojustifications de George W. Bush (700 000 exemplaires la première semaine), mais, pour un livre de 736 pages, dont 200 de notes explicatives, et vendu 35 dollars, c'est un palmarès confondant.

Pourquoi ce subit engouement pour l'auteur des Aventures de Huckleberry Finn ? Certains croient y voir le signe que les Américains, en pleine crise identitaire, ont besoin de se ressourcer. On parierait qu'ils ont surtout envie de rire, toutes tendances confondues. Avec sa moustache revêche, Mark Twain n'a jamais craint de se payer la tête de ses compatriotes. "Dieu a créé la guerre afin que les Américains apprennent la géographie", a-t-il fait remarquer. Autre explication plus terre à terre, et qu'il n'aurait probablement pas désavouée (il a été le premier auteur à avoir jamais fait de son nom une marque déposée) : la proximité des fêtes de fin d'année. A en croire les libraires, l'autobiographie de Mark Twain est un parfait cadeau de Noël pour les hommes : "Littéraire mais pas trop ardu."

Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, s'est fait tout seul et il a toujours gardé le sens de la justice sociale. A 12 ans, après la mort de son père, il a quitté l'école pour devenir typographe. A 22, il pilotait un bateau à vapeur sur le Mississippi. A 40, il parcourait la planète, donnant des conférences pour payer ses dettes et livrant ses impressions sur le chemin de fer en France ("mortel"), la langue allemande ("terrible"), les relations raciales en Afrique du Sud ou les îles Sandwich (Hawaï). Il était à la fois du Nord et du Sud. De l'ancien monde, esclavagiste, et du nouveau, post-guerre civile. "Je ne suis pas un Américain, s'est-il vanté un jour. Je suis L'Américain."

A la fin de sa vie, il était connu dans le monde entier (Freud vint assister à sa conférence de 1898 à Vienne). Pour Robert Hirst, le conservateur des Archives Mark Twain à Berkeley, il fut "la première célébrité globale". Les gens lui écrivaient pour obtenir un autographe, qu'ils revendaient aux collectionneurs. L'auteur n'était pas dupe. Sur les enveloppes des quémandeurs, il notait : "D'un idiot quelconque en Irlande""D'un con à Boston"... Quand les responsables d'un orphelinat du Massachusetts firent appel à son infinie générosité, Mark Twain répondit en leur faisant part de son entière admiration pour leur profond dévouement. Mais "les actions comptent plus que les mots, ajouta-t-il, c'est pourquoi je suis prêt à contribuer en envoyant deux de mes enfants"... A quoi il ajouta deux autographes. Les orphelins auront eu double ration, espérons-le.

Si l'autobiographie de Mark Twain n'est publiée qu'aujourd'hui, c'est qu'il a lui-même imposé un embargo de cent ans sur ses Mémoires. Il entendait pouvoir dire tranquillement tout le mal qu'il pensait de ses voisins, ses amis, ses confrères, sa logeuse, son curé et son gouvernement. Et sans embarrasser qui que ce soit, et en particulier sa fille Clara, unique survivante de ses quatre enfants. Il en résulte un feu d'artifice époustouflant.

Un certain Hartford Bliss, par exemple, qui n'a laissé aucune trace dans l'histoire, est décrit comme un " gredin aux yeux de rat ; menteur professionnel, grand, sec, jaune, chauve et édenté"... La religion chrétienne est grippe-sou, hypocrite et cruelle : "Toutes les flottes du monde pourraient naviguer confortablement sur l'océan du sang qu'elle a versé." Theodore Roosevelt, le président, est un être "irresponsable"et "fantasque" que Mark Twain accuse d'avoir couvert le massacre de 600 civils aux Philippines par l'armée : "Il savait parfaitement que nos assassins en uniforme n'avaient pas été à la hauteur du drapeau américain." Violemment anticolonialiste, Mark Twain était devenu le vice-président de la "société anti-impérialiste", hostile aux aventures militaires à l'étranger.

Il fulmine aussi contre le gourou du Wall Street de l'époque, Jay Gould"Avant lui, les gens désiraient l'argent. Il leur a appris à se prosterner et à l'aduler."

Malgré l'embargo, certains chapitres avaient déjà été publiés. Mais l'éditeur affirme que la publication actuelle est la version "définitive et non expurgée". Et, pour la première fois, les chapitres sont organisés comme Mark Twain le souhaitait : au hasard de son inspiration, selon un plan qui fait des "méandres", expression de l'éditrice de Berkeley Harriet Smith, sans se soucier de chronologie.

Mark Twain est mort le 21 avril 1910. On l'a enterré dans le costume blanc qui est passé à la postérité avec les cigares et la moustache. Misanthrope au grand coeur, il aurait eu 175 ans ce 30 novembre. Pour sa destination finale, il hésitait entre le paradis et l'enfer. Le premier le tentait "pour le climat". Le second, "pour la compagnie".

Courriel : lesnes@lemonde.fr.
Corine Lesnes

Article paru dans l'édition du 02.12.10

17/11/2010

Sarkozy au Proche-Orient

sarkozy au proche orient2010bis.jpg

Sarkozy au Proche-Orient

Farouk MARDAM-BEY - Directeur D'ouvrage

Cet ouvrage collectif se propose de montrer que la politique de Nicolas Sarkozy est loin de contribuer à débloquer le processus de paix israélo-arabe et encourage au contraire les dirigeants israéliens à ignorer les résolutions de l'ONU et à enterrer définitivement la solution fondée sur la création d'un Etat palestinien indépendant dans les territoires occupés en juin 1967.

Sindbad L'Actuel, octobre, 2010 / 14 x 22,5 / 190 pages ISBN 978-2-7427-9266-5,prix : 17,00€

04/11/2010

Palestine : un village bédouin déclaré illégal

lu sur :
http://www.france-palestine.org/article15892.html
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Laurent Zecchini
Al-Arakib, un village bédouin déclaré illégal, a été rasé six fois en trois mois par les bulldozers israéliens. Mais les habitants s’accrochent à leurs terres

Un nuage ocre, accompagné de rafales de sable et de poussière, a noyé le paysage. Le khamsin, ce vent du désert venu d’Egypte, s’est abattu sur Al-Arakib comme une nouvelle mais vaine menace : il n’y a plus rien à détruire dans ce village bédouin du Néguev, situé à 7 km au nord de la ville de Beer-Sheva. Entre le 27 juillet et le 13 octobre, les forces de police israéliennes sont venues à six reprises, pour raser le village méthodiquement, afin qu’il n’en reste rien, que la vie n’y repousse pas.

Mais les habitants sont revenus à chaque fois, reconstruisant des abris de plus en plus précaires. En cet après-midi d’octobre, des villageois et leur chef, Sheikh Sayah Al-Turi, se sont regroupés, pour raconter la violence de ces interventions, mais aussi la vie qui a repris tant bien que mal sous les tentes de plastique, par une température de 43 °C.

Pour se rendre à Al-Arakib, il faut un guide. Le village ne figure sur aucune carte officielle. C’est un village " non reconnu ", illégal donc, sans droit d’exister, comme 45 autres villages bédouins du Néguev. Il faut ralentir, viser une trouée dans la barrière de sécurité de la grande route qui va du nord de Tel-Aviv au sud du Néguev, puis suivre un ruban d’asphalte qui s’enfonce dans le désert.

Un grillage apparaît bientôt, flanqué d’une sorte de portail et, sur la gauche, des tombes blanches aux inscriptions musulmanes, intactes. Le cimetière est désormais un sanctuaire, où les forces de police israéliennes n’osent pas pénétrer. Quelques dizaines de mètres encore et la réalité d’Al-Arakib s’offre aux yeux. Quiconque s’est rendu à Gaza depuis l’opération " Plomb durci " de l’hiver 2008 aura une impression de déjà-vu : une gigantesque main de fer a aplati les maisons, broyé les murs de ciment et les poutrelles d’acier, comme si un bombardement avait eu lieu.

La première " descente ", le 27 juillet, fut la plus impressionnante, pour les enfants surtout : 1500 policiers, accompagnés des bulldozers blindés que l’armée israélienne utilise parfois en Cisjordanie, ont investi les lieux. En trois heures, raconte Haia Noach, présidente de l’ONG israélienne Neguev Coexistence Forum, le village, composé de 46 constructions dont 30 habitations, a été détruit. Rien n’a échappé aux bulldozers : plus d’un millier d’oliviers ont été déracinés.

Les 300 habitants ont perdu leur toit et l’essentiel de leurs possessions : tout ce qui n’a pas été enseveli sous les décombres - générateurs, tracteurs et voitures - a été saisi, emporté dans des camions.

Les 4 et 10 août, juste avant le début du ramadan, les forces de police sont revenues. Des échauffourées ont eu lieu, des arrestations ont été opérées, et les bulldozers ont achevé leur besogne. Un scénario qui s’est répété les 17 août, 12 septembre et 13 octobre.

Cet acharnement à faire disparaître Al-Arakib ne doit rien au hasard. Le 26 juillet, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait lancé un avertissement : selon lui, laisser certaines zones du territoire israélien, " par exemple au Néguev ", sans majorité juive, constitue une " réelle menace ".

Titres de propriété

Israël s’inquiète depuis des années de la situation difficilement contrôlable des quelque 180 000 Bédouins semi-sédentarisés du Néguev. Cette population arabe israélienne connaît l’un des taux démographique les plus rapides du monde : 4,2 %, contre 2,6 % pour l’ensemble des Palestiniens. A ce rythme, dans dix ans, les Bédouins du Néguev seront 300 000.

" Le vrai problème, explique Haia Noach, est que, pour Israël, la terre doit aller aux Juifs, pas aux Arabes. " L’Etat a réagi en créant, entre 1968 et 1990, sept villes nouvelles pour regrouper et sédentariser les Bédouins. Il s’agissait officiellement de combattre le sous-développement de la population d’Israël la plus mal lotie : 71 % des familles bédouines se situent sous le seuil de pauvreté.

Pour l’essentiel, cette politique de townships a été un échec. Sheikh Sayah Al-Turi explique pourquoi : " Ma famille vit à Al-Arakib depuis huit générations. Les Turcs et les Anglais nous laissaient vivre tranquilles, pourquoi les Israéliens ne peuvent-ils faire de même ? Même s’ils me donnent ailleurs 100 dunams - 1 dunam, mesure datant de l’empire ottoman, représente 1 000 m² - pour 1 dunam de ma terre, je ne partirai pas. "

Les Bédouins ont présenté ce qu’ils croyaient être des titres de propriété datant de l’époque ottomane et du mandat britannique, que le gouvernement a rejetés. A ce jour, la réponse des tribunaux a été identique. Pour fragmenter l’opposition bédouine, les autorités israéliennes ont essayé, avec un succès relatif, de conclure des accords séparés, par famille et par tribu. Elles ont offert des compensations financières, des logements urbains exigus raccordés à l’eau courante, à l’électricité et au téléphone, mais l’essentiel manquait : la terre. N’ayant plus confiance dans la parole de l’Etat, les Bédouins veulent sensibiliser la communauté internationale. Des ONG israéliennes les aident, mais aussi le Mouvement islamiste israélien (proche du Hamas), ce qui n’arrange pas les relations avec les autorités israéliennes.

Sheikh Sayah Al-Turi pense que les Bédouins ne cesseront jamais d’être des citoyens de seconde classe en Israël, et que, tôt ou tard, les bulldozers vont revenir à Al-Arakib. En attendant, il reçoit ses visiteurs dans le hangar qui jouxte le cimetière, devenu le nouveau diwan (" lieu de réunion "). " Les morts protègent les vivants ", constate Haia Noach.


Arbres contre Bédouins

Al-Arakib (Israël) Envoyé spécial

Vers le nord, on distingue les maisons de Rahat, une township où les villageois d’Al-Arakib peuvent se rendre à condition d’abandonner leurs revendications sur leurs terres ancestrales. Là-bas, ils seront confrontés à une forte promiscuité et à un taux de criminalité élevé.

Vers l’ouest, sur une colline, on aperçoit la " forêt des ambassadeurs ", qui doit son nom à un voyage de diplomates dans la région. Elle a été financée par le Fonds national juif, qui sponsorise la plantation de milliers d’arbres dans le Néguev, notamment sur des terres revendiquées par les Bédouins.

L’objectif du Fonds est de faire progresser de 250 000 personnes la population juive de la région. Il assure que s’il fallait légaliser les villages " non reconnus " (où habitent 90 000 Bédouins), ils " couvriraient 60 % du Néguev ", ce qui produirait " une crise environnementale ". Pour l’ONG Negev Coexistence Forum, les communautés bédouines n’occupent que 6 % de cette région désertique du sud d’Israël.

Ruinés

Dépossédés, expulsés, les villageois d’Al-Arakib sont en passe d’être ruinés : les autorités israéliennes ont l’intention de leur faire acquitter le coût des opérations d’expulsion de cet été, soit 2 millions de shekels (395 000 euros). Al-Arakib est devenu le village-symbole d’une population bédouine victime de discriminations, mais il n’est pas le seul dans le Néguev et la vallée du Jourdain.

Le record est détenu par le village de Twail Abu Jarwal, au sud-est d’Al-Arakib, qui a le tort d’être situé là où le Fonds veut planter une forêt. En quatre ans, assure le Negev Coexistence Forum, cette localité établie au lieu-dit des " collines du destin " a été partiellement détruite à quelque cinquante reprises !

L. Z.

 

publié par le Monde

http://www.lemonde.fr/

- Les expulsés du désert

LE MONDE | 31 octobre 2010 | Laurent Zecchini | 850 mots

Al-Arakib, un village bédouin déclaré illégal, a été rasé six fois en trois mois par les bulldozers israéliens. Mais les habitants s'accrochent à leurs terres. Un nuage ocre, accompagné de rafales de sable et de poussière, a noyé le paysage.


- Arbres contre Bédouins

LE MONDE | 31 octobre 2010 | L. Z. | 263 mots
. Vers le nord, on distingue les maisons de Rahat, une township où les villageois d'Al-Arakib peuvent se rendre à condition d'abandonner leurs revendications sur leurs terres ancestrales. Là-bas, ils seront confrontés à une forte promiscuité et à un taux de criminalité élevé.

02/11/2010

Le sac du Palais d'été, Pékin octobre 1860 : pour une restitution des objets volés

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/10/30/les-chinois-peinent-a-recuperer-les-tresors-pilles-du-palais-d-ete-de-pekin-en-octobre-1860_1433289_3246.html

Les Chinois peinent à récupérer les trésors pillés du Palais d'été de Pékin en octobre 1860

L'ancienneté des faits et des considérations légales et diplomatiques freinent d'éventuelles restitutions

Cent cinquante ans après le sac du Palais d'été par les troupes franco-britanniques, l'administration de tutelle du Yuanmingyuan - ou jardin de la clarté parfaite - converti aujourd'hui en parc, cherche tant bien que mal à promouvoir la restitution des objets pillés, et aujourd'hui disséminés à l'étranger, dans des musées ou des collections privées. " C'est un très long processus, qui ne fait que commencer", dit au Monde Wu Yinghong, porte-parole du Yuanmingyuan à Pékin.

Malgré les réactions patriotiques que suscite encore dans l'opinion publique l'humiliation de la Chine au temps des guerres de l'opium, le gouvernement chinois reste visiblement en retrait. En raison de la complexité des considérations légales et historiques liées à l'événement, et aussi parce qu'il ne souhaite pas voir sa politique étrangère du moment parasitée par une question qui n'est pas jugée prioritaire.

Dans une lettre ouverte présentée lors d'une cérémonie, lundi 18 octobre, date anniversaire de l'incendie de ce qui était alors un vaste ensemble de résidences impériales sous la dynastie des Qing - la plus grande partie du pillage avait eu lieu les 7 et 8 octobre 1860 -, l'administration du Yuanmingyuan "propose aux institutions et aux individus détenteurs de reliques en provenance de l'ancien Palais d'été de les restituer".

Elle enjoint aussi "tous les gens qui aiment la paix dans le monde à s'opposer à la vente aux enchères et au commerce de reliques du Yuanmingyuan". Et enfin, appelle à davantage de "collaboration et de communication" autour de la protection de l'héritage du Yuanmingyuan. Désigné porte-parole pour la restitution des reliques, Jackie Chan, la vedette du cinéma hong-kongais, a été le premier signataire de la lettre, que tout visiteur de l'ancien Palais d'été pourra signer, pendant une durée d'an.

