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12/08/2009

A Java, le volcan Lusi pourrait vomir sa boue pendant encore cent ans

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/12/a-java-le-volcan-lusi-pourrait-vomir-sa-boue-pendant-encore-cent-ans_1227867_3244.html#ens_id=1227951

 

A Java, le volcan Lusi pourrait vomir sa boue pendant encore cent ans

LE MONDE | 12.08.09 | 15h22  •  Mis à jour le 12.08.09 | 15h22

Ile de Java (Indonésie) Envoyé spécial

 

Au guidon de sa Mobylette, Januari vient souvent rouler sur les ruines de son village. Jatirejo, une ville cimetière, ancienne cité ouvrière du nord-est de l'île de Java en Indonésie, que l'éruption du volcan Lusi en 2006 a ensevelie sous 8 mètres de boue. Jatirejo, d'où n'émergent que bouts de charpente et pinacles de mosquée. "Avant, il y avait 2 000 maisons, des écoles, des usines. Le volcan a tout détruit. Aujourd'hui, on n'a plus qu'à promener les touristes", déplore le jeune homme. Dans ce paysage de désolation, seul se dessine au loin l'inquiétant champignon de fumée blanche de celui que l'on surnomme ici le "monstre" Lusi.

Actif depuis le 29 mai 2006, le volcan ravage à petit feu la région industrielle et agricole de Sidoarjo. Chaque jour, il crache des tonnes de boue, d'eau et de gaz toxiques, au point qu'un lac visqueux s'est formé sur plus d'un millier d'hectares (cinq fois la superficie de Monaco). Pour freiner sa progression, des digues de terre ont été érigées, parfois fleuries, histoire d'égayer un décor de chaos.

 

PERFORATION D'UN GISEMENT

Au pied de remparts sans cesse fortifiés, on traverse pourtant des villages fantômes. Douze ont déjà été rayés de la carte. Les 45 000 habitants ont tous fui les coulées de boue. "On a été évacués dans un camp tout proche. On vit dans l'angoisse de la boue. Trois ans après, on attend toujours le remboursement de nos maisons détruites", raconte Fitria.

La plupart des victimes rendent la compagnie pétrolière indonésienne Lapindo-Brantas responsable de leurs malheurs. Deux jours avant l'éruption, elle menait sur les lieux un forage exploratoire de gaz. La perforation d'un gisement d'eau sous pression, à 3 kilomètres de profondeur, aurait fracturé les roches. Des fissures sont remontées en surface jusqu'à faire jaillir un geyser bouillonnant d'eau, d'argile et de gaz. "Il est impossible qu'un forage ait pu produire un tel phénomène ,explique-t-on à Lapindo. Nous sommes ici sur une faille. Un séisme a pu provoquer cette catastrophe."

Selon la société, le tremblement de terre, survenu le 27 mai 2006 à Yogyakarta, au centre de Java, a pu réactiver la faille (6,2 sur l'échelle de Richter). Même avec un épicentre à 280 km de là ? "Les volcans de boue sont liés à l'activité tectonique. La zone a d'ailleurs bougé dans les heures qui ont suivi le séisme. A chaque secousse, l'intensité de Lusi s'accroît avec une augmentation des débits de boue", souligne Adriano Mazzini, géologue à l'université d'Oslo (Norvège).

Tous les scientifiques ne partagent pas cette thèse. "L'épicentre du séisme était trop éloigné et sa magnitude trop faible pour avoir un tel impact", nous confie l'Américain Michael Manga, chercheur à l'université de Berkeley en Californie. Ses prévisions sur la durée de l'éruption ne sont guère optimistes : "Au mieux, entre dix et cent ans. Cela va dépendre des pressions et des concentrations en eau et en gaz dans le sous-sol", explique-t-il.

