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07/01/2009

Gaza : une guerre propre (suite)

Vu et lu sur lemonde.fr (pour les photos, voir les albums, colonne de gauche) :

Extraits du blog :

http://metalogie.blog.lemonde.fr/2009/01/07/des-bombes-a-fragmentation-sur-gaza/

Photo 1 GAZA :

..."Un examen attentif permet de compter 89 petites bombes anti-personnel, probablement au phosphore rouge.
Cette photo, curieusement, n’est pas ou n’est plus sur le site du New York Times dont l’International Herald Tribune est la reprise internationale. Désormais, l’article en question (Israeli ground invasion cuts Gaza in two, by Ethan Bronner, Published: January 4, 2009) est illustré par la photo, moins gênante, d’un char en train de tirer.
(Source : International Herald Tribune. Photo Sebastian Scheiner/The Associated Press. http://www.iht.com/articles/2009/01/04/mideast/gaza.php) ...

...Et, pour ceux qui croiraient encore au caractère « propre » des armes « intelligentes », voici un impact de bombe à fragmentation dans un mur d’école, à Gaza.

Alexandre Stärker, l’un de mes correspondants, semble avoir été le premier à s’étonner que l’article du NYT-IHT ne dise rien de la nature de la bombe dont l’explosion avait été photographiée et mise à la une du journal, en raison de sa seule « beauté ». Selon toute probabilité, les 89 petites bombes qu’on distingue recourent au phosphore rouge. Indépendamment des milliers de projectiles qu’elles envoient, elles brûlent pendant environ 48 heures sans qu’on puisse les éteindre ni avec de l’eau, ni avec du sable, et produisent une fumée blanche suffocante très repérable sur la photo.

Il est vrai qu’Alexandre Stärker [*] a quelque expérience en la matière pour avoir participé, dans les années 70, à un programme militaire d’élaboration d’armes à fragmentation. Les laboratoires étaient en Europe, les essais furent faits en Méditerranée et dans le désert égyptien. L’idée, à l’époque, dans le contexte de la guerre froide, était que, en cas d’avancée des troupes soviétiques en Europe, de telles « cluster weapons » (également appelées « armes à sous-munitions ») seraient une solution plus « propre » que la bombe atomique. La « propreté » dont il s’agit est donc toute relative.

Est-ce un progrès ? On peut en douter car la discrétion des armes à fragmentation a permis d’en généraliser la fabrication et l’usage : 14 pays les ont utilisées (Arabie saoudite, Érythrée, Etats-Unis, Éthiopie, France, Géorgie, Israël, Maroc, Nigeria, Pays-Bas, Russie, Soudan, Sri Lanka, Tadjikistan, Royaume-Uni), 28 pays en produisent, 75 pays en sont armées.

Or leurs effets sont désastreux sur les populations civiles. Les guerres contemporaines se font dans les zones habitées, alors même que de telles armes « arrosent » sans discernement. En outre, elles laissent derrière elles un tel nombre de sous-munitions non explosées que le danger pour les populations civiles est, depuis une dizaine d’années, supérieur à celui que représentent les champs de mines.

Il ne s’agit pas là de « dommages collatéraux » mais de résultats voulus."...

Photo 2 GAZA :
NYT. Impact d'un engin à fragmentation sur un mur d'école de Gaza
Source : New York Times. Photo Suhaib Salem - Reuters
http://www.nytimes.com/slideshow/2009/01/06/world/0106-GAZA_4.html

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(*) : Citoyen du monde, Alexandre Stärker est l’auteur de « Transcivilisation », un essai sur l’impact du Proche-Orient sur l’évolution des civilisations (2007, 556 p.) et de nombreux articles de réflexion stratégique orientés vers le rétablissement de la paix et des grands équilibres internationaux.