Cet appel, retransmis à la télévision de Pékin, reflète les difficultés rencontrées par les chasseurs de reliques chinois : "Chacun des palais du Yuanmingyuan contenait un inventaire détaillé des objets qu'il recelait. Mais ils ont probablement été brûlés", signale Wang Daocheng, spécialiste de l'histoire des Qing à l'université du Peuple de Pékin, et membre de la Yuanmingyuan Society, un comité d'experts de l'ancien Palais d'été. "On connaît mal ce qui reste et où se trouvent les objets à l'étranger", ajoute M. Wang, qui relate les difficultés rencontrées par une mission d'universitaires chinois partis aux Etats-Unis en novembre 2009 : "Les musées pensaient qu'ils étaient là pour récupérer des objets. Or l'idée était juste de les répertorier. Les visites qui étaient prévues en Europe et au Japon ont été repoussées, car il faut qu'elles se fassent dans un climat plus amical", explique-t-il.

Principale résidence des empereurs mandchous, qui ne demeuraient qu'occasionnellement dans la Cité interdite, les quelque deux cents palais et pavillons du Yuanmingyuan regorgeaient de calligraphies, de soie, de bijoux, de jade, de porcelaines, comme en rend compte, dans Le Sac du Palais d'été (éditions du Rocher, 2003), l'un des ouvrages les plus complets consacrés à l'événement, l'historien français Bernard Brizay, qui a compilé les témoignages de nombreux participants de l'expédition - officiers, soldats ou diplomates anglais et français.

Ces trésors forment une partie des quelque 1,64 million d'objets chinois que l'Unesco estime, selon l'agence Xinhua, dispersés à travers le monde. Leur apparition dans des ventes aux enchères est susceptible de déclencher l'alarme en Chine, comme en février 2009, lors de la vente par Christie's de deux têtes de bronze provenant d'une fontaine du Palais d'été, appartenant à la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent : le marchand d'art chinois qui s'en porta acquéreur ne put payer et sa tentative de récupération des têtes - dont rien n'atteste toutefois qu'elles furent emportées par les troupes franco-britanniques - se solda en fiasco pour la Chine.

"Racheter des objets, comme les têtes du zodiaque (quatre autres têtes provenant de la fameuse fontaine, qui en comportait douze, sont au Poly Art Museum, à Pékin), fait s'envoler les prix. Le Bureau national du patrimoine culturel a donc demandé l'an dernier aux musées de ne plus acheter !", explique M. Wang.

Quant aux négociations intergouvernementales, elles buttent sur le délai maximum de cinquante ans prévu par les traités internationaux pour la réclamation d'objets antiques volés ou exportés illégalement. "La seule voie est celle du don de la part des détenteurs", affirme l'expert, citant le cas d'une compagnie d'assurances américaine qui avait acquis la fenêtre d'un pavillon en cuivre et l'a rendue à la Chine. Ou d'une famille de NéoZélandais, venus le 18 octobre, faire don de vases qu'ils avaient hérités de leurs ancêtres...

Brice Pedroletti

15/10/2010

Histoire : comment est née la Croix Rouge

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dd008274-d7d1-11df-8c37-4f6b8b04d2e4|0

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Gustave Moynier, l’oublié du CICR

Les délégués à la conférence diplomatique de 1864. Henry Dunant s’est invité parmi eux en faisant figurer son portrait sur le mur, au-dessus du général Dufour et de Gustave Moynier. (Bibliothèque de Genève / Centre d’iconographie genevoise)

Les délégués à la conférence diplomatique de 1864. Henry Dunant s’est invité parmi eux en faisant figurer son portrait sur le mur, au-dessus du général Dufour et de Gustave Moynier. (Bibliothèque de Genève / Centre d’iconographie genevoise)

Si Henry Dunant en a eu l’idée, le CICR doit aussi son existence à un personnage moins flamboyant dont il reconnaît aujourd’hui la paternité

«Les ambulances et les hôpitaux militaires seront reconnus neutres et, comme tels, protégés et respectés par les belligérants…» Ainsi commence la première Convention de Genève, signée le 22 août 1864 par les représentants de 16 Etats européens dont la France, la Grande-Bretagne, la Prusse et l’Italie et des Etats-Unis. C’est l’ancrage dans le droit du rêve formé par Henry Dunant à Solferino – des équipes de secours aux blessés préparées en temps de paix pour intervenir efficacement sur les champs de bataille, neutralisées et vouées à relever les blessés des deux bords. C’est aussi l’entrée dans la sphère officielle d’un petit comité de cinq personnes créé un an plus tôt à Genève et appelé à un brillant avenir: le Comité international de la Croix-Rouge ou CICR.

L’occasion méritait une photo. C’est Henry Dunant lui-même, en tant que secrétaire du Comité, qui s’en est occupé. Pour des raisons techniques, il s’agit d’un montage. On y voit les délégués, le président de la conférence diplomatique, le général Dufour avec, à sa droite, l’autre représentant de la Suisse, le vice-président du CICR, Gustave Moynier. Et Dunant lui-même.

Mais ce dernier, dont le démarchage actif auprès des cours européennes est pour beaucoup dans le succès de la conférence, ne figure pas parmi les délégués. Il n’a pu qu’assister aux débats sans y prendre part. Il a réparé malicieusement ce qu’il ressent peut-être comme une mise à l’écart en faisant figurer son portrait au-dessus de la tête du général.

Ce pied de nez ne fait rien pour améliorer les relations de Dunant, outsider inspiré, avec les membres plus sages du comité créé pour donner vie à ses idées. Mais il fournit une bonne illustration de ce qu’est déjà le rapport des forces et des influences: d’un côté, l’action institutionnelle, menée par une poignée de respectables représentants de la Genève bien. Ailleurs, pourquoi pas en dessus, les idées, les enthousiasmes, l’entregent et l’imprévisibilité de Dunant, petit- bourgeois né à mi-chemin de la ville basse, populaire, et de l’aristocratique ville haute, homme d’affaires audacieux et bientôt failli.

La postérité n’a pas hésité: c’est Henry Dunant, couronné en 1901 d’un prix Nobel de la paix qu’il avait activement recherché, qui s’est vu reconnaître l’entière paternité du mouvement de la Croix-Rouge, y compris, au fil des années, par le CICR lui-même. Cent ans après son décès, ce dernier a décidé d’associer à l’hommage qui lui est rendu par le Musée de la Croix-Rouge son frère ennemi d’alors, Gustave Moynier, qui a présidé aux destinées du Comité de 1863 à sa mort, intervenue elle aussi en 1910 (lire ci-contre).

A côté de la légende d’Henry Dunant, la vie de Gustave Moynier peut sembler bien terne. Fils d’un important négociant qui siège au Conseil d’Etat entre 1843 et 1846, il épouse en 1851 la fille d’un banquier parisien, ce qui lui donne définitivement la possibilité de vivre de ses rentes.

Juriste de formation, c’est donc dans un domaine alors en pleine expansion, la philanthropie, qu’il fera carrière. Lorsqu’il lit Un Souvenir de Solferino, le livre dans lequel Henry Dunant évoque les souffrances et les agonies des quelque 40 000 hommes tombés sur le champ de bataille italien, il est président de la Société genevoise d’utilité publique, pour laquelle il a déjà écrit plusieurs études sur diverses questions sociales.

Comme des milliers d’Européens qui font la même lecture, il est bouleversé. Il contacte Henry Dunant, qui lui avait fait parvenir un exemplaire de sa première édition. Et lui propose de saisir la Société d’utilité publique des deux propositions formulées en conclusion de l’ouvrage: créer des sociétés de secours aux blessés dans chaque pays et leur garantir par traité la sécurité sur les champs de bataille.

La Société hésite – sa vocation est trop locale pour lui permettre de s’immiscer ainsi dans les affaires des Etats. Mais Gustave Moynier tient à son idée. Il obtient l’aval de la Société pour rédiger un mémoire à présenter à un congrès de bienfaisance qui doit se tenir en septembre 1863 à Berlin. Un comité de rédaction est désigné. Il comprend Gustave Moynier, Henry Dunant, le général Guillaume-Henri Dufour, le vainqueur de la guerre du Sonderbund, et deux médecins, Louis Appia, qui s’est fait une spécialité de courir les champs de bataille pour opérer les blessés, et Théodore Maunoir.

A sa première réunion le 17 février 1863, le comité se pare du nom audacieux de Comité international permanent de secours aux blessés. Dufour en est le président, Moynier le vice-président et Dunant le secrétaire. Le CICR est né. Il va s’affirmer à l’occasion d’un contretemps: le congrès de Berlin est annulé en août. C’est donc lui-même qui convoque pour octobre une conférence à Genève. But: donner naissance aux sociétés nationales de secours.

Sur le terrain, l’aide aux blessés, qui constitue souvent le cadet des soucis militaires, est en grande partie assumée par des bénévoles d’occasion, comme Dunant lui-même l’a été à Solferino. La création de sociétés permanentes constitue donc un progrès indéniable.

Gustave Moynier compte bien en rester là; l’idée de Dunant d’obtenir une neutralisation des secouristes lui semble trop ambitieuse. Il se trompe: c’est au contraire la grande force du projet. L’idée de protéger le personnel médical et infirmier des tirs qui l’empêchent trop souvent d’intervenir avant la fin des combats est dans l’air et elle tient particulièrement à cœur aux principaux intéressés.

Elle s’impose au cours de la conférence, contre Moynier qui s’incline. Outre 10 résolutions qui posent les bases du mouvement de la Croix-Rouge, les délégués formulent trois vœux à l’intention des gouvernements: que ces derniers soutiennent les comités nationaux, qu’ambulances et personnel soignant soient neutralisés sur les champs de bataille et qu’un signe distinctif soit créé à cet effet.

Un an plus tard, au moment où Henry Dunant fait son montage photographique, c’est donc chose faite, la croix rouge sur fond blanc ayant été choisie sans discussion particulière comme signe distinctif. Ce succès doit beaucoup à l’immense aura que le Genevois s’est acquise avec son livre, ainsi qu’à son entregent. Mais l’esprit pratique et le talent de juriste de Gustave Moynier y ont contribué, ainsi que le prestige du général Dufour, sans doute seul à même de convaincre le Conseil fédéral de convoquer la conférence diplomatique de 1864. Ce rôle du Comité, désormais placé sous la présidence de Moynier, Dufour devenant président honoraire, ne va cesser de se renforcer.

Il faut dire qu’Henry Dunant a en Afrique du Nord des activités entrepreneuriales qui lui donnent bien du souci. Il a emprunté gros pour les lancer et se trouve dans l’incapacité de rembourser. Il pense s’en tirer en vendant une de ses sociétés à une jeune banque, le Crédit genevois. Mais l’opération s’est faite sur la foi d’une revente qu’il est incapable d’assurer. Il sera tenu pour seul responsable dans la faillite de la banque, intervenue en février 1867.

Dunant n’a jamais été membre à part entière de la bonne société genevoise, ce coup l’en exclut définitivement. Le CICR, de son côté, ­réagit sans le moindre sentimentalisme. Non content d’inviter le secrétaire au départ, Gustave Moynier avertit ses partenaires qu’il ne représente plus l’institution. Et lorsqu’Henry Dunant présente sa démission en tant que secrétaire en août 1867, le Comité lui répond qu’il l’accepte aussi en tant que membre. Sans regrets ni remerciements.

Si la manière est détestable, la décision en elle-même peut se comprendre. Le CICR n’existe – et n’existera encore longtemps – que grâce à un prestige construit sur l’aura internationale, qu’il va contribuer à son tour à renforcer, de Genève, sur l’inventivité de son action et sur la qualité de ses membres. Il lui est donc difficile de s’encombrer d’un homme portant le stigmate, alors écrasant, de la banqueroute.

L’épisode transforme les divergences de tempérament et de méthode entre Moynier et Dunant en haine vigilante de part et d’autre. Et laisse le premier seul en charge des développements importants que va connaître le CICR.

La première question à régler est celle de son rôle. Moynier souhaite y accueillir des délégués des sociétés nationales. Discutée sans décision au 1er congrès de la Croix-Rouge en 1867, l’idée est condamnée par l’évolution du mouvement pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Les sociétés nationales succombent aux sirènes du chauvinisme, renforçant ceux qui, dans le mouvement, tablent sur l’indépendance et la neutralité du Comité.

Parallèlement, ce dernier s’est trouvé de nouvelles tâches sur le terrain, selon un modèle promis à un long avenir. Chargé par la seconde conférence des sociétés de secours en 1869 de créer en cas de guerre un bureau de renseignement et de correspondance pour les soldats blessés, il a, sur demande, étendu cette activité aux prisonniers. L’agence ad hoc qu’il crée à cet effet à Bâle sous le signe de la Croix verte achemine 700 à 800 lettres quotidiennes durant les hostilités. Il se charge aussi de transmettre aux belligérants les remontrances concernant leur application de la Convention de Genève, ce qui inaugure son rôle d’intermédiaire neutre.

Dans un premier temps, ce travail n’est guère récompensé: en froid avec les sociétés nationales, le CICR doit se concentrer sur la défense de la Convention, que certains souhaitent dénoncer. Il attendra 1887 pour voir son rôle enfin consacré. Il reste un club genevois coopté, avec des tâches précisées: échange de communications entre les comités nationaux, publication du Bulletin international des Sociétés de secours aux blessés, création en temps de guerre d’agences de renseignement et transmission de la correspondance et des secours des sociétés nationales des belligérants.

Son rôle reste toutefois officiellement limité aux blessés. Ce n’est qu’en 1912 qu’il sera officiellement chargé de transmettre renseignements et correspondance pour les prisonniers de guerre. Juste à temps pour le conflit mondial au cours duquel il sera amené à étendre, sans mandat spécifique, son activité aux internés civils.

Gustave Moynier a quitté la présidence active en 1904 pour le titre de président à vie. Il s’éteint six ans plus tard et s’efface rapidement des mémoires pour laisser la place à son rival de toujours, Henry Dunant.

Effacement mérité? Auteur d’une courte biographie de Moynier publiée à l’occasion du centenaire de sa mort et ancien directeur du CICR, François Bugnion nuance: «Sans Dunant, ni les sociétés de Croix-Rouge ni le CICR n’auraient vu le jour. Mais Dunant seul n’aurait sans doute pas non-plus mené l’entreprise à bien. Elle a été rendue possible par l’engagement de Gustave Moynier et des autres membres du comité, notamment Dufour. Et, au-delà des hommes, il faut faire la part des circonstances: le rayonnement international de Genève et la révolution fazyste. Sans cette dernière, Gustave Moynier aurait très certainement fait une carrière politique comme son père. C’est l’exclusion de l’élite à laquelle il appartenait du gouvernement qui l’a amené à se concentrer sur la philanthropie et à faire du CICR la cause de sa vie.»

05/10/2010

Israel : arrestation d'une prix Nobel de la Paix pro-palestienne

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à lire sur :
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/85999996-cffa-11df-9d5c-57a960ceb815/Une_Nobel_de_la_paix_ind%C3%A9sirable
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mardi5 octobre 2010

Une Nobel de la paix indésirable

Mairead Maguire. (AFP)

Mairead Maguire. (AFP)

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La militante nord-irlandaise Mairead Maguire, arrêtée la semaine dernière à sa descente d’avion à l’aéroport Ben Gourion, a fait appel de son bannissement. La Cour suprême l’a rejeté lundi soir

29/09/2010

Flottille: le Conseil des droits de l'homme de l'ONU accentue la pression sur Israël

lu sur :

http://www.lepoint.fr/monde/flottille-le-conseil-des-droits-de-l-homme-de-l-onu-accentue-la-pression-sur-israel-29-09-2010-1242932_24.php

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  • 19h06

    Flottille: le Conseil des droits de l'homme de l'ONU accentue la pression sur Israël

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    Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a avalisé mercredi un rapport concluant à l'existence de "preuves" pour "appuyer des poursuites" contre Israël après l'abordage fin mai par la marine israélienne d'une flottille pour Gaza, accentuant ainsi la pression sur les autorités israéliennes.

    Ce rapport, publié le 22 septembre, conclut à l'existence de "preuves claires" pour "appuyer des poursuites" contre Israël pour "homicide intentionnel, torture ou traitements inhumains, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou des blessures graves".

    Le 31 mai 2010 à l'aube, des commandos israéliens avaient arraisonné la flottille pro-palestinienne de six navires qui se dirigeait vers Gaza dans l'intention de briser le blocus maritime imposé par Israël. Au cours des affrontements entre militants et soldats israéliens qui se sont produits sur le Mavi Marmara, neuf Turcs ont été tués, soulevant une vague de réprobation internationale.