Devant l'énigme Lusi, les autorités ont bien tenté de stopper l'éruption : comme obstruer la cheminée du cratère avec un chapelet de boules en béton. Sans succès. Face à la menace omniprésente d'inondations, la boue est pompée, traitée, puis évacuée par pipeline vers le fleuve Porong. Tout l'écosystème, jusqu'à la mer de Java, s'en trouve bouleversé. Au grand désespoir des éleveurs de poissons et de crevettes, confrontés à une pollution des eaux. "On a 70 % de production en moins, déplore Saiful Bakhri, patron d'une coopérative. Avant, il y avait 25 éleveurs, il n'y en a plus que 3. Les autorités doivent stopper ces rejets ."

Signe de l'intense activité du sous-sol de Sidoarjo, un deuxième cratère de boue vient de se former, non loin du volcan Lusi. Une réplique qui ne surprend pas les chercheurs. Selon Andang Bachtiar, de l'Association des géologues indonésiens, "un phénomène identique s'est produit dans cette zone entre dix mille ans et un million d'années".

 

Arnaud Guiguitant

Article paru dans l'édition du 13.08.09

11/11/2008

Dérèglement du climat : avenir sombre

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/11/11/un-expert-du-climat-appelle-a-un-sursaut-de-l-homme_1117219_3244.html

Un expert du climat appelle à "un sursaut de l'homme"
LE MONDE | 11.11.08 | 15h36 • Mis à jour le 11.11.08 | 16h09

Né en 1932 à Besançon, père de la glaciologie moderne, Claude Lorius doit recevoir, mercredi 12 novembre, à Tokyo, le prix Blue Planet, l'une des plus prestigieuses récompenses internationales dans le domaine de l'environnement. En 1987, avec Jean Jouzel et Dominique Raynaud, il a été le premier à exploiter la présence de CO2 dans les carottes de glaces polaires pour établir un lien expérimental entre changements climatiques et concentrations des gaz à effet de serre.

- Un peu plus de vingt ans après vos travaux publiés en 1987 dans la revue Nature, tout le monde se pose la question : est-ce réversible ?

Honnêtement, je suis très pessimiste... Sur les CFC (chlorofluorocarbures), on voit bien que l'arrêt de leur utilisation a permis de réduire le trou dans la couche d'ozone, mais en ce qui concerne la crise climatique, on sait que même si on stabilisait aujourd'hui les émissions de CO2, ce gaz à effet de serre ne disparaîtrait pas pour autant. Il est là pour un moment...
Il est difficile de dire si on a dépassé les limites, mais il est évident qu'on va subir un réchauffement : on prévoit d'ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans pour passer de l'âge glaciaire à l'holocène ! Et je ne vois pas que l'homme ait actuellement les moyens d'inverser la tendance.

- Poussant jusqu'au bout la logique d'un dérèglement du climat, certains évoquent aujourd'hui le retour d'une ère glaciaire. Est-ce envisageable ?

Dans un certain nombre de milliers d'années... Aujourd'hui, c'est totalement hors de propos ! Les périodes de réchauffement et de glaciation montrent des cycles de 100 000 ans, dus à la trajectoire de la Terre autour du Soleil en suivant une ellipse qui s'altère très légèrement, mais suffisamment pour modifier le climat sur ces très longs termes. Ce qui est nouveau, et que nous avons montré avec l'analyse des bulles d'air emprisonnées dans la glace, c'est que désormais l'homme, en multipliant les gaz à effet de serre, a accéléré un cycle de réchauffement sur un très court terme.

- Rapide, irréversible... Cela ressemble tout de même à un scénario catastrophe.

Je ne crois pas que l'homme va disparaître. Les paysages vont changer, les glaciers vont fondre : la liste des impacts est impressionnante parce que, sur cette question, tout est interdépendant... Ainsi, si le permafrost - ce couvercle de glace qui recouvre les sols arctiques - fond, il va libérer du méthane qui, en retour, va accentuer l'effet de serre et aider ainsi à la fonte des glaces. Et plus la surface de celles-ci diminue, plus leur pouvoir réfléchissant disparaît, amplifiant encore le réchauffement...
C'est sûr, nous aurons des catastrophes, des cataclysmes, des guerres. Les inondations, les sécheresses, les famines s'amplifieront, mais l'homme sera toujours là. Ce que nous devons comprendre, c'est que nous entrons dans une nouvelle ère, l'anthropocène, où pour la première fois dans l'histoire de la Terre, l'homme gouverne l'environnement. Il est la première cause des menaces et modifications qui pèsent sur la planète : à lui de savoir ce qu'il veut en faire et comment il va se comporter avec elle.