18:24 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, munitions

04/12/2008

Une centaine de pays s'engagent à interdire les bombes à sous-munitions

Il reste à ratifier le traité (moins de 30 états l'ont fait)

Lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/article/2008/12/03/a-oslo-une-centaine-de-pays-s-engagent-a-interdire-les-bombes-a-sous-munitions_1126304_3220.html

A Oslo, une centaine de pays s'engagent à interdire les bombes à sous-munitions
LE MONDE | 03.12.08 | 14h11 • Mis à jour le 03.12.08 | 15h56

Pour toutes les organisations non gouvernementales (ONG), en particulier Handicap International, qui luttent depuis plus de quatre ans en faveur de l'élimination des bombes à sous-munitions (BASM), la cérémonie de signature du traité d'interdiction, mercredi 3 décembre, à Oslo, a un goût de victoire. Plus d'une centaine de pays, dont la France, seront représentés dans la capitale norvégienne, certains par leur ministre des affaires étrangères.

D'autres, à la fois producteurs et utilisateurs de BASM, comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine et Israël, brilleront par leur absence.

Les armes à sous-munitions se présentent sous la forme de bombes, de roquettes et d'obus qui, en éclatant, dispersent des centaines de sous-munitions dont beaucoup n'explosent pas immédiatement. Elles demeurent ainsi un danger potentiel pour les populations civiles - parfois jusqu'à trente ans après leur lancement -, les enfants et les paysans faisant partie des catégories les plus menacées.
Quelque 440 millions de bombes à sous-munitions ont été utilisées dans le monde depuis 1965, et 29 pays et territoires (Afghanistan, Laos, Irak, Kosovo, etc.) en sont encore affectés.

Le dernier conflit où elles ont été employées massivement est la guerre du Liban sud, pendant l'été 2006, Israël et, à une échelle bien plus faible, le Hezbollah, ayant utilisé des centaines de milliers de BASM.

Selon plusieurs sources, la Russie et la Géorgie ont également eu recours à des sous-munitions lors du conflit d'août 2008.

L'EXEMPLE D'OTTAWA

Sans exploser lors de leur impact, les BASM se transforment de facto en mines antipersonnel, lesquelles ont été interdites par la convention d'Ottawa de 1997.

Ce texte constitue une sorte de modèle : entré en vigueur le 1er mars 1999, le traité d'Ottawa a contraint la plupart des Etats signataires (les Etats-Unis, la Russie et la Chine font partie des 13 pays qui continuent à produire des mines antipersonnel) à détruire leurs stocks.

Les avocats d'un traité d'interdiction des BASM ont adopté une stratégie similaire à celle suivie à Ottawa : un traité d'interdiction défendu par certains Etats et la société civile (les ONG et les signataires d'une pétition internationale), afin de dépasser la lenteur et la pusillanimité des gouvernements.

Le "processus d'Oslo" s'est en effet développé parallèlement à celui de la conférence de Genève sur les armes classiques (CCW) visant à limiter l'emploi des sous-munitions.

Ce forum, dont les partisans défendent une position beaucoup plus timorée, s'est de nouveau réuni en novembre, pour aboutir à un échec.
Le nombre des pays signataires du traité d'interdiction des BASM sera resté incertain jusqu'au bout, l'objectif étant d'atteindre le nombre des pays (107), qui étaient présents lors de la conférence de Dublin, le 30 mai 2008.

Les Etats-Unis qui, selon l'Arms Control Association (ACA) de Washington, posséderaient un stock de 700 millions de sous-munitions, se sont engagés à ne pas utiliser, vendre ou transférer des sous-munitions dont le taux d'échec (non-explosion lors de l'impact) est supérieur à 1 %, d'ici à... 2018.

Israël n'a pris aucun engagement similaire : le Congrès américain pourrait approuver prochainement un projet de vente à l'Etat juif d'au moins un millier de BASM.

La signature du traité d'Oslo ne marquera pas la fin du combat des ONG, qui vont tenter de convaincre les Etats de ratifier le traité (il entrera en vigueur lorsque 30 Etats l'auront fait), ainsi que des mesures d'application comme la destruction des stocks.

Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du 04.12.08

18:16 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, munitions