    Qualifiant ces faits de "graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire", le rapport considère les "circonstances des meurtres d'au moins six des passagers correspondaient d'une certaine façon à une exécution extra-judiciaire, arbitraire et sommaire".

    Le document, qui a été adopté mercredi par le Conseil des droits de l'homme à l'issue d'un vote sur une résolution déposée par le Pakistan au nom de l'Organisation de la conférence islamique (regroupant 57 pays), ne fait toutefois pas de recommandation sur la façon dont des poursuites pourraient être engagées contre Israël.

    Un des trois experts en charge du rapport, Desmond de Silva (Royaume-Uni), s'est contenté d'indiquer mardi que la Cour pénale internationale pouvait se saisir du dossier étant donné que le navire "Mavi Marmara sur lequel la majorité des violences se sont déroulées battait pavillon des Comores, qui sont membres de la CPI".

    La résolution avalisant le rapport des experts a été adoptée mercredi avec 30 votes favorables, 1 vote contraire (celui des Etats-Unis) et 15 abstentions.

    Les pays qui se sont abstenus sont "la France, la Belgique, la Suisse, la Pologne, la Corée du Sud, la Zambie, le Japon, le Cameroun, la Hongrie, la Norvège, la Moldavie, la Slovaquie, l'Espagne, l'Ukraine et le Royaume-Uni", a indiqué une porte-parole du Conseil, dans un communiqué.

    Les trois experts en charge du rapport ont été mandatés le 2 juin par une résolution du Conseil approuvant la mise en place d'une mission internationale indépendante.

    Cette mission s'inscrit en parallèle à celle du panel formé par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, également chargé d'enquêter sur le raid meurtrier.

    Regrettant que la résolution ne souligne pas "le rôle central du panel créé par le secrétaire général", l'ambassadeur belge Alex Van Meeuwen, s'exprimant au nom de l'Union européenne, a expliqué que l'UE recommandait l'"abstention".

    De son côté, l'ambassadrice américaine Eileen Donahoe a souligné que Washington s'opposait à la résolution, estimant qu'elle pouvait mettre à mal les pourparlers de paix engagés actuellement entre Israël et les Palestiniens sous supervision américaine.

    Cet "incident souligne la nécessité d'aller de l'avant rapidement avec des négociations qui peuvent conduire à une paix globale entre Arabes et Israéliens", a dit Mme Donahoe.

    "Nous sommes préoccupés par le ton, les propos qui sont tenus et les conclusions du rapport", avait-elle déjà indiqué mardi.

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    sur le même sujet :

    FLOTTILLE POUR GAZA - L'ONU avalise un rapport dénonçant Israël

19/09/2010

Campagne BDS : Boycott Désinvestissement Sanctions

contre les agissements des israéliens en Palestine

communiqué de BDS :

 

Nous venons de recevoir une (nouvelle) citation à comparaître le 29 octobre au Tribunal de Paris, pour la  publication sur site europalestine.com, d'une Action BDS à Carrefour Evry, le 4 juillet 2009, considérée comme un "délit de provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à la nation israélienne"

Il se trouve que cette vidéo que vous pouvez voir ou revoir sur notre site ou bien sur

http://www.youtube.com/watch?v=dWFlRDfcxYQ

est, comme c'est écrit en toutes lettres à la fin de cette vidéo, une action collective, organisée par la Campagne BDS France. Elle est signée par une série d'organisations : Génération Palestine, CCIPPP, NPA, IJAN, Comité Palestine Montreuil, CAPJPO- EuroPalestine, Collective Villeneuve, Respaix...

Les T.Shirts bleus que l'on voit sur la vidéo "sont ceux de la campagne BDS France",  relève la citation à comparaître, et les propos qui sont cités comme "délictueux", selon le plaignant (toujours le fameux Sammy Ghozlan du Bureau National de Vigilance Contre l'antisémitisme) sont prononcés par des personnes qui ne sont pas membres de notre association,  l'une d'entre elles étant le maire du Village de Masaara en Cisjordanie, qui s'était joint à cette action, alors qu'il était de passage en France (son identité est indiquée dans la vidéo).

Il nous semble que cette nouvelle attaque vient à point nommé pour organiser une riposte unitaire d'envergure. Tout d'abord parce que l'action visée est une action emblématique de la Campagne BDS en France, et qu'elle se présente comme telle, puisqu'il est indiqué dans cette vidéo que ce magasin Carrefour n'a pas été choisi par hasard mais parce qu'il se trouve à Evry, tout comme le siège de cette enseigne qui met en vente des produits sans traçabilité, qui triche sur les provenance des produits (nous avons les preuves), qui encourage la colonisation en vendant des machines Soda-Cub, produites dans la colonie de Maale Adounim dans les territoires palestiniens et qui se permet d'attaquer en justice des militant(e)s qui, eux, défendent le droit (Bordeaux, Mulhouse)

Et d'autre part parce qu'il est grand temps de se regrouper pour mettre un terme à ces attaques, qui sont un détournement de la loi sur la discrimination en faveur de criminels de guerre, une atteinte grave à la liberté d'expression et un scandale quand on ose venir nous accuser de "discrimination", alors qu'il n'y a pas pire discrimination que celle imposée au peuple palestinien, et ce depuis des décennies !

Nous demandons donc à l'ensemble des organisations parties prenantes de la campagne internationale BDS de

Mettre cette vidéo unitaire sur leur site. C'est simple, voici les codes pour ce faire :

Demander à Monsieur le Procureur de la République près du Tribunal de Grande Instance de Paris : Palais de Justice 14, quai des Orfèvres. 75001 Paris,  à être jugés solidairement pour cette action et pour sa publication sur les sites de chaque association ou parti concernés, parce que nous en sommes tous fiers et que nous la revendiquons

D'organiser sans plus attendre une vaste mobilisation pour protester contre ces mesures de répression intolérables contre des personnes qui, dans toute le pays, se lèvent pour dire NON à l'étranglement d'un peuple, NON à la privation de liberté, NON aux crimes de guerre, NON au blocus de Gaza.

Non seulement, cette répression ne nous fera pas taire, mais elle engendrera une mobilisation exemplaire, pour faire honte à un gouvernement qui tente de baillonner ceux qui n'ont pas une conception à géométrie variable des droits de l'homme et du droit international.

Nous vous signalons que, outre le procès de Sakina Arnaud, militante de la Ligue des Droits de l'Hmme, qui viendra en appel le 24 septembre à Bordeaux, ont été annoncés ceux de trois militants à Perpigan le 11 octobre prochain (cf notre site), celui de Alima Boumedien-Thiery (sénatrice Verts) et d'Omar Slaouti (dirigeant NPA) le 14 octobre à Pontoise, celui indiqué plus haut à Paris le 29 octobre et d'autres. Samy Ghozlan se vante, n'est-ce pas, d'avoir déposé plus de quatre vingt plaintes.

Unis, nous avons les moyens de faire regretter à nos dirigeants d'avoir choisi le camp de l'occupant !

Olivia Zemor

http://www.fischer02003.over-blog.com/article-quatre-ving...

http://www.convergencedesluttes.fr/index.php?post/2010/09...

05/08/2010

Guerre d'Irak : les armes utilisées en 2004

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=4334

02-08-2010

Guerre d’Irak : des soupçons quant à un potentiel recours à des armes chimiques

Publiée par le journal scientifique « International Journal of Environmental Research and Public Health » courant juillet 2010, une étude scientifique s’interroge sur un potentiel lien de cause à effet entre l’utilisation probable d’armes chimiques lors la guerre d’Irak et des effets sanitaires catastrophiques, constatés chez la population de la ville de Fallujah, en Irak. Souhaitant comparer les taux de cancers observés dans la ville irakienne avec ceux observés en Egypte, l’étude en question a révélé une situation inquiétante. Ainsi, six ans après ce tragique conflit, la population de Fallujah aurait 4, 22 fois plus de risque de développer un cancer. Les effets se font particulièrement sentir chez les enfants, dont les moins de 14 ans ont 12,6 fois plus de risque de développer un cancer. En outre, phénomène qui n’a cessé de s’amplifier au cours des derniers mois, la mortalité infantile serait plus de quatre fois plus importante à Fallujah qu’en Egypte ou en Jordanie. Enfin, le sexe ratio, à savoir le taux comparé d’individus masculins et féminins au sein d’une population, serait totalement disproportionné dans la tranche des 0 – 4 ans des enfants vivant à Fallujah, où l’on enregistre seulement 860 garçons pour 1000 filles. Dans des circonstances normales, le nombre de garçons pour 1000 filles devrait être de l’ordre de 1050.

D’après Chris Busby, de l’Université d’Ulster (Irlande du Nord), responsable scientifique de l’étude, ces effets sanitaires seraient probablement liés à des mutations causées par une contamination environnementale remontant autour de 2004. Partant de ce constat, il a avancé l’hypothèse selon laquelle l’utilisation d’armes chimiques, et notamment d’uranium appauvri (*) dans les munitions américaines, serait à l’origine de ces maux.

Alerté par ces soupçons, le MDRGF (1) a appelé le Etat français à faire usage de son influence et exiger une commission d’enquête indépendante, visant à faire la lumière sur cette question sanitaire, notamment via de nouvelles études scientifiques.

Cécile Cassier

1- Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures.

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(*) mon commentaire : les munitions à uranium appauvri ne sont pas véritablement des armes chimiques, l'uranium étant utilisé comme métal à haute densité (plus lourd que le plomb) pour augmenter la force de pénétration des ogives d'obus, donc pour des caractéristiques mécaniques. Mais lors de l'impact, l'uranium peut être vaporisé sous l'effet de la chaleur, d'où de possibles contaminations par inhalation ou ingestion ultérieure des poussières qui en résultent. Ce pourrait être une explication du "syndrome des vétérans de la guerre du golfe".

Voir :

Uranium appauvri - Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Uranium_appauvri

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Voir aussi l'article du Point du 6/8/2010 (lien ci-dessous) :

Publié le 06/08/2010 à 15:43 - Modifié le 06/08/2010 à 16:30

Par Marc Vignaud

Les images sont difficilement soutenables. Une petite fille à double tête, un petit garçon à l'abdomen surdimensionné, des bébés atteints d'une maladie grave de peau... Tous ces cas enregistrés à Falloujah ont été rapportés par plusieurs médias internationaux. Depuis 2004, quand cette ville du centre de l'Irak a été le théâtre d'une bataille sans merci entre insurgés et Américains, les témoignages de familles frappées par des cancers ou la mort précoce d'un enfant difforme se multiplient. Au point que certains font le lien avec l'offensive américaine, tandis que le doute persiste sur la nature des armes utilisées.

Une étude publiée fin juillet 2010 par l'International Journal of Environnemental Research and Public Health pourrait leur permettre d'étayer leurs accusations. Mené entre autres par le professeur Chris Busby, professeur associé à l'Université d'Ulster, ce travail valide l'hypothèse d'une mortalité infantile et des cancers anormalement élevés à Falloujah, entre 2005 et 2009. En s'appuyant sur un questionnaire rempli par 4.843 personnes de la ville, les auteurs pointent des chiffres bien supérieurs à ceux constatés en Égypte et en Jordanie. Le risque relatif de cancer est 4,22 fois plus élevé dans la ville irakienne que dans les pays voisins, et 12,6 fois plus important pour les moins de 14 ans ! Pire, les types de cancer constatés sont similaires à ceux développés par les Japonais à Hiroshima après la Seconde Guerre mondiale... Quant à la mortalité infantile, elle est 4 fois plus forte à Falloujah que dans les États comparés depuis 2006. Et, comme à Hiroshima, après le largage de la bombe A, le nombre de naissances de garçons a plongé parmi les enfants de 0 à 4 ans dès 2005. Un dernier élément qui permet d'identifier l'année de la bataille de Falloujah, en 2004, "comme l'année de la contamination environnementale", selon les auteurs de l'étude.

La piste de l'uranium appauvri

Le travail des chercheurs "n'éclaire pas sur l'agent déclencheur de l'augmentation du nombre de maladies". Mais il pose de fait la question. Il va jusqu'à évoquer l'hypothèse de l'uranium appauvri, un composant radioactif qui pourrait avoir été employé par l'armée américaine au cours des combats à Falloujah. Le Pentagone n'a jamais répondu clairement à ceux qui l'accusent d'y avoir eu recours sous la forme de bombes "anti-bunkers". De quoi alimenter les soupçons.

Par le passé, l'utilisation de l'uranium appauvri lors d'opérations militaires a déjà été sujet à polémique. Ce composant est accusé d'être à l'origine de maladies et de décès de plusieurs soldats déployés en ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999, ou encore en Irak, lors du premier conflit. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a même recommandé, en 2008, un suivi des zones touchées par ces armes et leur éventuelle dépollution quand le niveau de contamination constaté s'avère "inacceptable". L'OMS souligne également la fragilité des enfants face à ce type de contamination.

Reste que l'utilisation des armes à l'uranium appauvri est parfaitement légale. Aucun texte international n'interdit d'avoir recours à des armes qualifiées de "conventionnelles". L'armée française se réserve d'ailleurs le droit de s'en servir pour leur capacité unique à "percer les blindages les plus résistants" même si, affirme le ministère de la Défense, elle "n'a jamais eu recours à ces munitions à base d'uranium appauvri sur les théâtres d'opérations sur lesquels elle est déployée".

14/06/2010

GAZA : la presse internationale met en doute la crédibilité de l'enquête israélienne

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/06/14/gaza-la-presse-internationale-met-en-doute-la-credibilite-de-l-enquete-israelienne_1372294_3218.html#ens_id=1228030

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Après plusieurs jours de négociations avec Washington, Israël a finalement annoncé la création d'une "commission publique indépendante" avec participation étrangère, deux semaines après l'assaut contre la flottille internationale qui a fait neuf morts.

L'ONU et plusieurs pays, dont la France et la Grande-Bretagne, avaient réclamé une commission internationale, une proposition rejetée par l'Etat hébreu, qui veut mener l'enquête par ses propres moyens. La commission israélienne aura pour mission d'"enquêter sur les aspects relatifs à l'action entreprise par l'Etat d'Israël pour empêcher des navires d'atteindre les côtes de Gaza", selon un communiqué du bureau du premier ministre, Benyamin Nétanyahou.

Dans un éditorial, le quotidien Haaretz dénonce "les efforts du gouvernement pour éviter une enquête approfondie et crédible" qui "s'apparentent de plus en plus à une farce" et appelle le juge Yaakov Tirkel, nommé à la tête de la commission, à démissionner. Cet ancien magistrat à la Cour suprême se retrouve en porte-à-faux, estime Haaretz, après avoir prôné un autre type de commission quelques jours seulement avant sa nomination.

LES MÉDIAS EXAMINENT LE PARCOURS DES OBSERVATEURS INTERNATIONAUX

La nomination de deux observateurs internationaux – sans droit de vote – répond aux demandes de la communauté internationale et particulièrement des Etats-Unis, qui avait réclamé une "participation internationale" à l'enquête. Mais l'impartialité de David Trimble, ancien premier ministre d'Irlande du Nord et nommé dimanche 13 juin, est sujette à caution. Le Prix Nobel de la paix 1998 ferait partie de l'initiative "Friends of Israël", qui aurait été inaugurée à Paris lundi 31 mai, précisément le soir de l'assaut. Le groupe se définit comme "une initiative pour lutter contre la déligitimisation de l'Etat d'Israël". Il compte notamment en son sein José Maria Aznar, l'ancien premier ministre espagnol. La cérémonie aurait été introduite par Dore Gold, ancien ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies et proche de Benyamin Nétanyahou.

Le parcours de l'autre observateur international, le général KenWatkin, ex-avocat de l'armée canadienne, est davantage salué. Comme l'explique le journal canadien The Chronicle Herald, Ken Watkin est notamment connu pour son implication auprès de l'armée candienne en Afghanistan. Dans un mémo envoyé à l'état-major canadien, dans le cadre de son travail, il rappelait qu'ignorer volontairement des faits de maltraitance sur des prisonniers était un crime. Le ministre des affaires étrangères canadien a déclaré que la carrière de Watkin le recommandait pour ce rôle.