- Une nouvelle ère ?

L'idée n'est pas de moi, mais elle est essentielle dans la compréhension des évolutions du monde dans lequel nous vivons. C'est le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen, qui - le premier - a associé le début de l'anthropocène à l'augmentation des concentrations en CO2 telle que l'a montrée l'analyse des glaces. Mais cet impact humain ne concerne pas seulement le climat. L'occupation des sols, l'utilisation des ressources, la gestion de nos déchets sont autant d'agressions à la planète qui relèvent de l'homme et le menacent.
Pour le réchauffement climatique, la question de l'énergie est le levier essentiel. Au XXe siècle, alors que la population était multipliée par quatre, la consommation d'énergie dont dépendent les émissions de gaz carbonique était multipliée par 40 ! Certains affirment aujourd'hui que la courbe d'augmentation de la population va se calmer. Sans doute. Mais la courbe de la consommation d'énergie, elle, n'a aucune raison de plonger !

- Si l'homme est responsable, gardien de cette Terre, quels moyens a-t-il de la sauver ?

Pour le coup, ce n'est pas mon domaine de compétence... Je ne sais pas. Et c'est là que réside mon pessimisme : je ne vois pas comment on va s'en sortir. Le problème majeur est la question de l'énergie. Il faut arriver sur ce plan à une gouvernance internationale, mais ce n'est pas possible actuellement, ou en tout cas je ne vois pas comment... Regardez le Grenelle de l'environnement ! C'était un bel effort, mais au final, il n'y a pas l'argent suffisant pour mener une politique efficace à court terme... La moindre velléité de mettre une taxe sur les 4×4 rend les politiques fébriles de devenir impopulaires... et ce n'est pas en habillant Total en vert qu'on va changer quoi que ce soit.

- N'existe-t-il pas de possibilité d'un nouvel ordre économique basé sur le développement durable ?

Le développement durable est une notion à laquelle je ne crois plus. On ne peut pas maîtriser le développement. Et pour être durable, il faudrait être à l'état d'équilibre, or cet équilibre n'existe pas. C'est un terme trompeur. Avant, j'étais alarmé, mais j'étais optimiste, actif, positiviste. Je pensais que les économistes, les politiques, les citoyens pouvaient changer les choses. J'étais confiant dans notre capacité à trouver une solution. Aujourd'hui, je ne le suis plus... sauf à espérer un sursaut inattendu de l'homme.

Propos recueillis par Laurent Carpentier

- Vers un traité international pour la protection de l'Arctique

La présidence française de l'Union européenne a lancé un appel, lundi 10 novembre, à Monaco, pour un renforcement de la coopération scientifique internationale dans l'Arctique, un premier pas vers une protection de cette région. "Il faut qu'il y ait un système de recherche unifié", a indiqué Jean-Louis Borloo, le ministre de l'écologie, lors d'une conférence internationale organisée conjointement avec la principauté monégasque.
L'Arctique fait l'objet de nombreux programmes mais "ces recherches ne sont pas coordonnées", a souligné le ministre. "Il n'est pas imaginable qu'il y ait des données scientifiques connues et non partagées, a-t-il estimé. Nous allons mettre les moyens nécessaires pour qu'il y ait ce réseau mondial d'informations."
Les scientifiques espèrent que ce soutien politique pourra donner un nouvel élan à la recherche au-delà de l'Année polaire internationale, qui s'achève en mars. Contrairement à l'Antarctique, l'Arctique n'est pas protégée par un traité international. Le Parlement européen s'est prononcé en octobre pour l'adoption d'un tel texte. - (AFP.)

Article paru dans l'édition du 12.11.08