LA TURQUIE N'A PAS CONFIANCE

De son côté, la Turquie s'est déclarée insatisfaite de ce compromis. "Nous n'avons pas du tout confiance dans le fait qu'Israël, un pays qui a perpétré une telle attaque sur un convoi civil dans les eaux internationales, mènera une enquête impartiale", a déclaré le ministre des affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, à la presse lundi 14 juin. Le gouvernement insiste sur la création d'une commission d'enquête "sous le contrôle direct des Nations unies", qui incluerait des représentants turcs et israéliens. Le pays est concerné au premier rang par cette enquête puisque les neuf personnes tuées lors de l'assaut avaient la nationalité turque (l'une d'entre elles possédait également la nationalité américaine).

Israël avait rejeté à plusieurs reprises une commission d'enquête internationale, expliquant qu'"Israël est une démocratie". "Israël a la capacité et le droit d'enquêter par lui-même, de ne pas être l'objet d'une investigation par une instance internationale", expliquait son ambassadeur aux Etats-Unis, Michael Oren.

Les Etats-Unis ont estimé qu'une "présence internationale" au sein de la commission "conforterait la crédibilité" de l'enquête. La Maison Blanche a précisé qu'elle ne "préjugeait pas de l'issue du processus et attendrait ses résultats avant de tirer des conclusions."

09/04/2010

Thalidomide : un scandale qui a renforcé la pharmacovigilance

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lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/04/09/un-scandale-qui-a-renforce-la-pharmacovigilance_1331285_3244.html
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Un scandale qui a renforcé la pharmacovigilance
LE MONDE | 09.04.10 | 15h58  •  Mis à jour le 09.04.10 | 15h58


'histoire est caricaturale : un médicament vendu dans le monde entier, sans prescription médicale obligatoire, dont le laboratoire allemand qui l'a conçu en 1954 souligne les vertus de sédatif pour l'enfant, mais aussi d'antinauséeux chez la femme enceinte, se révèle provoquer de graves malformations congénitales des membres.

En décembre 1961, alors que l'agence américaine du médicament, la Food and Drug Administration, lui réclame des documents supplémentaires avant d'accorder une autorisation de mise sur le marché, la Chemie Grünenthal, qui commercialisait avec un grand succès depuis 1957 la molécule sous le nom de Contergan, ordonne son retrait et celui de tous les autres médicaments contenant de la thalidomide au niveau mondial. Trop tard pour les 10 000 enfants touchés en Allemagne (3 000 victimes à elle seule), en Angleterre, au Canada, en Suède, en Belgique, en Suisse, au Japon et au Brésil. Très peu sont concernés en France où le médicament n'est pas commercialisé.

Deux ans auparavant, plusieurs médecins allemands signalent des cas de polynévrites (douleurs, sensations de brûlures, troubles vasculaires dans les membres), qu'ils relient à un usage prolongé du Contergan. A l'automne 1961, des obstétriciens et pédiatres allemands s'inquiètent d'une augmentation du nombre d'anomalies des membres - allant de l'absence d'un doigt à une malformation complète du membre - et du tube digestif chez des nouveau-nés.

L'obstination d'un médecin d'une maternité écossaise lui permit de prouver que sur dix mères ayant donné naissance à un enfant ayant ces malformations, neuf avaient pris de la thalidomide. Après le retrait du marché du médicament, un débat éthique s'est ouvert, à l'initiative de médecins britanniques, posant le problème moral de l'interruption de la grossesse chez les femmes l'ayant déjà absorbé.

Surveillance stricte

"Aujourd'hui, avec un dossier comme celui de 1961, la thalidomide ne passerait sans doute même pas la phase I du processus de demande d'autorisation de mise sur le marché", ironise le docteur Anne Castot, chef de service de la surveillance du risque, du bon usage et de l'information sur les médicaments à l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps). "Le drame de la thalidomide a montré que les médicaments n'étaient pas anodins et qu'il fallait absolument organiser l'évaluation et le suivi de pharmacovigilance, en centralisant les données jusque-là éparses. La thalidomide avait fait l'objet d'études expérimentales chez le rat, mais cet animal n'est pas sensible aux effets néfastes de ce médicament... De plus, cette affaire a montré les conséquences de l'absence d'action concertée à l'échelle internationale en matière de pharmacovigilance", constate Anne Castot.

En France, la thalidomide était délivrée depuis 1997 dans le cadre d'une autorisation temporaire d'utilisation pour des patients atteints de pathologies graves ou rares et en impasse thérapeutique. En avril 2008, une autorisation de mise sur le marché européenne a été accordée. La commercialisation en France a débuté en octobre 2009, uniquement à l'hôpital, avec une surveillance stricte et la mise en place d'un plan de gestion des risques.

 

Paul Benkimoun
Article paru dans l'édition du 10.04.10

05/04/2010

Surprenante Afrique ...

lu sur :

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2010-04-03/senegal-polemique-et-manifestation-autour-d-une-tres-couteuse-statue/924/0/440914&xtor=EPR-6-%5BNewsletter-Quotidienne%5D-20100404

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Publié le 03/04/2010 à 15:28 - Modifié le 03/04/2010 à 18:02 Le Point.fr

SÉNÉGAL

Polémique et manifestation autour d'une très coûteuse statue

AFP

Polémique et manifestation autour d'une très coûteuse statue

Cette statue monumentale, qui domine la ville de Dakar et fait la fierté du président Wade, a coûté plus de 15 millions d'euros © AFP/PHOTO SEYLLOU

 

Des centaines d'opposants au régime du président sénégalais Abdoulaye Wade ont manifesté samedi à Dakar juste avant l'inauguration du monument controversé de la Renaissance africaine, plus haute que la statue de la Liberté de New York. Plusieurs centaines de manifestants réclamant notamment le départ du chef de l'État, 84 ans, au pouvoir depuis 2000, ont entamé leur marche peu avant 12 heures (locales) sur l'avenue Bourguiba, à environ 3 km de la statue. Cette dernière doit être inaugurée en fin d'après-midi en présence de plusieurs chefs d'État africains lors d'une cérémonie constituant le point d'orgue du cinquantenaire de l'indépendance de cette ancienne colonie française d'Afrique de l'Ouest, réputée pour sa stabilité politique.

"Signons le départ de Wade", "Le peuple exige une éthique de gouvernance et rejette la gestion mafieuse du clan Wade", pouvait-on lire sur des banderoles. La marche avait dans un premier temps été interdite par les autorités avant d'être finalement autorisée samedi matin. Les opposants, dont de nombreux jeunes, continuaient d'affluer à la mi-journée. Des policiers encadraient la foule et aucun incident n'avait été signalé. Plusieurs leaders de l'opposition étaient présents, notamment le chef du Parti socialiste (PS, parti ayant dirigé le Sénégal de 1960 à 2000) Ousmane Tanor Dieng, ainsi que d'anciens Premiers ministres du chef de l'État passés à l'opposition, comme Moustapha Niasse et Macky Sall.

Pour Moustapha Niasse, leader de l'Alliance des forces du progrès (AFP), "les raisons de cette marche dépassent le monument", évoquant notamment la cherté de la vie et les entraves à la liberté de la presse. De plus, le monument en bronze représentant un couple et un enfant, construit par des Nord-Coréens dans un style vaguement soviétique, "n'a rien d'africain et le président Wade cherche à l'imposer au Sénégal et aux Africains", selon lui. Pour la députée de l'opposition, Ndèye Fatou Touré, il s'agit d'"un monstre économique et d'un scandale financier dans le contexte de crise" actuel, dans un pays où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Quinze millions d'euros

Le coût de cette statue monumentale qui domine la capitale est estimé à plus de 15 millions d'euros, mais c'est surtout l'idée qu'un tiers des recettes puisse revenir au président Wade au titre de droits d'auteur comme concepteur de la statue qui a été vivement critiquée. Des chefs musulmans sénégalais y ont même vu un symbole d'idolâtrie, dans un pays majoritairement musulman. Pour les promoteurs de la statue, il s'agit au contraire du symbole d'une Afrique émergente sur le plan mondial, forte de son milliard d'habitants et d'une économie en pleine croissance malgré une pauvreté endémique.

Cette imposante structure haute de 52 mètres montrant "une Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l'obscurantisme pour aller vers la lumière" est ainsi comparée par ses promoteurs à la Tour Eiffel à Paris, la Statue de la Liberté à New York, ou le Christ rédempteur à Rio de Janeiro. Cette statue particulièrement choyée par le président Wade devait être inaugurée en fin d'après-midi. Plusieurs chefs d'État africains ont fait le déplacement. Par contre, le président de la France, ancienne puissance coloniale, Nicolas Sarkozy sera absent et a envoyé un message écrit à son homologue sénégalais.

Paris sera donc représenté à l'inauguration par son ambassadeur à Dakar, l'écrivain Jean-Christophe Rufin. Le ministre français de l'Intérieur Brice Hortefeux est attendu samedi soir pour participer aux défilés marquant le jour officiel de l'indépendance, le 4 avril.

04/04/2010

Diego Garcia , vous connaissez ?

Vous souvenez-vous de la création d'une base militaire américaine sur l'île de Diego Garcia ?
Et avez vous vu le dernier film de Polanski, "the ghost writer" ?
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lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/04/03/aux-iles-chagos-protection-de-la-nature-et-droit-au-retour-s-affrontent_1328295_3244.html
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Aux îles Chagos, protection de la nature et droit au retour s'affrontent
LE MONDE | 03.04.10 | 13h37  •  Mis à jour le 03.04.10 | 13h37
Londres Correspondant


a protection de l'environnement et le respect des droits de l'homme vont le plus souvent de pair. Les îles Chagos, colonie britannique en plein milieu de l'océan Indien, font toutefois exception à cette règle. La création par la puissance tutélaire de la réserve naturelle maritime la plus étendue au monde - soit une surface de 650 000 km2 d'eau parmi la plus pure de la planète - alimente une vive controverse.

"Il s'agit d'un pas majeur dans la protection des océans" : le secrétaire au Foreign office, David Miliband, a qualifié d'"historique" la décision annoncée le 1er avril, visant à transformer l'archipel des Chagos en site de référence pour la recherche scientifique.

En effet, ce lieu idyllique est un refuge pour quelque 76 espèces menacées comme les tortues de mer ou les oiseaux marins. Par ailleurs, les fonds marins autour du British Indian Ocean Territory, l'appellation officielle, abritent un millier d'espèces de poissons. Chagos possède surtout une des plus grandes structures coralliennes de la planète, avec 220 sortes de coraux. La pêche sera désormais interdite dans cette zone d'une incroyable biodiversité.

S'ils ont salué cette mesure de sauvegarde, les écologistes sont dans leurs petits souliers.

En effet, cette affaire fait remonter à la surface les effluves de la colonisation britannique. En 1965, Londres a fait expulser par une milice musclée les 1 500 habitants de la plus grande île Diego Garcia pour permettre l'installation d'une base militaire américaine. Les Etats-Unis avaient exigé une île déserte, afin de ne pas avoir à indemniser des habitants pour les destructions et la pollution marine éventuelles.

Soutenus par l'île Maurice, où la plupart des exilés vivent dans des conditions précaires, les Chagossiens exigent de pouvoir retourner dans leurs îles. Le refus britannique est motivé par la crainte de perdre des revenus substantiels en cas de départ des Américains qui règnent en maître sur l'un des derniers confettis de la Couronne. Ainsi, en 2002, la CIA a utilisé l'île à l'insu de Londres pour transférer en secret des terroristes présumés.

La création de la réserve marine a provoqué la colère de l'île Maurice, qui revendique la souveraineté sur l'archipel.

"La défense de l'environnement est un objectif louable", indique le Times, qui regrette cependant que cette protection n'ait pas été établie en collaboration avec le "peuple de Chagos". Pourtant peu suspect de sympathie envers les groupes de défense des droits de l'homme, le journal a critiqué une action qui n'est pas dénuée d'arrière-pensées électorales.

A l'approche du scrutin général, qui doit se dérouler sans doute le 7 mai, le premier ministre Gordon Brown, à la traîne dans les sondages, espère ainsi redorer son blason écolo mis à mal par le programme de relance du nucléaire civil.

 

Marc Roche
Article paru dans l'édition du 04.04.10

12/02/2010

L'occupation de la Palestine par les israéliens

lu sur :
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/02/12/israel-contraint-par-la-justice-de-deplacer-un-bout-de-son-mur-de-separation_1305108_3218.html#ens_id=1228030
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Israël contraint de déplacer un bout de son mur de séparation en Cisjordanie
LEMONDE.FR avec Reuters | 12.02.10 | 18h14  •  Mis à jour le 12.02.10 | 19h23


ur décision de justice, Israël a annoncé vendredi avoir entamé des travaux pour déplacer un tronçon de son mur de séparation dans un village de Cisjordanie où sa construction provoquait des troubles depuis des mois.

La Cour suprême a donné raison à des habitants du village de Biline qui avaient déposé une réclamation en 2007 pour contester la confiscation de terres agricoles imposée par la construction de l'ouvrage.

Des troubles réguliers ont éclaté sur ce site contesté du mur, destiné à empêcher les attentats en Israël et érigé le long de sa frontière est, empiétant parfois largement sur le sol de la Cisjordanie occupée. Dans un avis rendu en 2004, la Cour internationale de justice a jugé illégal l'ouvrage israélien, dont la construction avait été lancé en 2002, au plus fort d'une vague d'attentats-suicides, et qui doit courir une fois achevé sur 720 kilomètres.

03/02/2010

PALESTINE : le passé archéologique de GAZA

lu sur :
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/02/02/jaoudat-khoudary-esthete-pour-la-cause_1300098_3218.html#ens_id=1284108
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Portrait
Jaoudat Khoudary, esthète pour la cause
LE MONDE | 02.02.10 | 14h56  •  Mis à jour le 02.02.10 | 15h05


ouvent, Jaoudat Khoudary s'arrête de parler, les yeux mi-clos. Quand les paupières se relèvent, l'oeil pétille, et la phrase, mûrement réfléchie, fuse : "Ma mission est d'entretenir l'espoir qu'un avenir meilleur est possible à Gaza." Il offre une mandarine de son jardin, pioche une nouvelle cigarette, cale sa forte corpulence dans le canapé, une jambe repliée sous lui, et poursuit l'histoire de sa vie, de Gaza.

Il en est inspiré, littéralement : les vitrines de bois sombre de son salon oriental regorgent d'objets témoignant de la richesse du patrimoine six fois millénaire de Gaza, qu'il a retrouvés, collectionnés depuis plus de vingt ans. "Nous sommes une très ancienne ville et civilisation, mais tous les occupants, les Egyptiens, les Turcs, les Britanniques et les Israéliens, sans parler de la période antique, ont pillé notre héritage historique."

A presque 50 ans, Jaoudat Khoudary est un homme riche - peut-être le premier entrepreneur en bâtiment et travaux publics de Palestine -, mais il y a chez lui autre chose : une passion fiévreuse pour faire resurgir du passé la splendeur culturelle de sa terre natale. "Ma plus grande préoccupation, c'est que la nouvelle génération est isolée, mentalement et géographiquement, du reste du monde. Je dois l'aider à retrouver ses racines."

C'est un amoureux fou, un esthète en même temps qu'un homme d'affaires, fait de rondeur et de roublardise, avec des amis qu'il comble de sa générosité, et dont il sait se servir. Anis Nacrour, diplomate français, ancien conseiller de coopération culturelle à Jérusalem, le connaît bien : "Jaoudat est un mécène qui sait faire fructifier sa fortune, qui fonce et prend des risques. L'un de ses talents est d'avoir ses entrées aussi bien auprès du Hamas que de l'Autorité palestinienne, des Israéliens que des Américains."

De l'entregent, il en faut lorsque le but d'une vie est de sauver le passé archéologique d'un territoire à la dérive, gouverné par la main de fer du Hamas et étranglé économiquement par Israël. Tout a commencé en 1986, avec la découverte, au milieu de gravats, d'un médaillon omeyyade du VIIe siècle, dont il fera son talisman. Avec un ami, il crée une entreprise de travaux publics, Saqqa & Khoudary, aujourd'hui prospère.

La suite se déroule comme une épopée, dont Jaoudat Khoudary est le meilleur biographe, avec Béatrice Guelpa, qui lui a consacré un petit livre, Gaza debout face à la mer (Ed. Zoé 2009). Les chantiers s'enchaînent, l'argent rentre vite, grâce aux contrats du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), dont il va devenir, bizarrement, le principal contractant. Dans sa maison de Gaza, qu'un haut portail vert protège des regards indiscrets, Jaoudat Khoudary est prolixe de tout, sauf de détails sur sa fortune.

Arpentant les allées de son jardin luxuriant, foisonnant de colonnes romaines et grecques, de chapiteaux, de palmiers et de citronniers, il raconte ses découvertes archéologiques au hasard des chantiers de construction. La mer va devenir une autre source inépuisable de vestiges antiques, que les pêcheurs de Gaza remontent dans leurs filets. Il les encourage, et la pêche aux amphores devient miraculeuse.

Jaoudat Khoudary est désormais à la tête d'un véritable trésor composé d'objets datant des périodes phénicienne, assyrienne, perse, grecque, romaine, byzantine et islamique, parfois achetés très cher... mais l'argent compte peu. Comment les faire expertiser ? Jaoudat Khoudary serait resté un collectionneur privé, de ceux que les services officiels des antiquités accusent de faire main basse sur les patrimoines nationaux, sans une rencontre.

Elle a lieu en 1996, à Gaza. Le Père Jean-Baptiste Humbert, dominicain et archéologue, est professeur à l'Ecole biblique de Jérusalem. Rien de commun a priori entre le collectionneur boulimique et le scientifique érudit, si ce n'est une commune passion : sauver ce qui peut l'être du patrimoine archéologique de Gaza. Quatorze ans plus tard, le Père Humbert dresse le portrait de celui qui est devenu son ami : "Jaoudat est parti de rien, il a fait des coups, c'est une sorte d'aventurier, mais c'est aussi un esthète nationaliste." De cette coopération naîtront une exposition à Genève, en 2007, puis un musée privé à Gaza, l'année suivante. "Jaoudat a envie de laisser son empreinte sur l'histoire de Gaza, observe Patrice Mugny, chef du département de la culture de la ville de Genève. Il est empreint de romantisme et veut s'inscrire dans la cause palestinienne ; ce qu'il a fait relève de la préservation du patrimoine mondial."

Gaza est bouleversée par les Intifadas de 1987 et 2000, puis martyrisée lors de la guerre menée par Israël au cours de l'hiver 2008. L'exposition de Genève a été un succès, mais l'ambitieux projet de créer un musée national à Gaza est gelé : le blocus israélien, les rivalités entre le Hamas et le Fatah et l'animosité du Service des antiquités de l'Autorité palestinienne interdisent le retour de la collection.

La ville de Genève a accepté d'en être le curateur, jusqu'au jour où les conditions seront réunies pour que la statue d'Aphrodite en marbre blanc, joyau de la collection Khoudary, puisse retrouver le rivage méditerranéen. En attendant, Jaoudat Khoudary se consacre à ses affaires et à son musée, où les enfants de Gaza réapprennent qu'ils sont les héritiers d'une des plus riches cultures du bassin méditerranéen.

En bordure de mer, à faible distance du camp de réfugiés de Ash Shati et de la frontière israélienne, "Al Mat'haf" (le musée, en arabe) fait partie d'un complexe comprenant un restaurant panoramique et une salle de conférences. Dans quelques mois, grâce au ciment acheminé à prix d'or par les tunnels de contrebande creusés sous la frontière égyptienne, un hôtel de 36 chambres accueillera une improbable clientèle...

"Parfois, songe Jaoudat Khoudary, je me dis que je suis fou de faire de tels investissements, puis je me persuade que c'est un pari sur l'avenir de Gaza." La chance et un doigté tout oriental pour ne se fâcher avec personne l'ont toujours aidé. A-t-il construit une mosquée pour le Hamas pour prix de sa liberté, comme le suggère un diplomate britannique ? Le volume de ses intérêts financiers en Palestine explique-il les facilités que les Israéliens lui accordent pour sortir de Gaza et y revenir ?

Gaza est devenue une gigantesque prison à ciel ouvert où 1,4 million de Palestiniens vivent dans des conditions souvent misérables. "Jaoudat Khoudary, observe Jean-Yves Marin, directeur des musées d'art de la ville de Genève, a compris que la constitution de l'identité d'un peuple passe par un musée." Jaoudat Khoudary reste à Gaza avec son épouse et son plus jeune fils pour poursuivre son rêve et démontrer que, dans l'adversité, Gaza reste debout face à la mer.

 

Laurent Zecchini

Parcours

1960
Naissance à Gaza.

1983-1985
Diplôme d'ingénieur au Caire, diplôme de management à Turin.

1987
Directeur général de l'entreprise de bâtiment et travaux publics Saqqa & Khoudary.

2007
Exposition "Gaza à la croisée des civilisations", à Genève.

2008
Ouverture de son musée à Gaza.

2010
L'exposition de Genève est présentée, depuis le 31 janvier, à Oldenbourg (Allemagne).

Article paru dans l'édition du 03.02.10

06/01/2010

L'identité, qu'est-ce ?

lu sur :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/06/gueules-noires-venues-de-chine_1288106_3224.html#ens_id=1277701
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Enquête
Gueules noires venues de Chine
LE MONDE | 06.01.10 | 13h34  •  Mis à jour le 06.01.10 | 16h15


l a 84 ans, mais pas un début d'accent nivernais. Rouler les "r", comme les "l", il laisse ça à sa femme, une vraie fille "de souche", comme elle dit. Lui, Roger, il est pourtant né comme elle, à 45 km de Nevers, dans cet endroit dépeuplé qui s'appelle La Machine. Il s'en souvient, il a même grandi au "numéro 12 de la rue 2". C'est comme ça, à l'époque, qu'on nommait les allées dans cette ancienne cité minière - 7 000 habitants autrefois, 3 700 aujourd'hui. Sa mère était de Bonny-sur-Loire, pas très loin. Mais son père venait de Nankin, et tout le monde sait ici que c'est en Chine.

Un père chinois, c'est rare dans une région de forêts de chênes et de prés de charolaises. Encore plus dans une petite ville créée ex-nihilo, spécialement pour l'extraction du charbon. Une vraie histoire pour le coup, qui est en partie celle de 140 000 autres Chinois, débarqués un peu partout, en France, pendant la Grande Guerre, après avoir été recrutés par les armées française et anglaise alors en manque de main-d'oeuvre. Une histoire mal connue, qui est pourtant celle de la première vague d'immigration chinoise dans l'Hexagone.

Peu de travaux historiques existent sur le sujet. En leur mémoire, il n'y a qu'une petite stèle, dans un coin du jardin Baudricourt, à Paris, inaugurée en 1998. Or leur histoire est aussi celle d'une intégration originale, surtout pour la poignée d'entre eux qui ont atterri à La Machine. Les rares, avec quelques-uns dans le Nord-Pas-de-Calais, à s'être retrouvés à creuser des galeries.

De ces Chinois "machinois", Roger Tchang est un peu le dernier. Le seul, du moins, à vivre encore sur place, dans ces enfilades de baraques à vendre. Sa maisonnette est comme les patrons paternalistes aimaient à les millimétrer, avec la taille des volets, le jardin en long et la margelle standardisés. Avec ses frères, son père, c'est toute la famille qui a travaillé "au fond". Alors, dans son intérieur rangé, papier peint fleuri, buffet en bois massif, il raconte ses années pas banales dans les mines de charbon.

La saga familiale commence forcément par son père, "un beau Chinois", né en 1 897. Son prénom c'était Tson - plus tard, il a changé pour "André". Un jour, à 19 ans, il a été attiré par des affiches qui promettaient "la fortune" en France. Rien n'indiquait que c'était la guerre. Alors fils unique, orphelin de père, maçon de formation, il n'a pas eu d'hésitation. Il a passé une visite médicale. On lui a donné un numéro de matricule. Et après plusieurs mois de bateau, il a débarqué à Marseille, en 1917.

Les contrats étaient précis. Tout était prévu : les doses de thé, de graisse et de sel, 5 francs de salaire par jour, 25 centimes pour les vêtements et les chaussures, autant pour les "frais de maladie" et l'assurance décès. Officiellement, la main-d'oeuvre ne devait pas combattre, elle était à la disposition de l'arrière-front. Mais les tâches étaient ingrates : terrassement des tranchées, déminage. André Tchang, lui, fut d'abord docker, puis manutentionnaire à Châlons-sur-Marne, chargé du nettoyage des champs de bataille et du ramassage des cadavres. "Il n'en parlait jamais", raconte Roger.

C'est seulement à la fin de son contrat, en 1923, alors que la plupart de ses compatriotes rentrent au pays, qu'il rejoint La Machine. Il a entendu dire que quelques Chinois y sont restés. Certains sont venus via Schneider, qui fabrique de l'armement et exploite le gisement. D'autres sont des étudiants en quête de fins de mois, envoyés par le gouvernement chinois. Au Creusot, à 100 km de là, en avril 1921, le plus célèbre d'entre eux, Deng Xiaoping, futur numéro un chinois de 1978 à 1992, a fait un séjour de trois semaines, et c'est là qu'il a découvert le marxisme.

Dans ce bourg de Nièvre, ils sont alors un peu les premiers "étrangers". Jusque-là, on faisait plutôt appel aux gens des campagnes. Des figures presque exotiques dans ce paysage de terres froides où culminent les terrils. Ils organisent leurs fêtes, avec des fleurs de papier. Ils reconstituent aussi une fumerie d'opium, selon un témoignage de l'époque. Beaucoup, comme le père Tchang, aiment surtout à s'habiller beau, chaque soir, après le travail, pour se retrouver au bar des mineurs et jouer des heures, aux cartes ou au mah-jong, avec l'argent de la quinzaine.

A l'instar de toutes les cités minières en besoin de main-d'oeuvre, La Machine devient alors un lieu de brassage en avance sur son temps. Après les Chinois, arrivent les Polonais, les Maghrébins, les Italiens, les Yougoslaves... En 1936, 30 % de la population est d'origine étrangère. Mais au fond des puits, comme en rigole Roger Tchang, "on était tous noirs !". Roger Pasquet, un vieux mineur de 83 ans, abonde : "Il n'y avait pas de nationalité ! Avec la chaleur, on travaillait tous en slip ou à poil !" L'ancien maire, René Vingdiolet, 84 ans, résume à sa façon : "C'était l'Europe avant l'Europe."

En réalité, un racisme latent existe, des règlements de comptes entre communautés surviennent parfois, mais la solidarité minière joue son rôle. Le père de Roger est le seul Chinois à bien maîtriser le français. Il fait office de traducteur. Après plusieurs années, alors que la plupart de ses alter ego sont affectés comme boiseurs pour soutenir les galeries, lui est promu "boutefeu", poste sensible chargé des explosifs. Une intégration qui l'amène, avec son fils, jusque dans les rangs de la Résistance. Plus tard, avec 13 enfants, le foyer recevra la médaille de la famille française.

Au total, entre 1917 et 1927, près de 300 Chinois passent ainsi par les houillères de La Machine. Beaucoup seront découragés par les conditions de vie et le climat. Ils n'ont souvent pour logement que des dortoirs collectifs dans des baraquements en bois. En 1930, ils ne sont plus qu'une vingtaine. A l'échelle nationale, sur les 140 000 initialement recrutés, 3 000 seulement sont restés en France après leur contrat.

Les traces du passage de tous ces Chinois sont maigres, du coup. La plupart du temps, ne demeurent que leurs tombes dans les cimetières. A Noyelles-sur-Mer (Somme) notamment, où plus de 800 sont enterrés. Des tombes de célibataires souvent, jamais fleuries, avec des noms gravés légèrement francisés - comme "Tchang" au lieu de "Chang".

A La Machine, seul le père de Roger a vraiment "fait souche". Juste avant son arrivée dans le bourg minier, il avait rencontré la fille d'un roulier, Louise, 16 ans. Roger est le quatrième enfant du couple. Et c'est son parcours, dans les pas de son père, à la mine, avec sa passion du football, qui vont parachever l'assimilation de la famille.

Après avoir été à l'école Schneider, comme ses frères, Roger Tchang a toute sa vie associé mine et ballon rond. Il double ses journées quand il y a match le week-end. A plusieurs reprises présélectionné pour l'équipe de France de football amateur de l'époque, il joue une fois avec Raymond Kopa. Courtisé par des clubs professionnels mais inquiet pour ses vieux jours, il refuse de changer de club sans la garantie d'une exploitation minière à proximité : "Il fallait que j'assure ma retraite, moi !" A La Machine, ce sont des choses que l'on retient.

A force, il s'est taillé une petite notoriété. A Montceau-les-Mines, à la fin des années 1950, une photo noir et blanc le montre fier, posant sur le perron avec les patrons. Lors d'une Coupe de France, un envoyé spécial du journal L'Equipe n'en revient pas : "Dire que ces gueules noires joueront dimanche contre les professionnels de Sochaux, en 8e de finale..." Un des chauffeurs de François Mitterrand aussi, qui avait été un temps gardien de but de La Machine, aimait bien, une fois déposé le président à Château-Chinon, taper un verre, chez lui, la berline garée devant le pavillon.

Aujourd'hui, avec les retours de l'histoire, les vies de Roger Tchang, son père, et toute leur petite communauté passée par là suscitent un intérêt nouveau de la part de la diaspora chinoise immigrée. Il y a quatre ans, une exposition intitulée "Les Chinois de La Machine" avait été présentée, au Musée de la mine. Ça avait ameuté un car entier de médias chinois. Même le premier secrétaire de l'ambassade de Chine à Paris s'était déplacé.

En banlieue parisienne, Roger Tchang a aussi un frère de quinze ans son cadet, Gérard, qui se passionne pour l'histoire familiale. Il y a un an, il a été invité à un colloque d'une semaine, en Chine, sur le sort de ces Chinois de la première guerre mondiale. Là-bas, il a retrouvé une poignée de descendants. Tous, comme lui, étaient en quête d'une reconnaissance de l'engagement sans fureur de leurs pères dans la Grande Guerre.

Roger Tchang n'y est pas allé. Il n'aime plus trop quitter son "chez lui". Sa carrière de mineur, il l'a finie comme secrétaire du comité d'entreprise. C'était juste à la fermeture du dernier puits, en 1974. Il laisse croire qu'il n'en regrette rien : "Je n'ai aucune nostalgie." Mais à le suivre dans les ruines des salles de machines, au pied des dalles de béton scellées sur l'entrée des puits, il s'emporte sans cesse : "Tout ça, c'est du patrimoine qui s'en va !"

Aujourd'hui, avec ses "genoux de caoutchouc", il ne peut plus courir. La faute au football, assure-t-il, "pas à la mine". Mais tous les jours, il continue de faire ses six kilomètres à pied, le long de l'étang Grenetier, réserve d'eau autrefois consacrée au lavage des blocs de charbon. "Inarrêtable", déplore son épouse. Têtu. Comme son père qui, "jusqu'à sa mort, a mangé avec des baguettes".

 

Elise Vincent
Article paru dans l'édition du 07.01.10

21/10/2009

Le Jet Propulsion Laboratory

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/16/aiguilleurs-du-cosmos_1254814_3244.html
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Aiguilleurs du cosmos
LE MONDE | 16.10.09 | 15h02  •  Mis à jour le 16.10.09 | 20h43

ntre eux, les employés du Jet Propulsion Laboratory (JPL) appellent la salle le "centre de l'Univers". La plaisanterie est à peine outrancière. Ce mardi-là, vers 13 h 30, heure de Los Angeles, le centre de contrôle du JPL recevait simultanément des nouvelles de la Lune, de Mars et de Saturne par l'intermédiaire de trois vaisseaux en orbite autour de ces astres.

Le robot Opportunity transmettait le récit de sa journée d'exploration de la surface martienne. Voyager 1 signalait sa position au-delà des frontières officielles du système solaire. La sonde, lancée en 1977, a mis tant de milliards de kilomètres entre elle et nous que ses ondes radio mettent plus de quinze heures à parvenir sur Terre.

Muets à cet instant, douze autres explorateurs du cosmos attendaient leur tour d'adresser des messages, via un réseau d'antennes géantes, à cette pièce effectivement placée au centre du petit coin d'Univers fréquenté par des appareils de fabrication humaine.

Derrière les écrans de contrôle, nulle agitation. Quelques visages absorbés par les tâches de routine, hermétiques à l'émotion qui saisit immanquablement les visiteurs. Pour le personnel, le stress et l'euphorie sont désormais réservés aux moments cruciaux : insertion d'une sonde en orbite autour d'une planète ou atterrissage d'un robot sur un sol lointain. Ces jours-là, la salle, bourrée d'ingénieurs et de scientifiques, renoue avec l'excitation des grandes premières spatiales qui secoue périodiquement ces lieux depuis les années 1930. Depuis qu'un groupe de chercheurs du California Institute of technology (Caltech) de Pasadena, faubourg de Los Angeles (Californie), incités à s'éloigner du campus de l'université parce qu'ils y avaient fait trop de dégâts, ont choisi des lieux déserts et pas trop éloignés pour s'adonner à leur dangereuse passion du tir de fusées.

Le Jet Propulsion Laboratory, ainsi baptisé par l'âme du groupe, Théodore von Karman, spécialiste hongrois de l'aéronautique exilé aux Etats-Unis pour fuir le nazisme, n'a jamais quitté ces canyons qui crevassent le pied des montagnes San Gabriel. C'est là que fut conçu et contrôlé Explorer 1, le premier satellite américain placé en orbite, en 1958, quatre mois après le Spoutnik soviétique. La même année, tout en demeurant administré par Caltech, le JPL intégra la NASA, la toute nouvelle agence américaine.

Et lorsque les centres de ce mastodonte naissant se répartirent les grands domaines de la conquête spatiale, William Pickering, directeur historique du JPL, opta pour l'exploration robotisée du système solaire. "J'ai choisi l'espace lointain pour le défi scientifique et technologique, justifiait-il en 2003, peu avant sa mort. Mais aussi parce que je pressentais que les vols habités seraient très lourds politiquement."

Choix judicieux. Les vaisseaux légers du petit JPL ont peu à peu pris de vitesse les navires-amiraux, avec astronautes, de la maison mère. Dans les années 1960, ils ont d'abord tâtonné, et beaucoup échoué, à l'heure du programme Apollo triomphant. Puis à partir de la décennie suivante, ils ont volé de succès en succès alors que les vols habités s'enfermaient dans l'impasse de la navette et de la station spatiale internationale. Leurs premières scientifiques et techniques ont fini par éclipser la monotonie des allers-retours vers l'orbite basse de la Terre. Et imposé l'idée qu'avant de devenir un hypothétique lieu d'expansion humaine, l'espace est un formidable terrain de connaissance.

Aujourd'hui, les 130 bâtiments du JPL couvrent 70 hectares des collines qui l'ont vu naître. Plus de 5 000 personnes travaillent dans ce complexe qui contrôle actuellement 17 sondes envoyées dans le cosmos. "C'est un nombre record, constate Charles Elachi, le directeur du laboratoire, qui s'explique en grande partie par l'allongement du temps des missions." Les symboles les plus médiatisés de cette longévité demeurent les deux robots martiens, Spirit et Opportunity, auxquels les prévisions n'accordaient pas plus de trois mois d'espérance de vie, et qui sont toujours en activité plus de cinq ans après leur arrivée sur la Planète rouge.

Mars, la grande affaire du JPL, le lieu fétiche où l'exploration robotisée a connu quelques-uns de ses plus grands succès, mais aussi nombre de déconvenues. Ces jours-ci, les équipes du JPL se demandent comment sortir Spirit de la pente dans laquelle il s'est ensablé, une pierre coincée sous le ventre. Un "bac à sable" reproduit à Pasadena le piège dans lequel le robot s'est enferré, et où l'on teste sur un frère jumeau les manoeuvres qui le tireront éventuellement de ce mauvais pas.

Mais cette péripétie n'est rien à côté de la mauvaise nouvelle que les responsables du JPL ont dû assumer il y a un an : le report en 2011 du départ de la sonde Mars Science Laboratory (MSL) prévu cette année. Pour la première fois depuis quinze ans, le laboratoire ne profitera pas d'une fenêtre de tir pour envoyer un engin vers la Planète rouge. Les raisons sont avant tout techniques : les ingénieurs ne parviennent pas à être certains que les roues articulées de cet engin, de la taille d'une petite voiture, ne se gripperont pas dans le froid martien.

Mais ce trou dans le planning est sans doute aussi le signe d'un changement d'époque. Confronté à une complexification des engins, et aux limitations budgétaires de la NASA, le JPL veut davantage s'ouvrir aux partenariats internationaux. L'instrument le plus spectaculaire de MSL, un laser qui analysera les roches à distance, a été réalisé par le CNES, l'agence spatiale française. Sur Mars, le robot a toutes les chances de se poser près de couches d'argile découvertes par l'instrument Oméga de la sonde européenne Mars express. Le repli sur soi, particulièrement sensible durant les années Bush, n'est plus d'actualité. Recevant une délégation du CNES, mi-septembre, Charles Elachi pouvait désormais se déclarer ouvert à tous types de collaborations. S'il tient toujours à se situer au centre de l'univers de la science spatiale, le JPL sait qu'il n'a plus les moyens de s'y maintenir seul.


Jérôme Fénoglio (Pasadena, envoyé spécial)
Article paru dans l'édition du 17.10.09

13/10/2009

Les marins pêcheurs de la bande de Gaza

lu sur :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/10/13/la-galere-des-marins-pecheurs-de-la-bande-de-gaza-sous-blocus-israelien_1253307_0.html
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Reportage
La galère des marins pêcheurs de la bande de Gaza, sous blocus israélien
LE MONDE | 13.10.09 | 16h01  •  Mis à jour le 13.10.09 | 19h53
Gaza Envoyé spécial

e regard embrasse un décor de carte postale : sur la plage, des pêcheurs, par groupes de cinq ou six, tirent de grands filets oblongs. Dans l'anse du port, des dizaines de barques effilées, certaines de couleurs vives, sont à l'ancre. D'autres longent la côte à petite vitesse, ainsi que quelques chalutiers de faible tonnage, sur une mer d'huile. Tous restent à peu de distance du rivage. Un coup d'oeil sur la ligne d'horizon explique pourquoi : ces masses sombres, de loin en loin, sont des patrouilleurs de la marine israélienne. Le blocus maritime de Gaza est une nasse : gare aux pêcheurs qui s'y font prendre.

 

Mulets, sardines, rougets, calamars, petits requins, et casiers de crevettes sont alignés sur le sol de la criée, attendant les acheteurs. Il n'en vient pas, et Saëd Bakr, le poissonnier, se désole. "Il y a du poisson mais pas de clients. Avant le blocus, indique-t-il, nous ramenions 3 ou 4 tonnes de poisson chaque jour, contre 800 kilos aujourd'hui." Sur la jetée du port, Abdel Rahmane Miqdad se tient devant sa barque de 8 mètres, et sa colère ne tarde pas à poindre : "Normalement, je pêche tous les jours, mais quand j'aperçois les navires israéliens, je ne sors pas. Quand on dépasse la limite, ils ouvrent le feu immédiatement. Quel est notre avenir ?"

Bien des raisons expliquent le blues des pêcheurs de Gaza. Après la seconde Intifada, en 2000, la limite de pêche au large avait été ramenée, selon les accords d'Oslo de 1993, de 20 milles marins (37 km) à 6 milles de la côte. Depuis la guerre de Gaza (27 décembre 2008-17 janvier 2009), elle n'est plus que de 3 miles (5,5 km) avec des zones tampon au sud et au nord, respectivement de 1,5 et 3 miles de large, interdites à toute navigation. Résultat, le tonnage de poisson ramené au port est passé de 4 000 à 3 000 tonnes par an.

La diminution n'est pas considérable, mais Adel Attalah, directeur du département pêche au ministère de l'agriculture, explique pourquoi : "La crise et les pénuries qui sévissent à Gaza ont poussé des tas de gens à pêcher pour leur compte, pour nourrir leur famille." Sur les 3 600 pêcheurs de Gaza, 2 000 seulement sont des professionnels. Une pêche intensive se déroule ainsi très près des côtes, dans un périmètre ramené à la portion congrue, ce qui signifie que des poissons de plus en plus petits sont pris dans les filets, au détriment de la reproduction. "Les ressources halieutiques s'épuisent, insiste M. Attalah, à terme, cela signifie un désastre écologique."

Les maux que subissent les pêcheurs peuvent être plus redoutables. Nizar Ayash, président du Syndicat des pêcheurs de Gaza, raconte les humiliations subies par les pêcheurs arraisonnés par la marine israélienne : "Quand ils ne tirent pas, ils forcent les pêcheurs à monter à bord, ils les déshabillent et souvent les emmènent à Ashdod."

De Gaza, on distingue sans peine les cheminées de ce port qui abrite une partie des navires de guerre israéliens. Que s'y passe-t-il ? Des interrogatoires et, selon Nizar Ayash et le pêcheur Abdel Rahmane Miqdad, du chantage : les pêcheurs sont invités à espionner le Hamas, en échange d'argent ou d'avantages en nature, et parfois de menaces...

La plupart sont relâchés dans la journée, mais deux pêcheurs, assure Abdel Rahmane Miqdad, ne sont jamais revenus. Adel Attalah tient ses comptes : "Depuis la fin de la guerre (de Gaza), nous avons eu plus de deux cents incidents. Quatre pêcheurs ont été tués, et vingt blessés. Il ne se passe plus de jour sans qu'un pêcheur soit arrêté ou blessé. Or nous n'avons pas d'instruments de navigation, comment voulez-vous que nous respections la zone des 3 milles ?" Le 31 août, assure-t-il, la marine israélienne a ouvert le feu sur un chalutier, qui a pris feu. Celui-ci a été remorqué à terre, et le gouvernement du Hamas a remboursé 20 000 dollars (13 600 euros) au patron-pêcheur.

Longuement sollicité par Le Monde, l'état-major des forces israéliennes (IDF) a fini par donner une réponse (avant de connaître les questions...). "Occasionnellement, les forces navales peuvent ouvrir le feu sur des bateaux qui ne s'identifient pas ou qui se trouvent dans des zones interdites, nourrissant ainsi la suspicion." Le 13 avril, rappelle IDF, un bateau de pêche rempli d'explosifs s'est approché d'un détachement naval israélien, à 300 mètres du rivage, et il a été détruit. Le 31 août, la marine israélienne a ouvert le feu "sur un bateau suspect, qui a rapidement pris feu, justifiant le soupçon qu'il y avait peut-être une forme de munition ou d'explosif à bord".

Un officier israélien ajoute qu'il peut arriver que des pêcheurs soient conduits à Ashdod "pour y être questionnés, avant d'être relâchés". Mais Nizar Ayash n'en démord pas : "Les Israéliens essaient de nous étrangler avec leur blocus : plus rien ne rentre à Gaza. Cela ne suffit pas : maintenant, ils étranglent la mer..."


Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du 14.10.09

07/08/2009

Familistère, l'oeuvre révolutionnaire de Godin

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/08/07/au-familistere-l-oeuvre-revolutionnaire-de-godin-en-ses-appartements_1226559_3246.html#ens_id=1226621

 

Au Familistère, l'oeuvre révolutionnaire de Godin en ses appartements

LE MONDE | 07.08.09 | 14h38  •  Mis à jour le 07.08.09 | 17h31

Guise (Aisne) Envoyée spéciale

 

Au Familistère de Guise, dans l'Aisne, Palais social de Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) construit en 1859 et classé monument historique en 1991, l'appartement de l'audacieux capitaine d'industrie, juste restauré et ouvert au public, raconte son oeuvre révolutionnaire. Patron autodidacte, inventeur des fameux poêles Godin en fonte de fer, ce fils de serrurier parti de rien deviendra en vingt ans numéro un des appareils de chauffage et réalisera avec pragmatisme l'utopie sociale du phalanstère de Charles Fourier (1772-1837).

Dès 1859, M. Godin se réserve un appartement dans le premier pavillon achevé. En 1877, il emménage avec sa collaboratrice et compagne Marie Moret au premier étage de l'aile droite nouvellement bâtie. La restitution des éléments décoratifs - moulures, plinthes et parquets au lieu des tomettes des logements du personnel - montre que l'appartement du patron diffère bien peu de ceux des employés. Ici, ouvriers, cadres et dirigeants cohabitent sans hiérarchie.

 

PHALANSTÈRE AMÉRICAIN

Ses portraits, ses ciseaux de sculpteur - son passe-temps favori avec la craniologie -, ses ouvrages La Richesse au service du peuple et Solutions sociales, dévoilent l'homme. Le livre d'or témoigne de son aura auprès de visiteurs comme Zola. Sont recensées les utopies sociales et les colonies expérimentales de l'époque, comme celle de New Lanark, en Ecosse, coopérative textile lancée par Robert Owen. Une carte monumentale du Texas rappelle l'engagement de Jean-Baptiste André Godin auprès de Victor Considérant, dont il finança l'installation du phalanstère dans l'Etat américain, sur le modèle de Fourier. L'entreprise fut un échec, faute de mise en oeuvre d'un projet économique. Une leçon qu'il retiendra.

La réussite fulgurante de l'industriel, fondée sur l'innovation, lui permet de mettre en pratique l'association Capital-travail et son corollaire, le progrès social. Il veut procurer à ses salariés des équivalents de la richesse : logement, éducation, nourriture, divertissement. Ainsi est né, à côté de la manufacture et sur 6 hectares, le "Palais social", quadrilatère de brique rouge où seront logés jusqu'à 1 750 employés et leurs familles dans des appartements lumineux, confortables, avec buanderie collective et sanitaires à l'étage. Sont construits théâtre, piscine - le domaine borde l'Oise : les enfants doivent savoir nager -, kiosque à musique pour la fanfare, potager et jardin d'agrément. L'école, obligatoire jusqu'à 14 ans, accueille filles et garçons. La loi de Jules Ferry date de 1882, celle de la mixité scolaire de 1975.

Sa vision de l'entreprise est autogestionnaire. En 1880, il crée l'association Capital et travail : les salariés deviennent propriétaires de l'usine : "Il est temps de se demander si ceux qui créent la richesse n'ont aucun droit aux bienfaits et splendeurs qu'elle procure", écrit-il en 1871.

Sous la direction de l'architecte Luca Lotti, avec Frédéric Panni, conservateur du patrimoine, et un budget de 558 101 euros - financé par l'Etat (33 %), la Communauté européenne (38 %), le département et le Syndicat mixte du Familistère Godin (SMFG), l'appartement et toute l'histoire de cet aventurier éclairé revit. Après sa mort, la propriété collective perdurera jusqu'en 1968, année de la dissolution de l'association Capital et travail. L'usine périclite alors faute d'activité industrielle. Godin SA est depuis 1988 propriété des Cheminées Philippe. Et le Familistère appartient au Syndicat mixte de collectivité publique (SMFG), hormis les ailes du pavillon central, restées en copropriété.

Le projet Utopia, mis en oeuvre en 2000 pour la valorisation culturelle et touristique du site, maintient la mixité des usages. "Actuellement, précise Bruno Airaud, coordinateur du programme Utopia, la maternelle accueille 80 enfants et l'école primaire 110. Vingt-cinq appartements sont habités par des anciens du familistère. L'objectif est de ne mettre personne dehors."

Le pavillon des économats, occupé par l'accueil, la librairie et la buvette, est d'ores et déjà restauré. La buanderie et la piscine ont été réhabilitées, avec une exposition sur le thème de l'hygiène. Le jardin et le potager sont remis en état. Prochaine étape, la réouverture de l'unité d'habitation du pavillon central en mars 2010, puis la rénovation du théâtre. Au final, l'ensemble sera considéré comme un "musée de site" illustrant la société égalitaire rêvée et bâtie, il y a cent cinquante ans, par un capitaliste visionnaire.

 

Familistère de Guise,

Guise (Aisne). Tél. : 03-23-61-35-36. De 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures ; fermé lundi. De 3 € à 6 €.

www.familistere.com

 

Florence Evin

Article paru dans l'édition du 08.08.09

17/07/2009

1969 : Les premiers pas sur la Lune

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/16/la-nasa-propose-de-revivre-en-temps-reel-les-premiers-pas-sur-la-lune_1219764_3244.html#ens_id=1219763

 

La NASA propose de revivre en temps réel les premiers pas sur la Lune

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 16.07.09 | 23h07  •  Mis à jour le 16.07.09 | 23h10

 

Afin de célébrer le quarantième anniversaire des premiers pas d'un humain sur la Lune, le 20 juillet 1969, la NASA propose de revivre en temps réel chaque étape de la mission sur Internet. Le site WeChoseTheMoon (http://wechoosethemoon.org/)  a ainsi commencé jeudi 16 juillet (le décollage de Cap Canaveral a eu lieu un 16 juillet) la diffusion audio des quatre jours de la mission.

La NASA, qui cherche visiblement à donner un coup de jeune à cet événement historique, mobilise toutes les nouvelles technologies disponibles pour faire revivre aux internautes chaque étape de la mission Apollo 11. Des alertes postées sur Twitter rythment ainsi les temps forts de la mission spatiale, des préparatifs à l'alunissage : "On vient juste d'apprendre que Neil Armstrong sera le premier homme à marcher sur la Lune. Confirmation." ou encore "Le compte à rebours Apollo 11 commence."

Une reconstitution très réaliste de la célèbre épopée spatiale permettra notamment le 20 juillet de suivre cet événement de manière inédite, grâce à un mixage sophistiqué des enregistrements de la NASA de l'époque. "Il sera possible de voir et d'entendre bien plus de choses que ce que les téléspectateurs ont pu observer en 1969. Aucun média n'a jamais couvert l'événement de cette manière, minute par minute, pendant les quatre jours de la mission", explique Tom McNaught, qui travaille sur le projet.

 

LES VIDÉOS RESTAURÉES

La NASA a par ailleurs présenté jeudi des vidéos restaurées de la mission Apollo 11, qu'elle présente comme étant de meilleure qualité que les originales. Mais l'agence spatiale américaine a dans le même temps confirmé que les enregistrements originaux avaient eux bel et bien été effacés comme on le redoutait depuis quelques années.

En 2006, l'agence spatiale américaine avait en effet reconnu ne pas savoir où se trouvaient les enregistrements vidéo originaux de la mission Apollo 11. Au bout de trois ans de recherches, un ingénieur de l'agence a fini par découvrir que certains supports avaient tout simplement été effacées magnétiquement et réutilisées pour des raisons d'économie.

Heureusement, des copies en bon état ont été récupérées, notamment dans les archives de la chaîne de télévision CBS. Les images restaurées de façon numérique montrent dans une définition largement améliorée les scènes du 21 juillet 1969. Un aperçu de ces images, débarrassées du grain de la retransmission d'origine, est disponible sur le site de la NASA (http://www.nasa.gov/mission_pages/apollo/).

29/05/2009

Sri Lanka : comment faire taire les témoins des massacres

Sri Lanka : comment faire taire les témoins des massacres

LE MONDE | 29.05.09 | 16h42  •  Mis à jour le 29.05.09 | 16h48

Colombo. Envoyé spécial

 

Leur seul crime est d'avoir donné une voix aux victimes. Alors que les bombes gouvernementales pleuvaient sur les réfugiés tamouls, les docteurs Thurairaja Varatharajah, Thangamuttu Sathyamurthi et V. Shanmugarajah sont restés jusqu'au bout, soignant ceux qui pouvaient l'être avec les moyens du bord. En l'absence de journalistes ou d'observateurs internationaux, les médecins tamouls sont devenus les derniers témoins d'une tragédie à huis clos qui a fait des milliers de morts, de fin janvier à fin mai, dans l'offensive finale de l'armée sri-lankaise contre le mouvement séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE).

Pour toute récompense, les docteurs, affiliés au ministère de la santé de Colombo, ont été emprisonnés, dès qu'ils ont pu quitter, le 15 mai, la bande de plage du Nord-Est, où l'armée a donné l'assaut final. Selon une source bien informée, ils sont au secret dans l'immeuble de la Criminal Investigation Division (CID) de Colombo, dans un centre d'interrogation "sordide". Selon un rapport de l'ONU de 2007, la torture y est une pratique "routinière". Seul le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pu les rencontrer et constater qu'ils sont "OK". L'un d'eux, V. Shanmugarajah, a été soigné pour un éclat d'obus à la poitrine. "Si, un jour, on fait le procès du régime, ce seront des témoins clés, c'est pour ça qu'ils voulaient les tuer et ont été très déçus qu'ils s'en sortent", explique un responsable international.

Ce responsable international a été en contact avec les docteurs mais refuse de donner son nom, de peur d'être expulsé. "Ces types sont des héros, on fait des films sur ce genre de personnes", ajoute-t-il. Durant le conflit, depuis des ordinateurs connectés à des téléphones satellitaires, au fur et à mesure qu'ils déplaçaient leurs hôpitaux de fortune, ils ont envoyé des courriels, comme des bouteilles à la mer.

Le Monde s'est procuré certains de ces documents, souvent brefs, sobres, presque cliniques. Exemple : "29 avril 2009. Cher Monsieur, Madame, aujourd'hui, aux alentours de 16 heures, l'hôpital de Mullivaikkal a été attaqué au mortier. Le toit du pavillon a été très endommagé et des patients à l'intérieur sont morts. Neuf patients morts et quinze patients blessés. Beaucoup de patients ont quitté l'hôpital. Ce matin, un officier du CICR a visité l'hôpital aux alentours de 11 heures. Salutations. Docteur T. Sathiyamoorthy, directeur régional des services de santé."

Les destinataires étaient un cercle de fonctionnaires de l'ONU, de responsables sri-lankais, de diplomates et de membres de la diaspora. Les photos numériques qui accompagnent chaque message, prises par les médecins ou des employés locaux de l'ONU, montrent crûment, au bord de la plage, corps démembrés, plaies béantes, femmes en larmes et enfants à l'agonie - le résultat de bombardements à l'arme lourde contre des civils sous des tentes en plastique, que les Tigres tamouls empêchaient de fuir, et dont l'armée n'avait que faire.

"Les docteurs évitaient toujours les questions politiques, ils faisaient simplement leur boulot", se souvient le responsable international. Rarement trahissaient-ils le moindre sentiment. Sauf un jour. Au téléphone, Thangamuttu Sathiyamoorthy est au bord des larmes. Une femme, dont les deux jambes ont été sectionnées au niveau des cuisses par des éclats d'obus, est en train de se vider de son sang sous une bâche, qui frémit au rythme de ses derniers souffles. Sa petite fille, que des patients tentent de distraire, implore le docteur de la sauver. Elle a perdu son père et c'est toute la famille qu'il lui reste. Les médecins, qui n'ont plus de matériel depuis des mois, ne peuvent rien faire. "Sathiyamoorthy m'a dit : "J'ai toujours su que la guerre viendrait, mais je n'ai jamais pensé que ça finirait sous un tapis de bombes"", se souvient le responsable international.

A plusieurs reprises, lorsque le bateau du CICR accostait sur la plage pour évacuer les blessés, les docteurs fournissaient à l'organisation les coordonnées GPS de leurs centres médicaux itinérants, pour qu'ils préviennent l'armée de leur position. "Quelques heures plus tard, l'armée bombardait ce point précis", rapporte cette source.

Sur la fin, le ton des e-mails change. 13 mai : "Les combats à l'arme lourde ont commencé à 5 h 30 du matin. Beaucoup de civils blessés ont été amenés à l'hôpital, et l'hôpital ne fournit plus de soins parce qu'il est sous des tirs de mortier (...). Près d'un millier de patients attendent leur traitement quotidien.(...) Tant de blessés ont dû mourir. Dans le pavillon, il y a de nombreux cadavres parmi les patients. On peut voir et entendre les patients pleurer dans l'hôpital, c'est un vrai désastre."

"Ce sont des médecins qui improvisent, qui font tout ce qu'ils peuvent, même s'il faut arrêter une hémorragie avec un bout de ficelle ou panser une plaie avec un drap", explique notre source. Mais les dernières semaines, "ils disaient qu'il était temps de partir, qu'ils ne pouvaient plus soigner les gens. C'était trop dangereux, ils ne pouvaient plus sortir des bunkers. Il n'y avait aucun matériel, ils étaient dépassés par le nombre de blessés. Ça tirait de tous côtés. L'armée était à 500 mètres. Il y avait des morts partout autour d'eux".

Détenus en vertu des "régulations d'urgence" et du Prevention of Terrorism Act qui permettent de les garder enfermés un an avant de les inculper, les trois docteurs n'ont formellement été accusés de rien. Mais dans la presse aux ordres, ils sont "soupçonnés d'avoir fait des déclarations désobligeantes dans les médias et la communauté internationale en faveur des LTTE." "Le gouvernement ne va pas les laisser partir parce qu'ils peuvent témoigner des crimes de guerre commis par l'armée", prédit un défenseur des droits de l'homme, qui craint qu'ils soient, comme tant d'autres, soumis à la torture.

Leurs familles ont été menacées par des paramilitaires tamouls progouvernement qui surveillent leurs maisons, les suivent dans la rue et posent des questions sur leur lieu de travail. "Si vous avez affaire à ces groupes, vous retrouverez le torse de votre fille dans un réservoir dans quelques jours", explique le responsable international. Les ONG et plusieurs missions diplomatiques tentent d'obtenir la libération des docteurs, pour qu'ils puissent s'installer dans un pays d'accueil.

Dans un pays où plus de 60 employés humanitaires ont été tués en trois ans, et où des journalistes connus ou des défenseurs des droits de l'homme sont couramment enlevés en plein jour par des hommes en armes, parfois pour ne jamais réapparaître, rares sont ceux qui s'expriment. Il n'est qu'à lire les derniers titres de "une" des principaux journaux, The Island ou le Daily News : "Complicité avec les terroristes au prétexte du soutien des droits de l'homme" ; "Les journalistes payés par le LTTE seront dénoncés" (citation du comandant de l'armée, le général Sarath Fonseka) ; "L'expertise des ONG a aidé le LTTE"...

"Ici, c'est pire qu'en Birmanie", affirme un fonctionnaire onusien, selon lequel les bureaux de l'ONU sont sur écoute. Le régime, dit-il, a repris à son compte le mantra bushien : "Vous êtes avec nous, ou contre nous". "Depuis la victoire, on ne peut plus les arrêter. C'est un Etat militaire et ça ne va faire qu'empirer", prévient le défenseur des droits de l'homme. Pour l'heure, les médecins, "héroïques" selon l'ONU, croupissent en détention. Mais ils pourraient un jour se retrouver dans le box des témoins, et leurs geôliers sur le banc des accusés.

 

Philippe Bolopion

Article paru dans l'édition du 30.05.09

20/03/2009

Jérusalem-Est, capitale de la Palestine : "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire"



lu sur :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/03/18/a-jerusalem-est-le-quartier-al-boustan-s-organise-contre-sa-destruction-annoncee_1169492_0.html

Reportage
A Jérusalem-Est, le quartier Al-Boustan s'organise contre sa destruction annoncée
LE MONDE | 18.03.09 | 15h28 • Mis à jour le 18.03.09 | 16h52
JÉRUSALEM CORRESPONDANT

La résistance s'est organisée. Une grande tente a été dressée et un comité de défense a été désigné. Le quartier Al-Boustan ("le jardin") à Jérusalem-Est est sur le pied de guerre. Les autorités israéliennes ont projeté de démolir 88 maisons pour y créer un parc. Le projet date de quatre ans, mais il vient d'être remis sur la table, et des ordres de démolition ont été notifiés aux 1 500 habitants de ces maisons qui, dit la mairie, ont été construites sans permis de construire.

"Certaines de ces maisons datent d'avant l'occupation de 1967, et les demandes de permis ne sont jamais accordées", proteste Abed Shalode, du comité de défense. Des cartes ont été déployées sur le mur pour expliquer comment la colonisation est en marche à Jérusalem-Est.

Des zones plus claires cernées de rouge indiquent les emplacements des implantations juives et leur progression dans le faubourg de Silwan, dans lequel figure le quartier Al-Boustan. Située au pied de l'esplanade des Mosquées, le Mont du Temple pour les juifs, près de la face sud de la vieille ville, cette zone est âprement convoitée par les colons pour en faire un prolongement du quartier juif.

C'est à cet endroit qu'est située la cité de David. D'intenses fouilles archéologiques y sont menées pour retrouver les traces de l'ancien royaume et démontrer que cette terre est bien juive. D'autant que la municipalité de Jérusalem projette d'en faire un lieu touristique.

"Pas de site touristique sur les ruines des maisons de 1 500 habitants", proclame un écriteau placé sous la tente. Deux maisons ont déjà été détruites, et la population craint l'arrivée soudaine des bulldozers. "La réaction sera violente", prévient Daoud Siam, né à Al-Boustan il y a soixante-dix ans. "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire", ajoute-t-il en mettant directement en cause le nouveau maire de Jérusalem, Nir Barkat, qualifié de "boutefeu de la ville sainte".

Elu il y a quatre mois, ce dernier a fait savoir que "la loi devait être respectée quelles que soient l'identité, la race, la résidence et la religion". Al-Boustan est devenu un abcès de fixation des tensions israélo-palestiniennes. Vingt et un lauréats du prix Israël, parmi lesquels des écrivains célèbres, ont lancé un appel pour que cessent les démolitions à Jérusalem-Est. Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, s'est émue de la situation, lors de sa visite début mars, en déclarant que les démolitions "ne facilitent pas le processus de paix" et "violent la feuille de route" du plan de paix international, qui prescrit un gel de la colonisation. Ce commentaire n'a pas été du goût de Nir Barkat qui l'a qualifié de "mauvais signal" envoyé à "ceux qui ne respectent pas la loi".

Al-Boustan est devenu le test de la volonté de Washington de prendre une position claire contre la poursuite de la colonisation qui ruine la possibilité de créer un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale comme le souhaitent les Palestiniens. Cinquante-cinq autres maisons sont également dans le collimateur à Choufat, au nord de Jérusalem. Craignant un raidissement du prochain gouvernement israélien, qui pourrait être très à droite, l'Autorité palestinienne est sur le qui-vive. Soixante-dix familles juives vivent déjà à Silwan.

La fondation Elad, une organisation nationaliste religieuse, tente par tous les moyens de conquérir de nouveaux espaces, maison après maison. A chaque succès, les colons font immédiatement flotter le drapeau israélien pour marquer le territoire. La municipalité a précisé que seules les maisons construites après 1992 étaient concernées par les démolitions. Les résidents ont demandé en vain que cette zone soit classée résidentielle. Le rejet a été finalement notifié le 17 février. Depuis, c'est l'inquiétude.

Très impliqué à Jérusalem, le cheikh Raed Salah, dirigeant arabe israélien (il dirige la branche nord du Mouvement islamique), est venu dire sur place : "Notre position est claire : soit nous vivons sur notre terre, soit nous y serons enterrés."

Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 19.03.09

15/01/2009

Grande manifestation jusqu'’à l’'ambassade d'’Israël à Paris CE SAMEDI

IL FAUT AVOIR LE COURAGE DE SES OPINIONS !
Les palestiniens de GAZA sont-ils des terroristes ou des résistants ?
Rappelez-vous la dernière guerre mondiale et la propagande NAZI : voyez par exemple l'article de WIKIPEDIA sur L'AFFICHE ROUGE (http://fr.wikipedia.org/wiki/Affiche_rouge - Voir la photo dans l'album ci-contre )
..."L'affiche, dont l'image figure ci-contre, comprend :
* un slogan : « DES LIBERATEURS ? LA LIBÉRATION ! PAR L'ARMÉE DU CRIME »
* les photos, les noms et les actions menées par dix résistants du groupe Manouchian :
o « GRZYWACZ : Juif polonais, 2 attentats »
o « ELEK : Juif hongrois, 8 déraillements »
o « WASJBROT : Juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements »
o « WITCHITZ : Juif polonais, 15 attentats » (en réalité il est français)
o « FINGERWEIG : Juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements »
o « BOCZOV : Juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats »
o « FONTANOT : Communiste italien, 12 attentats »
o « ALFONSO : Espagnol rouge, 2 attentats »
o « RAYMAN : Juif polonais, 13 attentats »
o « MANOUCHIAN : Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés »
* six photos d'attentats ou de destructions, représentant des actions qui leur sont reprochées.
La mise en page marque une volonté d'assimiler ces dix résistants à des terroristes : la couleur rouge ; le triangle formé par les portraits apportent de l'agressivité ; les six photos en bas, pointées par le triangle, soulignent leurs aspects criminels."...
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Grande manifestation jusqu'’à l’'ambassade d'’Israël à Paris CE SAMEDI !

> Face à l’horreur sans nom de ce que les médias qualifient pudiquement d’"opération", "intervention" ou d’"offensive", et qu’il faut appeler par son nom : UN GENOCIDE, nous appelons, avec beaucoup d’autres associations à une grande manifestation à Paris ce samedi 17 janvier à 14 H 30 qui partira de la place du Chatelet pour se rendre à l’ambassade d’Israël. Ci-dessous notre déclaration auprès de la préfecture de police de Paris.

Cher Monsieur

Je vous informe que notre association CAPJPO-EuroPalestine appelle à manifester à Paris samedi 17 janvier contre les massacres israéliens dans la Bande de Gaza.

Itinéraire : de la place du Chatelet à l’ambassade d’Israël. Départ 14 H 30 de la place du Chatelet. Parcours : Rue de Rivoli. Concorde. Avenue des Champs Elusées jusqu’à l’ambassade d’Israël.

Vous recevrez des déclarations d’appel à cette manifestation de la part de bien d’autres associations dans les heures qui suivent, les massacres de la population de la Bande de Gaza par Israël ne faisant que s’amplifier. Plus de 1000 morts et 5000 blessés, dont la moitié de femmes et d’enfants, en ce 19ème jour d’agression sauvage, où les escadrons de la mort israéliens n’hésitent pas à recourir à des bombes au phosphore, à sous-munitions et autres engins barbares.

Les médecins sur place témoignent qu’ils ne peuvent même pas soigner les blessés, étant donné l’état dans lequel ils leur arrivent, et se contentent de pratiquer des amputations à la chaîne (qui ne sauvent pas toujours les vies étant donné la gravité des lésions).

Nous tenons à souligner que vous avez autorisé le CRIF, à Paris comme à Marseille, à manifester ces jours-ci devant l’ambassade et le consulat d’Israël. L’argument de risque de trouble à l’ordre public n’est donc pas de mise.

Par ailleurs, des manifestations ont lieu quotidiennement devant l’ambassade d’Israël dans des grandes capitales comme Londres, et il n’y a aucune raison pour que cela ne soit pas possible ici.

Enfin, le fait que vous autorisiez des ligues fascistes comme la Ligue de Défense Juive à s’entrainer militairement en France, à y faire des ratonnades et à blesser des jeunes, comme à nouveau ces jours-ci devant le Lycée Jeanson de Sailly à Paris, rend incontournable le fait d’aller protester devant l’ambassade d’Israël, associée au demeurant à un gala au profit de l’armée israélienne, programmé le 21 janvier prochain à Paris.

Olivia Zémor, Présidente de CAPJPO-EuroPalestine

NOUS APPELONS TOUTES LES ASSOCIATIONS A INFORMER LA PREFECTURE DE POLICE DE PARIS DE LEUR PROPRE APPEL A PARTICIPER SAMEDI PROCHAIN A CETTE MANIFESTATION.

Il faut pour cela envoyer une déclaration à cyrille.bourreau@interieur.gouv.fr avec le nom de votre association.

IL FAUT QUE TOUTES LES VILLES DE FRANCE LANCENT UN APPEL A MANIFESTER SAMEDI ET CONTINUENT A SE MOBILISER COMME ELLES LE FONT DEPUIS LE DEBUT DES MASSACRES ISRAELIENS.

IL FAUT QUE LA MOBILISATION S’AMPLIFIE : LE PEUPLE PALESTINIEN NOUS CRIE "AU SECOURS !"

IL FAUT QUE NOTRE PRINCIPAL MOT D’ORDRE SOIT LE BOYCOTT DE TOUTES LES RELATIONS ET COLLABORATIONS AVEC ISRAEL. IL FAUT QUE LES PARTIS ET SYNDICATS ORGANISENT LE GEL DE TOUTES LES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS CONCERNANT ISRAEL ET NOTAMMENT LES VENTES ET ACHATS D’ARMES, COMME CELA VIENT DE SE FAIRE EN GRECE OU LES TRAVAILLEURS ONT BLOQUE LES MUNITIONS AMERICAINES DESTINEES A ISRAEL

IL FAUT QUE TOUTES LES UNIVERSITES, TOUS LES INSTITUTS DE RECHERCHE ARRETENT IMMEDIATEMENT D’ENTRETENIR DES RELATIONS AVEC LES INSTITUTIONS ISRAELIENNES, CAR AUCUNE D’ENTRE ELLE N’A ELEVE LA MOINDRE PROTESTATION CONTRE LES MASSACRES ISRAELIENS !

Chacun d’entre nous, dans son entreprise, doit en discuter, et refuser de se rendre complice, même passivement, de ce qui se passe dans la bande Gaza.

SAUVONS GAZA !

Merci de nous tenir informés de vos actions pour que nous puissions les répercuter et montrer que la mobilisation ne faiblit pas, au contraire. Merci à toutes les associations de nous envoyer (à info@europalestine.com ) une copie par mail de leur déclaration en préfecture, pour pouvoir en faire état sur notre site http://www.europalestine.com

Amicalement,

CAPJPO-EuroPalestine

02/01/2009

Pétition EN LIGNE pour un cessez-le feu à GAZA

Message du 30/12/08 18:24
De : "Brett Solomon - Avaaz.org"
Objet : Gaza: demande de cessez-le-feu

Chers amis,

Signez votre nom dans la pétition urgente demandant un cessez-le-feu à Gaza. Nous la ferons parvenir immédiatement au Conseil de sécurité de l’ONU, à la Ligue arabe, aux États-Unis et aux autres dirigeants mondiaux.

Agissez maintenant !
Pendant que nous sommes témoins de l’horrible massacre se déroulant en ce moment à Gaza, atterrés par la façon avec laquelle la crise s’aggrave hors de tout contrôle, une seule chose semble claire : cette escalade de violence n’apportera que des souffrances supplémentaires aux civils.

Une solution alternative doit être envisagée afin de résoudre cette crise continue. Plus de 370 personnes sont mortes et des centaines sont blessées. Les tirs de roquette secouent Ashdod, au coeur d’Israël, pour la première fois, tandis que les zones frontalières se mobilisent en vue d’une invasion. À présent, une réponse internationale s’est fait entendre. Or, des actions fermes de la communauté internationale, et non des déclarations, seront nécessaires pour arrêter la violence immédiatement et faire régner la paix.

Aujourd’hui, nous lançons une campagne urgente qui parviendra au Conseil de sécurité de l’ONU et à des pouvoirs-clés mondiaux, les appelant à agir pour assurer un cessez-le-feu immédiat, à freiner la crise humanitaire grandissante et à poser des gestes concrets dans la construction d’une paix réelle et durable. Suivez ce lien dès maintenant pour signer la pétition urgente et pour l’envoyer à tous ceux que vous connaissez :

http://www.avaaz.org/fr/gaza_time_for_peace/

Après plus de huit années de diplomatie américaine et mondiale inefficaces, et en ce jour le plus sanglant dans l’histoire récente de Gaza, nous devons lancer un cri d’alarme global demandant aux dirigeants mondiaux d’aller au-delà des déclarations s’ils veulent construire la paix dans cette région. L’ONU, l’Union européenne, la Ligue arabe et les États-Unis doivent désormais agir de concert pour assurer un cessez-le-feu. Ceci inclut la fin des attaques à la roquette vers Israël et l’ouverture des postes de contrôle aux combustibles, à la nourriture, aux médicaments et aux autres livraisons d’aide humanitaire.

Avec le nouveau président américain, qui prendra le pouvoir dans moins d’un mois, une opportunité réelle existe désormais pour insuffler une nouvelle ardeur aux efforts de paix. Ces hostilités nécessitent non seulement un cessez-le-feu immédiat, mais également un engagement d’Obama et des autres di rigeants mondiaux pour qu’une résolution du conflit israélo-palestinien soit prioritaire à l’ordre du jour. Tandis que le monde entier ressent l’impact de ce conflit interminable, nous ne pouvons demander moins.

En 2006 nous nous sommes mobilisés pour un cessez-le-feu au Liban. Nous travaillons depuis des années à encourager une paix juste et durable, diffusant nos messages sur les panneaux et les ondes d’Israël et de la Palestine. Maintenant que nous sommes aux portes de 2009, nous devons une fois de plus nous unir afin de demander une résolution durable du conflit. Veuillez suivre le lien suivant et signez au nom de la paix :

http://www.avaaz.org/fr/gaza_time_for_peace/

Tous les participants au conflit continueront à agir comme ils l’ont fait par le passé s’ils croient que le monde les laissera faire sans intervenir. En 2009, faisons en sorte que cette situation change. Devant la crise, il est temps de profiter du renouveau que la nouvelle année amène pour demander un cessez-le-feu et de travailler ensemble pour mettre un terme au cycle de la violence.

Avec espoir et détermination,

Brett, Ricken, Alice, Ben, Pascal, Paul, Graziela, Paula, Luis, Iain et toute l’équipe d’Avaaz.

Des actions supplémentaires pourraient inclure : une résolution formelle du Conseil de sécurité, plutôt que la diffusion d’un communiqué de presse, comme cela avait été fait le 28 décembre 2008 ; des pressions privées et publiques internationales explicites sur les deux parties pour mettre un terme aux hostilités, comprenant des conditions claires sur la reprise des négociations (voir également le document ci-joint, en version anglaise seulement : http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1230456497503& pagename=JPost/JPArticle/ShowFull); une surveillance internationale efficace de la frontière à Rafah ; et au moment opportun, une résolution détaillée du Conseil de sécurité établissant les conditions d’une paix permanente entre Israël et la Palestine dans le cadre légal international.

01/11/2008

Michel Rocard : "La crise actuelle est née en 1971"

Beaucoup d'opinions sur la crise a posteriori. Pourquoi pas avant ?

lu sur lemonde.fr :

Michel Rocard, ancien premier ministre
Michel Rocard : "La crise actuelle est née en 1971"
LE TEMPS.CH | 22.10.08 | 17h41

Au-delà des crédits immobiliers subprimes, on a le sentiment que la crise financière remonte à plus loin... Quelle est votre explication ?

Il y a un consensus presque absolu sur les causes techniques de la crise actuelle. Les banques américaines ont caché les crédits immobiliers douteux dans des packages contenant 15 à 20 % d'actifs douteux, camouflés dans des avoirs sains, qu'on a ensuite vendus comme des actifs financiers uniques. Aujourd'hui, aucune banque n'est en état de mesurer son degré d'incertitude, et encore moins celui du voisin.

Pourquoi ça s'est passé comme ça ?

Je suis convaincu qu'il faut remonter au décrochage du dollar et de l'or en 1971. Il a entraîné un manque de repères fixes qui a poussé le monde financier à inventer de plus en plus de mécanismes pour se prémunir contre les aléas de change. Ils sont regroupés sous le nom de produits dérivés. Petit à petit, le taux d'incertitude de ces produits est devenu trop grand et on a eu un effet de bulle...

Pardon, vous suggérez de revenir à l'étalon or ?

On ne peut pas ! Malheureusement, c'est le passé. On ne sortira pas des difficultés actuelles sans trouver quelque chose de nouveau. De 1945 à 1975, dans tous les Etats développés, le capitalisme avait une croissance de 5 % par an, il ne connaissait jamais de crise financière et tout le monde était en plein emploi. Nous sommes maintenant dans un capitalisme qui s'essouffle pour atteindre la moitié de cette croissance, sans y parvenir, qui connaît une crise financière gravissime tous les quatre ou cinq ans, et où tous les pays ont un quart de leur population fragilisée devant le travail. Ma question est : peut-on rafistoler le système bancaire sans remédier à cette anémie générale de l'économie physique ?

Pourquoi le capitalisme s'est-il essoufflé ?

L'équilibre entre partenaires du jeu économique a changé. C'est le résultat de deux siècles d'histoire du capitalisme. Quand il est né – dans les années 1810-1840 – on s'est aperçu que le système était cruel et injuste. Assez vite naît une riposte du monde du travail, qui prend la forme des coopératives, des mutuelles, des syndicats, du mouvement socialiste. Leur souci est de se débarrasser du capitalisme. Mais le capitalisme a gagné. Sous la pression ouvrière, mais pas seulement, son efficacité prodigieuse a été mise au service de la lutte contre la cruauté sociale.
Le système est ainsi fait qu'il est instable. C'est même sa caractéristique principale. La crise des années 1929-1932, et la guerre qui a suivi, a rallié les cervelles à l'idée qu'il fallait le stabiliser. L'accord s'est fait dans le monde sur trois stabilisateurs. Le premier, c'est la sécurité sociale. L'Anglais Beveridge a théorisé qu'en faisant des retraites, de l'assurance chômage, de l'assurance maladie, des prestations familiales, on contribuait à stabiliser le système. Le deuxième régulateur, c'est celui de Keynes : au lieu de gérer les budgets et la monnaie sur la base de comptes nationaux, il faut les utiliser pour amortir les chocs extérieurs. Cette idée explique l'absence de crise pendant les trente années qui suivent. Le troisième régulateur, le plus ancien, c'est celui d'Henry Ford, et il tient en une phrase : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Mis ensemble, à la fin de la Second Guerre mondiale, ces trois stabilisateurs vont donner le compromis social-démocrate, qui a duré trente ans.

Mais ce compromis a été abandonné depuis longtemps...

Les actionnaires ont fini par considérer qu'ils étaient mal traités. Ils ne venaient pas aux assemblées générales – on en rigolait, d'ailleurs. Ça a changé quand se sont créés les fonds de pension qui regroupent des milliers, des millions d'actionnaires. Ils ont envahi toutes les assemblées, en se moquant des problèmes internes de l'entreprise, et en disant "je veux plus". Dans la foulée se créent les fonds d'investissement, plus petits mais beaucoup plus incisifs, et les fonds d'arbitrage, les hedge funds.

Ces fonds ont créé une vaste pression sur les managers. Ils disaient : "Si vous ne payez pas plus, on vous vire." Puis il y a eu un mouvement plus puissant encore, celui des OPA. Celui qui ne distribue pas assez à ses actionnaires devient "opéable". Il en a résulté une externalisation formidable de la main-d'œuvre, qui a rendu précaire un quart de nos populations. Au final, cela donne une économie fatiguée, minée par la méfiance, où l'idée de fidélité à l'entreprise commence à disparaître et où la croissance ralentit.

Y a-t-il des moyens d'en sortir ?

Tout commence par la prise de conscience et le diagnostic. Ce diagnostic doit être scientifique et internationalement partagé. Aussi longtemps que les chefs d'entreprises productives se laisseront intoxiquer par la propagande bancaire, alors que leurs intérêts sont souvent antagonistes, aussi longtemps que les médias nieront le diagnostic, il n'y aura pas de remède.
Le repli national, c'est l'assurance déclin, l'assurance récession, parce que nos économies sont interdépendantes. L'économie administrée, on sait bien que ça ne marche pas. Interdire les produits dérivés, à mon avis ce n'est pas possible, car ils font fonctionner le système. Donc il faut une longue réflexion, qui doit comprendre un aspect éthique. La confiance ne peut pas revenir quand le PDG ou le banquier, qui gagnait 40 fois plus que ses salariés pendant les deux premiers siècles de capitalisme, gagne 350 à 500 fois plus. Il faut reconnaître que le moteur de la croissance, c'est la consommation des ménages. Cela implique le retour de la masse salariale à un niveau plus élevé : en moyenne, sa part dans le PIB a perdu 10 % en vingt-cinq ou trente ans.
Il faudra aussi fournir un élément scientifique pour condamner l'espoir d'une rentabilité à 15 %, alors que le PIB croît de 2 % par an. Cet objectif de 15 % est un objectif de guerre civile. Or, il a été formulé par les professionnels de l'épargne et personne n'a rien dit. Aujourd'hui, si on ne trouve pas d'inflexion, on est dans le mur. Le déclin du Bas-Empire romain a commencé comme ça...

Comment jugez-vous l'action de l'Europe dans cette crise ?

Elle a fait preuve d'une inventivité inhabituelle. Mais ce ne sont pas les institutions européennes qui ont fonctionné. La Commission se tait. Le Conseil des ministres n'a pas été sollicité. Un type talentueux, qui s'appelle Nicolas Sarkozy, a exploité la convergence des volontés de quelques grands Etats européens. La zone euro nous a protégés. Sans l'euro la crise serait infiniment plus grave. Elle a trouvé un bon conseiller en la personne de Gordon Brown, avec son invention géniale de garantie publique aux prêts interbancaires.
A ce propos, je viens d'apprendre une nouvelle délicieuse : le principal conseiller financier de Gordon Brown serait Alan Greenspan [ancien président de la Réserve fédérale américaine]. Or, c'est le surcroît de liquidités qu'il a créé qui a permis aux banques de prendre tous ces risques. Il y a de quoi sourire.

Vous êtes encore plus sévère envers l'économiste ultralibéral Milton Friedman...

Friedman a créé cette crise ! Il est mort, et vraiment, c'est dommage. Je le verrais bien être traduit devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité. Avec son idée que le fonctionnement des marchés est parfait, il a laissé toute l'avidité, la voracité humaine s'exprimer librement.

Propos recueillis par Sylvain Besson (Le Temps.ch)